DERNIERS ANATHÈMES CONTRE LES PHARISIENS
Les émissaires du Sanhédrin , les docteurs des divers partis et des différentes écoles se lassèrent d'interroger Jésus et de le poursuivre. On le redoutait. Son invincible sagesse inspirait de l'effroi à ceux qu'elle avait confondus. Il semble que par elle il eût conquis le Temple sur ses indignes maîtres. Il y régnait vraiment au milieu d'eux, aux applaudissements du peuple qui le traitait en Messie. Il en exerçait la fonction divine, mais il n'ignorait pas qu'on voulait sa mort : il l'avait dit nettement dans la parabole des vignerons, désignant même les auteurs. Il savait qu'on ne lui pardonnait pas de s'être appelé le Fils de Dieu, et que ce titre, — le seul qui exprimât son rôle messianique , — lui serait imputé à blasphème.
Il voulut amener ses adversaires à reconnaître son droit de se nommer ainsi, sur l'autorité des Écritures; il rassembla les Pharisiens et leur posa cette question (i) :
" Qu'est-ce qu'il vous semble du Messie.-' De qui est -il P'ils.'^ »
Les Scribes répondirent : — De David.
Aucun titre n'était plus en vogue dans le pays, dans la tradition, dans les écoles.
Mais qu'est-ce que ce Fils de David .^ Quelle est sa nature, sa dignité et sa fonction '<: Voilà le point où se fourvoie l'imagination populaire, où la science des docteurs attitrés s'aveugle et s'abuse. Parmi toutes les gloires attribuées à ce person-
(i)Matth., XXII, 41-45 ; iVlARc, XII, 35-37; Luc, xx, 41-46.
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nage, il en est une qui les contient et les résume toutes, la divinité. C'est elle qu'on méconnaît, et que Jésus s'est appliqué, dans toute sa vie publique, à mettre en lumière.
Aujourd'hui encore, à la veille de quitter le Temple et de mourir, il tente de la démontrer aux Scribes par le plus populaire des psaumes messianiques, — celui dans lequel le prophète a nettement affirmé la divinité du Christ, son égalité de puissance avec Dieu, son triomphe final sur tous ses ennemis, son sacerdoce éternel.
Relevant ce titre de Fils de David , qui n'exprimait que sa descendance humaine, Jésus ne le récuse pas, comme l'ont prétendu certains exégètes (i), il l'a toujours accepté; et, en le revendiquant aujourd'hui devant eux, il va leur insinuer le mystère de sa divinité.
— « Si le Christ est fils de David », leur dit-il, « comment donc David l'appelle-t-il, dans l'Esprit-Saint, son Seigneur ^ >.•
Et il leur récita le psaume :
c( Le Seigneur a dit à mon Seigneur :
« Assieds-toi à ma droite,
« Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds (2). »
Évidemment, si le Christ est le Seigneur de David, assis à la droite même de Dieu, il y a en lui la divinité. La conclusion était irrésistible pour tous ces docteurs qui juraient au nom du Livre inspiré. Ils ne surent pas la déduire. La théologie juive, qui aveuglait ces Scribes, avait dévié de la doctrine des prophètes. Pétrifiée dans un froid monothéisme, elle ne comprenait plus ce qui était l'âme des voyants et de tout l'Ancien Testament : l'intervention constante de Jéhovah dans son peuple, intervention personnelle, active, immédiate, vivante, dont les théophanies et l'inspiration passagère étaient les premières formes, et dont l'incarnation dans le personnage messianique devait être la réalisation parfaite. La divinité de Celui qu'Isaïe (3) appelait « le Fils qui nous est né, l'Admirabl-e, le Dieu fort et puissant », dont Michée (4) avait distingué la naissance humaine à Bethléhem , et la naissance divine dès l'éternité; que Malachie (^) appelait « l'Adonaï, entrant dans son Temple », — la divinité du Messie était
(1) ScHENKEL, Das Characterbild von Jesu.
(2) Voir l'Appendice S. Le Psaume ex.
(jj ISAIE, IX, 5. — (4) MiCH., V, 2. ($) MALACH., III, I.
voilée à leurs yeux. Jésus, empruntant le langage de la théologie vivante et populaire des prophètes, essaye, une dernière fois, de déchirer le voile, et de leur montrer comment, par la divinité du Messie, les deux titres de Fils et Seigneur de David se concilient. Ces esprits opiniâtres ne voient pas; ils restent confondus et muets et s'en vont avec leur incrédulité désespérée.
