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CHAPITRE IV

HISTORICITÉ DES RÉCITS MIRACULEUX DE LA NAISSANCE ET DE l'eNFANCE DE JÉSUS.

Le récit des origines de Jésus a un caractère surnaturel qu'on ne doit ni affaiblir ni dissimuler. Un grand fait le domine et en forme la trame : l'intervention personnelle de Dieu. L'Esprit divin agit dans sa souveraine initiative, se révèle sous des modes divers à la conscience d'êtres choisis, les appelle, leur commande, les meut à son gré, et ils exécutent librement ses volontés.

Celui qui ne veut voir, en ce moment unique de l'histoire, que le jeu des forces de la nature et de l'humanité, ne pénétrera jamais le mystère du Christ; car il oublie Dieu, la force motrice suprême qui ploie la nature et l'humanité pour les associer à ses desseins.

Tous les adversaires du miracle, les partisans de la science exclusive, — rationalistes, panthéistes, matérialistes, positivistes ou sceptiques, — proscrivent de l'histoire et traitent de légende ou de récit poétique l'Évangile de l'enfance, tel que saint Matthieu et saint Luc nous l'ont rapporté; ils ne voient dans ces récits qu'un fait ordinaire, embelli, comme toutes les naissances des hommes illustres dans l'antiquité, par le sentiment et l'imagination.

Le fait ordinaire, le seul historique, d'après leur système, tient en une ligne : Jésus est né, sous Auguste, en Palestine.

L'examen le plus attentif et le plus consciencieux des ouvrages où cette critique s'est formulée, n'y découvrira pas le moindre argument c historique » contre les faits que j'ai racontés d'après les documents originaux. L'opposition qu'ils soulèvent est, au fond, purement dogmatique. Ils supposent

l'intervention personnelle et surnaturelle de Dieu, et, dès lors, ils ne sauraient trouver grâce devant les systèmes de philosophie qui suppriment cette intervention. Une telle critique a juste la valeur des systèmes qu'elle invoque; or, ces systèmes, malgré la faveur de l'opinion, n'ont aucun droit de se donner comme l'expression de la vérité, car ils peuvent être convaincus d'erreur par la raison même; et je me suis toujours demandé comment des historiens, dont le devoir est de rapporter les faits dûment attestés, se permettent de les plier violemment à leurs théories. N'est-ce pas renverser les rôles .^ Le fait documenté est indiscutable, la théorie est du domaine des choses douteuses. Ce n'est pas à notre philosophie de commander aux faits, c'est aux faits de commander à notre philosophie.

Le seul fait d'histoire contre lequel la raison pourrait être invoquée victorieusement est celui qui implique contradiction et qui choque le principe de causalité; un fait inconcevable et sans cause répugne, il n'est pas ni ne peut être. Les philosophes qui ont traité d'absurdes les faits évangéliques ne les ont jugés qu'au point de vue de leurs systèmes et non d'après les principes premiers, essentiels, évidents, de la raison humaine. C'est à la raison incorruptible qu'on doit en appeler contre la tyrannie de cette critique étroite, arbitraire et violente, qui mutile l'histoire.

Il suffit, pour que des faits miraculeux aient le droit de prendre place dans l'histoire, qu'ils soient concevables et qu'ils s'appuient sur des témoignages dignes de foi. Or, ces faits sont concevables, puisqu'ils ont dans la force, la sagesse et la bonté de Dieu une raison d'être suffisante. Sont-ils certifiés par des témoins compétents qui les attestent dans la sincérité de leur conscience .^^ Voilà le grand point.

Nul ne récusera l'autorité historique du troisième Évangile ( i ) auquel nous devons tous les détails de la conception et de la naissance de Jésus. Saint Luc s'explique dans un prologue, en termes formels, sur son dessein (2). Il ne recueille pas, les yeux fermés, des traditions vagues ni des légendes, il consigne des faits ; il a tout suivi, dès l'origine, avec exactitude et avec soin, afin de l'écrire avec ordre et d'enseigner à Théophile la vérité des choses sur lesquelles il a déjà été catéchisé. Comment supposer que cet écrivain soigneux et conscien-

(i) Voir l'Introduction, pages 22 et suiv. (2) Luc, I, 3, 4.

