‹ Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 13 sur 28 · L'ŒUVRE DU SACERDOCE · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE DU SACERDOCE

1. — L'œuvre du sacerdoce? C'est de conquérir le m^nJe! Liv.vv;mcra-t-on jamais une scène pl'.ts divine ?

Aura-t-on jamais une plus éclatante preuve de la divinité de Jésus-Ghristetde toutle christianisme? Ouvrons les yeux, regardons : dans un coin perdu du monde, quand Rome païenne commande à la terre, quand l'idolâtrie y exerce un universel empire, quand la philosophie humaine retient les intelligences d'élite, et le plus abject matérialisme l'immense multitude sous une domination absolue, quand tout est englouti dans un orgueil sans fond et une corruption sans mesure, douze hommes, douze pauvres, douze Juifs, forment le projet de gagner à eux l'univers, Rome et Athènes, avec leurs Césars et leurs sages, et leurs lettrés, et tous « les rois de ce monde, » riches comme pauvres, savants comme ignorants, princes comme esclaves, non pas une ville, non pas une bourgade, non pas une famille, mais toutes les villes, toutes les provinces, tous les royaumes, tous les empires, et cela non pas un an ou un siècle, mais dans toutle cours des siècles; non pas dans une sujétion large et commode, fondée sur la satisfaction des concupiscences et la facilité des plaisirs, mais dans des liens terribles à la nature, dans une étreinte effroyable, où sont broyés les plus impérieux instincts de la chair, les plus puissantes aspirations du cœur, avec le martyre en permanence, la dernière des morts pour terme assuré, la souffrance pour horizon, et l'ignominie pour sépulcre! Ces hommes, sur lesquels, en passant, le monde jette le regard du plus transcendant mépris, vont donc se répandre dans toutes les parties du monde; car, disent-ils dans leur extravagant langage: « ils se doivent aux civilisés comme aux barbares, aux sages comme aux insensés; » ils vont crier au monde : vos dieux sont des idoles fausses et impies, vos religions d'impures erreurs, vos idées des

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folies, vos coutumes, vos lois, vos mœurs, votre organisation sociale, votre droit public, vos relations domestiques, votre manière de vivre, tout est à renverser, tout est à refaire, tout est à remplacer : par quoi ? par ce que nous vous apportons, nous, douze pauvres Juifs, bafoués et honnis, chassés de partout et devenus « la balayure du monde, » Et qu'apportonsnous au monde ? Des dogmes nouveaux au lieu des croyances qu'ont consacrées les siècles, des vérités sublimes mais incompréhensibles, des vertus célestes mais crucifiantes à la nature, une éternité de gloire, mais en attendant la croix à porter tous les jours, l'ignominie à subir, la mort dans les tortures à endurer.

Si ces douze pauvres qui dans l'ombre combinent et arrêtent un semblable plan sont des fous, passons en jetant à leur folie sublime un regard de dédain mêlé d'admiration ; mais si ces donze pauvres ont réussi, si effectivement, comme leur chef leur en avait donné l'ordre, ils se sont répandus dans le monde; si, après que ce chef eut été cloué à une croix comme un malfaiteur, ils l'ont offert comme Dieu aux adorations de la terre ; si la terre les a crus et les a suivis, si l'ancien monde s'est écroulé à leur voix, si un monde nouveau s'est formé à leur parole, est né de leur souffle, s'est substitué au premier ; si tout, législation, coutumes, mœurs, idées, aspirations, relations domestiques, sociales, politiques, si tout a été refait à neuf et sur le plan exact tracé par ces hommes; si le palais de César a été forcé,' et la famille de César a déserté le prétoire et renié la pourpre impériale pour les stigmates du Juif crucifié : si les villes de l'empire, ou plutôt tout l'univers, s'est, en moins de trois siècles, vu remplir de ce nn'nr^

auteur païen, le grave Tacite, appelle la multitude âei, chrétiens; si Rome a cédé l'empire au Christ, et les Césars fait place au pêcheur Pierre, si ces incroyables merveilles, telles que jamais imagination exaltée et délirante ne les put rêver, se sont accomplies au grand jour, à la face de la terre et du ciel, — inclinons-nous, nous sommes devant Dieu : le pauvre Juif qui dit à Qouze autres pauvres: Allez, enseignez toutes les nations, est bien, comme il l'affirme, le Fils de Dieu, descendu en ce monde pour sauver le monde : les pauvres qui l'entourent, et, en leur personne, le clergé catholique tout entier, sont d'institution et d'autorité divines : la scène à laquelle nous assistons, les paroles qui s'échappent des lèvres du Christ, la mission qu'il confie, les pouvoirs qu'il confère, les instructions qu'il donne, tout est d'en haut : l'Église catholique est divine, et le sacerdoce du Christ Pontife et Roi est de Dieu.

II. — C'est un Dieu que nous voyons à l'œuvre, un Dieu qui prend des dispositions puissantes pour laisser après lui un clergé digne de lui, imitateur de ses vertus et continuateur de son œuvre. Dans l'instruction qui fait tout le fond de cette étude sur l'apostolat et le sacerdoce catholiques, Jésus-Christ trace à ses apôtres et à ses prêtres la carrière qu'ils auront à parcourir. Où leur faut-il aller ? Que devront-ils dire? Comment triomphera leur parole et s'établira leur empire ?

