IV ''V
— « Sois transportée d'allégresse, Fille de Sion, (( Pousse des cris de joie. Fille de Jérusalem.
(f Voici, ton Roi vient à toi.
« Il est humble et monté sur un âne,
« Sur un ane, — le petit d'une ânesse.
« Je détruirai les chars d'Fphraim
(( Et les chevaux de Jérusalem,
(' Et les arcs de guerre seront anéantis.
« Il annoncera la pai.x aux nations,
« Et il dominera d'une mer à l'autre (i). »
Jésus accomplit la prophétie et exécute la volonté de son Père. Il sait que ce triomphe le mène à la mort. Il peut en jouir sans ivresse. Il n'est point sans mélange d'amertume. Les Pharisiens, dispersés dans la foule, font entendre la note discordante : — Maître, disent-ils à Jésus, d'un ton aigre et indigné, faites donc taire vos disciples !
Ces prudents cachent mal leur dépit; la vérité les offense; ils tremblent à la pensée des conséquences d'une telle démonstration. Qj.ie vont dire les Romains, en apprenant que le peuple acclame son roi.^
Jésus leur répondit :
— « Si ces gens se taisent, les pierres crieront. » Depuis deux ans, il avait donné de sa mission messianique
des preuves telles, que les pierres du chemin elles-mêmes, si elles avaient eu une voix, lui eussent rendu témoignage. Mais l'homme qui s'obstine contre l'évidence peut devenir plus insensible et plus inerte que le rocher.
Le mot de Jésus était, pour ces Pharisiens, un reproche sanglant. Ils ne comprirent pas.
L'enthousiasme populaire grandissait, et à mesure qu'avançait le cortège, les disciples, pleins de joie, louaient Dieu, mêlant aux acclamations de la foule le récit des merveilles qu'ils avaient vues, à la suite de leur Maître. L'irritation des Pharisiens s'aggravait. Dans leur dépit et leur colère, on les entendait dire : Vous voyez, nos menaces n'ont servi à rien, tout le monde va à lui.
Ce peuple qu'ils dédaignent au fond et pour lequel ils n'ont que des paroles de mépris, ils aiment pourtant à le sentir à leurs pieds comme un troupeau d'esclaves; en voyant cette
(:; Zachar., ix, 9-10.
masse courbée, passive, ils se croient puissants; mais qu'une personnalité plus forte qu'eux la leur ravisse et la délivre , en ia leur ravissant, ils se sentent pris de cette haine particulière à tous les pouvoirs qui tombent; ils ne reculent devant rien pour relever leur prestige et conserver l'autorité. Le crime même leur paraît sacré.
Lorsque Jésus eut franchi l'arête du mont des Oliviers, au point même où le chemin descend vers la vallée du Cédron (i ), il aperçut à ses pieds Jérusalem. Cette vue le remplit de tristesse. Il pleura. Il sanglota sur elle (2).
— (( Si toi aussi », s'écria-t-il, « au moins en ce jour qui t'est donné encore, tu connaissais ce qui ferait ta paix! Mais, maintenant, ces choses sont cachées à tes yeux.
« Des jours viendront sur toi, où tes ennemis t'environneront de tranchées, ils t'enfermeront et te serreront de toutes parts : ils te jetteront à terre, toi et tes enfants; et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps où tu as été visitée. »
C'est une des rares circonstances où Jésus ait pleuré : ses larmes, au milieu de son triomphe pacifique, ont une mélancolie poignante. Cette joie d'un jour, que le Père lui ménage avant ses luttes et ses douleurs suprêmes, il l'oublie, pour ne penser qu'à son peuple, à sa ville ingrate et coupable, à la destinée effrayante qu'elle se prépare.
Jérusalem, c'est la tête et le cœur de la nation, le siège du pouvoir religieux qui personnifie Israël. Pourquoi faut-il que ce pouvoir s'aveugle, s'obstine, s'irrite et se scandalise ? Pourquoi ces grands prêtres, ces anciens, ces maîtres de la Loi, ces gardiens des traditions, ces chefs de la race élue, ne comprennent-ils point ce que les simples, les pauvres, les humbles, les méprisés, ont compris t Pourquoi leur conscience blasphèmet-elle, tandis que la conscience du peuple acclame l'Élu de Dieu .^
Ces pensées accablent, étreignent l'âm.e de Jésus.
