SOT K B
454 NOTK B.
la rivalité que les rois d’Égypte rencontrèrent ch|z les rois de Pergame, dont la bibliothèque de 200,000 volumes semblait affronter par sa richesse celle de Brucchium, toutes ces circonstances amenèrent un genre d’industrie et de falsification nquvcau et trèsactif; le désir même de faire circuler plus efficacement certaines idées philosophiques ou religieuses lui prêta son secours. Tous les noms célèbres des temps anciens, grecs, africains ou asiatiques, furent évoqués , et Alexandrie vit bientôt arriver en vers et en prose, par mer et par terre, sur de vieilles tablettes ou dans des rouleaux de papyrus, toutes les productions possibles des Orphée , des Musée , des Zoroastre, des Ilorus, des Hermès. Si elles n’obtenaient pas les honneurs de la bibliothèque et le prix immédiat convoité par leurs auteurs, du moins elles se répandaient dans le commerce matériel des choses de l’esprit, au point de laisser ça et là, dans la masse des opinions, les traces littéraires de leur passage (Galien, Comment. 2, de naturel flamand).
Trois grandes catastrophes arrivées h plusieurs siècles de distance l’une de l’autre ont accompli la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie. La dernière de ces catastrophes , celle qu’on a long-temps citée de préférence pour en faire un motif d’anathême contre le nom et la barbarie d’un des principaux licutenans de Mahomet , du fameux Omar, offre précisément le moins d’authenticité (Gibbon,
Dt'catf. de l’nvp. rom., t. 10); dans tous les cas,
ALKXAXDME. /,5Ô
elle n’a pu avoir qu’une très-faible pari dans la consommation du ravage.
L’an 46 avant Jésus-Christ, Jules César récemment arrivé en Égypte oubliait auprès de Cléopâtre le soin de sou armée et sa propre sûreté. Les meurtriers de Pompée, Pholin et Achillas, déterminés h prévenir la domination et la vengeance du grand capitaine romain, firent avancer à la hâte des corps de troupes nombreux , et furent au moment de s’emparer de sa personne. Dons ces circonstances, César, d’abord renfermé nu sein du palais du Brucchium, ensuite parvenu à travers toute sorte de dangers dans Plie de Phare qui touchait au port, ordonna de brûler la flotte réunie des Égyptiens ; si elle fût tombée an pouvoir des assaillons elle eût entraîné sa perte et celle de toute son armée. Mais le feu ayant passé avec une violence inouïe des vaisseaux h la ville, aux monumens et aux palais, réduisit bientôt toute la bibliothèque du Brucchium en un monceau de cendres (Comment, de César guerre d’ Alexandrie). Peu de temps après, et à l’instigation de Cléopâtre, Antoine dédommagea en partie la ville d’Alexandrie de ce malheur en faisant transporter dans scs murs la grande bibliothèque des rois de Pergame (Plutarque, vie de Marc- Antoine ).
La seconde catastrophe atteignit principalement la masse énorme de livres attachée au temple de Sérapis; celle-ci no fut point , comme |a précédente,
436 note b.
l’cflct «lu hasard, mais l’effet des luttes et «les passions religieuses. Vers l’an 58<j de l’ère chrétienne, Théophile, homme d’un caractère violent, fut élevé à l’épiscopat d’Alcxaudrie. A sa sollicitation, l’empereur Théodose finit par donner l’ordro de porter les derniers coups à l’idolâtrie et d’abattre le temple de Sérapis, qui avait encore un nombre considérable de sectateurs. Dès que in lettre où celte grande question devait être résolue arriva, tout le peuple, chrétiens et payons, disent les historiens de cette époque, se réunit avec précipitation comme si l’on était convenu d’une trêve. Maisù peine le, commencement de l’écrit eut indiqué le contenu , que les chrétiens poussèrent de toute part un cri de joie, tandis que leurs rivaux saisis de frayeur prirent In fuite ou se cachèrent. Sans perdre de temps, Théophile s’avança accompagné des magistrats Evagre et Romain, et à la tête d’une foule de moines qui avaient été appelés d’avance autour de lui , il voulut présider en personne ù l’exécution redoutable. La statue de Sérapis renversée et mise en pièces à coups de hache ne fut que le prélude do la démolition du temple jusqu’en scs derniers fondemens. Toutes les dépendances de ce temple et la bibliothèque qui y était renfermée devinrent los victimes du ravage (Sozomène, IUst. cccles. , Liv. vu, chap. i3, 16; Fleury, llist. ecctes., t. 3, liv. xix).
Un historien, élève et ami de saint Jérôme, Orose, déclare avoir vu «le ses yeux , îi quelque temps de
•• ALtXAÎlORIC. 437
Ib, el non sans beaucoup de douleur, les armoires vides d’où les livres avaient été arrachés ( hisl . advcrs. pagan., lib. vi, cap. xv ). A la vérité, dans l’opinion d’Orose, ces livres formaient une collection tout autre que la bibliothèque des Lapides, qui, selon lui, aurait péri en entier, comme Ammien-Marcellin et d’autres aussi le croyaient (lib. xxn, c. iG) , lors de l’incendie de César; mais peu importe au fond celte erreur de détail. Il n’en résulte pas moins que le dernier incendie, celui d’Omar, si on doit l’admettre sans restriction , n'atteignit en rien ou que très-faiblement les restes de la véritable bibliothèque d'Alexandrie.
