‹ Jésus-Christ et sa doctrineChapitre 46 sur 53 · DOCTRINES OPPOSEES · texte numérisé non relu

DOCTRINES OPPOSEES

moitié avec l’ame dans les villes des morts ou nécropoles une existence occulte, en attendant le jour où le renouvellement plus ou moins complet des choses leur rendrait le droit d’exister.

Or, eu réponse à toutes ces hypothèses, comment procède l’Ecclésiasle ? établit-il un principe général > la sagesse morale doit prendre pour base le fait et l’expérimentation. « Dieu en créant l’homme lui a donné, dit-il, la droiture; mais l’homme s’est perdu dans ses recherches;... cependant toutes les divagations de son amc valent bien moins que ce qu’il voit de scs yeux. » (J’ajouterai même, au sujet de ces deux sentences, que la Vulgnte rend très-exactement la première : « Solurnmodo lioc inverti quod Dcus fccerit hominem rectum et ipse se in fini lis miscuerit queslionibus , Eccles. vu, pq. Mais elle traduit moins bien lu seconde, sans lui ôter toutefois son intention : « Il vaut mieux voir, dit-elle, ce que l’on désire, que souhaiter ce qu’on ignore.» Mctius est videre quod copias, quam desiderarc quod nescias. Le mol à mot du texte est celui-ci : la voyance des yeux est bonne au-dessus de l’aller, du divaguer de Pâme. Bona visio oculorum prœ ire animam, Eccles. vi, 9).

Après cela, l’Ecclésiaste poursuit ses oppositions :

« J’ai été roi sur Israël h Jérusalem, dit-il, et j’ai appliqué mon cœur à rechercher et à éprouver tout ce qui se faisait sous les cieux , afin de distinguer la sagesse d’avec la folie , afin de connaître ce qui conve-

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naille mieux h Phommed’accomplir. J’ai vu que Dieu a voulu que chaque chose fûl belle en son temps ; ainsi , il y a un temps de naître et un temps de mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher, un temps pour bâtir, un temps pour détruire , un temps pour se taire, un temps pour parler, un temps de guerre, un temps de paix. J’ai pensé aussi que Dieu éclairerait un jour les hommes sur ce qu’ils sont; car l’accident qui arrive aux hommes et l’accident qui arrive aux bêtes, est un même accident; telle est la mort de l’un, telle est la mort de l’autre. Tout a été fait de la poudre et tout retourne en la poudre. Qui est-ce qui connaît que le souffle des hommes monte en haut et que le souffle des bêtes descend en bas? J’ai donc vu et reconnu qu’il n’y avait rien de meilleur pour l’homme que de jouir des fruits de son travail avant que son corps ne rentre dans la poussière et que son souffle de vie ne retourne à Dieu qui l’a donné, car c’est là sa portion. Certes les vivons savent qu’ils mourront, mais les morts ne savent plus rien ; leur mémoire tombe en oubli : leur amour, leur haine, leur envie a disparu et ils n’ont plus aucune part h tout ce qui arrive dans le monde. » Ego Ecclesiastes proposai in animo tneo quœrere et investigare sapienter de omnibus quai fiant, sub sole, donec viderem quid esset utile /iliis liominum : quo facto optts est sub

sole numéro dicrum viur tua • dixi in corde

mro de f iliis liominum, ut probaret eos Dcus et os-

DOCTBISBS OPPOSA PS. 449

tenderel si mi Us esse bestiis. Idcirco tinut est intérims Itominmn et jumrntorum ; sicut morilur Itomo sic et ilia moriuntur, et omnt'a pergunt ad unum loeum : de terrâ facta sunt et in terram pariter revertuntur. (Juif no vit si spiritus filiortun Adami asvendal sursam et si spiritus jumrntorum des ■ /•enflai drorsum? Ergo deprehendi niliil melius quant latari hominem in opéré suo... antequain rcvrrtatur pulvis in terram stiam undc rrat et spiritus redeat ad l)rum qui dédit ilium, et banc esse p/trtem illius... V i ventes enim sciunl se esse morituros, mort ai vero niliil noverunl ampli us, quia oblivioni tradita est memoria eorum : amor quoque et odium et i nvidia ; simul perierunt ; nec habrnt parlent in sa-culo , in omni quod agitar sub sole ( Ecclés. 1, 13; 11, 1, 11, 18, as; ix, 5, 10; xi, 6, 9; xii, 7).

Le poème de Job est conçu dans le mémo esprit que le dire de Salomon; il forme opposition aux idées des orientaux, surtout b leur hypothèse de la fatalité native de la vie humaine et b l'existence souveraine du principe du mal. De ce qu’il y a de l’iniquité sur la terre on n’est pas autorisé h conclure, d’après ce livre, que la loi imposée b la terre ne soit pas une loi d’équité; de ce que la vio entraîne des conditions difficiles, des maux cruels, on n’est pas nutorisé h conclure que la vie humnine en ellemême ne soit pas un bion. Tel fait que nous condamnons comme un grand mal serait à nos yeux une

NOTK n.