1, Où ils doivent aller? Dans tout l'Univers. La parole da prophète se réalise : « Pas une langue, pas un idiome, qji n'entende leur voix ; dans le monde entier l'écho ea retentit ; aux extrémités de la terre parvient leur

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prédication, » Deux peuples, deux grandes familles, remplissent alors le monde et composent l'ensemble de l'humanité, c'est aux deux que sont envoyés les Apôtres . Jésus-Christ leur donne successivement deux ordres : le premier : Allez aux brebis perdues de la maison d'Israël : le peuple juif sera tout d'abord l'objet de la sollicitude apostolique : le second : .4^^e^, enseignes toutes les nations. Après la Judée, le monde; après le peuple élu dont le déicide n"a pu désespérer encore et ïarir la miséricorde divine, tous les peuples du monde doivent recevoir les Apôtres, accueillir leur parole, embrasser la foi et former l'Eglise ^. Tel est donc l'ordre et l'économie du plan divin. L'Eglise catholique se formera des brebis perdues de la maison d'Israël, puis de toutes les nations de la terre. La priorité reste au peuple juif, qui le premier recevra l'Evangile : « N'allez pas -dans le pays des Gentils; » Restez d'abord en Israël. Les raisons de cette conduite sont multiples et pressantes. Un passé saint et glorieux parle encore en faveur de ce malheureux peuple, appelé si longtemps « le fils » et le « bien-aimé de Dieu. » « Ils sont aimés à cause de leurs Pères; car « si le ferment est saint, la masse sera sainte; si la racine estsainte, les branches léseront aussi. » Toute la famille des Saints de l'Ancienne Loi,

» « In viam gentium ne abieritis ; » — « Euntes, docete omnes gentes. » Non est contrarias locus. Oportebat prius advenlum Ghristi nuntiare Judseisne justamhaberent excusationem dicentes : ideo a se Dominum rejecisse quia ad Gentes et Samarilanos apostolos misissot. — Primo ad Judseos mittit, ut quasi in quadampalaestrain JudcBaexercitati, ad agones orbis terrarnni intrarent, et velul quosdam pullos débiles ad volandum eos inducens. — Lex obtinere privilegium Evangelii debebat. (D.Th. Cat. aur.in Mallh.)

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« cette immense nuée de témoins, « « ces ancêtres, dont est né le Christ selon la chair, » appelaient sur leur peuple, avec des prières si ardentes et de si vives aspirations, la parole du salut prorais : seront-ils frustrés dans leur attente ? Non : à cause d'eux, Dieu ne repoussera pas Israël; il lui enverra ses apôtres, et ces apôtres mettront leur gloire, dépenseront leurs jours et voueront leurs sueurs à convertir le peuple déicide. * Je vous le dis, ô Gentils, tant que je serai apôtre de la gentilité, j'honorerai mon ministère ; je ferai tous mes efforts pour exciter par l'émulation le peuple dont je suis né, afin de sauver quelques-uns d'entre eux : » Ces efforts magnanimes des apôtres ne restèrent pas sans fruit. Si la masse de la nation demeura opiniâtre dans son incrédulité, des âmes d'élite en grand nombre se détachèrent de la perdition conmiune, et formèrent cette admirable Église de Jérusalem et de Judée, prémices, type et modèle de toutes les autres.

Mais la Judée n'était qu'un vestibule où l'Evangile no devait s'arrêter qu'un instant : bientôt le monde entier reçoit les Apôtres, la parole divine retentit d'une extrémité à l'autre de l'univers, les peuples se courbent sous la loi du Christ, les conquêtes se multiplient dans une masure et avec une rapidité prodigieuses, le monde entier est chrétien. « Que je triomphe d'aise quand je vois dans TsrtuUien que déjà de son temps le ncm de Jésus, si près de la mort de notre Sauveur, et du commencement de l'Église, déjà le nom de Jésus était adoré par toute la terre, et que. dans toutes les provinces du monde qui pour lors étaient découvertes, le Sauveur y avait un nombre infini de sujets. « Nous somaies, dit hautement ce grand personnage, presque la plus grande partie de toutes les villes, pars pêne major civi-

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tatîscujusquc.» Les Parthcs invincibles aux Romains, les Thraces antinomes, comm-î les appelaient les anciens, c'est-à-dire gens impatients de toute sorte de lois, ont subi volontairement le joug de Jésus. Les Mèdes. les Arméniens et les Perses, et les Indiens les plus reculés; les Maures et les Arabes, et ces vastes provinces de l'Orient , l'Egypte et l'Ethiopie, et l'Afrique la plus sauvage, les Scythes toujours errants, les Sarmathes, les Gétules et la barbarie la plus inhumaine, ont été apprivoisés par la doctrine modeste du Sauveur Jésus. L'Angleterre, ah! la perfide Angleterre, que le rempart de ses mers rendait inaccessible aux Romains, la foi du Sauveur y est abordée : Britannorum inacccssa Romanis loca, Christo vcro subdita. Que dirai-je des peuples des Espagnes, et de la belliqueuse nation des Gaulois, l'effroi et la terreur des Romains, et des fiers Allemands qui se vantaient de ne craindre autre chose sinon que le ciel tombât sur leurs • têtes ? Ils sont venus à Jésus, doux et simples comme des agneaux, demander pardon humblement, poussés d'une crainte respectueuse. Rome même, cette ville superbe qui s'était si longtemps enivrée du sang des martyrs de Jésus, Rome la Maîtresse, a baissé la tête et a porté plus d'honneur au tombeau d'un pauvre pécheur qu'aux temples de son Romulus. Ostendatur milii Roma îanto in honore templum Romuli, in quanto ibi ostendo memoriam Pétri . (Augustinus.)

