‹ Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 16 sur 32 · L lÛ · texte numérisé non relu

L lÛ

326 CHAPITRE TROISIKME

ment de sa vie la plénitude de grûce et de gloire qui lui était réservée dans les décrets divins. Mais d'autres questions se posent que voici. Y eut-il en Jésus-Christ une science acquise? et peut-on, d'une pareille science, entendre en partie le crescebal de l'Évangile? Écoutons saint Thomas. < Assurément, dit-il, et quoique j'aie pu en écrire ailleurs différemment, il faut admettre qu'il y eut en Jésus-Christ une science expérimentale, une science acquise, laquelle est selon le mode et la condition de l'àme humaine. La science infuse est communiquée à l'àme par le rayonnement d'une lumière divine: la science béatifique est la science réservée à Dieu ; le troisième mode est approprié à l'état actuel de l'homme qui par l'expérience augmente le trésor de sa science et de sa sagesse. Outre sa science infuse, Jésus-Christ acquérait donc par le travail propre de son intelligence, et cela, parce que nous ne pouvons supposer dans le Christ «« vrai homme » des facultés sans opérations et des puissances endormies et inactives. » Ailleurs le grand docteur pose cette question : «< Jésus-Christ pouvait-il augmenter la science acquise? » — il répond : — dicendum quod tam scientia infusa animse Christi quam scicnlia beata fuit effcctus agentis infinilœ virlutis, qui potcsl tolum opcrari, et ifa, in nculrd scicnlia Chrislus profecit, scd a principio cam pcrfectam liabuit. Sed scienlia iirquisita causatur ab inlelleclu ar/ente, qui non lolurn aimul operatur, scd successive; et ideo secuudujn hanc scicnliam Christus non a principio scivit omnia,sedpaulalim et post aliquod tcmpus, sciiicet in perfccla xtalc: riiod palet ex hoc quod Evangelista simul dixil cum pvofccissc scicnlia et œLlc '.

» D. Tlioaa. 6'.i u. li'i:o'.j<j. p. III, quiCàt. xii, an. i, — Njus

Keu concluons pas néanmoins que le divin Enfant de Nazareth pût avoir des maîtres et recevoir les enseignements de l'homme. Illuminateur du monde, constitué chef de l'humanité, non-seulement pour lui verser lu grâce, mais aussi pour répandre sur elle les lumières de la doctrine ; « né à la vie terrestre, venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité', » Jésus- Christ devait enseigner la vérité à tous les hommes et ne pouvait la recevoir d'aucun d'eux. Aussi, conclut saint Thomas, « il ne pouvait convenir à la dignité du Verbe incarné de recevoir l'enseignement d'aucun homme^ >•

Et ce qui peut être affirmé de l'homme, le doit être aussi de l'Ange. L'âme de Jésus-Christ, immédiatement illuminée par le Verbe, fut remplie de science comme elle le fut de grâce, dans une mesure bien autrement large que les autres créatures ;.et la lumière divine tombait sur elle immédiatement et sans passer par l'intermédiaire des Anges. Jésus-Christ illuminait les Anges, mais ne pouvait être enseigné d'aucun d'eux.

En résumé, comment expliquerons-nous le mot de l'Evangile : Jésus proficiebat sapienlia et aetale? Voici la dernière conclusion de saint Thomas. Jésus, comme nous l'avons dit, croissait dans sa science expérimentale comme dans son âge. Or, remarquons-le, il faut l'ngî convenable, tout aussi bien pour la science po-scdéo d3 soi-même que pour celle que procure l'éducation. Le Dieu fait homme ne voulut rien faire qu

n'i jnoronjj pas que celle opinion est combattue, nous la donnon? telle qno le grand docteur l'a émiso et la couvre du crôJil de sa science et de son génie.

> Joan. — »D. Thom. Sum. UieoloQ.p. Ill, 'iv-iosl. xir, arU 3.

ne convint à son âge. Il attendit donc, pour écouter et interroger les docteurs, l'âge auquel chez les autres hommes la science commence à pouvoir élre apprise ^ On pourrait dire encore- que sachant tout de sa science infuse, Jésus-Christ condescendit encore à posséder une nouvelle connaissance par le contact de la vie et l'expérience des choses».

* D. Thom. Sum. theolog. p. III, quacst. xii, art. 3, ad primum ~ » D. Thom. Swn. theolog. p. III, quœst. xii, arl. 3, art. 2. — 3 L'explication la plus ordinaire est colle qui, se mettant en dehors de la question ardue et obscure de la science acquise et expérimentale, dit simplement que « plein de toute science, • l'Enfant Jésus en proportionnait la manifestalion à chacun dca âges qu'il traversait.

CnAPITPiE QUATRIEME

Nous avons presque complètement laissé et laisserons de côté l'an des plus merveilleux ouvrages dt saint riiomas, la Chaîne d'or. Dans cette œuvre, on le sait, sont rassemblées toutes les richesses de la tradition, et les magnificences des Pères. Préoccupé uniquement de rendre la doctrine du Docteur Angélique et de la rendre d'une façon lucide et saisissante, nous avons avant tout évité de la voiler sous les détails trop accumulés, quelque beaux, féconds et précieux à la chaire chrétienne qu'ils puissent être : la piété et la science y pouvaient perdre, mais la clarté et l'intérêt y devaient gagner beaucoup. D'ailleurs nous nous réservions de revenir, dans un chapitre spécial, sur ces détails d'érudition et de piété. Car nous ne pouvions en aucune manière nous résoudre à laisser derrière tant de richesses réunies par saint Thomas dans son admirable Chaîne d'or, richesses dont l'orateur et le catéchiste peuvent tirer un si facile et si précieux parti.