La sobriété du récit des Évangiles permet à peine de pressentir l'éclat que dut avoir cette scène, la dernière où Jésus se rencontra avec ses ennemis. C'est une des plus émouvantes cependant, car, en affirmant ainsi sa vraie nature, il signait son arrêt de mort. Mais que lui importe la mort! N'est-elle pas la condition de sa victoire.^ Et ne sait-il pas que son sacrifice lui méritera l'éternel triomphe.-* Il dut le dire aux Juifs avec une autorité imposante, lorsqu'il leur rappela le mot de Jéhovah au Messie : c Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis l'escabeau de tes pieds. » C'est alors que Jésus se tourna vers ses disciples. Le peuple, du moins, dans sa simplicité, Pécoutait, ravi.
il parla en juge, condamna publiquement, stigmatisa , flétrit, couvrit d'anathèmes Scribes et Pharisiens, tous les représentants de la Loi et de la science religieuse officielle (i).
— c< Gardez-vous d'eux »), s'écria-t-il, « ils seront plus durement condamnés.
<' Ils sont assis sur la chaire de Moïse. Observez donc et faites ce qu'ils vous disent, mais n'imitez pas leurs actes : car ce qu'ils disent, ils ne le font pas.
« Ils lient sur les épaules des hommes des fardeaux pesants et intolérables qu'ils ne veulent pas même remuer du doigt.
« Ils font toutes ces œuvres pour être vus des hommes.
« Ils portent sur le bras et sur le front de plus larges phylactères,, et des houppes plus longues à leurs manteaux.
« Ils aiment les premières places dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues. Ils veulent qu'on les salue dans les lieux publics, et qu'on les appelle maîtres.
«Pour vous, ne vous laissez point appeler maitres ; et n'appelez père personne sur la terre : car vous n'avez qu'un Père qui est dans les cieux ; et vous êtes tous frères, et vous n'avez qu'un Maître, le Christ.
« Que le plus grand parmi vous soit votre serviteur ; car
(i) Matth., XXIII, I ad fin.; Marc, xii, 37-40.
quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. »
Inconséquence, hypocrisie, dureté tyrannique, ambition et orgueil : voilà les vices de ces hommes du pouvoir qui ont été les premiers Antéchrists.
Inexcusables dans leur aveuglement et leur haine, ils ont blessé l'amour infini de Celui qui leur apportait la lumière, le salut et la paix; et ils ont encouru ses anathèmes accablants.
— i< Malheur à vous! » leur disait Jésus, « malheur à vous. Scribes et Pharisiens hypocrites , parce que vous fermez aux hommes le Royaume de Dieu; vous n'entrez pas et ne souffrez pas que les autres entrent.
« Malheur à vous! Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que, faisant de longues prières, vous dévorez les maisons des veuves.
c< Malheur à vous! Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous courez les mers et la terre, pour faire un prosélyte, et quand il l'est devenu , vous faites de lui un fils de la géhenne, deux fois plus que vous.
« Malheur à vous! guides aveugles. Vous dites : Jurer par le Temple n'est rien, mais jurer par l'or du Temple, oblige. Insensés et aveugles ! Lequel est le plus grand : l'or ou le Temple qui sanctifie l'or.^ Vous dites aussi : Jurer par l'autel n'est rien, mais jurer par l'offrande déposée sur l'autel, oblige. Aveugles! Lequel est le plus grand : l'offrande ou l'autel qui sanctifie l'offrande ?
« Celui qui jure par l'autel, jure par lui et par tout ce qui est dessus. Et qui jure par le Temple, jure par le Temple et par Celui dont il est la demeure. Et qui jure par le Ciel, jure par le trône de Dieu et par Celui qui y est assis.
« Malheur à vous! Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme de la menthe et de l'aneth et du cumin, et vous ne tenez aucun compte des points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la foi. Il fallait faire cela, mais ne pas omettre ceci. Guides aveugles, vous filtrez le moucheron et avalez le chameau.
(' Malheur à vous ! Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat; et au dedans, vous êtes pleins de souillures et de rapine.
(' Pharisien aveugle! nettoie d'abord le dedans de la coupe et du plat, et le dehors sera pur aussi.
" Malheur à vous! Scribes et Pharisiens hypocrites; vous
NîORT DE JÉSUS, ET AU DELA. 66^
ressemblez à des sépulcres blanchis : en dehors, ils paraissent beaux aux yeux des hommes, mais, en dedans, ils sont pleins d'ossements de mort* et de toute sorte de pourriture.
f Ainsi , au dehors, vous paraissez justes aux homm.es, mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. »
C'est la justice éternelle et inexorable de Dieu qui tonne par la bouche de Jésus, son fidèle organe, contre les chefs de la nation juive, contre ces maîtres de l'opinion et contre tous ceux qui, dans la suite des siècles, continuent leurs œuvres de mort. Leurs crimes ont fait taire la miséricorde et provoqué les saintes vengeances.
