‹ Jésus-Christ et sa doctrineChapitre 5 sur 53 · I.IVBE 1, GHAl'ITM'. I · texte numérisé non relu

I.IVBE 1, GHAl'ITM'. I

créer et se détruire quelques empires qui semblaient céder par nature à l’ambition d’envahir la terre entière, et de ne former de toutes les populations, de toutes les langues, qu’une seule unité, qu’un même corps.

Un autre fait n’est pas moins essentiel à éclairer, à cause de la disposition profonde qui en résultait dans les âmes en faveur de toute parole capable d’enlever l’homme aux soins de la vie présente, et d’y substituer l’image d’une vie future éternellement placée hors des atteintes de la fortune et de la mort; je veux dire l’agitation douloureuse, le découragement répandus sur la plupart des peuples durant les jours les plus voisins de 1ère chrétienne.

Jusqu’au huitième siècle avant la venue de Jésus-Christ, les tribus assyriennes s’étaient

dus aspects très-difîérens , à la force qui sépare et qui disperse: tels sont les Juifs, par leurs malheurs; les Grecs , par leurs colonies; les Romains, par leurs travaux guerriers.

Nous retrouverons des exemples !i équens de ces oppositions apparentes do certaines forces, de certains principes, de eci laines lois, qui sont nu Idnd de même natiiie et qui 4ua relient au même hui.

DKS NATIONS.

soutenues ù la tète des nations envahissantes, et avaient forme des deux côtés de l’Euphrate et du Tigre, un corps très-important de civilisation.

Bientôt la monarchie des Mèdes, détachée des Assyriens, rivalise avec eux de puissance, et fonde sa capitale, Ecbatane, vers la fin du même siècle. Une troisième monarchie, plus vaste, s’élève ensuite, l’empire chaldéobabylonicn. 11 reconnaît pour principal siège une ville dont le nom se rattache aux plus antiques souvenirs de l’humanité, Babylone, que son admirable position sur l’Euphrate rendait le centre des relations et «lu commerce entre l'Asie, l’Afrique, l’Europe, et à laquelle les Chaldéens, peuples guerriers venus de l’Arabie ou d’autres contrées bien plus septentrionales 1 , avaient imprimé une nouvelle impulsion.

Alors l’Égypte, menacée dans son indépendance, fit marcher ses armées à la rencontre «les conquérans orientaux. Mais elle était déjh

' A. la tête des rois chaldéens apparaît Nahonassnr, qui n’est célèbre que par l’ire à laquelle sou nom a été donné; relie ère commence l’an 747 avant J.-C.

sous 1 influence de tous les désavantages qui lui venaient de ses longues irrésolutions, et de la politique aveugle qu’elle avait suivie à l’égard des peuples voisins, et dont les prophètes ou les hommes de la parole juive, qui vivaient, la plupart, dans les siècles lugubres des invasions assyriennes, font le sujet des plus énergiques reproches*. Sans doute cette riche contrée de l’Égypte n’avait pas manqué

1 « C’est à toi que j'en veux. Pharaon, roi d’Egypte, s’écriaient ces prophètes, dans In conviction où ils étaient que, sous le choc oriental, les destinées de tous les peuples du littoral de la Méditerranée avaient quelque chose de commun et de solidaire; c’est à toi que j’en veux, grande béte aquatique qni restes mollement couchée au milieu de tes eaux... Voici venir le roi de Babylone... La destruction accourt de l’aquilon... Pleurez, pleurez, le jour est proche... Car tu as été comme un roseau fragile pour le peuple d'Israël : quand ils t’ont pris dans leur main, tu t’es fendu et tu leur as percé jusqu'à l’épaule; quand ils se sont appuyés sur toi, tu t’es cassé, et tu leur as fait briser les reins en se renversant. » { Ecce ego adte, Pharan, rtx Egypti , draco magne qui cubas in medio fluminum tuorttm... Pro co quàd/uisti bacutus arundineus tlomui Israël, quando upprehenderunt te manu, et confractus es, et lareras/i omnem humcrttrn corttm : et innitentibus cis su jrer te , comminutus es, et dissohisti omnes renés enrnm. Ezéch. xxix, 3, 7; iv, Rois, xvn, 4).

