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L INAUGURATION DU MINISTERE PUBLIC DE JÉSUS EN GALILÉE

Un des points les plus importants à fixer dans l'histoire évangélique, c'est l'époque où Jean-Baptiste, emprisonné par Hérode, disparaît de la scène et laisse à Jésus la place libre pour son action messianique.

Cette importance est telle, que les trois premiers Évangiles ont fait partir de là leur récit parallèle de la vie publique de Jésus. Il suffit, pour s'en convaincre, de rapprocher les trois passages correspondants de Matth., IV, 12, 17; de Marc, i, 14; de Luc, IV, 14. ^ Jésus ayant appris •> , dit samt Matthieu, t que Jean avait été livré, se retira en Galilée. ^ Et saint Marc : ^ Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée, prêchant l'Évangile du Royaume de Dieu. -^ Et saint Luc : i. Et Jésus revint en Galilée, dans la puissance de l'Esprit, et il se fit un grand bruit à son sujet dans tout le pays d'alentour. ■»

On remarquera sans doute que saint Luc ne mentionne pas comme les deux autres Évangélistes, dans ce verset même, l'emprisonnement de Jean-Baptiste ; mais il l'a déjà rapporté plus haut (lli, 19, 20), ce qui le dispense de le rappeler ici ; tandis que saint Matthieu (XIV, i, 12) et saint Marc (Vl, 14, 29) ne devaient raconter le détail de cet emprisonnement que plus tard, incidemment, à l'occasion d'Hérode le Tétrarque, qui s'inquiétait de la renommée croissante de Jésus.

Si, d'après les trois synoptiques, la vie publique du Maître n'est vraiment inaugurée que le jour oîi Jean-Baptiste est emprisonné, en fixant la date de ce second fait, nous déterminerons celle du premier ; il n'est personne qui ne voie toute la valeur d'un pareil résultat.

Or, au témoignage des synoptiques, l'emprisonnement de Jean-Baptiste concorde avec le départ de Jésus pour la Galilée. En apprenant que le Précurseur a été livré, disent-ils, Jésus quitte la Judée et vient se fixer en Galilée. Si donc on peut préciser l'époque de ce retour, on aura du même coup celle de l'emprisonnement de Jean-Baptiste.

Le quatrième Évangile, sur ce point comme sur tant d'autres, nous apporte une lumière inattendue.

Au chapitre VI, i, il ramène Jésus en Galilée, après un voyage mentionné dans le chapitre V, voyage que motiva une fête dont le nom n'est pas exprimé. C'est cette fête qu'il importe de découvrir, car les Juifs célébrant leurs solennités à des jours fixes, nous pourrons déterminer par elle le jour et le mois, et comme nous savons déjà Qu'elle précède le 1 5 de Nisan de l'an 782 de Rome, elle nous conduira à l'année que nous cherchons.

L'exégèse du verset i du chapitre V de saint Jean a donné lieu à divers systèmes parmi les commentateurs.

Les uns, saint Irénée, Rupert, Jansénius, Tolet, Lucas, Cornélius Lapierre, ont vu dans la fête innommée la Pâque ; les autres, saint

Chrysostome, Cyrille, Théophylacte, Euthymius, Maldonat, la Pentecôte ; d'autres enfin, Kepler, Petau, Lamy, Tholuck, Anger, Wieseler, l'ont interprétée dans le sens de la fête des Purim.

Nous adoptons cette dernière opinion, et voici sur quelles bases elle repose.

D'abord, si saint Jean eiît voulu désigner l'une des grandes fêtes juives, la Pâque, la Pentecôte, les Tabernacles, il l'eût certainement appelée par son nom. Son Évangile en fait foi. Quand il s'agit de la Pâque, il la nomme en termes formels t6 TidcT/a (i). Et il n'emploie l'expression y; Éopxr,, la Fête, que dans le cas où le contexte suffit à donner à cette expression vague son sens précis (2).

Il appelle également de son nom propre la fête des Tabernacles ■?i (Ty.r,vo7Tr,Yia (3). Et il se sert également de l'expression -ri iooTr, pour la désigner ; et le contexte ne permet pas de se méprendre sur la signification.

Ce qu'il fait pour la Pâque et la fête des Tabernacles, il l'eût fait, sans aucun doute, pour la Pentecôte, s'il avait eu à la mentionner. Si le texte de saint Jean ne nous autorise pas à voir l'une des grandes fêtes dans la fête vaguement indiquée au chapitre v, il ne reste guère que la solennité des Purim à reconnaître.