Comme division, nous prendrons la plus simple et la plus pratique : nous grouperons sous les titres de nos fêtes et de nos mystères chrétiens, les points de doctrine, les réflexions de la pieté, ou les recherches de l'érudition que nous avons omis dans la suite des récits qui précèdent.

I. — La sainte Vierge était l'épouse de Joseph et habitait Nazareth avec son saint époux, quand elle reçut la visite et l'ambassade de l'Ange. Elle était solitaire et silencieuse dans son humble chaumière, quand y entra l'envoyé des Cieux. Reconnaissez la vierge à cette conduite de Marie : elle est seule dans l'intérieur de sa maison, seule, loin de tout regard ; accessible à la seule entrevue d'un ange". Qu'une femme illustre reçût pour prix de quelque belle action un salut d'honneur, la chose n'était pas inouïe en Israël. C'était une coutume chez le peuple juif d'adresser une salutation aux héroïnes de la sainteté et du devoir. Débora salua Jahcl : « Bénie soit entre les femmes, Jahel, épouse d'Héber ! » Booz salua Ruth : « 0 fille, vous êtes bénie par le Seigneur ! » David aborda aveo un salut glorieux Abigaïl qui, par sa sagesse, avait sauvé la famille de Nabal du massacre : « Bénie soyez-vous, parce qu'aujourd'hui vous m'avez arrêté sur la voie du sang et m'avez empêché de me venger de ma propre main. » Mais quelle femme fut jamais saluée par ces mots : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ? Cette salutation de l'Ange fait contre-poids à la malédiction prononcée contre la première femme. Eu

« Calen. aur.

-^.ounitioa de son péché, Eve doit enfanter dans la dou- ^ leur : pour Marie, la joie chasse à jamais la douleur. • Salut, 6 pleine de grâces ! »

Marie se trouble : les interprètes ont recherché la cause de ce trouble mystérieux. Il en est qui l'a^.tribuent à la joie : cette opinion étrange a été solidement réfutée. Selon saint Ambroise, Marie fut émue à l'aspect auguste du messager céleste. Saint Jérôme veut que le trouble de la vierge ait été causé par l'apparition subite d'un jeune homme, car c'est la forme que l'Ange avait prise. Dans sa lettre à Eustochium ce saint docteur s'exprime ainsi : « Imitez Marie. Cette Vierge, si pure qu'elle mérita de devenir la mère du Sauveur, lorsqu'elle aperçut l'ange sous la figure d'un homme, lorsqu'elle entendit sortir de sa bouche cette salutation : je vous salue, pleine de grâce, fut saisie d'un tel effroi qu'elle ne put répondre; jamais homme ne lui avait adressé de salut. » Tel est le s mtiment du grand Docteur : d'autres interprètes, en grand nombre, font remarquer que l'aspect et la parole des anges n'étaient ni insolites ni formidables pour la Reine des anges. Marie ne trembla donc pas en cédant au sentiment de la peur, elle ressentit seulement cette commotion et ce trouble qu'apportent nécessairement la communication du monde surnaturel, et l'apparition des êtres supérieurs. Dieu étant apparu à Abraham, « une profonde et ténébreuse horreur s'empara de lui. » Quand les saintes femmes virent l'ange au tombeau du Christ, elles demeurèrent saisies de terreur. A peine l'ange Gabriel se fut-il révélé au prophète Daniel, qu'un subit effroi lui ravit toutes ses forces. Enfin, à l'aspect de l'Ange, Zacharie « fut rempli de trouble et la crainte fondit sur lui. « En fut-il de Marie comme de ces saints personnages ? Ces auteurs le conjecturent ; quant au

Docteur Angélique, il repousse absolument cette explication, peu d'accord avec les grandeurs de Marie, sa domination sur les anges, et ses perpétuelles communications avec le monde d'en haut. Dans la troisième partie de sa Somme théologique, saint Thomas rapporte le trouble de Marie à son humilité profonde. Elle s'était abaissée jusqu'au néant; elle se regardait comme trèsindigne du moindre regard de Dieu, et de son plus fugitif souvenir: que signifiaient une salutation si magnifique, les respects si profonds de l'Ange, ses splendides affirmations et ses extraordinaires promesses ? « Mario fut troublée en entendant ces paroles de l'Ange. »

2. Saint Thomas s'applique à faire voir tout ce que la conception du Verbe fait chair eut de merveilleux et de divin. Rien dans cette conception n'altéra la fleur de virginité de la bienheureuse Marie. En un instant, le corps du Christ fut formé dans le sein de la Vierge, avec la perfection, l'harmonieuse disposition des membres, rintégrité complète qui rendit la chair propre à dignement recevoir la très-sainte âme du Verbe incarné. En un instant, le corps animé fut uni bypostatiquement à la divinité : le mystère des deux natures fut accompli dans le Christ; le Christ fut Dieu et Homme tout ensemble; doué de deux volontés; ayant deux opérations, l'une divine, l'autre humaine. A cet instant même, Jésus-Christ fut Prêtre, Pontife de religion. Médiateur, Rédempteur, Sauveur. A cet instant, il fut Saint, le Saint des saints, le Saint par excellence : saint non pas seulement de la sainteté accidentelle que communique la grâce sanctifiante, mais de cette sainteté substantielle qui du Verbe découlait sur l'humanité pour la pénétrer tout entière et la déifier dans une mesure ù

jamais inconnue à toute autre créature. Enfin, dès ce premier instant de sa Conception, Jésus-Ciirist fut prévenu de cette grâce dite capitale qui le fait Clief des anges et des hommes, et le donne pour « tète à toute l'Église. ï A cet instant encore, il fat doué de la science divine qu'il possède comme Dieu ; de cette science infuse que lui communique dans une surabondante mesure l'union hypostatique, et aussi de la science que la théologie nomme la science acquise. En cet instant, il vit l'Essence divine et toutes les choses passées, présentes et futures. Il connut dès lors les secrets des cœurs, et la suite des actions des particuliers comme des événements de toute l'histoire des peuples. Il eut l'entier usage de son intelligence et de sa volonté, et, par cet usage, commença à mériter la gloire accidentelle de son corps ^.