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jadis de vaillnns hommes qui T Avaient porte»* aussi à la tête d’une agrégation considérable de peuples 1 ; et sa suprématie se serait peutêtre long- temps maintenue, si sa position matérielle, plus près de la circonférence que du centre du mondo civilisé de l’époque, n’eùt pas été un grand obstacle à la consolidation de Ses conquêtes; elle a obtenu plus heureusement la gloire d’avoir travaillé à l’union à venir de toute la famille humaine par la culture précoce des arts, des sciences, des idées religieuses et de la législation. La sanglante bataille de Circésium, livrée contre IrsChalflco-Pabyloniens, l’an G®6 avant J.-C., sur les bords de l’Euphrate , lui fut fatale *, et prépara une autre bataille et une autre in-

' L'époque de Sésostris, on RamPssès-le-Grand, dont le nom résume la gloire militaire et conquérante de l'Egypte, répond au quinzième siècle avant J.-C.

* Cette bataille de Circésium, gagnée par Nébourradressar ou Nnhuchodonosor-lo-Grand ,.est décrite poétiquement, sous le nom de Carkémis, dans les prophètes hébreux ; • Prépare* le bouclier et l'écti; approchez-vous pour la bataille; équipez les chevaux; que les cavaliers les montent; ayez vos casques; faites luire les lances; revétpz vos cuirasses. Mais que vois-je! ils sont effrayés.

ifi LIVRE I, CHAPITRE U

vasion bien plus décisives encore pour ses des* tinées politiques.

Dès quercmpire chalilco-babylonicn tombe en décadence , celui des Perses , dernière époque de la domination du monde oriental, s’élève sur ses ruines*. A l’éclat de Ninive, d'Ecbatanc et de Babylone, succède l’éclat des villes de Suze et de Pcrsépolis. Cyrus, que les livres saerés des Juifs, plus de cinq cents ans

ils tournent le dot; les hommes forts de l’F.gypte sont défaits et fuient sans regarder en arrière; la terreur les environne... ils sont tombés à Carkémis, vers l'aquilon, sur les rives du fleuve d’F.uphrate!.... Monte en Galaad et prends du baume, vierge, fdlc de l'Egypte! Mais en vain tu multiplierais les remèdes, il n'y a plus de guérison pour toi : les nations ont oui ta défaite, et ton gémissement a rempli tonte la terre... Chacun de tes vaillans hommes a été emporté; ils ont crié : Pharaon roi d’Égypte n'est que bruit, il a laissé passer le temps assigné... I.a fille de l’Egypte, toute honteuse, est livrée aux mains du roi de Babylone et au peuple de l’aquilon; ils viennent avec des coignées pour abattre sa multitude, comme des bûcherons devant une forêt » ( Jérém. XLvt.)

* Nébourradressar ou Nabuchodonosor-le-Grand règne depuis 606, avant J.-C. jusqu’en 56 1, environ quarantecinq ans. Le dernier de ses successeurs est le Beltsasar de Daniel ou le ï.ahydenus d’Hérodote.

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avant la naissance du fils de Marie, avaient qualifié, dans un esprit de politique nationale, du nom de Christ1, est l’ame de celte nouvelle monarchie. Il s’applique à la fortifier moins par une organisation intérieure que par ses conquêtes ; et son fils, Cambyse, accomplit d’une manière terrible, après la .bataille de Pélusium, les antiques destinées des Pharaons a.

Enfin la monarchie d’Alexandre remplace le règne des Perses. Le fruit des expéditions de ce jeune roi ne consiste pas seulement k réunir dans un même corps d’empire les peuples les plus éloignés de l’Orient et de l’Occident; il fait plus encore, il mêle leurs coutumes , il les modifie les unes par les autres ; toutes les idées, toutes les formes les plus brillantes de la Grèce sont reportées dans les climats d’où cette contrée célèbre avait tiré ses plus anciennes colonies et scs premières instructions. La langue grecque surtout, par l’usage presque universel qu’elle .acquiert, in-

* Hœc tlicit Domina* Christ n meo Cym , cujns upprthindi dcxtciam , etc... ( Isaie, Xl.v.)

* Vers 5a5 avant J.-C., 'quatre-vingts ans environ après ta bataille de Carkémis.

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vite toutes les populations à communiquer entre elles ; et bientôt les voies les plus nombreuses se trouvent ouvertes au commerce général des intelligences , qui choisit la ville d’Alexandrie d’Égypte1 pour son foyer principal.