cieux ait trompé ou surpris la bonne foi de Théophile et de tous ceux qui le liraient, en mêlant à l'histoire réelle des récits fantaisistes, poétiques, légendaires ? Quel critique impartial s'arrogerait le droit de repousser un tel témoignage et de récuser des faits par la seule raison qu'ils dépassent le cercle toujours étroit de ses propres pensées ? Un système de philosophie n'est pas la raison même, il est sujet à controverse et peut être erroné ; tandis que la raison , dans ses principes fondamentaux, est infaillible. L'histoire des origines de Jésus, d'après les Évangiles, peut choquer un système, elle n'a rien que la raison, dans ses principes essentiels, ne puisse recevoir.

Quelques critiques ont essayé de mettre en doute l'authenticité des deux premiers chapitres de saint Luc. Sur quoi s'appuient-ils '<: Ces chapitres sont annoncés dans le prologue même : « J'ai suivi tout, avec soin, dès l'origine », écrit l'auteur (i); et ils se trouvent dans les premières versions, comme dans les plus anciens manuscrits. Au milieu du second siècle, il est vrai, Marcion les a rejetés : il ne voulait pour Christ qu'un pur « Éon », supérieur à toutes les vicissitudes de la naissance, de la douleur et de la mort, n'ayant de l'humanité que l'apparence ; aussi, saint Justin, Tertullien, Épiphane, reprochent-ils vivement à Marcion de mutiler saint Luc. Ilest vrai encore que les cantiques de Marie (2), de Zacharie (3) et de Siméon (4) sont semés d'hébraïsmes et offrent certains traits d'un esprit judaïsant peu en harmonie avec le caractère paulinien de l'Évangile ; mais ces traits sont plutôt des preuves inattendues d'authenticité, car ils trahissent les sources privées où Fauteur a puisé pour rédiger des faits qui dataient déjà d'un demi-siècle et qui furent consignés sous l'émotion même des événements. Les Juifs contemporains de saint Luc ne parlaient et ne pensaient plus comme les pieuses familles du temps de Zacharie et de Siméon.

Du reste, saint Luc était bien placé pour se renseigner sur l'histoire évangélique. On connaît, d'après les « Actes », ses rapports intimes avec Paul, son séjour à Antioche, sa patrie, où il connut Barnabe, et à Césarée, où il reçut l'hospitalité du diacre Philippe; et sans rappeler son voyage à Jérusalem, où il fréquenta les Apôtres, il est évident qu'il a dû se trouver en

(i ) Luc, I. 3. — (2) Luc, I, 46 et s-iiv. — (3) Luc, i, 68 et suiv.— (4) Luc, li, 29 et suiv.

relation avec la mère de Jésus et la famille de Jean-Baptiste. Telle est la source où il a puisé les détails précieux qu'il nous raconte.

Parmi tous ces témoins, il en est un qui surpasse les autres, c'est Marie, la mère de Jésus. D'après saint Luc fij, elle a gardé dans son cœur les paroles qu'elle a entendues et les scènes où elle a joué le premier rôle. Cette femme aura-t-elle, pendant la vie ou après la mort de son fils, gardé ses lèvres scellées et refusé aux disciples, aux amis, la confidence des mystères auxquels elle avait été mêlée .^ Qui le croira." Dans sa discrétion, délicatement soulignée par saint Luc, elle a su attendre, à la vérité, l'heure de Dieu ; mais, cette heure venue, elle a parlé, et nous avons dans le troisième Évangile son propre témoignage.

Si des légendes sans réalité historique, des récits inspirés par l'imagination et le sentiment des disciples, s'étaient formés autour des origines de Jésus, de son berceau et de son enfance, il n'est pas admissible qu'aucune protestation ne se soit élevée et que la mère du Christ soit devenue, par son silence, la complice de ces mythes et de ces poésies mensongères.

Il faut signaler cependant, au sein de l'Église primitive, la secte des Ébionites, ces judéo-chrétiens adversaires opiniâtres de l'esprit nouveau de l'Évangile, obstinément rivés aux observances juives, esclaves de la lettre qui tue, ennemis irréconciliables de saint Paul dont ils contestaient la mission et abominaient la doctrine antilégale. Les Ébionites ont nié la conception et la naissance miraculeuse du Christ; mais leur négation n'a fait que donner plus de poids au récit de saint Luc, dont l'intention expresse était d'affirmer contre les dissidents la vérité de ces faits divins.