Il est encore temps pour eux de le reconnaître; en le proclamant le Messie, ils peuvent sauver Israël et lui donner la paix de Dieu. L'angoisse indicible de Jésus ne tient pas à son propre sort : il y est résigné; mais au sort de sa nati.on et de la ville qui demandera son supplice. Cet aveuglement va
{i) Luc, XIX, 37 et suiv. — {2) "ExÀaucîv.
déchaîner sur Israël des calamités sans nom. La hiérarchie, méconnaissant le vrai Messie, sera emportée par son fau-x patriotisme à tous les excès et à toutes les aberrations. Elle essayera en vain de contenir la fièvre du peuple impatient de s'affranchir. Les Zélotes provoqueront la guerre la plus implacable, et, en voulant une vaine gloire, une vaine liberté, ces énergumènes se feront les exécuteurs inconscients de la vengeance de Dieu. Jésus le sait ; l'avenir est présent à ses yeux ; il voit Jérusalem assiégée, investie, mise à feu et à sang, ses fils égorgés, et ses maisons, ses monuments, ses palais, son Temple même, détruits.
Tout rempli de ces pensées dont le deuil contrastait avec les Hosannas de la multitude et la joie bruyante de ses disciples, Jésus, au milieu de son cortège royal, fit son entrée dans la ville. Jérusalem était tout en émoi. En voyant passer cette foule, en entendant ces acclamations, on se demandait qui arrivait; et tous ceux qui l'accompagnaient disaient d'un air de triomphe : C'est Jésus! le Prophète de Nazareth, en Galilée.
Cette ovation populaire reste simple, pacifique et religieuse. Rien de la pompe mondaine. Aucun appareil guerrier, aucun cri de révolte contre le pouvoir. Des branches d'arbres jetées sur le chemin, des habits étendus sous les pas de Jésus, des chants religieux, le grand Hallel messianique, tel qu'on l'enseignait aux enfants pour acclamer le Fils de David, au jour où il apparaîtrait (i). La monture du triomphateur ajoute encore à l'humilité, à la pauvreté du triomphe. Il a dédaigné le cheval des conquérants; il s'avance, monté sur le poulain de Tânesse, lui qui ne veut régner que par une miséricorde infinie. La foule qui le précède et qui le suit est elle-même composée surtout de Galiléens, — ces provinciaux qu'on dédaigne à Jérusalem.
Les Romains ne s'inquiétèrent pas de ce roi tranquille et doux qui ne menaçait point leur pouvoir, et les Sadducéens superbes ont pu regarder avec dédain passer le cortège.
Il alla droit au Temple (2).
Ce jour même, le 10 de Nisan, était consacré par la Loi au choix de l'agneau pascal 1 ;). Cette coïncidence doit être signalée. Elle permet de suppléer au silence des documents sur le sens de cette entrée de Jésus dans la maison de son Père; il se sait
(1) Succâh., cap. m. — (2j Matth.,xxi, loetsuiv.; Marc, xi, il — (^)Lxo(i.,
la Victime éternellement désignée, et il vient s'offrir lui-même. L'ère des holocaustes matériels est passée ; il faut à Dieu Tholocauste spirituel et divin : le voici. Sa royauté messianique ne s'établira que par sa mort. Avant de régner sur les consciences, il faudra qu'il meure.
En entrant au Temple, Jésus vint prier devant cet autel sanglant dont le feu allait pour jamais s'éteindre, et qu'il devait remplacer. L'oblation de lui-même à son Père était de tous les instants; en ce jour, elle fut renouvelée en silence. Le mystère douloureux de sa destinée commençait; mais il le gardait au plus profond de son âme, tandis que les disciples, incapables de le comprendre, malgré ses déclarations répétées, se livraient aux espérances d'un triomphe prochain et éclatant.
Après avoir prié, il inspecta tout, dit un des Évangiles (i) ; il examina en maître ce qui se passait. Il vit les bruyants apprêts de la fête, les troupeaux de bœufs, de taureaux, d^ génisses, de brebis et d'agneaux, parqués dans la cour des païens, comme dans un abattoir ; il regarda d'un œil triste ce mercantilisme qui déshonorait la maison de la prière; il vit les galeries transformées en lieu de passage, entendit les disputes des écoles adverses et les agitations de la foule, remarqua le formalisme vide de ces Pharisiens cherchant la justice dans la fidélité à des pratiques tout extérieures, et l'apre convoitise de ces prêtres qui trafiquaient de l'autel, des victimes, du Temple, et s'enrichissaient de la dévotion du peuple; il constata la dégradation profonde où tout était tombé. A la veille de ces jours où il allait consommer son sacrifice et poser l'acte décisif qui régénérerait non seulement les élus d'Israël, mais l'humanité entière, il a voulu observer de près, et longuement, la misère morale de son peuple dans ce Temple où tout aurait dû être saint, et qui était envahi par le bigotisme, la vénalité et l'hypocrisie.