Ces grands coupables entravent le Règne de Dieu qu'ils devaient soutenir et acclamer. Ils s'en détournent et en détournent les autres. Ils mettent à étendre leur propre règne un prosélytisme infernal, et ceux qu'ils enrôlent dans leur secte satanique sont pires qu'eux. Ils altèrent la vérité, et égarent ceux qu'ils devraient éclairer. Ils exploitent les simples, dévorent, sous le masque de la religion, la fortune des veuves; ils dégradent le culte et le matérialisent; ils affectent de multiplier les pratiques, jusqu'au scrupule, et oublient la justice, la miséricorde et la foi. Ils filtrent le moucheron et avalent le chameau; ils trompent la foule avec leur faux air de religion, et entassent rapines et souillures dans leur conscience abominable, — sépulcres blanchis et remplis d'horreur.
Dieu parle par ses prophètes, ses envoyés, ses saints; au lieu de les écouter, ils les tuent; et, quand ils sont morts, ces hypocrites, pour donner le change, affectent de les honorer, en embellissant leurs sépulcres. Mais que Dieu parle encore, et qu'il paraisse en personne, ils renouvelleront leurs homicides : mettre les prophètes à mort est leur crime favori.
Au moment même où Jésus les accablait avec une force divine et une sainte colère, ils tramaient sa perte et arrêtaient son supplice. Il le voyait, et cette vue lui arracha contre eux une malédiction suprême plus terrible.
— « Malheur à vous! Scribes et Pharisiens hypocrites, qui bfitissez des tombeaux aux prophètes et ornez les monuments des saints, en disant : Si nous eussions vécu au jour de nos pères, nous ne nous fussions pas joints à eux pour répandre le sang des prophètes.
« Celui qui vous parle, ne voulez-vous pas le mettre à mort .'
« Remplissez donc la mesure de vos pères. »
C'est le juge qui fulmine, le Juge divin lui-même. Il embrasse d'un coup d'œil l'immense et effroyable solidarité des crimes de son peuple contre Dieu :
— (( Serpents », s'écria-t-il , « race de vipères! comment fuirez-vous le jugement de la géhenne?
r( Voilà, je vous envoie des prophètes, des sages et des docteurs, et vous tuerez les uns et crucifierez les autres; et vous flagellerez ceux-ci dans vos synagogues et vous poursuivrez ceux-là de ville en ville, en sorte que sur vous retombe tout le sang juste, depuis le juste Abel, jusqu'au sangdeZacharie(i), fils de Barachie, que vous avez égorgé entre le Temple et l'autel. »
Les paroles de Jésus ne sont pas des formules vides, elles portent avec elles la vertu de Dieu. Quand il bénit, il ouvre la source de la bonté sans bornes; quand il maudit, il déchaîne les puissances de l'abime.
Ces (' V£ » répétés amassent les colères de Dieu sur les têtes qu'elles accablent.
— « Je vous le dis, en vérité », ajoute-t-il, « tous ces malheurs viendront sur cette génération même. »
La pensée du châtiment effrayant que le crime de sa mort allait précipiter sur son peuple et sur la ville ingrate le remplit tout à coup d'une immense tristesse; il eut, à l'adresse de Jérusalem, un mot poignant que déjà la vue de son infidélité opiniâtre lui avait arraché (2) :
— «Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes, qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes fils, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes... et tu ne l'as point voulu (3) ! »
Et, montrant le Temple, il ajouta : — « Votre maison va être laissée déserte; car, je vous le dis, vous ne me verrez plus, à moins que vous ne disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
(i) Ce Zacharie était souverain sacrificateur sous le règne de Joas {Il Paralip., XXIV, 20-22). Voyant le peuple retourner à l'idolâtrie, il profita d'une fête solennelle pour reprocher en plein Temple à Israël ses infidélités envers Dieu. Il fut lapidé par le peuple et par Joas dans le parvis même.
Il est dit fils de Joiadas dans les Paraîipomenes , et fils de Barachias dans saint Matthieu. Saint Jérôme {Comment, in Matth., I. IV) remarque justement que les deux noms Joiadas et Barachias ont, en hébreu, la même signification : Béni de Dieu ; et d'après le témoignage du même docteur, on lisait effectivement, dans l'Évangile des Nazaréens, Joiadas au lieu de Barachias.
(2) Cf. Luc, xiii, 34-35. — (3) Matth., xxiii, 38-39.
C'était le dernier appel. Il ne fut pas entendu. Le Temple ne devait plus revoir celui qui seul pouvait le remplir et lui assurer l'éternité; il tombera comme une maison vide, abandonnée.
Tout ce qui chasse Dieu est voué à l'inévitable destruction.