En dehors d'eux, une seule contradiction s'est élevée, dans l'antiquité, contre l'histoire évangélique des origines de Jésus : c'est une injure sortie de la haine qui a poursuivi sans trêve l'œuvre du Christ (2), un outrage à la pureté du berceau de Jésus; l'injure et l'outrage ont été recueillis par Celse (5), ils ne méritent pas l'honneur d'une réfutation devant toute conscience honnête. La sainteté de l'Évangile proteste contre cette odieuse calomnie. On la voit reparaître en Allemagne, en ce siècle même, sous la plume de divers écrivains (4). Un Juif

(i) Llc, II, 19, $1. — (2) cf. Talmud. — (3) Origène, Contr. Cels., i, 30. — (4) Venturini ; Barth, Dit natur. Gehurt .les. v. Naz. histor. bearbeitet.

français (i) n'a pas craint de la reproduire, sans avoir réussi plus 'que les autres à lui donner quelque créance, tant elle se montre injurieuse et arbitraire, invraisemblable et choquante.

Le mvthe et la légende, à la vérité, germent à l'envi autour des origines de Jésus, comme autour du berceau des génies qui ont frappé vivement la pensée et le cœur de l'homme; mais ces créations de la fantaisie et du sentiment attendent, pour se produire, que le temps et la distance aient enveloppé d'ombre les hommes et les choses; elles redoutent l'œil vigilant des témoins et ne croissent que sur leurs tombes. Si on veut les moissonner à pleines gerbes, ce n'est point dans les Évangiles canoniques qu'il faut les chercher, mais dans les nombreux apocryphes des deuxième , troisième , quatrième et cinquième siècles (2).

Que l'on compare ces livres anonymes avec le texte des Évangiles : les premiers sont souvent puérils et bizarres, remplis de merveilleux et de choses inconcevables; l'autre est écrit d'une plume nette, tranquille et vivante; tout y est grave et sobre, positif et précis : les personnages sont m.arqués d'un trait vigoureux, les situations n'ont rien de vague et d'incohérent, les discours concordent avec les personnages ; le tableau ressort, en relief puissant, plein d'harmonie et d'originalité.

Rien qui rappelle les fables païennes de l'intervention suspecte des dieux et des déesses dans l'avènement des héros ou des grands hommes; rien qui dénote le génie juif, si peu ouvert à l'idéal de la virginité. Le récit de l'origine virginale de Jésus ne s'explique que par la réalité même ; ce n'est pas ainsi que l'imagination rêve et invente.

On ne peut s'empêcher de sourire, en voyant la façon dont l'école mythique a envisagé la formation de toute cette histoire. Le procédé est simple et sommaire. Un fait présente-t-il un point de contact avec l'Ancien Testament.? voilà le noyau autour duquel la légende se construit. Est-il question, dans Isaïe, d'une vierge qui concevra t ce mot a créé par « épigénèse » la légende de l'Annonciation. L'étoile de Balaam a créé de m.ême l'étoile des mages, grâce à l'ingénieux rapprochement du verset du Livre des Nombres (3) avec le verset d'un psaume

(i) Salvador. — (2) Cf. dans le Dictionnaire des apocryphes, t. I, édition Migne : V Évangile de l" Enfance; le Protévangik de saint Jacques ; l'Histoire de la nativité de Marie; l'Histoire de Joseph le charpentier, etc. — (3) Nombres, XXIV, 17.

disant que des rois d'Arabie et de Saba viendraient offrir des présents au libérateur d'Israël (i). La mère de Samuel chante un cantique d'action de grâces (2) : la mère de Jésus devait chanter le sien. Et ainsi de suite. L'Ancien Testament et la mythologie sont la mine d'où sort la légende, la fantaisie pieuse des fidèles est l'artiste qui la façonne, l'Église crédule et complice est le milieu où elle se propage.

Quand les points de contact font défaut dans l'Ancien Testament, on fouille l'histoire profane. Pour expliquer la présence des bergers auprès de Jésus naissant, on rappelle les mythes gréco-romains d'un Rémus et d'un Romulus nourris parmi les gardiens de troupeaux.