C'était le soir. Il sortit avec les Douze et reprit le chemin de Béthanie. Il retrouvait là l'hospitalité au foyer de ses amis. De ces heures, de ces nuits dernières, nous ne savons rien. Tous les détails de la vie du Maître, en cette semaine sanglante, se sont évanouis devant les faits qui ont préparé et précipité le dénouement.
Le lendemain, accompagné des Douze (2), il revint à Jéru-
(i) Marc, xi, ii. — (2) Marc, xi, 12 et suiv.
Salem . Ce retour fut marqué d'un épisode mystérieux qui frappa l'imagination des apôtres.
Comme il sortait du village, Jésus eut faim. Tout le territoire de Béthanie est couvert de vignes et d'arbres à fruit ; or, il aperçut de loin, sur le bord de la route, un figuier qui avait des feuilles; ce n'était pas encore la saison des figues. Alors, il lui dit : « Nul, désormais, ne mangera de ton fruit. »
Le mot fut remarqué par les disciples, qui s'en étonnèrent. Jésus, cependant, sans rien dire, poursuivit sa route.
Arrivé à Jérusalem, il entra au Temple (i), mais, cette fois, en maître, comme au jour où il y avait fait sa première apparition. La vue des mêmes profanations sacrilèges le révolta et déchaîna ses colères saintes. Il se mit à chasser de la cour des païens les acheteurs et les vendeurs; il renversa les tables des changeurs et les sièges de ceux qui vendaient des colombes; il ne souffrait pas que nul transportât aucun vase par le Temple.
— « Comment », leur disait-il, indigné, « il est écrit que ma maison sera appelée la maison de prière pour tous les peuples, et vous, vous en avez fait une caverne de voleurs! »
Ceux qui, la veille, l'avaient proclamé Fils de David et Roi, ceux qui avaient été froissés de ces acclamations, pouvaient comprendre de quelle façon il entendait sa royauté.
Aucun acte ne symbolise avec une énergie plus expressive' le rôle éternel de Jésus dans cette terre où il vient établir son Règne. La corruption de l'homme y est tellement active et contagieuse que, laissé à lui-même, l'homme gâte la plus sainte des choses, — la religion, — et souille le lieu le plus sacré, — le Temple. La religion devient une école de trafic, et le Temple, suivant le mot de Jésus, un antre de voleurs.
Il faut que Jésus intervienne pour flétrir et écarter ce scandale. Partout où son bras armé du fouet n'a point frappé, le lieu de la prière reste à la merci des profanateurs, des exploiteurs, des voleurs et des marchands. Son zèle courroucé lui fait une auréole; nul parmi les hommes n'a été comme lui jaloux de la pureté et de la sainteté de la demeure de son Père.
A deux reprises dans sa vie, au début et à la fin de sa carrière publique, il a chassé les vendeurs du Temple ; c'est par un même acte de zèle et de réforme hardie qu'il l'inaugure et
(ilNiAfTri , XXI, 12 et suiv.; Mawc, xi, 15 et suiv.; Luc, xix, 45.
qu'il la termine. La critique a essayé d'identifier, de confondre ces deux faits; les documents établissent nettement leur distinction, et aucun motif sérieux ne saurait infirmer leur témoignage. De même qu'à tous les instants Jésus avait la conscience absolue de sa filiation divine, de même il a toujours considéré le Temple, la demeure de son Père, comme la sienne. Il y vient, il y agit, il y enseigne en maître; tout ce qui la déshonore l'indigne et le révolte. La première expulsion, en flétrissant un intolérable abus, un scandale odieux, manifestait avec éclat ses prétentions messianiques; la seconde les confirme solennellement. La sainte passion de l'honneur de Dieu est ainsi le premier et le dernier mot de son œuvre; il a commencé par inviter le peuple à la réforme, il termine en protestant contre l'esprit de cupidité qui va le perdre.