A la mort de leur chef, tous les membres de l’empire nouveau et à peine ébauché dont il était l’unique lien , commencent soudain une lutte héréditaire qui, malgré plusieurs règnes pleins d’utilité et de gloire, propage dans tout le monde grec et asiatique un principe de désordre, de tyrannie et de malheur. Or, cette lutte est maintenant le point essentiel à constater dans les temps qui nous restent à pal* courir, et dans les destinées des nations chez, lesquelles le christianisme, au sortir des lieux de sa naissance, ira répandre avec une ardeur fervente toutes ses paroles de consolation et de prochaine félicité. C’est aussi l’une des raisons qui font déjà prévoir qu’apres tous les essais ayant pour objet de fonder une grande unité de peuples sur des intérêts de circonstance ou

' Outre la cité africaine, Alexandre et après lui ses lieulenans bâtirent en Asie un grand nombre de villes qui furent aussi appelées de son nom.

DKS NATIONS,

sur la force îles armes, on serait conduit, par la nature des choses, à employer d’autres moyens d union ; ou Lien l’on aurait recours, comme les anciens prophètes hébreux l’avaient émis ', à quelque profond principe de loi ; ou, comme le christianisme l'a voulu , à quelque haute exaltation de l'esprit et de l’ame.

Parmi les lieutenans d’Alexandre qui avaient survécu à la grande bataille dont l’issue amena le dernier partage de sa monarchie-, Cassandre obtint la Macédoine, Lysiinaquc l’Asie- Mineure; la Syrie jusqu’à Babylonc resta à Sélcucus, et l’Égypte à Ptolémée.

Mais la jalousie, l’ambition de refaire un seul et même empire de tant d’étals divisés, cl

1 a Alors, le Dieu des deux, dit un de ces prophètes, susdlcra uu royaume qui ne sera jamais dissipé, qui ne sera poiut laissé à un autre peuple, et qui s’établira sans retour.» (Dan. xt, 44-) Ceci sera expliqué beaucoup plus au long.

* Dans cette bataille, qui se livra h Ipsus , en Phrygie, vingt-deux ans après la mort d’Alexandre, 3ot avant J.-C., Antigone , à la veille de devenir maître de toute l’Asie , fut vaincu par ses compétiteurs , malgré la présence de son lits, l’illustre Démétrius Poliorcètes, ou Vassiégrur de villes; il y perdit la vie avec tous ses étatfp

beaucoup d’autres causes, ne laissèrent à leurs traités qu’une duree passagère.

Cassandre ne s’était fraye le chemin au trône qu’en se bajgnantdans le sang de toute la fa» mille du conquérant de l’Asie. De ses deux fils rivaux , l’un fait mourir sa propre mère , l’aulre appelle à son secours un vaillant étranger, qui s’empare de la couronne *.

Lysimaquc, à son tour, ne peut conserver ses domaines agrandis : une seule bataille contre Séleucus entraîne à la fois sa mort et la destruction de son empire.

Le fondateur de cette dynastie des Séleucides 2, qui comprend tous les rois si connus dans les annales juives sous le nom d’Antiochus r* , commanda alors à presque toute l’Asie

* C'était Démétrius Poliorcète, lui -même; il ne se maintint dans la Macédoine que très-peu de temps; mais son fils, Antigone Gonatas, revint sur le trône, et le laissa h ses descendans jusqu'au roi Pcrsée, vaincu par Paul- Émile dans la bataille de Pvdna, l’an t68 avant J.-C.

* Une ère particulière a reçu aussi le nom de ce monarque. L’cre des Séteucides commence l’an 3ia avant 1e christianisme.

* Le troisième roi du nom d'Antiochus est celui dont la cour servit de refuge h Annihal en l’année rç)ri avant

occidentale; ses armées pénétrèrent jusqu’au Gange ; le commerce des Indes lui ouvrit scs trésors; il bâtit plusieurs villes importantes, entre autres sa capitale, Antioche de Syrie, qui doit jouer le plus grand rôle dans notre histoire. Mais ses desccndans, incapables pour la plupart de conserver un état si prospère , se perdirent dans une longue suite de guerres désastreuses et de discordes civiles, en donnant l’exemple de toutes sortes de débauches et d’atrocités.