Il est étrange que le monde ait attendu dix-huit siècles pour voir clair dans la narration évangélique des origines de Jésus.

Cette explication poétique et mythique n'inspire aucune confiance ; venue trop tard, elle a trop les airs d'un expédient destiné à tirer d'embarras ceux que le miracle offusque.

Si encore on surprenait ces récits dans leur éclosion et dans leur genèse, si on nommait les auteurs de ces fantaisies dont on admire la beauté, le sens divin et la fraîcheur idéale ; mais rien, aucun document, aucun fait, toujours des hypothèses arbitraires et souvent invraisemblables. Les figures de l'Ancien Testament, le sentiment chrétien mêlé aux espérances messianiques, le besoin de glorifier le Christ aimé et disparu, voilà ce qui a tout opéré magiquement dans la conscience populaire.

Les Évangiles affirment, à diverses reprises, que la mère de Jésus conservait dans sa mémoire et repassait dans son cœur les paroles entendues, les scènes accomplies sous ses yeux : on néglige cet élément ; il est essentiel pourtant, et pas un historien n'a le droit de le suspecter. Pourquoi, dès lors, ne pas voir dans les récits évangéliques la confidence de cette femme ? Mieux que personne les mères savent se souvenir ; leur tendresse n'oublie rien ; tout ce qui a trait à l'enfant conçu, nourri, élevé par elles, se grave dans leur âme, profondément.

L'école mythique a essayé aussi de déconsidérer cette sublime histoire en l'abaissant au niveau des fables grecques et des rêves hindous.

Elle a rappelé qu'on racontait de Platon qu'il était né du commerce du dieu Apollon avec Perictione , sa mère; que Romu-

(1) Ps. Lxxi. — (2) / Rois, I, 2.

lus passait pour être le fils de Mars, et César, de Vénus; si Dieu s'était fait homme dans le Christ, une secte bouddhiste n'enseignait-elle pas les sept incarnations de Krichna ? Et Çakya- Mouni, le réformateur de la religion des brahmanes, n'.était-il pas devenu dieu, d'après les livres sacrés du bouddhisme? Une déesse vierge n'avait-elle pas assisté à sa naissance terrestre r Aujourd'hui même, le chef de la hiérarchie bouddhiste, au Thibet, ne se donne-t-il pas comme une divinité incarnée?

Loin d'infirmer l'histoire évangélique , ces comparaisons la justifient; elles témoignent d'une aspiration universelle qui ne saurait être déçue, car elle a Dieu pour principe, et les désirs inspirés de Dieu sont la prophétie de ce qui doit être. La tendance générale de l'humanité à faire intervenir Dieu dans la genèse des grands génies n'a trouvé son objet parfait que dans la genèse de Jésus.

Les plus modérés parmi les adversaires de l'historicité de ces pages, visiblement gênés par le surnaturel dont elles sont remplies, — l'intervention de Dieu, l'apparition des anges, les songes révélateurs, les discours prophétiques, — ont affecté de distinguer le fond et la forme. La forme n'est qu'un voile poétique artistement tissé par les premiers chrétiens pour recouvrir l'idée de la nature divine du Christ Jésus. Ce dogme qui, dans l'enseignement et la conception de tous les écrivains apostoliques, occupe sans contredit la place la plus importante, a été formulé, selon ces critiques, au gré des milieux et du temps, d'une manière tour à tour vague ou précise, populaire ou savante, poétique ou théologique : nous avons ici la formule poétique et populaire. Le fond seul importe, la forme peut être considérée au point de vue esthétique, mais il faut se garder de la presser de trop près (i).

Ce système timide sacrifie sans motif l'historicité des faits, la réalité cachée sous la formule du dogme; il commet de plus l'erreur grave de voir dans cette formule une vérité qui n'y est pas contenue nécessairement et logiquement. En effet, ce n'est point la « nature divine » de Jésus qui est enseignée là, mais son c origine divine » : Jésus pouvait être Dieu et homme, sans être ainsi conçu; il pouvait être ainsi conçu, sans être Dieu et homme. En réalité, d'après la théologie catholique, il est né du Saint-Esprit, et il possède, dans l'unité d'une même personne, la nature de Dieu et la nature de l'homme ; mais ces

(i) Reuss, Histoire évangélique; Sabatier, Encyclop. des sciences religieuses, art. Jésus Christ.

deux faits ne dérivent pas nécessairement l'un de l'autre ; et dès lors, on ne saurait voir dans le récit du premier la formule qui indique ou exprime le second.