D'ailleurs, le temps est venu où ces troupeaux destinés au sacrifice n'ont plus de raison d'être. Il appartenait à celui qui devait être l'éternel holocauste, de bannir et de chasser ces victimes dont le sang n'avait rien purifié et dont le Père ne voulait plus. Une puissance extraordinaire d'intimidation éclatait en lui, lorsque, se livrant à son zèle ardent, la mansuétude et la douceur cédaient à la colère sainte du justicier.
Cependant, au moment même où il venait de sévir contre les coupables et les indignes, son courroux s'apaisait à la vue des malades et des infirmes qui accouraient à lui (1).
Les humbles ne le craignaient pas : il les attirait; leur misère, à sa vue, se sentait prise d'espérance. Des aveugles et des boiteux s'approchèrent; il les guérit.
Le peuple, émerveillé par ses miracles et par ses enseignements, témoignait visiblement de sa sympathie pour le Prophète. L'ardeur, l'enthousiasme de la veille ne se démentait pas. Des enfants répétaient, dans le Temple, les acclamations qui avaient retenti, à la descente du mont des Oliviers, quand Jésus fit son entrée. Ils criaient : « Hosanna au Fils de David (2)! ))
Ces cris firent scandale. Les autorités du Temple, les Scribes et tous ceux qui combattaient Jésus, vinrent à lui, indignés : — Entendez-vous ce que disent ceux-ci.^
Son calme et l'à-propos de ses réponses les déconcertaient. Il les confondit d'un mot :
— « Oui, je les entends. Et vous, n'avez-vous jamais lu
(i) Matth., XXI, 14. — (2) Matth., XXI, ij et suiv.
cette parole du Livre : 0 Dieu! vous avez mis la louange dans la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle (i). »
Le monde n'a pas changé; et les paroles de Jésus demeurent. Les petits, les innocents, les cœurs simples sont les seuls qui reconnaissent Dieu et qui l'aiment; les superbes, les esprits enflés de leur science, les fausses consciences entichées de leur justice, ne voient rien : la vérité les offusque. Dieu les gêne, son Envoyé les irrite; satisfaits d'eux-mêmes, ils ne demandent qu'à jouir et à dominer.
L'attitude souveraine, autoritaire, de Jésus dans le Temple, la faveur populaire qui accueillait son enseignement, l'enthousiasme croissant produit par ses miracles, tout contribuait à exciter le dépit et la haine jalouse de ses ennemis. Leur parti était arrêté; Jésus devait mourir. Le grand Conseil était résolu à le condamner. Les membres influents parmi la classe des prêtres et les docteurs s'occupaient du moyen pratique de le perdre.
Un obstacle les arrêtait : le peuple. Ils redoutaient une révolution; ils voulaient que tout se passât sans bruit; ils craignaient Jésus (2).
Ainsi, en ce moment critique, il n'a d'autre appui que la foule. On aime à le voir défendu par ce qu'il y a de plus humble et de plus redoutable; la conscience se réjouit, en voyant le pouvoir prévaricateur et traître à la vérité tenu en échec par la multitude, un instant au service du droit, de la vertu, de la sainteté, de Dieu lui-même.
C'est à l'appui humain du peuple, momentanément captif so«s son action, que l'humanité est redevable de ces derniers jours du Christ. Le Temple est son dernier champ de lutte; pour bien établir que sa mission est purement religieuse, que son messianisme n'a rien de politique, il ne quitte pas la maison de son Père. C'est là, et non dans la rue ou sur la place publique, qu'il enseigne et agit, essayant de convier à sa lumière les bonnes volontés du peuple. On était ravi, en l'écoutant (^); il tenait suspendue à sa parole la foule qui encombrait les portiques, versant à flots sa doctrine et ses bienfaits, du mvitin jusqu'au soir.
Le soleil couché, il se retire, et reprend avec les siens le chemin de Béthanie. Le lendemain, à la première heure (4),
(i) Ps. vm, j. —(2) Marc, xi, 18. — {}) Luc, xix, 48. — (4) Marc, xi, 20 et suiv.; Matth., xxi, 18 et suiv.
il revient, accompagné de ses disciples, suivant le même chemin que la veille. Or, en passant, les disciples virent le figuier maudit, desséché jusqu'à la racine. — Maître, s'écria Pierre, le figuier que vous avez maudit a séché.
