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Après cela, supposons qu'au lieu d’être un historien, Tacite eût été placé de manière à prendre une part directe aux change mens et aux progrès des religions de son temps. Quelque profonds que soient les dédains qu’on veuille lui attribuer contre les Juifs , il lui serait arrivé d’être travaillé très-vivement dans son ame et dans sou esprit par la simplicité de leur culte extérieur et par l’élévation de leur doctrine.
Le genre particulier d’influence que ce peuple a exercé sur les autres nations , présente donc deux faces distinctes ; malgré ce que leur nature a d’opposé, elles n’ont jamais cessé de se produire en com- * mun et d’agir jusque dans les temps les plus mor dernes. En outre , le sentiment de répulsion que les Juifs ont été condamnés à provoquer parmi les papulations étrangères avait aussi une double base. D’une part, ce sentiment de répulsion tirait sa source de tout ce qu’il y avait de réellement mauvais dans les mœurs de leur race , dans leurs préjugés , dans leurs passions , dans le degré d’infériorité où ils restaient sons le rapport de certains développcmens de l’esprit. D’autre part , ce même sentiment se trouvait entretenu par une foule de conditions de leur existence qui étaient très-louables au fond, mais qui n’en produisaient pas moins un méchant effet , à cause des atteintes qu’elles apportaient ostensiblement aux lois les plus iniques, aux opinions et aux habitudes les plus superstitieuses et
HAPPROCHEHENS HISTORIQUES. 4*7
les plus cruelles des autres peuples. Ainsi, pour nous en tenir toujours aux inlluences purement religieuses, prenons le témoignage oculaire de Plutarque \ers 1a lin du premier siècle de l’èrc chrétienne et après tout le mouvement d’idées quo la ville d’Alexandrie avait suscité; il sera facile d’en déduire quelle devait être la situation des esprits au temps de la première dispersion des Juifs, cinq ou six siècles avant Jésus-Christ , et dans des climats d’une civilisation moins avancée; il sera facile surtout de concevoir comment cette disposition des esprits, à mesure qu’elleélail heurtée par la disposition contraire des Juifs devait enlauter nécessairement contre eux toute sorte d’indignations et de fureurs populaires.
« C’est pourquoi ceulx qui n’ont pas appris à bien prendre les paroles usent aussi mal des choses , dit Plutarque dans le vieux langage d’Amyol , comme, par exemple , les Grecs, qui n’ont pas appris ui accousiumé d’appeler les statues de bronze ou de pierre, et les images painctes , statues et images failles à
l’honneur des dieux, mais dieux mesntes ne se
donnant pas garde en ce faisant qu’ils attirent et reçoivent de faulses opinions qui suyvent ces nnius-ià. Mcsmciuenl les Œgvplicns entre toutes les nations, touchant les bêles, qu’ils honorent... car les UCgyptiens, au moins la pluspart, entretenons cl honorons des animaux comme s’ils étaient dieux, n’ont pas seulement rempli de risée ot de moquerie leur service divin , car cela est le moins de mal qui soit en
sort t.
leur ignorance et sottise , mais il s’en est engendré dans les cœurs une pure superstition, qui a jette les hommes aigus d’entendement ou audacieux en penscrnens bestiaux et impies (Isis et Osiris , § lxxii et lxxiii).
Tous les écrivains qui ont parlé de Zoroastre commencent par reconnaître l’absence ou l’incertitude des documcns nécessaires pour tracer l’histoire de sa vie et de ses dogmes. Était-il né dans la Médie, dans l’Assyrie , dans la Chaldée , la Perse , la Bactriane ? on a soutenu ces diverses opinions. Quant à l’époque de son existence, on ne compte plus quelques dates fondées sur des légendes purement théologiques : tels les six mille ans d’antiquité que Platon lui accorde, ou les cinq cents ans avant la guerre de Troie auxquels Plutarque se coutente de le renvoyer. Mais les plus savans des modernes qui se sont occupés de ce législateur, après avoir émis le doute s’il n’y avait eu qu’un seul Zoroastre ou s’il en fallait compter deux (Foucher, académ. des Inscrip.) , ont concentré le débat dans la question de savoir s’il a vécu sous le règne de Cyaxare Ier, chef de l’empire Médo-Bactrien , 620 ans environ avant Jésus-Christ (T yschen, lleeren, Commet. des Anciens, t. 1) , ou bien, ce qui est le plus probable elle plus généralement adopté, s’il a vécu avant la naissance et pendant le règne de Darius lils d’Hystaspe (Hyde , Anquetii Duperron , Herder).
Or, quelle que soit celle de ces opinions qu’on
llAPPUOCUliMh.NS UlSTORIQl'IiS. /(Ô(J
adopte , ou l'existence de Zoroastre sous le roi des .Mèdes Cyaxare , ou soo existence sous le roi des Perses Darius, ou même l’existence de deux Zoroastres, sous chacun de ces rois, la transplantation des dix tribus Israélites , dans la Médie et au-dclh par Salmanazar , devance de près de cent années Cyaxarc 1", et la transplantation des tribus de Juda et de Benjamin dans la Babylonic par Nabuchodonosor, précède de quatre-vingts ans environ le règne du lils d’Hystaspe. Eu même temps , si une partie de ces tribus reste lidèlc nu souvenir de Jérusalem, au point que la première colonie qui retourna dans ses foyers , après le décret de Cyrus, se composa de quarante-deux mille individus (Esdras, il, 64), une autre partie , cédant aux circonstances cl à de nouveaux intérêts , se confondit de toutes parts avec les peuples indigènes. Bien plus, les rapports mêmes des exiles temporaires avec les peuples étrangers acquirent un degré d’intimité assez grand pour habituer presque exclusivement les Juifs à la langue de. ces derniers , et pour donner lieu à un fait assez digne d’attention ; on ne connaît plus rien aujourd’hui du langage parlé de l’empire Chaldéo- Babylonien, si ce n’est ce qui en a été conservé dans les écrits de la Judée.
Dès que la nation juive, qu*on se représente comme si résistante aux idées des autres peuples , emporte des pays où elle avait été transplantée de vive force une langue et des dogmes qui jusqu’alors