3. La fête de l'Annonciation est d'une haute antiquité dans l'Église, et Thomassin, qui en fait remonter l'établissement seulement au vn« siècle, est réfuté avec autant d'aisance que de solidité. Le pape Sergius, qui vivait au vii= siècle, parle de cette fête comme d'une fête déjà connue et célébrée. Dans l'ancien Martyrologe de l'Eglise d'Occident, la fête de l'Annonciation est mentionnée en ces termes : « Dans la Galilée et la ville de Nazareth, Annonciation à la très-sainte Vierge Marie de sa Conception, lorsqu'elle fut saluée par l'Ange. >» Saint Augustin parle aussi de cette fête. Mais un témoignage plus ancien et plus formel encore, est celui qui nous vient de saint Grégoire le Thaumaturge, dans le troisième siècle. Nous avons du Saint des homélies sur

« D. Thoin. OpuscuJ U^-^

cette fête, où il s'exprime ainsi : « Aujourd'hui Gabriel, l'Ange qui se tient près de Dieu, aborde la très-sainte Vierge et la salue en ces mots : « Je vous salue, pleine de grâces. » Dans riiomélie II«, le même Père dit encore: « Nous célébrons l'Annonciation de la très-sainte Vierge, comprise dans ces paroles de l'Ange : « Je vous salue, pleine de grâce.» Dans un passage, cité par Benoit XIV, les BoUandistes ne font pas difrtculté d'admettre que cette fête remonte aux Apôtres eux-mêmes qui l'instituèrent et la répandirent dans tout l'univers. « Cette solennité se distingue par une antiquité si haute, qu'il est permis de se livrer aux plus pieuses conjectures. Nous pensons que l'établissement de cette fête doit être attribuée à une coutume que garda perpétuellement la très-sainte Vierge, d'honorer d'un culte spécial le jour où elle-même et le genre humain tout entier avaient été gratifiés d'un si divin bienfait ; jour sacré, où le Verbe se fit chair dans son sein virginal, où elle-même devint Mère de Dieu par le consentement qu'elle donna au mystère que lui proposait l'Ange. Les apôtres qui avaient connu ce pieux tribut de la reconnaissance do Marie, se firent un devoir de le recueillir et de l'étendre, et ordonnèrent qu'une fête le consacrerait par toul l'univers. On peut avec raison appliquer à cette solennité ces paroles de saint Augustin adressées aux Donotistes : «< Ce que l'Église universelle observe, que les conciles n'ont pas institué, mais que tous les siècles ont vu établi, doit avec raison être regardé comme d'origine apostolique, »

n. — La très-sainte Vierge véritablement « pleine de grâce, » puisque la grâce par excellence, l'auteur de

MYSTÈRES ET FÊiES 33?

la grâce, résidait dans son sein comme 'en un mystérieux tabernacle, partit pour « le pays des montagne;? » où habitait sa cousine Elisabeth qu'elle avait résolu de visiter, de sanctifier et d'entourer des soins les plus empresses et les plus délicats. A quel moment Marie entreprit-elle ce long et pénible voyage « au pays des montagnes? » Vraisemblablement quelques jours seulement après le message angélique et les glorieux secrets de l'Annonciation. « Peu de jours après l'ambassade de l'ange, dit Noël Alexandre, après que Marie eut médité et contemplé le grand mystère, après qu'elle eut payé à Dieu le juste tribut de sa reconnaissance, mue par une inspiration de l'Esprit-Saint, elle se leva et partit avec une courageuse célérité pour les contrées montagneuses de la Jadée. » Fit-elle seule ce voyage? Et devons-nous nous résigner à croire qu'une si jeune et si frêle enfant affronta seule les fatigues et les dangers d'une si longue route? Tout porte à croire que saint Joseph ne laissa pas partir ainsi sa sainte épouse, et que celui dont la mission comme la gloire était de 'garder, de soutenir et de défendre la Mère de Dieu, n'abandonna pas sa faiblesse à tant de fatigues et de dangers. On élève une difficulté contre la présence de saint Joseph. Le saint Patriarche ne connut certainement pas le mystère de la Maternité divine avant que l'Ange, bien après le vo^'^age dont il est ici question, 1j lui eût découvert. Il nassista donc pas au colloque de Marie et d'Elisabeth. Ce point est hors de doute ; mais quelle nécessité y a-t-il d'en conclure que Joseph n'avait pas lui-mome conduit son épouse chez Zacharie ? Quelle difficulté trouvc-t-on à admettre que durant un séjour de plusieurs mois, les deux parentes eurent entre elles le solitaire et secret entretien qui fait le fond du

336 CHAPITRE QUATRIÈMB

mystère de la Visitation ? Les auteurs ont beaucoup recherché quel était ce pays des montagnes et cctto ville dont il a plu ù l'Esprit-Saint de taire le nom. L'erreur n'est guère possible dans cette question. Zacharie habitait très-certainement la ville sacerdotale de la tribu de Juda : or la ville sacerdotale de cette tribu était Ilébron ou Cariath-Arbe. Cette ville est bien située dans une contrée montagneuse, telle que la désigne le texte évangélique ; ainsi, dire que Marie se rendit au pays des montagnes, chez Zacharie, était suffisamment désigner le lieu où. elle se rendait. Quant au temps que Marie passa près d'Elisabeth, l'Évangéliste ne nous laisse aucun doute ni aucune obscurité. «< Marie demeura avec Elisabeth à peu près trois mois, et ensuite elle revint dans sa maison. »