A la suite de ces discours si pathétiques et si véhéments, Jésus vint s'asseoir, à l'écart, dans la cour d'Israël, près de la salle du Trésor, en face des troncs destinés au.x offrandes (i). Il regardait la foule qui se pressait tout autour pour y déposer des pièces de monnaie. Des riches, en grand nombre, mettaient beaucoup. On les admirait. Une pauvre veuve vint et glissa deux leptes, la valeur d'un centime, à peine.
Jésus appela ses disciples et leur dit : « En vérité, de tous ceux qui ont déposé leurs offrandes dans les troncs, cette mendiante a donné le plus, car tous ont donné de leur superflu; mais elle, elle a donné de son indigence, — tout ce qu'elle avait. C'était toute sa vie. »
Le don matériel n'est rien devant Dieu, il n'a de prix que par le sentiment, par la vertu qui l'inspire. Le plus grand sentiment, la meilleure vertu, c'est la charité; or, la charité pleine ne garde rien, elle donne tout. La pauvre veuve ne possédait que deux leptes, mais elle avait la charité parfaite, et ses deux leptes ont acquis devant Dieu, par la charité, une valeur supérieure à tous les sicles d'argent et d'or.
Jésus jugeait en Dieu; il lisait dans Tâme. La piété de cette femme inconnue le toucha. Elle est une de celles qui ont été louées par le plus sage, le meilleur des juges et le seul infaillible. Tous les pauvres de la terre, tous les misérables, peuvent se consoler et se réjouir; ils n'ont pas la richesse estimée des hom.mes, mais ils peuvent avoir, jusque dans leur indigence, les trésors qui seuls sont aimés de Dieu.
Il faut placer ici un incident caractéristique (2) qui motiva les dernières paroles prononcées par Jésus dans le Temple (3).
Parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer, le jour de la fête, quelques Hellènes s'approchèrent de Philippe, de Bethsaïde, en Galilée, et lui firent celte prière : — Seigneur, nous voudrions voir Jésus.
(1) Marc, xil, 41-44; Luc, xxi, 1-4. — (2) Jean, xii, 20-j6.
(3) Ce qui paraît autoriser notre opinion, c'est qu'au témoignage de saint Jean,
La Pâque amenait à Jérusalem non seulement les Juifs pieux de la Palestine et du monde, mais les païens qui, dans leur pays, s'étaient convertis au judaïsme. On les appelait les prosélytes de la Porte. Ils étaient nombreux, dans la Syrie, la Décapole et dans toutes les provinces de l'ancien empire d'Alexandre. Aux grandes solennités, ils venaient à la métropole et offraient leurs sacrifices dans le Temple. La cour des païens leur était ouverte. Évidemment, ces Hellènes appartenaient à la classe des prosélytes de la Porte ; ils paraissaient avoir connu Philippe : c'est un indice qu'ils devaient habiter quelque ville de la Décapole, voisine de Bethsaïde. D'ailleurs, l'entrée triomphale du Prophète à Jérusalem, Fexpulsion des acheteurs et des vendeurs du Temple, sa prédication populaire qui ravissait la foule, ses miracles répétés, ses réponses victorieuses aux questions perfides des docteu.rs, la lutte qu'il soutenait avec tant de puissance contre le Sanhédrin et les chefs, tout explique et justifie leur ardent désir de voir Jésus. Ce n'est point la curiosité qui les pousse, mais un attrait profond de la conscience. Leur demande, d'une discrétion touchante, trahit un grand respect.
Le disciple comprend la gravité de la démarche qu'il va faire ; il doit se souvenir du mot de son Maître : «Je l'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. » .1 n'ose prendre sur lui de transmettre à Jésus la prière de ce, païens. Il confère avec André; et c'est ce dernier, dont on .onnaît la nature résolue i\),qu\ détermine Philippe à porter i Jésus le message. Malgré le silence du narrateur, on peut croire que Jésus accueillit le désir des païens. Nulle conscience ne Ta vainement appelé. Ces Grecs de bonne volonté l'ont approché, regardé et entendu. Ils ont été les témoins et la cause d'une des manifestations les plus poignantes de l'âme de Jésus.
En se voyant désiré par ces Gentils, au moment même où les Juifs le répudiaient, il fut en proie à une émotion divine. Toute sa destinée lui apparut, austère et glorieuse; il vit intérieurement son supplice et son triomphe futurs, et dans son supplice, la cause de son triomphe. Si le peuple infidèle et aveuglé ne répond à son appel qu'en le crucifiant, cette mort voulue du Père vaincra le mal et attirera vers lui l'humanité entière. Le « Prince de ce monde » espère le terrasser sur la
Jésus, aussitôt après, s'en alla et se cacha des Juifs. Sa mission était finie. Il n'avait plus qu'à mourir, (i) Jean, i, 41-42.