D'ailleurs, un détail chronologique, incidemment fourni par l'Évangéliste dans le récit du dernier voyage de Jésus à travers la Samarie, va nous mettre sur la voie de la solution cherchée. Jésus dit à ses disciples : tt Ne dites-vous pas : Encore quatre mois, et ce sera la moisson? Voici que je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs ; ils sont déjà tout blancs pour la moisson. " (Jean, iv, 35.J Les mots >: encore ^, £Ti, et y-or,, « déjà 1 , montrent assez clairement qu'il ne s'agit pas d'une locution proverbiale, mais de la simple constatation du temps. Or, la moisson, chez les Juifs, s'ouvrait, le 16 de Nisan, par l'oblation solennelle du « Homer >» , la gerbe sacrée ; en comptant quatre mois en arrière, nous arrivons au mois de Kisleu, dans les années ordinaires, à celui de Thebet, dans les années intercalaires ; mais l'année 782 étant une année intercalaire, nous sommes amenés au mois de Thebet. La fête de la Dédicace était passée, et il ne restait, avant la Pâque de 782, d'autre solennité juive que la fête des Purim, qui se célébrait, cette année, le 14 du second Adar, un mois avant la Pâque.

C'est la fête indiquée par saint Jean au chapitre V. Et en effet, au chapitre VI, 4, parlant du retour de Jésus en Galilée, après son voyage pour la fête des Purim, il a soin de dire : » La Pâque était proche. ^

Ceux qui veulent, à tout prix, voir la fête de la Pâque dans le verset que nous examinons, se heurtent à une invraisemblance inadmissible. Comme Jésus n'ira pas à Jérusalem, mais restera en Galilée, la Pâque prochaine, et comme, d'après saint Jean (vil, 2), il ne retournera en Judée qu'à la fête des Tabernacles, il s'ensuivrait que, pendant

(i'> Jkan, II, 15, 25 ; VI, 4 ; xi, ^ > ; xii, i ; xiii, 1. — (2) Jean, iv, 45. Cf. 11, 2^; XI, ^6 ; XII, 12. — (3) Jean, vii, 2.

sa vie publique, Jésus aurait passé un an et demi sans paraître à Jérusalem.

La comparaison et le parallélisme du quatrième Évangile et des trois synoptiques nous conduisent à la même conclusion.

Le voyage de Jésus en Galilée dont parle Jean, au chapitre VI, i, répond à son retour en Galilée mentionné par Matthieu (iv, 12), Marc (l, 14) et Luc (IV, 14). Tout le synchronisme des Évangiles repose sur cette concordance. Si l'on veut voir une Pàque dans la fête innommée du chapitre V, tout ce synchronisme est détruit. En effet, comme saint Jean mentionne une seconde Pâque au chapitre VI, 4, il y aura, à ce moment, deux années de la vie publique de Jésus écoulées, tandis que les synoptiques n'en comptent qu'une.

Au contraire, avec la fête des Purim, tout s'harmonise. Les synoptiques racontent, après l'arrivée de Jésus en Galilée, l'histoire des épis froissés aux mains des disciples ; ce qui suppose les approches de la Pâque, le mois de Nisan, comme saint Jean le dit en propres termes : tt La Pâque était proche. -^ (vi, 4.)

Enfin, si Jésus est mort crucifié un vendredi, le 1 5 de Nisan de l'année 783, comme nous le démontrerons, il est impossible de voir dans la fête du chapitre v, i, autre chose que la fête des Purim.

En effet, la première Pâque de la vie publique de Jésus mentionnée au chapitre II, 13, doit être rapportée à l'an 781. La seconde, celle de 782, a été mentionnée au chapitre VI, 4. Donc, la fête à laquelle il est fait allusion au chapitre V, 1 , ne peut être une Pâque ; elle ne peut être qu'une solennité qui a précédé la Pâque de 782. Mais le verset 35 du chapitre IV nous conduit après la fête de la Dédicace : et comme entre la Dédicace et la Pâque il n'y a d'autre fête que celle des Purim, c'est celle qu'il faut reconnaître sous la vague dénomination dont saint Jean s'est servi.

Le quatrième Évangile remarque que ceti:e fête tombait un samedi : nouveau détail qui va confirmer notre conclusion. La Pâque de l'an 782 tombait un lundi, le 18 avril ; or, comme la fête des Purim se célébrait dans cette année intercalaire le 14 de Beadar, il suffit, pour trouver le jour de la fête, de retrancher trente jours du 18 avril. Cela nous mène au 14 de Beadar, à un samedi. Aucune fête, cette annéé-là, ne tomba un samedi.