2. Dès Tan 1063, la fête de la Visitation était célébrée chez les Frères Mineurs : Benoît XIV en apporte cette preuve que les annales franciscaines font formellement mention de cette fête. Elle était aussi, d'après le même savant auteur, célébrée en Orient. En Occident, elle fut vraisemblablement introduite par le pape Urbain VI, qui en voulut faire un secours contre les maux qui désolaient l'Eglise, en méritant l'appui de Marie pour l'extinction du schisme. Le successeur d'Urbain VI Boniface IX publia les lettres apostoliques relatives à cette solennité. Dans sa XEIII* session, le concile de Bâle, en 14 il, ordonna que la fête de la Visitation serait célébrée par tout le monde chrétien, le lendemain des calendes de juillet. Plusieurs se sont fait une arme do cette décision d'un concile devenu schismatique contre cette fête elle-même, sans songer combien elle a son fondement dans l'Évangile, et comment elle a été

MYSTÈRES ET FÉTCS 337

approuvée, sanctionnée, célébrée par les souverains Pontifes. D'ailleurs ce n'est pas au concile de Bâlc, c'est ù Urbain YI qu'il faut faire remonter l'origine de cet'e fête dans les Églises d'Occident.

3. Quelle riche moisson d'enseignements et d'édification la piété chrétienne trouve à recueillir dans ce mystère ! L'Ange porteur de si mystérieux messages avait fortifié la foi de Marie par l'annonce de la miraculeuse grossesse d'Elisabeth. Marie l'a à peine connue, que, non pas par incrédulité ou défiance, mais par la joie de ses désirs, le religieux empressement d'un service à rendre, la célérité que donne l'allégresse, elle se rend au pays des montagnes. Pleine de Dieu comme elle l'est, où pourrait aller la Vierge qu'au pays des montagnes * ? Jésus enfermé dans son sein avait hâte de sanctifier Jean son Précurseur -. La grâce de l'Esprit- Saint ne connaît pas les retards. 0 Vierges, apprenez a ne vous point arrêter sur les places publiques, à ae vous point mêler aux discours de la foule 3. Et vous, saintes femmes, apprenez de Marie quels soins vou? devez prodiguer à vos proches dans le besoin. Mariî vivait seule dans rintérieur d'une maison solitaire: mais sa virginale pudeur ne la put retenir, ni l'aspérité .les montagnes ralentir son zèle, ni la longueur du iihcrain entraver sa charité. Vierges, apprenez aus-.i rhumilitê de Marie. Elle vient la première à sa parente, la plus jeune à la plus âgée ; et elle ne vient pas seulement à elle, mais la première elle la salue, d'où ce texte : « Elle salua Elisabeth. » Plus une vierge est chaste, plus elle doit être hua:>ble. Apprenons à déférer à la supé-

t S. Ambr.)'-' » Ori^. — » S. Arabr.

riorlté que donne l'Age, et, maîtres en chasteté, soyonsle encore en humilité. Voyez ce qui se passe : la Reine vient à sa sujette, et elle vient pour servir : Marie se rend près d'Elisabeth, Jésus-Christ près de Jean '.

A peine Marie est-elle arrivée et Jésus est-il présent chez Zacharie, que les bienfaits éclatent de toutes parts. Jean tressaille : le prophète a plus encore que sa mère l'intelligence et la vue du mystère : il salue Celui qui est le roi des prophètes, et, sans parole encore, c'est par ses tressaillements qu'il le reconnaît et le salue. Qui jamais tressaillit avant que de naître? La grâce révèle des effets qu'ignorait la nature. Le soldat encore dans le sein maternel reconnaît et adore le Roi qui doit naître. L'enveloppe terrestre n'arrêtait point son regard, car ce n'était pas de l'œil de la chair, mais de celui de l'intelligence, qu'il contemplait le Christ son Seigneur. Et du fils la grâce jaillissait sur la mère. 11 fallait la présence du Dieu que portait Marie pour que Jean fût inondé de l'onction de la grâce; mais à peine ce Dieu eut-il apparu que l'efTusion de l'Esprit tomba sur Jean et de Jean sur sa mère. Le texte sacré ajoute : « Elisabeth fut remplie de l'Esprit-Saint. » Qu'elle l'ait été de la plénitude qui débordait de son fils, on n'en saurait douter. L'esprit de prophétie lui révèle à la fois le passé, le présent et l'avenir ; elle connaît que la Vierge a été fidèle aux paroles de l'Ange; elle comprend que Marie porte dans son sein le Rédempteur du monde ; elle lit dans l'avenir la suite des gloires qui s'y doivent dérouler. « D'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? » Ce n'est pas qu'elle ignore que c'est Dieu seul et l'action du Saint-Esprit qui lui

» Caten. aur.

amènent Marie pour la sanctification et la gloire du fils qu'elle porte en elle, mais par ces mots elle confesse qu'aucun mérite humain ne lui vaut ce bonheur, mais la grâce divine toute seule. « D'où me vient ce bonheur?.. » c'est-à-dire : qu'ai-je fait, quelle bonne œuvre ai-je pu accomplir qui me mérite tant de bienfaits ?

« Marie demeura chez Elisabeth... » Ce ne fut pas seulement l'amitié qui prolongea ce séjour, Marie demeura pour le bien et la sanctification de Jean. Si au seul moment de l'arrivée de Jésus et de Marie, il y eut dans le Précurseur un tel mouvement d'allégresse et de si divins tressaillements, que ne dut pas opérer en lui le séjour prolongé de ces hôtes divins? L'âme sainte qui a conçu le désir du Verbe spirituel, doit gravir les sommets élevés de la perfection et des exercices de la vertu; elle y demeure l'espace de trois mois, Jusqu'à ce que le radieux éclat de la foi, de l'espérance et de l'amour l'illumine.