Il n'y a point d'empire si vaste qui n'ait été resserré dans quelques limites ; Jésus règne partout, dit le grave Tertullien, c'est dans le livre Contre les Juifs, duquel j'ai tiré presque tout ce que je viens de vous dire de l'étendue du royaume de Dieu ; « Jésus règne oartout, dit-il ; Jésus est adoré partout. Devant lui la

condition des rois n'est pas meilleure fqiJe celle des moindres esclaves; Scythes ou Romains, Grecs ou Barbares, tout lui est égal, il est égal à tous, il est le Roi de tous, il est le Seigneur et le Dieu de tous. Christi regnum etnomenitbiqne porrigitur; uhiqucrcgnat ; uhique adoratur; non régis apud illiim gvalia\nonharhari alicujus inferior lœtitia; omnibus œqualis, omnibus rex, omnibus Deus etDominns est. Et ce qui est de plus admirable, c'est que ce ne sont point les nobles et les empereurs qui lui 3nt amené les simples et les roturiers; au contraire ; il a amené les empereurs par l'autorité des pêcheurs. Il a permis que les empereurs avec toute la puissance du monde résistassent à sa pauvre Eglise par toute sorte de cruautés, afin de faire voir qu'il ne tenait pas son royaume de l'appui ni de la complaisance des grands. Mais quand il lui a plu d'abaisser à ses pieds la majesté de l'empire : Venez, venez à moi, 0 Césars, assez et trop longtemps vous avez persécuté mon Eglise; entrez vous-mêmes dans mon royaume, où vous ne serez pas plus considérables que les moindres de vos sujets <. » Ainsi fut subjugué le monde; ainsi fut établi l'empire universel du Christ, ainsi fut accomplie, par le plus étonnant des miracles, sa parole aux Apôtres : Allez, enseignez toutes les nations de la terre.

Remarquons ces autres mots qui nous révèlent un des plus touchants caractères du règne de Jésus-Christ 2t l'une des plus divines missions de son Église : Allez aux brebis perdues. Quand Jésus-Christ parut dans le monde, la force et la fortune étaient aux mains d'un infiniment petit nombre ; la science et le génie étaient le patrimoine exclusif de quelques privilégiés; le reste,

» Bossuet. /er Serm. pour la Circoncis. [«' point.

c'est-à-dire la presque totalité du genre humain, gémissait dans le plus affreux esclavage, et gisait, comme l'avait dit Zacharie, « dans les ombres de la mort. » Jésus-Christ et l'Église se tournèrent de préférence et aussitôt vers les petits, las humbles, les pauvres, les déshérités. Les grands et les puissants viendront après, au jour où le Maître souverain daignera les appeler et les accueillir ; les Césars seront admis, mais après les pauvres, par le Dieu des pauvres et le Sauveur des malheureux et des délaissés. Jésus disait, en se plaçant au centre des douleurs humaines: Venez à moi, vous tous qui souffrez ! Ce mot resta la devise de l'Eglise et le programme du clergé catholique. Partout où 11 paraît et fonde le règne du Dieu fait pauvre et devenu la victime expiatrice de l'humanité coupable, partout où l'Église a un chez elle, c'est pour en faire l'asile de toutes les douleurs et le refuge de toutes les détresses. « Il y a ici-bas des services gratuits et populaires, sans lesquels le peuple , ou , si vous aimez mieux une expression plus évangélique, sans lesquels le pauvre est nécessairement misérable, et ces cinq services gratuits et populaires ont été créés par les ordres religieux qui seuls sont en état de les remplir. Le premier de tous est le service gratuit et populaire de la douleur. Le second service gratuit et populaire dont le pauvre a besoin, c'est le service gratuit et populaire de la vérité. Qui portera la vérité plus bas ? Qui la fera descendre jusqu'au peuple, enfant de Dieu comme vous, et à qui ses loisirs ne permettent pas de la voir comme on voit le soleil venant à lui le matin? Qui distribuera la lumière aux pauvres âmes des campagnes, si enclines à se courber vers la terre comme leur corps, et les tiendra iebout devant la face auguste du vrai, du beau, du

saint, de ce qui ravit l'homme et lui donne le courage de vivre? Qui ira trouver mon frère le peuple par amour de lui, avec un désintéressement qui se sente, pour le seul plaisir de traiter avec lui de la vérité et de causer simplement de Dieu entre la sueur du jour et celle du lendemain? Qui lui portera, non pas un livre mort, mais la chose sans prix, une foi vivante, une âme dans une parole, Dieu sensible dans l'accent d'une phrase, la foi, l'âme et Dieu lui disant ensemble : Me voici, moi, homme comme toi ; j'ai étudié, j'ai lu, j'ai médité pour toi qui ne le pouvais pas et je t'apporte la science. N'en cherche pas au loin la démonstration ; tu la vois dans ma vie ; l'amour te donne sa parole qui est la vérité ! Qui osera parler ainsi au peuple, sinon l'apôtre du peuple, le capucin avec sa corde et ses pieds à vif? L'Église, dans sa fécondité, avait préparé des bouches d'or pour le peuple aussi bien que pour les rois.

Au service gratuit et populaire de la vérité touche et 6'unit un autre service de même nature, le service gratuit et populaire de l'éducation. L'enfant du pauvre est sacré comme l'enfant du riche ; sa nature est aussi rebelle, son sort plus dur, ses moj'Cns de culture et de politesse beaucoup moins multipliés. Bientôt le travail du corps l'arrachera aux exercices de l'intelligence, et s'il n'a reçu les germes précieux du bien avec une autorité qui ait pénétré son cœur, il ne tardera pas à perdre l'esprit de l'homme chrétien et civilisé pour vivre dans une dégradation que rien ne déguisera. Tous les vices s'empareront de son être avec une insouciance affreuse pour les choses de l'âme, et la société n'aura plus dans le peuple, qui doit être la source permanente de son renouvellement et de sa vigueur, qu'un fonds pourri pr.r le matérialisme le plus abject. L'instituteur du

peuple, un instituteur digne de lui, est donc une des plus hautes nécessités de l'ordre social. Mais qui sera cet instituteur? Qui pourra réunir à la fois, dans un si grand office, une instruction suffisante, des mœurs pures, une foi sincère, une autorité respectée, et enfin une vie assez modeste pour que le pauvre puisse l'en' tretenir en échange des leçons qu'il en reçoit ? L'Église y a pourvu par les ordres enseignants, comme elle o pourvu au service populaire et gratuit de la vérité par les ordres apostoliques, au service gratuit et populaire de la douleur par les ordres pénitents.