Certains auteurs ( i) ont cru trouver là une raison décisive pour écarter "la fête des Purim, en prétendant qu'elle ne devait jamais tomber un samedi, d'après les règles du calendrier juif. C'est une erreur.

Ils ont confondu l'ancien calendrier avec celui qui fut réglé plus tard. Dans ce dernier, plusieurs règles nouvelles ont été introduites sous l'influence de l'esprit pharisaïque. En vertu de ces prescriptions qui ne remontent pas au delà du troisième ou du quatrième siècle, certaines fêtes ne pouvaient plus être célébrées à certains jours. La Pâque ne

(i) Roland, Anti<]. sacr., iv, 9. De fesîo Purim.

devait pas se célébrer un vendredi, par exemple. Mais il n'en était pas encore ainsi du temps de Jésus, et comme la Pâque tomba justement, l'année oii il fut crucifié, un vendredi, la fête des Purim a pu tomber, dans le courant de sa vie publique, un samedi.

Le fait est si certain, que la Mischna dit formellement que le i4d'Adar ou de Beadar peut être un samedi ; mais qu'alors on aura soin de remettre à un autre jour la lecture du ^ Megillah y , le rouleau sacré, le livre d'Esther (ij.

Qu'était-ce que cette fête des Purim ?

La fête des Sorts, en hébreu Pourini (Esth., IX, 26 et suiv.), était ainsi nommée du mot pour (sort), d'origine persane. Les Septante l'ont traduit par ^poupaî, et Josèphe {Antiq., XI, 6,. 13) a gardé cette expression : f;[jLipaç yfyO-jpaîo'j;.

Le mot grec adopté par les Septante paraît dériver plutôt de l'hébreu, para (briser), et de pour (morceau, partie ou lot), que du persan. Cette fête avait été instituée pour perpétuer le souvenir de la délivrance des Juifs par Esther, sous Assuérus. Elle se célébrait le 14 d'Adar, et dans les années intercalaires, le 14 de Beadar. La veille, un jeûne sévère, auquel les enfants mêmes, dès l'âge de treize ans, étaient astreints, inaugurait la solennité. La veille encore, on s'assemblait dans les synagogues, et, à la lueur des lampes, au moment du lever des étoiles, on lisait le livre d'Esther, le Megillah, le rouleau par excellence, sans en rien omettre.

Le jour même de la fête, le matin, nouvelle lecture du livre d'Esther, précédée du récit de la déroute d'Hamalec (Exod., xvil).

Puis, on retourne dans sa maison; et le jour se passe en jeux, en festins, en réjouissances. Les aumônes étaient abondantes, afin que les pauvres pussent participer à la joie générale.

Les excès ont souvent déshonoré cette fête, qui se terminait en vraies bacchanales. Les Juifs ajoutaient aux divertissements un détail lugubre. Ils dressaient un gibet, y suspendaient un homme de paille que l'on nommait Haman, du nom de celui qui avait voulu perdre la colonie persane, et ils finissaient par y mettre le feu, brijlant en effigie leur persécuteur.

De tels excès, et surtout l'esprit de vengeance qu'ils témoignaient si violemment contre les païens, ont été invoqués par certains auteurs comme des motifs sérieux qui s'opposaient à ce que Jésus vînt à Jérusalem à cette époque.

On oublie que ces désordres n'enlevaient rien h cette fête de son caractère sacré au cœur des vrais Israélites. Elle demeurait pour eux une fête nationale, elle leur rappelait l'un des plus grands faits où la miséricorde de Dieu s'était révélée sur son peuple.

Pourquoi le vrai Sauveur des Juifs et du monde eût-il refusé de fêter le salut d'Israël? Cette solennité des Sorts n'était-elle pas la fête des

(i) Traité MegilUh.

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pauvres que la libéralité des riches se plaisait à nourrir ? Pourquoi l'ami des pauvres ne fût-il pas venu, en ces jours oii ceux qu'il préférait se trouvaient dans l'abondance et dans la joie ?

Le célèbre passage de Josèphe (Antiq., XVIII, 5, i, 2), bien interprété, peut confirmer la date que nous fixons à l'emprisonnement du Baptiste. Il est vraisemblable, en effet, que l'austère Prophète n'a:tendit pas longtemps pour fulminer contre le scandale que donna Hérode Antipas, en répudiant sa femme légitime, la fille d'Arétas, roi des Arabes, et en épousant Hérodiade, la femme de son frère Hérode. Or, c'est au retour d'un voyage à Rome qu'Antipas exécuta son dessein d'adultère. Josèphe ne marque pas l'époque de ce voyage; mais il est facile de le déterminer avec toute vraisemblance.