On chercherait vainement dans toutes les littératures sacrées et profanes une page où la poésie et l'histoire, l'idéal et le réel, l'humain et le divin, se soient élevés plus haut, dans un accord plus parfait.

Tout se tient dans ces récits ; l'ensemble et les détails s'agencent avec ordre, dans une belle et forte unité ; les traits fournis par saint Matthieu s'ajoutent à l'histoire de saint Luc et élargissent ses horizons. L'étoile mystérieuse semble indiquer que les révolutions astronomiques, en mesurant la vie de l'univers, s'accordent avec les transformations de notre petit monde, et ces chefs mystérieux venus de l'Orient, d'une terre païenne, laissent soupçonner que les espérances d'un Sauveur n'étaient pas le patrimoine exclusif d'une race, et que son action devait s'étendre à l'humanité entière.

Jésus est le Fils de Dieu, mais il naît dans une étable, comme un enfant pauvre; il n'a pour le reconnaître que des bergers juifs, mais le ciel tout entier est en fête sur son berceau, dans la nuit où il vient au monde. Un instant, à l'arrivée des Mages, la ville royale s'émeut; mais à peine cette gloire terrestre at-elle resplendi, que l'enfant menacé est condamné à fuir, et le sang de ceux qui sont nés au même temps que lui coule à flots sur cette terre au il est persécuté.

Tous ces contrastes se continueront dans la vie du Christ, et dans son œuvre à travers les siècles, au sein de l'Église fondée par lui : ils répercutent, ils prolongent l'antithèse prodigieuse et fondamentale qui est tout le mystère de Jésus et que saint Jean a exprimée d' un mot : « Le Verbe s' est fait chair, et il a habité parmi nous (i). »

La légende ne connaît pas de telles harmonies; ses rêves incohérents ne choquent pas seulement la vraisemblance, ils offensent la raison; elle se complaît dans l'arbitraire et Tallégorie, dans le merveilleux et l'excentrique. Aux beaux temps du paganisme, elle prêtait aux dieux les faiblesses et les passions de l'homme ; dans les temps qui suivirent le christianisme, elle prête à Dieu même les fantaisies du cerveau humain. Qu'on mette sur le même rang les apocryphes et la mythologie

(i) Jean, i, 14.

des Grecs, des Romains, des Hindous, et les faits merveilleux de l'histoire de Mahomet : soit; un critique indépendant ne saurait traiter ainsi les Évangiles canoniques et l'histoire de l'enfance de Jésus.

Les discours qui se mêlent à ces faits contribuent à les défendre et décèlent leur caractère divin.

L'esprit prophétique se réveille, il reprend la grande tradition des voyants disparus; brisant le cercle étroit où étouffait la piété juive, il franchit les barrières de ce formalisme aveugle où les docteurs et les chefs de la religion tenaient la pensée et le sentiment religieux asservis. Les promesses antiques de Dieu sont comprises dans leur grandeur; le trône de David sera relevé, mais c'est le Fils de Dieu qui l'occupera dans un règne sans fin; Israël sera consolé et sauvé, mais ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans la mort, les païens délaissés, ne seront pas oubliés; ce n'est pas Israël qui régnera, c'est Dieu, et les entrailles de sa bonté s'attendriront sur toute créature.

La conscience populaire n'était pas plus capable de s'ouvrir à ces inspirations que la conscience des docteurs et des prêtres. Il faut s'aveugler pour ne point voir là le signe éclatant de l'Esprit et de la parole de Dieu. Celle de l'homme, quelque grand qu'il soit, ne peut atteindre à cette sublimité et à cette clairvoyance, se frayer un chemin au cœur même de l'humanité, pénétrer l'avenir avec cette certitude et se graver dans la mémoire des hommes si profondément qu'après des siècles, on la retrouve encore frémissante et toujours vive sur les lèvres de ceux qui adorent, prient, souffrent, aiment et espèrent.

C'est là une marque intrinsèque d'historicité que l'Évangile seul possède, et qui garde inviolables, au-dessus de tout soupçon, ces pages de l'enfance de Jésus.

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