Rentrée dans sa maison de Nazareth, Marie ne la quitta plus et y attendit l'heure de son bienheureux enfantement *.

III. — Un êdit de l'empereur Auguste enjoignant un recensement par toute la terre, força providentiellement Marie et Joseph au voyage de Bethléem, où devait naître le Christ Rédempteur du monde.

Le recensement consistait à faire inscrire son nom, celui de son épouse et de ses enfants. Il y fallait aussi faire connaître sa condition et sa position de fortune, attendu que parfois la loi romaine exemptait de l'impôt

iCalen. aur. in Luo. ■^---

340 CHAPITRE QUATrjî:ME

et que les garçons, avant quatorze ans, les filles avant JoLize, n'y étaient point çûumis. Les noms de JésLis-Christ, Je la bienheureuse Vierge et de saint Joseph se trouvèrent de cette manière inscrits aux rôles de l'empire. « Tout cela, dit le savant Benoît XIV coupant court à des objections mesquines et des réfutations plus mesquines encore, tout cela s'est fait providentiellement. Le Messie devant naître à liethléem comme il devait être conçu à Nazareth, il fallait que Marie s'y rendit. Ce voyage, voulu dans les décrets divins, fut amené par l'édit impérial. Tout cela nous prouve que Dieu dispose des événements de ce monde et les fait tous concourir à ses desseins, Maître qu'il est et Ordonnateur suprême de l'univers. »

L'heure solennelle venue où le Sauveur des hommes devait paraître, il s'échappa soudain comme un pur rayon de l'astre virginal. « Elle mit au monde son Fils premier-né et l'enveloppa de langes et le déposa dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie. » Marie enveloppa de langes le saint Enfant: preuvesans réplique que,conçu divinement, il futenfanté sans la malédiction de l'infirmité et de la douleur. Barradius pense que l'Enfant fut déposé sur le sol, afin de nous mieux instruire de l'humilité. Lucas veut que la bienheureuse Vierge l'ait reçu dans ses bras comme un fruit mûr que l'on cueille de l'arbre. Selon Suarez, l'Enfant-Dieu, reçu par les Anges, fut par eux placé dans les bras de sa très-sainte Mère. On peut voir toutes ces opinions 3xposéesdans Corneille luipicrre.

Lopmion la plus généralement reçue et la mieux consacrée par la tradition, est que l'enfantement divin eut lieu non pas dans Bethléem même, mais dans un lieu des alentours, assez rapproché néanmoins pour

MYSTÈRES ET FÊTES S'il

être nommé du nom même d^labourgade.Qa'est-cc que cette grotte où naquit le Sauveur du monde? Saint Luc nous dit que la Vierge coucha l'Enfant dans une crèche. Saint Jérôme appelle le lieu de la naissance de Jésus parvum terrx foramen, un petit trou dans la terre ; Eusèbe lui donne le nom de caverne, antriim ; Origène nous donne un témoignage plus étendu et plus circonstancié : « Si quelqu'un, dit-il dans son traité Contre Celse, veut s'assurer si Jésus-Christ est bien né à Bethléem d'après la prophétie de Michée et le récit des Apôtres, on lui montrera à Bethléem une grotte où est né le Sauveur, et, dans cette grotte, la crèche où il a été déposé enveloppé de langes. Ce fait est de notoriété publique, admis par les adversaires mômes de notre foi. » La ville de Bethléem, dit Benoît XIV, est située sur un monticule dont le sol est de tuf. L'étable était taillée dans la pierre. Saint Jérôme racontant le voyage de sainte Paule à Bethléem, dit de cette étable : « Paulo étant entrée à Bethléem, pénétra dans la grotte, in spccum. » Ces paroles de saint Jérôme ne laissent pas de doute sur l'aspect et la nature du réduit où voulut naître le Sauveur du monde. Quant à la présence dans cette étable du bœuf et de Tâne, de si respectables autorités l'attestent et une si constante tradition en fait foi, que la nier serait presque téméraire. C'est là qu'après avoir reçu l'inconscient hommage des animaux, le Dieu anéanti reçut dans les bergers les prémices des petits et des pauvres dont il voulait former son royaume et sa cour. Une tradition constante et d'antiques ruines fi.xent le lieu où résidaient ces pasteurs et d'où ils entendirent le concert angélique. C'est Irf lieu même où bien des fois le patriarche Jacob fil paître ses troupeaux. Ij'antique Israël soupirait après la

3'i2 CHAPITRE QUATRIÈME

venue du Messie aux lieux mêmes où le Messie allait naître.

i. Nourrissons maintenant notre âme de la manne des Oocteurs et des Pères si précieusement recueillie par saint Tliomas dans sa Chaîne d'or. « Marie enfanta son premier-né... elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche. » Le Fils de Dieu pouvait apparaître en ébranlant le ciel, en faisant trembler la terre et en lançant des foudres : mais, Sauveur et non ju^e redoutable, ce n'est pas de ce formidable appareil qu'il voulut entourer son berceau. D'ailleurs c'était pour fouler aux pieds l'orgueil humain qu'il venait parmi nous : aussi, non-seulement il se fait homme, mais homme pauvre et dénué de tout. Pour mère il prend une indigente, et, au moment où il naît, il n'a pas même un berceau ! Celui dont le Ciel est la demeure, n'a pour berceau qu'une étroite et dure crèche; et c'est ainsi qu'il nous mérite les larges et opulentes joies des cieux. Voici le Pain des anges étendu dans la crèche, afm de nous nourrir, nous, le troupeau béni, du froment de sa divine chair. En venant dans le monde, il trouve l'homme devenu charnel et animal : il se place devant lui dans une crèche comme une nourriture toute préparée ; ainsi l'homme, laissant là les grossières pâtures, se tournera vers un tout divin aliment; l'homme laissera une paille indigne de lui désormais et se nourrira du Pain céleste, du Corps sacré qui donne la vie. Si le Dieu qui est assis à la droite du Père gît misérable et dénué dans un réduit étranger, c'est pour nous préparer, dans la maison de son Père, de nombreuses demeures. S'il naît loin delademeure doses parents et le longdu chemin, c'est qu'il est lui-même le chemin qui mène à la Patrie