Cet arbre, frappé de la malédiction de Jésus, est la seule créature qui ait subi la puissance destructive de celui dont la douceur à l'égard des hommes était sans bornes. La puissance vengeresse du mal était en lui : Jean l'avait dépeint comme le grand Juge, le van dans la main, séparant le grain de la paille et jetant la paille au feu inextinguible; il avait le
f)Ouvoir de vivifier et de mortifier, d'ouvrir le ciel et d'ouvrir 'abîme; il devait le révéler. Mais, dans sa carrière publique, ne voulant que le bien des hommes, il a épargné les coupables et n'a laissé voir son pouvoir de mort que sur ce figuier sans fruit.
Symbole transparent dont la tradition universelle (i) a découvert le sens caché, le vrai figuier stérile est ce peuple élu, planté par Dieu dans une terre choisie. Au temps marqué, Jésus, l'Envoyé du Père, est venu lui demander la pénitence et la foi : c'étaient les fruits dont il avait faim ; avec quelle ardeur il les eût cueillis! La créature privilégiée qui trompe la bonté et les soins du Créateur, son attenle et son amour, est toujours frappée de mort.
L'histoire est jonchée des débris de toutes les œuvres humaines que l'Esprit vivant de Dieu n'a pas édifiées et qui sont tombées sous les coups du temps. Elle est encombrée des cadavres des êtres stériles qui, nés du souffle de Dieu, n'ont pas répondu à son appel et ont trahi leur destinée. Le Judaïsme, séché jusqu'à la racine, en est le type. Incapable de produire aucun fruit religieux, il reste debout néanmoins, attestant par sa stérilité même la terrible malédiction que Jésus a fait peser sur lui.
La vue du figuier maudit, et mort de cette malédiction, ne paraît avoir éveillé dans l'âme des disciples que l'idée terrifiante de la puissance du Maître. Pour lui, il ne songe qu'à leur inculquer une foi plus entière, et il leur dit : « Ayez foi en Dieu (2). »
Toute puissance surnaturelle a sa racine dans la foi totale en Dieu. L'homme de foi pleine entre en communion avec
(i) cf. Origène, Tract., i6 et 18 ; saint Jérôme, in Matth., ad h. I. (2) Matth., xxi, 20etsuiv.; Marc, xi, 22 et suiv.
l'Être divin, et Dieu fait de lui rinstrument de sa bonté et de sa force. Si toute puissance a été donnée à Jésus, c'est que son humanité est envahie par la plénitude de TEsprit divin ; subordonnée à son impulsion souveraine, elle en exécute sans défaillance les volontés, les mouvements et les œuvres. Ce qu'il était lui-même, Jésus demandait à ses disciples de le devenir. — « Alors », dit-il, c rien ne vous résistera. »
« En vérité, je vous le déclare, quiconque dira à cette montagne : Lève-toi, et te jette dans la mer, et n'hésitera point dans son cœur, mais croira que tout ce qu'il aura dit se peut faire, il le fera en effet. »
On fausserait étrangement la doctrine et la parole de Jésus, si l'on croyait que l'Esprit de Dieu est aux ordres du caprice de l'homme et de ses vains désirs. Nous ne devons demander à Dieu que sa volonté sainte, et, pour en avoir le sentiment, il faut prier, s'unir à elle dans l'abnégation absolue. Alors, seulement, l'Esprit de Dieu nous soufflera le bon désir, le désir que Dieu écoute toujours, puisqu'il vient de Lui.
— « C'est pourquoi », disait Jésus, « je vous l'affirme, quoi que ce soit que vous demandiez dans la prière, croyez que vous l'obtiendrez et il vous sera donné. »
Une telle prière suppose la charité parfaite, le cœur droit et bon. « Lorsque vous vous disposez à prier, si vous avez quelque chose contre votre frère, remettez-le-lui , afin que votre Père dans les cieux vous remette aussi vos péchés. »
La miséricorde infinie du Père céleste est la récompejise de notre miséricorde ; il a pitié de ceux qui ont pitié, il aime ceux qui aiment, il les entend et les exauce.
Tous ces enseignements, qui résument sa religion, Jésus les a mille fois, en maintes occasions, reproduits. A l'approche de sa mort, ils deviennent plus touchants et plus expressifs. Il les rappelle, aujourd'hui encore, dans ce chemin de Béthanie à Jérusalem, en revenant braver les périls qui le menacent et au-devant desquels la volonté de son Père lui commande de marcher.
Cette journée du 1 2 de Nisan est la dernière qu'il va passer au Temple. La foule l'y a devancé, et ses ennemis l'y attendent.