‹ Jésus-ChristChapitre 44 sur 98 · L ENTREE TRIOMPHALE A JERUSALEM · texte numérisé non relu

L ENTREE TRIOMPHALE A JERUSALEM

Le lendemain du sabbat (i), le premier jour de cette grande semaine dans laquelle Jésus devait mourir, le lo de Nisan (2 avril de l'an 30), fut pour lui un jour de triomphe. Il partit de Béthanie avec ses disciples, et prit le chemin de Jérusalem. La foule innombrable des pèlerins, accourus pour la Pâque, de toute la Judée, de l'Idumée, de la Galilée, d'au delà du Jourdain et des terres lointaines, était avertie de la présence du grand Prophète.

Les nombreux disciples racontaient à tout venant les mierveilles de sa vie, ses vertus et ses miracles sans nombre; la résurrection de Lazare surtout frappait d'admiration; on voulait voir celui qui accomplissait de tels prodiges. En propageant la gloire de leur Maître, ils préparaient, à leur insu, i;i manifestation populaire qui allait éclater. En dépit de la défection du peuple, en Galilée, l'année précédente (2), sa renommée avait encore grandi. La multitude s'obstinait à voir Cil lui, malgré lui, le Messie de ses rêves. L'opposition acharnée de la hiérarchie, loin de nuire à Jésus dans l'opinion de la

( I ) La Pàque tombait, en l'an 30, lîn vendredi. Le festin de Jésus chez Simon lyanteu lieu six jours avant la Flaque, d'après Jean, xii, i, doit être placé au <ibbat. Le lendemain, Jésus vint à Jérusalem.

(2) Voir plus haut : livre III, ch. ix.

(d%G JÉSUS CHRIST.

masse, lui valut plutôt un surcroît de sympathie. On se disait que le Règne de Dieu allait paraître enfin ; on attendait avec une impatience fiévreuse les événements. Plus ardents et plus indépendants, les Galiléens voulaient acclamer leur Prophète et lui faire une ovation, à son entrée dans la ville.

Jésus suivait, avec ses disciples, le chemin qui gravit la pente orientale du mont des Oliviers. En approchant de Bethphagé (i), il s'arrêta, et dit à deux des siens, en le leur montrant : — c Allez au village qui est devant vous; et, dès que vous serez entrés, vous trouverez une ânesse attachée, et avec elle un ânon sur lequel aucun homme ne s'est encore assis; dé-liez-les, et amenez-les-moi. Et si quelqu'un vous dit : Que faites-vous? répondez : Le Seigneur en a besoin. Aussitôt, il les laissera emmener. «

Tout se passa comme Jésus l'avait dit.

L'ânesse et l'ânon étaient liés, dehors, à la porte, entre deux chemins; les disciples les délièrent et les conduisirent au Maître; ils étendirent sur l'ânon leurs vêtements et le firent asseoir dessus.

Dès qu'on apprit qu'il se dirigeait vers Jérusalem , le peuple accourut au-devant de lui (2). L'enthousiasme s'empara des disciples et de la foule. Ils étendaient leurs manteaux, le long de la route, sous les pas du Prophète, coupaient des branches d'arbres et en jonchaient le sol ; d'autres tenaient en main des rameaux de palmier, et venaient à lui, en criant : « Hosanna, dans les hauteurs ! » Ceux qui ouvraient la marche et ceux qui suivaient se renvoyaient leurs acclamations prolongées. La conscience populaire faisait explosion enfin, elle rendait justice à celui qui venait tout sauver. Si elle a ses heures d'égarement et de folie, elle a aussi sa sincérité ardente et ses éclairs de vérité. Jésus qui, jusque-là, dans sa vie publique, a repoussé toute ovation, fuyant et craignant l'effervescence du peuple, accepte le triomphe qui lui est offert. Il accueille ces cris qui acclament son titre de Messie et la venue de son Règne; il les aime. Il faut bien que la vérité soit saluée, et qu'en la glorifiant l'homme s'honore.

Cette ovation d'un jour était dans les desseins de Dieu. Les Prophètes l'avaient annoncée et décrite, jusque dans ses détails caractéristiques. L'un d'eux disait, il y a six siècles :

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