Une occasion favorable se présentait en effet, en l'année 782 de Rome ; Livie venait de mourir. La vieille impératrice avait hérité, à la mort de Salomé, de toute la part que le testament d'Hérode lui avait laissée, Jamnia, Ardod, Phasaël et Archélaïs. Antipas avait tout intérêt à tenter auprès de Tibère, à ce moment, de reconquérir quelque chose de ces possessions qui avoismaient sa tétrarchie. Cette hypothèse répondrait bien au caractère utilitaire de ce voyage rapide que Josèphe a exprimé très nettement en disant qu'Antipas revint après avoir négocié à Rom.e les affaires qui l'y avaient amené (1).

, Tacite (Ann., v, i) dit formellement que Livie est morte sous le consulat des deux Gemmi. Ils entrèrent en charge en janvier 782. Si l'Impératrice est morte au commencement de l'année, le voyage d'Antipas aurait pu s'effectuer de janvier à mars ; et son retour, qu'il a dû précipiter afin d'accourir à ses noces adultères, coïnciderait avec les approches de la fête des Purim, alors que Jean-Baptiste, sur les deux rives du Jourdain, dans la Judée et aussi dans la Pérée qui était du domaine d'Antipas, continuait sa mission de justice, de pénitence, stigmatisant les coupables, même quand ils étaient des souverains, comme il convenait à l'envoyé de Celui qui juge, sans exception, les petits et les grands.

L'étude comparative du quatrième Évangile et des trois synoptiques nous conduit à la même conclusion. En 781 de Rome, Jésus a déjà accompli sa première Pâque, après son baptême, — cette Pâque où les Juifs lui disaient : ^ Voilà quarante-six ans que l'on travaille à ce Temple, et tu prétends le rebâtir en trois jours, r, (n, 19.) Jean est encore vivant à cette époque, comme le prouve le verset 1 du chapitre IV. Vers les premiers mois de 782, au voyage de Jésus à Jérusalem pour la fête des Purim, en février, Jésus parle de lui comme d'un disparu : a C'était » , dit-il, c une lampe ardente et brillante, et vous avez voulu, vous aussi, un instant, vous réjouir à sa clarté. t> (V, 35.) Donc, c'est vers la fin de 781 ou aux premiers jours de 782 que Jean aurait été emprisonné et décapité, et c'est peu après que Jésus se retire en Galilée.

l'année de la mort de JÉSUS.

Pour arriver à déterminer l'année de la mort de Jésus, il faut :

i" Constater qu'il a été crucifié un vendredi ;

2" Prouver que ce vendredi était le jour même de la Pâque, le 1 5 de Nisan.

Cela démontré, il n'y a plus qu'à consulter le tableau astronomique et le calendrier juif, et rechercher, vers la fin du gouvernement de Ponce Pilate, l'année où la Pâque est tombée un vendredi. Cette année sera celle de la mort de Jésus.

Or, que Jésus ait été crucifié un vendredi, les Évangélistes le disent expressément.

Saint Luc (xxiii, 54), après avoir parlé de l'ensevelissement de Jésus qui suivit immédiatement sa mort, marque le jour et l'heure : u Et le jour -^ , dit-il, »> était un vendredi -> , TraoaGas'jr;, et <• le sabbat luisait -> . Le jour qui suivit la Parascève ou le vendredi, et pendant lequel les femmes présentes à l'ensevelissement de Jésus s'abstenaient du travail de l'embaumement, bien qu'elles eussent préparé les aromates et la myrrhe; — ce jour est appelé par saint Luc un sabbat (XXIII, 56). Et enfin, le lendemain où les femmes vont au tombeau, portant les aromates préparés la veille, est appelé le premier jour des sabbats, t-^ oè [iii Ttôv

Saint Marc nomme aussi un vendredi le jour de la mort de Jésus, et afin qu'on ne confonde pas la Parascève ou le vendredi avec la veille de la Pâque, il dit formellement : ^ Comme c'était un vendredi, jour qui précède le sabbat " , iT^l r,v TrapaTXîur,. ''^ È'^"^ TrpoTâéoaTo/ (XV). Le tt sabbat passé •^ , oia-jevoazvou toù ca^oâTO'j, c'est-à-dire le soir du sabbat, les femmes achetèrent leurs aromates pour l'onction de Jésus, et c'est le premier jour après le sabbat, tt;: aià; aaéêâTorA qu'elles viennent au tombeau (XVI, 1, 2). Saint Matthieu, parlant du jour qui suivit la mort de Jésus, le caractérise en ces termes, qui ne laissent pas lombre d'un doute : celui qui est après le vendredi ou la Parascève, y--'.; i(j-i [LZ-zà nrc) TtapaTXô-jïiv (XXVII, 62).