éternelle, et qu'il veut nous indiquer que naissant dans? la chair de l'homme, il naît en un lieu pour lui lointain et étranger. Puissant en lui-même, pour nous il est faible; riche en lui-même, pour nous il est indigent; chrétien ne sois pas ébranlé au spectacle de ce dénùment : songe seulement que par là ton Dieu te rachète. 0 Seigneur Jésus, je dois plus à vos abaissements qui me sauveet qu'à vos œuvres qui m'ont créé. Que ra'eùt-il servi de naître si je n'eusse été racheté < ?

« Or il y avait aux environs des bergers qui veillaienl la nuit dans les champs à la garde de leurs troupeaux, et tout d'un coup un ange du Seigneur se présenta à eux. » L'Ange ne va pas à Jérusalem, la ville des scribes et des pharisiens corrompus et rongés par l'envie ; il aborde des âmes simples et droites, fidèles aux traditions de Moïse, et héritières de la piété des patriarches. L'innocence est le sentier qui mène à la divine philosophie. Remarquez le signe donné aux pasteurs pour reconnaître Jésus. Ce n'est pas la pourpre, ce sont de pauvres et misérables langes ; ce n'est pas un berceau enrichi dor, c'est la plus humble crèche. Mais si ces langes offensent votre délicatesse, prêtez l'oreille au concert angélique ; si la pauvreté de la crcche vous est repoussante, levez les yeux au ciel et contemplez 'a nouvelle étoile qui y annonce la naissance du Sauveur. Vous avez foi aux abaissements, ayez foi aussi aux grandeurs ; ce que le mystère a d'humble et de vil vous étonne, vénérez aussi ce qu'il a de grand et de merveilleux. Au sens mystique, l'apparition de l'Auge aux bergers et la clarté divine qui les environne, signifient que les pasteurs des âmes, pieusement

* Calen. aur.

31i CHAPITRE Qr.VTR.'ÈME

attentifs à la garde de leur troupeau, jouiront les premiers des illuminations divines, et que leur vigilance leur méritera l'abondance des lumières et des grâces de Dieu, Les bergers représentent les directeurs des âmes ; la nuit durant laquelle ils gardent leur troupeau, la longue suite des tenta'ions et des périls dont ils se préservent eux-mêmes avec ceux qu'ils dirigent. Il fallait que des bergers veillassent à ce moment de la naissance « du bon Pasteur, « de ce Pasteur qui devait ramener aux vrais pâturages ses brebis partout dispersées K

A l'ange se joignit incontinent une troupe d'autres anges. « Il se joignit à l'Ange, dit le texte sacré, une grande troupe de la milice céleste. » Admirable expression, milice céleste ! Le grand Roi s'avance pour combattre et chasser « les puissances de l'air, » les anges se rangent autour de leur chef dans ce vaste combat où Jésus-Christ porte la perturbation et l'effroi dans les phalanges infernales afin de briser leurs efforts et d'arrêter leurs ravages. Les anges chantent : « Gloire à Dieu dans les Cieux ! » A peine le premier ange a t-il annoncé la naissance du Dieu fait homme, que tous les autres éclatent en actions de louanges à la gloire du Créateur. Ainsi le Christ est glorifié; ainsi nous sommes instruits nous-mêmes que lorsqu'un de nos frères fait devant nous quelque réflexion pieuse, ou lorsqu'il nous vient à l'âme quelques bonnes pensées, tout en nous, le cœur, les lèvres, les actes, doivent éclater en saints transports et en concerts de louange. Les anges chantent parce qu'ils nous voient rachetés ; ils nous savent rentrés en grâce, ils se réjouissent de ce que leur

• Cal en. aur.

MVSlÈiŒS ET FilTES 3i5

nombre va être complété. Ils nous sovhaitcnt la paix : « Piiix, disent-ils, sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Autrefois, quand nous étions infirmes et abjects, ils nous devaient délaisser; maintenant que notre Rédempteur a pris notre chair, ils nous envoient leur fraternel salut. La paix est donc faite par le Christ. Le Christ nous a réconciliés à Dieu le Père, enlevant du milieu du monde le péché qui faisait de nous des ennemis, des deux peuples n'en faisant plus qu'un seul, réunissant le ciel et la terre dans un même b3rcail. Quand les anges ajoutent : « aux hommes de bonne volonté, » ils désignent pour qui ils demandent la paix. C'est pour ceux là seuls qui reçoivent le Christ naissant. Car « point de paix aux impies, » mais paix ineffable à 'tous ceux qui craignent Dieu. Nous comprenons maintenant pourquoi le Sauveur a pu dire : « Je ne suis pas venu établir la paix sur la terre, » tandis que les anges chantent : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté !» Si le Seigneur ne donne pas la paix sur la terre, ce n'est qu'aux hommes sans bonne volonté qu'il ne la donne pas '.