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cause d’admiration si notre intelligence entrait plus profondément dans l’organisation divine des choaçs. La loi de Dieu est d’amener toute œuvre, quelle qu’elle soit, en jugement; de faire que tôt ou tard ce qui a été porté trop haut ou trop bas, ce qui a été en excès ou en défaut, reprenne sa place. De là vient la solidarité naturelle des générations. L’homme n’est pas un être isolé qui ne doive songer qu’à sa personne, corps ou ame. L’homme est lié par la condition de sou état aux races passées et aux générations à venir. Ce que les unes de ces générations sèment en mal ou en bien est recueilli en grande partie par les autres. Il en résulte le premier fondement moral de la patience et de l’activité des humains. Si le travail, l’intelligence et l’amour de nos pères nous ont assuré une foule de biens, pourquoi ne supporterions-nous pas avec quelque courage l'expiation de leurs fautes? Si notre sagesse ou notre folie doivent se faire ressentir à ceux qui nous suivront, pourquoi n’aurions -nous pas sans cesse à la pensée d’augmenter les joies de l’avenir et de lui éviter des larmes ? Aussi, dès que la personnification de tous les maux imprévus et immérités qui arrivent sur la terre, dès que Job a reconnu ces hautes vérités, Dieu multiplie en sa faveur, et ici-bas, tous les biens moraux et physiques qui lui avaient été ravis avec violence.

Enfin rien ne résume mieux l’opposition qui se montre historiquement dans la manière de considérer la vie humaine selon les hébreux primitifs et

DOCTItIXKS OPPOSERA. /, 5 I

selon les orientaux, 411c le rapprochement de la prière juive du roi ftzéchias avec le passage déjà annoncé du Phédon de Platon, où la doctrine orientale se trouve exactement retracée.

« Du principe que j’ai déjà posé , dit Socrate , l’interlocuteur essentiel dans le Phédon, il résulte nécessairement que les véritables philosophes doivent penser et même se dire entre eux que tant que nous aurons notre corps et que notre aine sera enchaînée dans celte corruption, jamais nous ne posséderons l’objet de nos désirs , c’est-à-dire , la vérité. En effet, le corps nous entoure de mille gênes, nous remplit d’amours, de désirs, de craintes, de mille chimères, de mille sottises, de manière qu’il ne nous laisse pas, comme on dit, une heure de sagesse ; car, qui est-ce qui fait naître les guerres, les séditions, les combats ? le corps et ses passions. Cela nous est donc démontré, que si nous voulons savoir quelque chose, il faut que nous nous séparions du corps et que l'âme elle-même examine les

choses en elles-mêmes C’est alors seulement que

nous jouirons de la sagesse dont nous nous disions amoureux, c’cst-à-dirc, après notre mort et non pendant cette vie. C’est alors qu’affranchis de la folie du corps nous converserons avec des hommes libres comme nous. Ainsi l’affranchissement de l’ame , sa séparation d’avec le corps forme l’occupation même du philosophe, et tout homme vraiment philosophe ira avec d’autant plus de volupté

NOTE D

dans i’aulre inonde qu’iL est fortement persuadé que nulle autre part que dans cet autre monde on ne rencontre la pure sagesse qu’il poursuit (Platon, le Phédon, Traducl. de il/. Cousin, l. 1, p. 204, ao8).

A l’opposé de ces doctrines, je vais retracer le chant tout entier d’Ézéchias , du roi le plus pieux de la Judée, line maladie cruelle l’avait conduit aussi presque possible de celte séparation de l’ame d’avec le corps , que le Socrate du Phédou vient de proclamer si féconde pour la connaissance de la vérité et si désirable. « J'avais dit : au midi de mes jours j’irai aux portes du tombeau, j’avais dit : je suis privé du reste de mes années ; je ne contemplerai plus l’Élernel daus la terre des vivans; je ne verrai plus aucun homme d’entre les habitons du monde. Ma durée est arrachée cl transportée loin de moi comme la tente du pasteur; ma vie est arrêtée comme l’œuvre du tisserand qui aurait coupé sa trame. Le matin j’attendais d’être consumé sur le soir, puis j’attendais encore jusqu’au malin, et le mal semblable à un lion ne cessait de me briser les os. Je me plaignais comme 1’hirondellc , je gémissais comme la colombe; mes yeux s’épuisaient Ji regarder en haut. O Éternel ! m écriai- je, on me fait violence, préserve moi.

« Alors, il m’a répondu, il a agi en ma faveur. Ah ! durant toutes les années de ma vie je marcherai au souvenir de tes bontés pendant celle amertume, car

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