L’Égypte avait mieux réussi dans le partage. Pendant la durée d’un siècle entier, scs trois premiers souverains, les Ptolémées Sotcr, Philadclphe, Évcrgète ', en tirent l’asile brillant des arts et de la philosophie ; ils élevèrent

J.-C. Ce grand capitaine y travailla de toutes s es forces à une coalition contre les Romains, qui demeura sans effet par suite des irrésolutions et du manque d’audace de ce roi de Syrie.

* Ils régnèrent depuis l’an 3a3 avant J.-C. jusqu'à l’an aai : Soter, ou le Sauveur, fils de Lagus, trente neuf ans; Philadelphe, trente- huit; Évergète, vingt-cinq. C’est l'époque successive des guerres des Romains avec les Sanmitcs, des invasions de Pyrrhus, de la première guerre contre Cartltagé.

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des mon unions nombreux, ils consolidèrent sa marine, et Alexandrie atteignit le plus haut degré de splendeur. Leurs principales guerres furent avec les Séleucidcs ; leurs principales conquêtes s’étendirent dans l’Afrique et dans l’Asie-Mineurc. Mais, après leur mort, les peuples qu’ils gouvernaient se trouvèrent aussi abandonnés que les populations de Syrie à des tyrans de plus en plus odieux, jusqu’à la célèbre Cléopâtre, fille de Ptolémée-Aulète, qui, pour régner sans partage, avait fait assassiner ses propres frères, et dont le sceptre, soumis à la commune destinée des états de l’Orient, fut définitivement brisé par les Romains.

Nous voici donc arrivés aux derniers souvenirs d histoire générale , dans lesquels notre sujet nous a forcés de nous engager. Arrêtons quelques instans nos regards sur cette Rome, qui olfre sans contredit le plus grand exemple de la tendance sociale vers l’unité; tâchons de ressaisir son existence dans tout son cours, soit à cause de la solidarité des liens qu’elle a clé appelée à contracter avec le règne du christianisme, soit parce que les commotions les plus douloureuses que les peuples aient éprouvées pendant le changement complet de sa

constitution primitive , pendant le passage de son état de république patricienne à l’état d’empire absolu, correspondent à la veille même des temps où le fils de Marie est venu au monde.

Rome avait paru comme un point en Italie ; mais nul peuple n’a porté si loin qu’elle la faculté de s’étendre et de consolider son pouvoir. Dans la marche des populations de l’Orient vers l’Occident , sa position lui donnait un grand avantage sur Babylone et sur toutes les villes grecques. Sa plus haute pensée, qui a été d’étonner l’univers par l’austérité de ses vertus guerrières, d’en devenir le centre, le législateur souverain, a attaché à, son nom une majesté dont les droits restent toujours indépendans de la foule d’accusations dirigées avec trop de justice contre elle. La nécessité de lutter, dès son principe , avec des nations voisines et valeureuses , l’audace qu’elle puisait dans la certitude de ne rien hasarder et de pouvoir beaucoup acquérir, eurent cet effet immédiat, de disposer tous scs ressorts intérieurs pour la conquête ; il ne lui fut permis de s’arrêter en aucun temps, sous peine de se détruire elle-même, et ainsi

*>e forma, presque à son insu, le vaste désir de domiuation dont Rome du christianisme a recueilli un jour tout l’héritage, excitée qu’elle était, comme on aura lieu de s’en convaincre, par les hases de la doctrine primitive de scs fondateurs, non moins que par l’exemple des Romains ou par la propre ambition de ses chefs

Les deux premiers siècles d’existence de 1 ancienne cité furent employés a assurer son établissement ; les trois siècles qui suivent, à la rendre maîtresse de l’Italie. Vers le sixième siècle, la guerre contre Qirthagc fonda sa su-

' Ce fait sera sans contredit un des plus intéressa» à reconnaître jusque dans sa dernière expression, s'il n’existe pas une liaison nécessaire entre le christianisme primitif et le christianisme tel qu'il est devenu sous la forme catholique; s'il ne faut pas chercher les causes du passage de l'un à l’autre -dans le fond du sujet, dans les principes de la doctrine évangélique, bien pins que dans le* accidcns secondaires d’ambition individuelle, de perfidie, d’ignorance, avec lesquels la philosophie du siècle passé, d'une part, tranchait irrévocablement toutes les dimcultés, et qui, d’autre part, ont offert les moyens à beaucoup de sectes dissidentes, d’échapper, sous le point de vue religieux, aux objections les plus directes et les plus graves.