Après les services de la douleur, de la vérité et de l'éducation, le pauvre réclame encore le service gratuit et populaire de la maladie et de la mort. Que trouvera le peuple malade et mourant, s'il ne trouve pas le frère de Saint-Jean de Dieu et la sœur de charité ? Ah ! laissez l'amour s'approcher de lui, puisqu'il y a sur la terre un amour qui ne coûte rien, laissez-lui venir un représentant aimable de Dieu. Pourquoi tuer l'amour parce que c'est Jésus-Christ qui l'a fait pour rien * ? >> Ainsi, du berceau à la tombe, le pauvre est recueilli, aimé, soigné sur le sein maternel de l'Eglise. « Tout ce qui souffre, » trouve dans le clergé catholique l'amour qui console, les soins qui réparent, la défense qui sauve et soutient. Grande leçon pour le prêtre de Jésus-Christ! Sans doute il ne repoussera pas l'opulence par cela seul qu'elle est l'opulence, et il ne jettera pas à ceux que la Providence comble des biens et des honneurs de ce monde des anathèmes inconsidérés : comme le Dieu qu'il représente et qu'il doit faire connaître et aimer, il est « riche envers tous » de dévouement et (l'amour, mai.j

* Lacordaire.

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sa véritable famille, ce sont les pauvres; il les recueille, il les rassemble, il s'en eatouiv, il en fait sa société la plus liabituelle et la plus chère : c'est à ce prix qu'ii représentera son Maître au milieu du monde, et sera, comme le Dieu fait homme, le Sauveur du pauvre et la Providence du déshérité. Que si son pied ne connaît que le seuil de l'opulence, il a renié son sacerdoce, il n'a rien compris à sa mission divine, il a trahi les plus précieux intérêts du Dieu qu'il devait servir. Ite ad oves quœ perierimt, « allez aux brebis perdues. »

2. « Après que Jésus-Christ, dit saint Thomas, a indiqué à ses apôtres où il leur faut aller, il leur dit ce qu'il leur faut faire, ce qu'il leur faut prêcher ^ » Allez donc et prêchez, disant : le royaume des deux est proche. Tel est le prêtre : toute sa grandeur, toute sa mission, toute sa raison d'être, tout l'ensemble de ses vertus est dans ce mot : le royaume des cieux. Le prêtre n'est pas l'homme de la terre : il est du ciel : c'est du ciel, c'est de la Patrie céleste que Dieu le députe à la terre : il y descend comme Moïse descendait à son peuple du Sinaï enflammé. Le prêtre n'a pas de racine ici-bas. Comme le Melchisédech des anciens jours, son annonce et sa figure, le prêtre « est sans père, sans mère, sans généalogie, sans commencement et sans fin de sa vie; » il est l'hôte d'un autre monde, le monde surnaturel et divin, que son sacerdoce lui donne pour demeure, et dont il doit révéler à ses frères l'existence et les splendeurs. Le prêtre est comme la manifestation vivante du monde supérieur et inaccessible de la grâce et de la gloire. Saint Paul dit de la foi : « qu'elle est

» D. Thom. Cal. ailr. in Maltli. cap. x.

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l'argument, la démonstration, des choses qui n'apparaissent pas. * Tel est aussi le prêtre : les choses éternelles, la patrie future, les cspjrances et les promesses divines, la route qui y mono, les moyens à employer pou/ les conquérir, se personnifient dans le prêtre, preWaent en lui leur consistance et leur lumière, deviennent par lui et en lui accessibles à tous les regards et à tous 1.^3 désirs. Ce prêtre qui, sans se fixer sur la terre, y passe comme un étranger et un voyageur, qui fait apparaître dans toute sa conduite les mœurs, les idées, les habitudes du monde supérieur, qui n'a qu'une pensée : Dieu et le ciel ; qui ne dit qu'une parole : oppropinquavil rcgnum Dei, « le royaume de Dieu approche ; » ce prêtre, qui tous les jours, offre le mystique holocauste qui ouvre l'accès à la gloire; ce prêtre qui absout pour rendre aux âmes l'éternel héritage perdu, qui prêche et exhorte pour en réveiller le désir, qui par tous ses actes et dans chacunc.de ses fonctions saintes •în rappelle la réalité divine, .ce prêtre n'est-il pas bien, ■:e que l'ont nommé les siècles, l'homme céleste, l'homme 'livin, le représentant sur la terre des espérances de la patrie, le prédicateur, au milieu des détresses de l'exil, des splendeurs de îa maison paternelle, et, au milieu des temps, l'homme de l'éternité ? Prêchez, disant : le royaume des ckiix est proche. Malheur au prêtre, si, n'ayant pas compris cette définition de son sacerdoce tout céleste , et n'en acceptant pas les glorieuses exigences, il reste l'homme de la terre et l'hôte dégénéré des choses du temps ; si son âme, au lieu d'être pleine, selon la sublime expression du Psalmiste, des années éternelles, !-/absorbe dans les préoccupations do l'heure présente, et si sa vie, au lieud3 refl-itor l'éblouissante vi^ion des choses d'en haut, n'est plus que la

T. Il, 10

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vulgaire expression des intérêts, des pensées, des désirs, des sollicitudes de ce monde ! Le sel affadi se foule sous les pieds, et la lumière à demi-éteinte n'offre plus aux âmes qu'une conduite trompeuse et un guide décevant. Remarquons ce mot : Appropi7iquavU regnum Dei^ le royaume de Dieu s'est rapproché. Le royaume de Dieu s'était donc éloigné? Oui et infiniment et sans espérance ^ Le péché de riiomme avait eu ce premier et fatal résultat de le séparer violemment de Dieu ; et comme Dieu est toute vie, toute gloire, toute béatitude, tout règne, l'homme séparé de lui se trouvait jeté dans la mort, l'ignominie, la souffrance et le plus affreux esclavage, venundalus sub peccalo. Au lieu de la patrie, l'exil avec ses multiples douleurs reçut l'infortuné coupable, et l'ange à l'épée flamboyante, qui fermait toute issue aux joies de l'Eden, n'était que la figure d'un autre ange plus impitoyable et d'une autre exclusion plus douloureuse, l'ange de la justice éternelle et l'éternelle exclusion des cieux. Hélas ! 11 fallait en ce tempslà prêcher au monde un autre évangile, lui faire une autre annonce : non pas : Appropinquavit regnum Dei, mais bien, comme les prophètes le criaient aux hommes d'une voix sinistre : vcnit finis ! venil finis! La fin de la miséricorde, et le commencement des rigueurs ! Avec Jé.-.us-Clirist tout change. L'Incarnation est le rapprochement ineffable de Dieu avec l'homme. « Vous (lui étiez si loin, vous voici tout proches, » dit l'Apôtre; \ ous qui étiez, depuis tant de siècles, chassés pour vos