« Api'ès que les anges se furent retirés dans le ciel, les bergers se dirent l'un à l'autre : passons à Bethléem et allons voir la parole qui vient d'être faite, que le S^'igneur vient de faire et qu'il nous montre. » Étonnante profondeur de ce discours des bergers ! Ils ne 'lisent point : * Allons voir Tenfant ; » ils disent : « Allons voir le Verbe qui a clé fait ; » allons voir comment le Verbe, qui était de tout temps, a été fait chair 1 cur nous, ce Verbe qui est le Seigneur, qui s'est fait lui-même chair pour nous, et qui nous montre cctto

316 CHAPITRE QUATIUÊMIÎ

chair qu'il vient do prendre pour notre salut. Admire/ comme l'Ecriture pèse le sens de chaque mot. Voir lu chair, c'est du même regard voir le Verhc qui lui est uni et qui n'est autre que le Fils de Dieu. Admirez dans ces bergers la perfection de la foi ; ne prenez pas garde à la grossièreté de leur allure, c'est la simplicité que cherche le Dieu qui vient de naître et non pas le faste de l'ambition. Il est dit des bergers : «« Ils vinrent avec empressement. » Aussi qu'ajoute le te.xte? « Ils trouvèrent. » Ils trouvèrent Marie et Joseph et l'enfant couché dans une crèche. C'est l'ordre qu'après que la naissance du Rédeinpleur a été chantée magnifiquement, les âmes s'en viennent contempler la gloire du Verbe fait chair. Les bergers ne se contentent pas même de croire au récit qu'ils viennent d'entendre et au spectacle qui vient de leur être montré : ils publient, ils racontent à Joseph et à Marie l'apparition angéli(iue, ils la racontent à tous les autres, et tous admirent, et tous glorifient. Comment ne pas admirer la merveille qui vient d'apparaître : un Dieu sur terre, la terre réconciliée avec le Ciel, cet inedable petit Enfant joignant ensemble le ciel à la terre, pacifiant en lui toutes choses, et, Homme et Dieu tout ensemble, négociant entre la terre et les cicux la plus admirable alliance? Marie écoulait ces bergers et recueillait la foi de leurs lèvres. « Marie, dit le texte sacré, con.servait toutes CCS paroles, les repassant en son cœur. » Elle ne révélait à personne les mystères de Jésus-Christ; el!3 comparait ce qui lui avait été annoncé avec ce qu'eiî J voyait accompli. JSIarie gardait le silence et rcpas::ait tout dans son cœur. Tout ce que l'Ange lui avait prophétisé, tout ce qu'elle avait appris de Zacharie, d'Elisabeth et des bergers, elle le repassait et le comparait

dans le secret de son cœur. Cette Mère de la sagesse admirait comment tout concourait ù montrer le Dieu véritable dans TEnfant auquel elle venait de donner le jour." Les bergers s'en retournèrent louant et glorifiant Dieu. » Les pasteurs des âmes, tantôt, durant le sommeil de tous, contemplent les choses célestes ; tantôt, dans une ardente recherche, parcourent les exemples des saints ; tantôt, ils s'en retournent aux fonctions de leur ministère. A l'exemple des bergers, ils doivent aller en pensée à Bethléem, puis célébrer par de dignes actions de louange l'incarnation du Fils de Dieu. Laissons donc nos grossières concupiscences, élevons-nous jusqu'à la céleste Bethléem, la maison du pain; et méritons de voir sur le trône de son Père Celui que les bergers contemplèrent dans les vagissements de l'enfance et les faiblesses du berceau'.

IV. — " Le huitième jour oii l'Enfant devait être circoncis, il fut nommé Jésus, qui était le nom designé par l'Ange. » C'est pour plusieurs motifs que le Christ a été circoncis. Il voulait d'abord nous montrer la réalité de sa chair contre les erreurs des hérétiques qui, tels que les Manichéens, prétendent que le Verbe incarné n'est venu à nous qu'en apparence et comme une vision sans réalité. De plus, Jésus nous prouve par la circoncision que sa chair n'est pas consubstantielic à la Divinité comme osera le prétondre Apollinaire ; ni apportée du ciel comme le blasphémera Valentin. Il veut encore confirmer, en s'y assujettissant, la circoncision instituée autrefois par lui pour préparer sa venue. Enfin, eo

^CuLii. aur. Coinuienl, iu Lac.

3'l8 CHAPITRE QUATRIÈME

recevant la circoncision, il ôte aux Juifs toute excuse: ils ne pourront i)lus objecter qu'il leur est impossible d'accepter un Christ incirconcis. Mais ce qui domine dans la démarche du Sauveur, c'est la volonté de nous devenir un exemple et un modèle. Jésus nous enseignait tout d'abord l'obéissance, puis ensuite le crucifiement de la chair et la mortification : la circoncision n'exprimait pas autre chose que le dépouillement de la nature corrompue : être circoncis, c'était détruire en soi ce que le péché avait apporté de honteux et de criminel '.

Selon le précepte de la loi, le jour même de la circoncision le Verbe incarné reçut le nom de Jésus. Le nom glorieux de Jésus digne de tous les hommages, nom au-dessus de tout nom, ne devait pas être prononcé d'abord par les lèvres humaines ni être par elles annoncé au monde : ce fut au ciel à nous l'apprendre, aussi l'Evangéliste ajoute-t-il : •< nom qui fut nommé par l'ange... » Les élus se réjouissent dans ce nom de Jésus ; car de même que nous sommes nommés chrélicns de Christ, ainsi sommes-nous sauves de notre Sauveur, de notre Jésus ; et ce nom de sauvés nous fut donné bien avant notre naissance à la foi, nous l'eûmes dès les siècles de l'éternité ^.