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prématie sur loul l'Occident, cl la guerre de Macédoine lui ouvrit les contrées orientales. En opposant les peuples les uns aux autres , en fomentant les discordes dans leur sein, et en jetant à propos dans la balance le poids «le son nom , de ses trésors, de ses armées, Rome sut remplir, dans toute leur étendue, ses destinées envahissantes, et contraignit peu à peu les nations les plus populeuses, les plus tières, à n’être comptées qu'au rang de simples provinces de son empire. Mais, malgré l’intelligence constante qui présidait à scs desseins, malgré les nombreux élémens de civilisation qu’elle répandait de toutes paris, comme la force ne cessait pas d être le premier lien de cette réunion d’états, et que la force, inhabile à se suffire long-temps à elle-même, s’alimente nécessairement d’oppression , de corruption , de rapines, de cruautés, Rome fut entraînée à user de tous ces moyens, qui se changent toujours, pour leurs propres auteurs, en sujets de désordre et de ruine.

Le siècle antérieur à 1ère chrétienne s’écoula donc, en grande partie, sous les auspices les plus fâcheux : et s'il est vrai que le faisceau de pouvoirs, livre aux mains des empereurs,

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et le besoin urgent d'obtenir des années de

loisir et de repos après de longues secousses, aient réussi à déterminer dans les siècles suivans plusieurs intervalles d’organisation et de paix; neanmoins, durant ces intervalles memes, les principes des déchiremcns ne cessèrent jamais d’exister, de tenir les coeurs en suspens, et de pousser de plus en plus à l'accomplissement tics jours éloignés où les désastres , le naufrage et l’entière destruction de l’empire romain, semblèrent ramener aux conditions primitives du chaos presque toute la terre.

Mais, avant ccs derniers jours, le siècle précurseur de 1ère nouvelle qui se recommande surtout à notre attention , cl qui, apres avoir réduit tant de peuples sous le sceptre d’une seule cite , imposa à cette cite cllemème le sceptre d’un seul homme ; ce siècle est sans contredit l’un des plus agités et des plus mémorables dans l’histoire du monde, où le christianisme ne tardera pas ù s’établir. Alors les plus grands efforts furent déployés; alors les témoignages les plus ardens retentirent au loin contre tous les genres d’esclavage; les discordes intestines portèrent au dernier

DIÎS NATIONS.

degré leurs fureurs; alors enfin l'on vit l’incertitude de chaque homme sur ses biens, sur sa liberté, sur son existence, la haine mutuelle des nations, des familles, des citoyens, et toutes les violences privées, tous les vices, tout l’égoïsme dont la crainte continuelle du danger s’accompagne inévitablement, ii l enduire dans la plupart des âmes une souffrance qui ne pouvait que les rendre très-avides d’un remède quel .qu’il fut, politique ou religieux, moral ou physique.

La longue guerre des Cimbrcs et des Teutons finissait à peine vers les premières années de ce siècle , que tous les peuples de l’Italie , d’un commun accord, se soulevèrent contre Rome. Dans les rivalités sanguinaires de Marius et de Sylla, cette cité, à son tour, fut affamée, prise, saccagée1. Spartacus, à la tète des esclaves révoltés, fait trembler ses maîtres ; une organisation générale et terrible des pirates n’est anéantie que par Pompée; en Afrique, d’anciennes discordes se perpétuèrent ; en Espagne brilla l’épée de Sertorius ;

1 Marius mourut l'an 86 avant J.-C. , et l'abdication de Sylla , après deux ans de dictature , est de 79.

U MIE I, C H ll’iTRK I.

la Germanie, la Gaule, la Bretagne, ont à s'engraisser du sang des légions romaines; la guerre de Mithridate et des Parthes déchire tout l’Orient ; enfin, dans toutes les parties du monde à la fois , on se divise et l’on combat pour Pompée ou pour César, pour Brulus, pour Antoine ou pour Auguste

' La noie A, à la (in du volume, renferme un aperçu chronologique des principaux événemens de l’histoire jusqu'à la venue de Jésus-Christ.

ÉTAT Df.S ESPRITS.

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