» tt Longe enim a peccatoribus salus, » sed modo est prope per pissionem Ghristi. Hebr. ix : « per proprium sanguinem inlroii il semel in sancla aeterna redempUoue inventa. Und© dicit appropinquavU. (D.Thom. Commenl. in Mallh. cap. x.)

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crimes de la demeure paternelle, rayés du testament de Dieu, hospUes testamentonim, effacés de son cœur, quorum non est memor amplius, étrangers à sa vie, à sa grâce et à sa gloire, alienali a vita Del, vous, les exilés, les bannis, les chassés du cœur et des bras paternels, vous voici devenus toal proches. « Par Jésus-Christ vouf.avez dans le même esprit accès auprès du Père, » car Jésus-Christ « s'est fait notre paix, » et nous a « réconciliés à Dieu. »

Allez donc, ô apôtres, ô prêtres, ô clergé catholique ; remplissez le cours des siècles, répandez-vous chez tous les peuples, dites à toute la terre, durant tous les temps, la grande parole ; annoncez la grande nouvelle : rcgnum Dei. Enseignez « le royaume de Dieu ; » dites que Dieu « nous a préparé un royaume ; » apprenez à l'homme effrayé de ses crimes, torturé de ses remords, fugitif comme Gain, loin de son Père qui l'appelle, loin de ses espérances éternelles que lui rend ce Père, enseignez-lui à dire et à répéter sans cesse, à tous ies instants de son pèlerinage ici-bas : Que votre, royauniô nous arrive! Racontez aux âmes rachetées la délicieuse histoire de leur déUvrance : aux âmes exaltées dans la gloire la magnifique histoire de leur élévation. « Le royaume des Cieux est semblable à un Iloi qui fit les noces de son Fils, » qui unit la nature humaine à la nature divine en la personne de son Fils unique ; qui, par suite, ressuscita cette nature morte dans ses crimes, la purifia, l'exalta, la fit monter au plus haut des cieux, et la plaça sur son trône, « dans la splendeur des saints ; » Convivlficavit nos inClirislo... conressuscitavit et consedere fecitin cœlestibus in Chris'o. Dites ces choses divines au monde : n'ayez que cette seule parole à la bouche et dans le cœur; Que tout la crie en vous; que tout la fasse

retentir : Allez donc et prêchez, disant : le royaume des deux est proche. Ainsi, annoncez d'abord « un royaume; » puis, ajoutez qu'il est proche, qu'il est tout près de chacun de nous, que « le royaume de Dieu est au dedans de nous ; » dites qu'il est d'un accès aisé, d'une conquête facile, « qu'il est tout près, » qu'il n'y a, pour ainsi parler, qu'à étendre la main et à le saisir: « saisissez la vie éternelle ! »

Telle est donc l'œuvre unique du sacerdoce catholique : annoncer à la terre le royaume des cieux. Là se borne toute la mission du prêtre; il est l'introducteur de l'humanité dans ses destinées éternelles. Car, comme le dit l'Apôtre, « il faut que le monde juge ainsi du prêtre, et qu'il le regarde comme le ministre de Jésus- Christ et le dispensateur des mystères de Dieu.» Qu'estce que Jésus-Christ, et que sont les sacrements et les mystères, sinon la source et les canaux du salut, les introducteurs au royaume ? «< Allez donc et prêchez, disant : le royaume des Cieux est proche. » In his esto, insta in illis, « restez à cette divine besogne ; absorbezvous dans cette céleste mission. »

3. Les Apôtres s'en iront donc sur l'ordre de Jésus- Christ, ils parcourront le monde en jetant au monde la grande parole : appropinquavit regnum Dei. Mais qui ne voit l'effet de cette étrange parole dite à un monde plongé dans le plus abject matérialisme, livré aux sens, aux ambitions, aux sollicitudes, aux affaires du temps présent, et surtout éloigné de toute espérance cl de tout désir pour une autre patrie que la terre, pour un autre royaume que le royaume terrestre, le royaume des richesses sensibles et des honneurs d'ici-bas ? Les beaux esprits de rArcopu;;c se mirent à rire quand Piviil

leur eut parlé de la résurrection future, et leur eut ouvert une première perspectiv^e sur les terreurs et les ftloires d'une autre vie. Comment le monde accueillera-t-il l'annonce « du royaume des cieux ? » On lui propose une félicité lointaine, et on l'enchaîne à tous les martyres le l'heure présente ; la récompense est montrée dans un lointain qui l'amoindrit et en ébranle la certitude, et les maux où on l'engage se montrent face à face, dans la plus vivante et la plus implacable réalité. Comment obtenir la foi ? Comment allumer l'espérance? Comment soutenir les volontés indécises ? Comment fixer de poignantes incertitudes? Les apôtres et les prêtres, durant tous les âges de l'Église, montreront aux peuples leurs lettres de créance divine et l'empreinte du sceau mcommunicable de Dieu. Quel est ce sceau ? Le miracle : Guérissez les malades, ressuscitez les morts, 'purifiez les lépreux, chassez les démons. Il ne saurait être malaisé de démontrer la force décisive du miracle comme confirmation d'un symbole et d'un décalogue, des vérités à croire et des devoirs à pratiquer. L'homme vient à moi : il me parle, il me propose des vérités inaccessibles à ma raison, il me veut charger d'obligations lourdes à mes épaules ; il me fait apparaître, il est vrai, de splendides récompenses, mais lointaines, et dont il ne peut me donner le moindre avant-goût. Devant cet homme, une question suprême se pose, question unique et décisive : vient-il de Dieu ou parle-t-il de lui-même ? De la réponse à cette question dépendra absolument moc obéissance ou mon mépris. Vient-il au nom et de la pari de Dieu, revêtu des pouvoirs de Dieu, chargé d'intimer à la terre les volontés du ciel : tout devient clair et logique, acceptable et naturel dans les plus incompréhensibles my.ctùrcs comme dans les plus répugnantes