Les trois synoptiques sont donc unanimes : il reste à consulter le quatrième Évangile. Or, son témoignage est pleinement concordant. En effet, nous lisons au chapitre XIX, 42 : ^ Et parce que c'était un vendredi 1 , le tombeau étant proche, ils y déposèrent Jésus ; et au même chapitre, verset 5 1 : Or, les Juifs, t parce que c'était un vendredi ' , de peur que les corps ne restassent sur les croix, >i le sabbat - (car il était

grand, ce jour du sabbat), prièrent Pilate de Le lendemain du sabbat,

alors qu'au matin, avant l'aube, Maric-Magdelcine vint au tombeau, — ce lendemain est encore très expressément appelé par saint Jean (XX), du même nom que les autres Évangélistes, le premier )our du sabbat, t^ 5è (JLtà TÔiv caÔêâTojv.

On ne peut demander un accord plus parfait entre les quatre documents, évangéliques que celui qui est démontré par ces textes. La conclusion s'impose : Jésus est mort un vendredi.

Le second point à établir, c'est que Jésus a été crucifié le 15 de Nisan.

Cela ressort du fait même qu'il est mort un vendredi le jour de la Pâque, et du fait que, la veille, il a mangé l'Agneau pascal, selon la loi juive, avec ses disciples. Toute la question est de savoir ce qu'était ce festin : était-il, oui ou non, le festin pascal tel que les Juifs le devaient célébrer? Si oui, comme ce repas devait avoir lieu le 14 au soir, il est certain que Jésus a été crucifié le lendemain, le jour môme de la fête, le 1 5.

Or, si nous interrogeons les trois premiers Évangiles, il est évident que chacun d'eux parle du dernier repas de Jésus comme de la Pâque juive : C'était le premier jour des Azymes, dit saint Matthieu, tt] &è itçjoi-rj Tw/ 'A^-jij.oy/ (XXVI, 17). Saint Marc y ajoute un trait plus précis : C'était le premier des Azymes, alors qu'on immolait la Pâque, ots t6 rAnyx efjvov (xiv, 12). Saint Luc exprime nettement le caractère légal et obligatoire de ce festin, au jour des Azymes, a dans lequel, dit-il, il était nécessaire d'immoler la Pâque » , èv f, ëosi 6'jéa6ai tô r.é.r:yjx (XXII, 7).

Des textes aussi nets ne permettent pas de soutenir qu'il s'agit là d'un repas ordinaire. Les Évangélistes parlent du festin légal qui devait se célébrer le 14 de Nisan.

Certains exégètes ont voulu infirmer le témoignage du quatrième Évangile, en mettant saint Jean en désaccord avec lui-même. Au chapitre XIX, 14, en effet, parlant du jugement de Pilate, il dit : « Or, c'était une Parascève de la Pâque. 5

Au lieu d'interpréter dans le sens du vendredi, four de la Pâque, cette expression qui, en d'autres circonstances, pouvait marquer la veille de la Pâque, ils ont choisi ce dernier sens, essayant vainement de prouver que la philologie ne permettait pas d'en accepter un autre. Et cependant, Ignace {Epître aux Philipp., XIII), parlant d'une Pâque qui tombe le dimanche, ne l'appelle-t-il pas aiêoy-ov toO Trà^ya ?

Socrate (Hist. eccles., V, 22), parlant d'un sabbat qui concorde avec une fête, ne dit-il pas : (ràê&aTov ir,: irjrjxf^z'i

La philologie ne saurait donc être invoquée en faveur de l'interprétation du TtapaT-xcuri toO -Rxfyyy. au sens de la préparation de la Pâque; et, d'autre part, il est d'une saine critique de ne pas mettre un auteur en contradiction avec lui-même, à moins que des raisons décisives, invincibles, ne nous y obligent.

