‹ Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 15 sur 28 · Mais une éventualité douloureuse est ici à prévoir · texte numérisé non relu

Mais une éventualité douloureuse est ici à prévoir

1 « Ibi manete. » Hic docet de stabilitate hospitii. Non transite de hospilio in hospitium. Et quare ? Ne sit tristitia hospitl. Secunda ratio est ne incurrant notam levitalis, quae non conve» nit prœdicatori. Item ut évadant notam gulae. — * Iste eral, modus salulandi congruus : quia mundus eral in guerra : In Christo autem mundus est reconciliatus. Isli enim erant legali Domini ; et ad quid? Gerle ad pacem. Ideo congrua erat li^ec salutaiio. (D. Thom. Comment, in Matlh. cap. x.)

L'apôtre, dans le cours de ses prédications, ne rcncontrera-t-il pas des demeures qui se fermeront à ses besoins, comme des cœurs qui se fermeront à sa parole < ? N'entendra-t-il pas la dure et impitoyable parole qui accueillit à sa venue dans le monde le Fondateur et le Chef du sacerdoce entier, non erat locus ? Que devra faire l'apôtre aussi ignominieusement repoussé? Quel châtiment attend les coupables de cette brutale et impie répulsion ? Jésus-Christ l'explique en poursuivant : « Quiconque ne vous aura pas reçus et n'aura pas écouté vos discours,sortant de la maison ou de la ville, secouez jusqu'à la poussière de vos pieds en témoignage contre eux. En vérité, je vous dis : il y aura moins de rigueur pour la terre de Sodome et de Gomorrhe, au jour du jugement, que pour cette ville-là. » Quelle indignation dans ces paroles du Maître ! Quelle effroyable perspective aux contempteurs de la parole sainte et des ministres que Dieu charge dé la porter ! L'infâme Sodome, l'abominable Gomorrhe, ces villes que Dieu abîma dans les torrents d'un feu sans pitié, subiront moins de rigueurs que les contempteurs des prêtres de Jésus-Christ ! Contemplons cette silencieuse et sinistre représailie de l'apôtre qui « secoue en sortant jusqu'à la poussière de ses pieds ; » méditons le sens et la portée de cette excommunication. Cette poussière attachée aux pieds de l'apôtre, elle est l'implacable témoin de ses labeurs, de ses fatigues, de la longueur du chemin parcouru pour venir aux âmes ; elle parle avec une invincible énergie du zèle de l'apôtre et de la miséricorde du

' « Quicumque non receperit vos, etc. » Hic agitur de his qui non recipiunt ; et docet quid récipient ipsi a Deo. (D. Thora. foc. cUid,)

Dieu qui l'envoie. Secouer cette poussière, c'est donc comme exposer à tous les regards, et comme jeter à la face, le crime d'ingratitude et d'impiété dont elle est l'incorruptible témoin. C'est là encore l'anathème, la séparation absolue, l'excommunication par excellence. Plus de lien, plus d'union : la poussière même d'un sol coupable, l'apôtre s'en sépare et la rejette loin de lui. Un troisième sens de ce rite mystérieux regarde exclue sivement le prêtre lui-même, et, bien que moins littéral, est profond et saisissant. L'apôtre, livré entièrement aux âmes, absorbé dans des travaux qui l'empêchent de veiller assez à sa propre sanctification, mêlé au monde et subissant forcément quelque atteinte de sa dissipation, le prêtre finira par se couvrir de ce que saint Léon appelle « la poussière mondaine, » mundano pulvere. Qu'il sorte, qu'il se retire quelque temps à l'écart qu'il profite des loisirs que lui laissent l'insensibilité et les refus des âmes, et qu'il secoue la poussière dont elles l'ont couvert peu àpeu<.

L'avenir se présente terrible aux contempteurs de la parole divine, aux malheureux qui chassent les apôtres et les sauveurs que Dieu leur envoie. Étonnant arrêt ! Justice étrange ! Les plus grands coupables, les cités

* Quare hoc mandat Dominus? Pulvis enim adhseret pedibus : unde hoc prsecepit ad ostendendum quod laborem itiaeris incassum feceranl ; et hoc erat eisin pœnam. — Alla ratio est mystica. Pedes sunt affectus eorum-, quaiitumcumque enim sunt sancti prtEdicatores, oporletquodaliquo pulvere alTectus eorum moveatv.,% vel ex aliqua vana gloria, etc., ut habetur Joan. xiii, ubi dicilur quod Dominus lavit pedes discipulorum et dixit : « Qui mundiis est non indiget nisi ut podos lavet, etestmundus totus. » Unde i:idigebanl lotione quoTl veuialia. (D. Thoni. Comment, in Mallli. cap. X.)

intâiues, dont la fin tragique et les affreuses catastrophes restent pour tous les siècles un objet de stupéfaction et de terreur, sont moins abominables devant Dieu, et subiront de moindres châtiments que les contempteurs des envoyés célestes et de la parole que Dieu même met sur leurs lèvres. D'où saint Thomas conclut hardiment que le plus grand et le plus irrémissible des crimes, c'est le refus volontaire et obstiné de la vérité (îonnue, la haine de cette vérité qui la fait persécuter et chasser opiniâtrement. Aussi le châtiment est- il terrible, non pas même celui que réserve l'éternité, mais aussi celui que subissent dès la vie présente les coupables, délaissés par Dieu et plongés par ces abandons de la Lumière dans des ténèbres désespérées. « Quelle horreur d'être enveloppé dans les ténèbres au milieu de tant de précipices ! c'est ton état, ô âme, si tu laisses éteindre ce reste de lumière qui te luit encore pour un moment. « Qui marche dans les ténèbres ne sait où il va. » Étrange état ! on va ; car il faut aller ; et notre âme ne peut pas demeurer sans mouvement : on va donc, et on ne sait où l'on va. On croit aller à la gloire, aux plaisirs, à la vie, au bonheur : on va à la perdition et à la mort. On ne sait où l'on va ni jusqu'à quel point on s'égare. Ou s'éloigne jusqu'à l'infini de la droite voie, et on ne voit plus la moindre trace ni la moindre route par où l'on y puisse être ramené. État trop ordinaire dans la vie des hommes. Hélas ! hélas ! c'est tout ce qu'on en peut dire. C'est par des cris, c'est par des gémissements et par des larmes et non point par des paroles qu'il faut déplorer cet état.

« Il ne sait où il va. » Aveugle, où allez- vous? Quelle malheureuse route enfilez- vous? Hélas! hélas! Revenez pendant que vous voyez encor') lo chemin. Il avance :

Ah ! quel labyrinthe et combien de fallacieux et inévitables détours va-t-il rencontrer ? Il est perdu : je ne le vois plus : il ne se connaît plus lui-même, et ne sait où il est : il marche pourtant toujours, entraîné par une espèce de fatalité malheureuse, et poussé par des passions qu'il a rendues indomptables. Revenez : il ne peut plus : il faut qu'il avance : quel abîme lui est réservé ! quel précipice l'attend ! de quelle bête sera-t-il la proie ! sans secours, sans guide que deviendra-t-il ? Hélas ! hélas ' I »

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