obligations. Me voici en face de vérités qui surpassent ma raison à de telles distances, me voici plongé dans de telles immensités que mon regard se perd et ne peut plus rien percevoir. Si ces vérités sont de Dieu, une telle situation et de semblables impuissances m'étonneraientellcs? Mon étonnement serait plus incompréhensible que les incompréhensibles vérités proposées à ma foi. Car enfin, si c'est Dieu qui se révèle et sefait croire à moi, quelle folie est-ce de prétendre pénétrer des immensités infinies et percer « une inaccessible lumière? » Dieu vient à ma raison avec des profondeurs insondables ; il présente à mon intelligence éperdue d'effroyables abîmes, ahyssa"niulta, où mon regard n'aperçoit qu'obscurité et ténèbres profondes. Eh ! comment Dieu peutil me venir autrement que comme un impénétrable infini ? Que peut offrir son essence que d'insondables profondeurs? Qui « scrute les profondeurs de Dieu, » autre que « l'Esprit de Dieu qui est en Dieu, » qui lui est égal et consubstantiel ? Loin donc que l'obscurité du mystère suffise à me le faire rejeter, cette obscurité même est une présomption en faveur d'une doctrine, et laisse entrevoir la mystérieuse vision du Dieu « qui habite une inaccessible lumière. » S'il est de Dieu, le mystère aura beau nous paraître étrange, stupéfiant, "inadmissible, il restera toujours l'expression d'une sagesse plus haute que la nôtre, le fruit d'une intelligence plus puissante que notre intelligence, et le tribut à payer à une autorité supérieure et à une suprême Majesté. Nous aurons beau criera la folie, verbum crucis siultitia, saint Paul nous dira : stultUia percuntibus, iis aulem qui salvi fiunt, ici est nobis, Dei vù'tus est. Nous aurons beau objecter que notre raison n'entend rien à ces dogmes, et qu'elle ne trouve qu'extravagance dans

ces mystères, saint Paul nous répondra toujours : quqd Uultum est Dei sapientius est hominihus. Et ce que nous disons du dogme, il nous le faut au même titre dire des devoirs. Ces devoirs sont écrasants? Soit. Ces obligations sont torturantes ; notre faible nature est brisée sous ces fardeaux ; chacune de nos passions, chacun des instincts de notre être, est refoulé violemment ; on fait retentir à nos oreilles d'impossibles ordonnances, des commandements exorbitants : Soijez chastes : — Aimez vos ennemis : — Bienheureux ceux qui pleurent ! — Bienheureux les pauvres ! — Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice ! — Si l'on vous frappe à la joue

gauche, présentez encore la droite, et tant d'autres ?

Mais si c'est Dieu qui parle, si cette formidable législation est de lui, que dire, qu'objecter, que prétendre^ 0 homme, qui es-tu pow Vopposer à Dieu ? Est-ce que le vase dit au potier qui le açonne : pourquoi m'as-tu, fait ainsi?

La seule question reste donc celle-ci : cette doctrine et cette législation sont-elles, oui ou non, de Dieu ? Or v^ne question pareille, qui la résout? Le miracle, le miracle que nous appelions tout à l'heure la lettre de créance et le sceau de Dieu. Quand l'homme vous montre ce sceau, inclinez-vous, obéissez, vous êtes en face de Dieu qui vous parle et auquel vous devez croire, qui vous commande et auquel vous devez obéir. Comment Jésus-Christ, quand il ne laissait voir aux hommes que la fragilité et l'humilité d'une chair mortelle etp?>ssible, habita inventas ut homo, inclina-t-il l'intelligence et la volonté humaines à adorer dans la chair le Verbe infini de Dieu, et alors que tout criait avec Pilate : « Voilà l'homme ! » comment le monde cria-t-il avec l'ivresse de l'amour et l'enthousiasme de la foi : « Voilà Dieu ? »

SS'i CHAPITRE HUITIÈME

Qui triompha des oppositions des sens et des résistances de la raison? Le miracle. Jésus-Christ disait : « Vou":

ne croyez pas ? Mais croyez au moins à cause des

œuvres que je fais : » « Les œuvres que je fais rendent témoignage de moi. » Mais Jésus-Christ disparu du gouvernement visible de son Église, où continuera d'être la garantie de vérité et de divinité? Dans le miracle. Comment les Apôtres, les prêtres, les prédicateurs de la foi ont-ils pu obtenir du monde entier la plus prodigieuse des adhésions, imposer à toutes les intelligences, ou civilisées, ou barbares, ou cultivées, ou ignorantes, le plus inouï des programmes, charger toutes les épaules des plus écrasants fardeaux ? Par le miracle. Le moyen était aussi simple que victorieux ; quand le monde arrêtait l'Kvangile et voulait, comme perturbateur et imposteur, le mettre aux fers, la marque divine intervenait, le sceau de Dieu était exhibé, le miracle manifestait, avec la présence de la Majesté souveraine, la nécessité du plus prompt et du plus entier acquiescement. Écoutons Jésus-Christ nous découvrir lui-même l'économie du plan divin dans la conversion du' monde. En vérité, en vérité je vous le dis : Celui qui croit en moi, mon disciple, mon apôtre, le prédicateur de mon Évangile, fera lui aussi les œuvres que je fais; bien plus, il en fera de plus grandes encore. Saint Paul, l'œuvre faite, Iracontant comment s'était converti le monde et comment « toule élévation s'était abaissée sous la foi, et comment toute intelligence s'était constituée esclave du Christ, » disait à son tour : le salut commença par être prêché par le Seigneur lui-même, puii il fut confirmé en nous par ceux qui avaient tout entendu : Dieu attestant leur parole^ par des miracles et des prodiges, et nu drploit'vtrnt divers dr la force divine. Nous voici