Ceux qui ont invoqué contre les Évangiles synoptiques et leur si formel témoignage l'autorité du quacricme Évangile pour défendre la thèse que Jébus avait célébré la Cène le 13 de Nisan et était mort le 14, le jour même de la Pâque légale des Juifs, ont oublié les grands débats

relatifs à la célébration de la Pâque dont le second siècle tout entier a été rempli. Les évêques d'Asie Mineure, Polycarpe à leur tête, que soutenaient-ils ? Que Jésus avait mangé la Pâque le 14 et qu'il était mort le 15. Or, sur quelle autorité se fondaient-ils, si ce n'est sur celle de Jean lui-même et des autres apôtres ?

Comment, dès lors, est-il possible de donner au quatrième Évangile l'interprétation qui contredirait l'enseignement des trois premiers, ou qui obligerait, pour éviter une opposition ouverte, à torturer par une exégèse arbitraire le texte si précis des synoptiques ?

Il n'y a dans saint Jean que deux passages qui ont prêté à la confusion et sur lesquels se sont appuyés les défenseurs de l'opinion qui place au I ^ de Nisan la dernière Cène, et au 14 la mort de Jésus.

Le premier passage (XIX, 14) est celui oij Jean dit qu'au moment de la condamnation de Jésus par Pilate, c'était la w Parascève de Pâque -> . Or, nous avons vu que cette expression pouvait également signifier, au point de vue philologique, le ù Vendredi pascal -^ et la tt veille de la Pâque ^ ; mais que, par le contexte, elle signifiait le tt Vendredi 1 , jour de la Pâque.

Le second passage (XVlil, 28) : C'était le matin, et les Juifs n'entrèrent pas au prétoire, de peur de se souiller, et afin de manger la Pâque, ïva çi-^Mai rô Tzi'yyoL. Donc, le jour où Jésus fut condamné par Pilate et mis à mort était la veille de la Pâque, le 14 de Nisan.

La conclusion serait décisive, si l'expression t manger la Pâque » devait se limiter au festin légal du 14 de Nisan; mais, de même que le mot de Pâque ne signifia d'abord que le soir du 14 de Nisan, et exprima plus tard, comme le démontrent Josèphe et les Talmudistes, le jour entier, depuis le 14 au soir jusqu'au 1 5 au soir, et même les sept jours consacrés à cette solennité, et en particulier le 14 au soir, le 1 5, le 16 et le 2 1 ; de mêm.e manger la Pâque ne signifiait pas seulement : manger l'Agneau pascal, mais encore les victimes volontaires, la a Chagiga -^ , comme les appelle le Talmud : victimes que les pieux Israélites, d'après la Loi de Moïse {Deiit., XVI, 16; Exod., XXlII, ly, XXXIV, 20), offraient en foule aux jours de fête, et notamment au matin du 1 5 de Nisan.

Entendue dans ce dernier sens, qui concorde d'ailleurs avec la façon dont saint Jean parle toujours de la Pâque (Jean, il, 1 3, 23 ; VI, 4; XI, 5 5 ; XIII, I ), on ne voit pas en quoi elle autoriserait à donner au quatrième Evangile une interprétation qui s'éloignerait du simple et concordant récit des trois premiers (1).

L'année de la mort de Jésus doit être fixée en l'an 785 de Rome et l'an 30 de l'ère chrétienne.

( 1 ) Il importe de remarquer aussi que même en donnant à rexpression manger la Pâqac son sens strict, notre conclusion reste entière.

L'aftluence extraordinaire des pèlerins ne permettait pas à tous les Juifs pré sents à Jérusalem de manger la Pàque le même jour : les étrangers, comme

L'astronomie le démontre.

En effet, Jésus a été crucifié un vendredi ; tous les Évangélistes sont d'accord sur ce point, et la traditionuniversellen'a jamais varié (MaTTH., xxvii, I, 62 \ Marc, xv, 42; Luc, xiii, 54; Jean, xix, 31, 42); ce vendredi était le jour même de la Pâque (Jean, XIX, 14), et par conséquent le 1 5 de Nisan. Il faut en conclure que Jésus est m.ort en l'année même où la Pâque tombait un vendredi. Or, les tables astronomiques qui marquent les révolutions de la lune de l'an 29 à l'an 33, dates extrêm.es auxquelles on puisse rapporter la mort de Jésus, prouvent que l'an 30 est le seul où la Pâque soit tombée un vendredi. * Le 15 de Nisan, cette année, correspondait au 7 avril. Donc, Jésus a été crucifié le 7 avril de l'an 783 de Rome et de l'an 30 de l'ère chrétienne.

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