Deux cent cinquante ans environ s’étaient écoulés depuis l'évêque Théophile jusqu'au missionnaire de Mahomet (658 de J.-C.), cl l’on a remarqué que, dans ses annales, où il raconte celte invasion des Arabes chez les Alcxaudrins, le patriarche Eutychius n’a pas donné le moindre souvenir à un événement si déplorable (Gibbon, histoire de la dticad. de l’einp. rom., t. 10, ch. âi).
C’est l’écrivain arabe Aboul-Farag, descendu de paréos juifs, mais converti au christianisme qui , dans son histoire des dynasties, écrite vers le milieu du treizième siècle, six cents ans après la conquête d’Omar, a raconté la dernière catastrophe des bibliothèques de la ville graxo-égyplicnne.
Pendant que ce calife parcourait la Syrie en vainqueur, il ordonna à l’un de ses plus fidèles et de scs
NOTE B
plus intrépides licuteuans, du nom d’ Amrou, d’aller s’emparer de l’ancienne cité d’Alexandre. Alors vivait parmi les hommes qui étaient dévoués encore dans cette ville au culte de la philosophie et des lettres, un certain Jean, disciple d’Amnionius et surnommé le grammairien. Amrou, homme d’un esprit élevé et sensible aux charmes de l'instruction, prit assez de goût aux entretiens du philosophe et lui témoigna assez d’amitié pour que Jean osât réclamer de lui, comme la plus noble et la plus généreuse faveur, de ne porter aucune atteinte à la bibliothèque royale; mais le général des arabes, ne sc croyant pas le droit d’accéder h une pareille demande, en référa à son chef. Amrou en aurait reçu la réponse où l’on a vu pendant si long-temps la cause de la destruction complète du monument alexandrin; elle lui aurait fait livrer aux quatre mille bains de la ville une masse de parchemins et de papiers capable de les chauffer tous pendant la moitié d’une année : • Ou ces écrits dont tu me parles, lui dit Omar, s’accordent avec le Koran, alors ils sont inutiles à garder; ou ils contredisent ses voeux, et, dans ce cas, lu veilleras de plus fort à ce qu’on les brûle. » (Aboul- Farag, vers, de Pocockc, liv. ix.)
i.mjahnA i
Note C, page 4»-
Incarnation îles divinités orientales.
Le principe de l’incarnation commun à toutes le» religion» orientales , aux religions de l’Kgyptc , de la Perse , de la Phénicie , apparaît chez les Hindous avec le plus de force et arec le plus de détails. Pour remplir mon but, qui est d’établir simplement l’existence de cet ordre d’idées et de langage bien avant la naissance de Jésus-Christ, il me suffira donc de présenter dans un tableau succinct l’appareil merveilleux de leurs incarnations dominantes.
Chacun des trois dieux suprêmes de l’Inde serait venu visiter à sa manière les humains. Mais les incarnations de Vichnou l’emportent de beaucoup par leur nombre et par leur célébrité sur toutes les autres. Ou en compte neuf déjà accomplies et une dixième pour l’avenir. Les plus anciennes donnent au Dieu des formes tirées du règne animal ; la forme d’un poisson, d’une tortue, d’un sanglier, d’un lion; elles paraissent se rapporter à des révolutions physiques de l’univers entier ou de la terre.
Dans cette mythologie, en effet, le plus grand événement est le sommeil de Brama. Alors les liens de tous les mondes possibles sont brisés, les créatures retombent dans le néant , et les ténèbres
fe
NOTE C
avec le chaos régnent en souverain jusqu’au moment où le Dieu retrouve en se réveillant toutes les conditions de son énergie.
Mais, outre ce sommeil absolu, il y a des cas d’assoupissemept. L’un , entre autres , aurait déterminé la première incarnation de celui des membres du triumvirat divin qui est chargé spécialement de la conservation des existences. L» jour donc que Brama sommeillait par ennui , par fatigue ou par un sentiment de plaisir, un des princes des mauvais génies, le démon Hayo-Griva, s'empara des livres sacrés que le Dieu avait produits de sa bouche. Vichnou s’aperçut presque aussitôt du larcin, et comprit toute la portée des catastrophes qui devaient en résulter. Pour les adoucir, il entra dans le corps d’un petit poisson. Sous cette forme, le dieu se présenta à un roi très-renommé et très-pieux, vrai serviteur de l’esprit, qui , au dire de la légende sacrée, ne se nourrissait que d’eau pure. Le roi ne pénétra le mystère de cette apparition qu’après avoir été témoin d’un miracle inouï : à mesure que le poisson divin était placé dans des réservoirs de plus en plus spacieux, il grandissait tout-à-coup de manière à remplir la demeure qu’on lui assignait, et à devenir capable de couvrir de son corps plus d’un million de lieues d’étendue. Son dessein final était d’avertir le saint monarque du bouleversement de la terre et des mers, du déluge universel qui allait être suscitétpar la méchanceté du démon impie et ravis-