ramenés à notre point de départ et au texte évangélique, dont ce qui précède n'est que le commentaire et le développement : Allez donc et prêchez, disant : le royaume des deux est proche. — Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons '.

* Le rationalisme l^it ici une objection qui témoigne de sa légèreté et de son manque habituel de vue et de logique. Il dit : Si le miracle est de telle nécessité, pourquoi le miracle a-t-il si complètement cessé dans l'Église ? D'abord le miracle est loin d'avoir si complètement cessé. Chaque âge de l'Église les enregistre par milliers, et pas un saint ne monte aux honneurs du culte public qu'il n'en ait fourni son large et glorieux contingent. Supposée vraie cette affirmation, et qu'en effet il n'y ait plus do miracles, le rationalisme, par la plus pitoyable distraction, oublie qu'une doctrine démontrée vraie et divine il y a dix-huit siècles, n'a pas cessé de l'être depuis, et qu'une démonstration faite une fois n'a nul besoin de l'èlre plusieurs. Il fallut, il y a dix-huit siècles, un formidable déploiement du miracle pour attester la vérité de l'Évangile et faire apparaître sous l'humilité providentielle de Jésus-Christ et de son Église la présence et l'action de Dieu. La vérité une fois établie, le Christianisme triomphant, la terre conquise, les moyens employés à cette conquête deviennent inutiles : le vainqueur remet, après la victoire, ses armes au repos. La parole de Jésus-Christ ; guérissez les malades, etc., reste permanente, mais se vérilie dans uu sens et avec des effets spirituels plus précieux et plus hauts. « Si quis diceret : quare non facit modo miracula Ecclesia ? Dicendum quod miracula facta sunt ad probationem fidei : sed jam lidcs approhata est. Et ideo sicut qui faceret unam demons- .ralioncm ab probandura aliquam conclusionem, non essii alla probalio nccessaria, sic ibi. Unde maximum miraculum est conversio tolius mundi : ideo non oportet quod fiant alia : et sicut facta fucrunt alia miracula corporalia, ita fiunt

Ces mots ont eu et auront perpétuellement un double sens et une double réalisation dans l'Église. Ces guérisons et ces résurrections, que Jésus-Christ donnait comme marque de la divinité de la foi, s'opéreront tantôt sur les corps, tantôt sur les âmes. Tant qu'il faudra par d'éclatantes merveilles frapper les intelligences incrédules,les gagner à la révélation en les arrachant au rationalisme qui les aveugle, leur montrer dans les vérités annoncées la parole même de Dieu, et dans les obligations imposées au monde la volonté souveraine du Très-Haut, ces guérisons et ces résurrections s'opéreront dans l'ordre physique, seul pleinement accessible à la multitude. Puis, quand l'Evangile aura triomphé et sera roi du monde purifié et renouvelé, quand les miracles, « nécessaires non aux fidèles mais aux infidèles, » auront fini leur mission dans une

quotidiè spiritualia, quia infirmi spiritualiter curantur. Infirmi enim sunt qui peccato agitantur, qui proni sunt ad peccatum : Rom. XIV, 1 : « infirmum autem in fide assumite. » Et isli a Domino saaantur. Qui autem consentiunt, mortui sunt, quia separantur a Deo. Elisti ressuscitanlur a Domino. Ephes. v, 14 : a Surge qui dormis, et exurge a mortuis. » Item leprosi mundanlur : leprosi enim dicuntur qui sunt infeclivi aliorum ; quia lepra est morbus contagiosus, et isli aliquando curantur ; IV Reg. V, dicilur lepra Naaman adhsesit Giezi. Item daemones ejiciuntur : dœmones enim sunt quorum peccatum jam transiit ad elTeclum de quibus dicitur Proverb. ii, 14 : « lœtantur cum maie fecerint, et exultant in rébus pessimis. » Et ut habetur de Juda, Joan. xiii, 27 : Quod intravil in eum salanas, etc. Et isti aliquando curantur. (D. Th. Comment, in Matth. cap. x.) — Item, in Cat Miir. : « Hœc signa in exordio Ecclesise necessaria fuerunt: ut fides cresceret miraculis fuerat nutrienda. Postea autem stelerunt reverentia fidei ubique plantata. » {Cat. aur. in Matlh cap.x.)

société toute croyante et toute convaincue, les œuvres divines accomplies d'abord sur les corps, se feront plus précieuses et plus nobles encore en s'accomplissant sur les âmes. Les âmes « mortes dans leurs péchés, » ressusciteront à la grâce, à la vie divine et aux espérances de l'éternelle gloire. Les « lépreux, » lésâmes, hideusement couvertes des souillures de la déchéance et des scories du vice, seront « lavées dans une eau pure » et apparaîtront « pleines de gloire, sans tache, sans ride, sans rien qui y ressemble, mais toutes saintes et tout immaculées. » Les « infirmes, » les âmes malades, faibles, pusillanimes, défaillantes, blessées des traits empoisonnés du démon et du monde, fascinées par les bagatelles terrestres, égarées par les fausses maximes, sans foi, sans espérance, sans amour, seront tout-à-coup, à une parole qui leur sera dite, à une émotion mystérieuse qui aura remué toutes leurs fibres, transformées en âmes croyantes, courageuses, ardentes au bien, prenant vers les sommets de la perfection évangélique un puissant et sublime essor, infinnos curate. Les démons seront chassés. Et que fait autre chose l'Église catholique dans les âmes, danslafamille,dansla société? Qu'opère sa prédication, que produisent ses sacrements, sinon chasser le diable des âmes et des corps ? N'est-ce pas même là son œuvre par excellencce, cette œuvre que Jésus-Christ annonçait en ces termes : « C'est maintenant que le prince de ce monde va être chassé dehors. » Tout l'y avait laissé, tout l'y maintient encore : seule l'Eglise catholique consacre ses jours et livre son sang au magnanime et victorieux effort qui le chasse de partout.

.Voilà par excellence sa marque de divinité. Tandi? que les fausses religions ont toutes étendu et exalté le

règne de Satan sur la terre, l'Église catholique l'a renversé et continue à en poursuivre à outrance, à travers les siècles, la complète destruction. L'hérésie quelle qu'elle soit et quelque nom qu'elle porte, a fatalement abouti au règne des passions, à la honteuse émancipa tien de tous les instincts mauvais de la nature. Luthei vivait et prêchait encore, son symbole hérétiquf' n'était pas encore constitué, que déjà les torrents de corruption, débordant de toutes parts avec une violcna ioouïe, menaçaient l'Allemagne d'une décadence affreuse et la plongeaient en attendant dans des flots de fange et de sang. Henri d'Angleterre a à peine lacéré le dogme et la discipline de l'Eglise catholi(iue, qu'il précipite «on malheuréiJ.K royaume dans des convulsions sans fin et fait tarir en lui la générosité des vertus. Partout où s'est implantée la Réforme, la source vive des héroïsmcs chrétiens s'est trouvée soudainement tarie : l'erreur et l'obscurcissement se sont abattus sur les intelligences, les vices se sont emparés des (?œurs, l'égoïsme a fait place à la charité, et un froid mortel a glacé toutes les âmes et arrêté la 'végétation que le Catholicisme avait rendue si puissante. .

Parmi nous la Révolution, fille de la Réforme, a repris l'œuvre et prétendu former une société selon ses idées et selon ses goûts. L'œuvre est faite : elle est sous nos yeux : facile à tous de la juger. La Révolution a porté la mort sur trois théâtres où le Catholicisme avait multiplié la vie : l'individu, la famille, la société. Elle a tué la foi dans les âmes: elle y a éteint l'espérance, el'e y a étouffé l'amour : l'homme moderne est resté. ■ sans Christ et sans Dieu, » avec les instincts inassouvis de sa nature, avec la faim dévorante de la bétc fauve qui chcrclie sa proie. La famille, cette chose

sainte et sacrée que l'Église avait mis tant de siècles à construire et à laquelle elle vouait tant de soins et d'amour, la famille, touchée elle aus?i du souffle révo lutionnaire, se flétrit et expire. Les liens qui en ret& naient les membres unis se sont relâchés et dissous , l'abnégation qui en faisait la force, le recueillement et la solitude qui lui formaient un rempart si solide, l'autorité qui lui maintenait tant de cohésion et de vigueur, l'amour qui y répandait tant de charmes, tout est renversé, tout est par terre, tout gît dans des ruines sans espoir. Le père est vaincu dans son propre empire dont il a le premier trahi les intérêts et méconnu les devoirs; la mère n'a plus la vigilance de l'amour et l'héroïsme de l'abnégation; l'enfant, révolutionnaire prématuré, so rit de l'autorité, se soustrait à l'obéissance et ne croit plus à l'amour. Autrefois, des bras et du cœur mator nels l'enfant passait aux bras ;et au cœur de l'Église; et l'Eglise le formait aux mâles vertus du croyant et du citoyen, et lui versait au cœur la vertu en même temps qu'elle répandait dans son esprit la lumière du plus vaste et du plus haut savoir. L'État révolutionnaire s'est chargé de cette mission. Il a mis sur ces fi-cles et délicates natures sa main brutale, sans même soupçonner tout ce qu'il faut de lumière, de dévouement, d'abnégation et d'amour pour faire l'homme et le chi-élien, le citoyen de la patrie terrestre, et le héros bien plus noble et plus illustre encore de la patrie des Cieux. L'État a rendu l'enfant avec peu de science et bcaucou.) de vices ; il a fait la génération qui passe sous notrj regard; génération sans foi, sans conviction généreuse, sans héroïsme et sans vigueur. En même temps qu'elle frappait à mort la famille, la Révolution jeta la sociéti dans d'effroyables convulsions en arinaat l'une contre

l'autre les deux classes dont elle se compose, les pauvres et les riches. Le grand crime de la Révolution est d'avoir fait l'ouvrier et le pauvre impies, cette monstruosité que ne connut aucun de nos âges prospères. Quand elle eut chassé Dieu de l'âme du pauvre et qu'elle eut vidé cette âme de ses espérances éternelles et de ses plaisirs divins, un problème effroyable se dressa devant le pauvre laissé seul, sans allégement ni compensation, en proie aux douleurs de l'existence, dont d'autres sous ses yeux ravissent toutes les joies : Pourquoi suis-je pauvre? Et qui me peut empêcher de me ruer sur ceux qui usent de mes sueurs, et m'insultent de la fortune qu'ils étalent à mes yeux? La Révolution qui avait lâché la bête fauve s'est trouvée impuissante à la retenir : et la France, après douze siècles de sécurité et de grandeur, ne compte plus sur un lendemain tranquille, et n'a plus une seule heure d'assurée ! a fructibus eorum cognoscetis eos.

Puisse-t-elle ouvrir enfin les yeux, s'instruire del'expérience, reconnaître ce qui la sauvait et ce qui l'a perdue, et rappeler le Christ et l'Eglise, qui seuls au monde « guérissent les malades et ressuscitent les morts, »

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