V. — Entre la Circoncision et la Présentation au temple se place un autre touchant mystère, rempli pour l'âme fidèle et le prédicateur de l'évangile des plus beaux enseignements : c'est l'arrivée à Bethléem des Rois Mages, et le témoignage de leur foi, de leur intrépidité

* Calcn. aur. — * Calai, aur.

et de leur amour. Ce mj-stère, qui est celui du réveil de la gentilité entière et de son appel à In foi, nous le célébrons sous le nom d'Epiphanie,

Au moment où, dans l'obscurité d'une caverne, sur le lit étroit d'une crèche, la Majesté infinie s'amoindrissait aux minimes proportions d'un petit enfant ; quand un Dieu se suspendait au sein maternel, quand il s'enveloppait de pauvres langes, un astre étincelant apparaissait dans le ciel, chassait l'ombre qui pesait sur le monde, de la nuit faisait le plus éblouissant des jours, afin que le Jour véritable ne fût plus voilé sous les ténèbres de la nuit. « Jésus étant né à Bethléem, ville de Juda, au temps du roi Hérode , voici que des Mages vinrent de l'Orient à Jérusalem, disant : Où est le roi des Juifs qui vient de naître? Car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l'adorer. » Que furent ces Mages sinon les prémices des nations ? Ainsi tous viennent à la Pierre angulaire : parmi les Juifs, les bergers ; parmi les Gentils, les Mages; les uns de près, les autres de loin. Jésus ne se manifeste ici ni aux savants ni aux justes. L'ignorance prédomine dans la rustique troupe des pasteurs ; l'impiété dans l'incroyance et les superstitions de l'Orient. La Pierre angulaire s'unit les uns et les autres, les bergers et les Mages ; Jésus venait choisir la folie pour confondre la sagesse de ce monde, il appelait, non pas les justes, mais les pécheurs ; aucune grandeur ne devait plus s'enorgueillir, aucune faiblesse se décourager. Ces trois Mages représentaient l'universalité des nations venues des trois enfants de Noé. Ils n'étaient que trois, mais leur suite était brillante et nombreuse. — D'où venaient-ils? Les opinions sont nombreuses et diverses. Plus vraisemblablement ils étaient de la race de Balaam. Balaam

avait dit dans sa prophétie : « Une étoile sortira de Jacob. » Cette grande tradition resta le patrimoine de sa race : ses descendants en conservèrent la mémoire, jusqu'à ce qu'ils la virent enfin réalisée. Cette opinion admise, la promptitude de l'arrivée de ces Mages à Jérusalem s'explique sans difficulté, car leur pays confinait presque avec la terre promise. Que si l'Évangéliste les dit venus d'Orient, c'est qu'en effet leurs frontières touchaient au côté oriental de la Judée. Mais un sens plus haut s'offre à nous : l'Orient, c'est le Christ, le Christ dont il est dit : « Voici l'Homme , VOrient est son nom. >» Venir de l'Orient, c'est venir de Jésus, naître de Jésus, parvenir par lui et en lui au salut *.

Ils vinrent à Jérusalem. « Où est né, demandèrentils, le Roi des Juifs? » Bien des rois avaient vécu et étaient morts en Israël : est-ce l'un deux que les Mages viennent adorer? Non certes ! La parole que leur avait dite le Ciel ne pouvait pas regarder un roi terrestre ; qu'avaient-ils à adorer dans un homme, roi en Judée, comme eux-mêmes l'étaient dans leur pays ? Le Roi qu'ils viennent adorer, ils le croient, ils le savent, est l'Auteur de leur salut. La crèche ne renferme qu'un Enfant nouveau-né, à cet âge de la première enfance que nul ne songe à aduler encore ; la pourpre ne brille pas sur l'Enfant de Bethléem, le diadème ne ceint pas son front ; ce n'est pas l'éclat d'une cour, ni la terreur des armes victorieuses, ni le bruit de la gloire militaire qui appelle ces rois étrangers et leur met au cœur des prières si humbles et des aspirations si brûlantes. L'n petit enfant, né d'hier, frêle et chétif, pauvre et dans un dénûment que tous dédaignent et méprisent se voyait,

* Calen. aur»

couché dans une crèche ; mais sous cette faible enveloppe la Grandeur infinie se dissimule, ces hommes le savent, ils lont appris non de la terre qui le porte, mais du Ciel qui a tout révélé ; aussi disent-ils : « Nous avons vu son étoile. » Ces hommes annoncent et ils interrogent ; ils croient et ils cherchent encore : figure de ceux qui marchent dans la foi et attendent labéatifiquc vision '.

Attachons -nous à pénétrer le mystère de l'étoile apparue aux Mages. Le Christ était l'attente des nations dont l'innombrable héritage avait été un jour promis au bienheureux Abraham. Or cette postérité innombrable, ce n'était pas la chair et le sang, c'était la foi qui la devait multiplier , et Dieu la montra au Patriarcho sous la figure des étoiles, afin qu'il l'attendît non comme une génération terrestre, mois comme une famille céleste et divine. Une étoile se lèvera au jour où la postérité pcomise à Abraham se lèvera elle-même pour former la famille céleste et radieuse des Élus de Dieu. Comment les Mages connurent-ils que le lever de cet astre annonçait la naissance du Roi rédempteur du monde? Les anges purent leur dire ; « L'étoile que vous avez vue est le signe du Christ, Allez, adorez-le au lieu où il vient de naître, et connaissez la nature et la grandeur de Celui qui est né. » On peut croire encore que, outre l'éclat extraordinaire de l'astre qui frappait leurs regards, une plus éblouissante clarté se fit dans leur âme, qui les éclaira de la révélation de la fol. lia foi des Mages est notre instruction à nous-mêmes. Leur zèle, leur sagesse, leur courage nous sont de précieux exemples ; et de même que l'examen que fit

» Cdlcn. aur. ia Matlh.

Thomas des plaies du Sauveur devint le fondement de notre foi, de même les regards que jetèrent les Mages sur sa divine enfance sont l'illumination de notre piété <.

Quel contraste entre les Mages et Hérode! Quelle intrépidité dans les premiers! Quelle cruauté lâche et basse chez le second! Les Mages n'ignorent pas que dans Jérusalem règne Hérode ; ils savent que saluer du vivant du roi un autre Roi c>t un crime puni de mort ; mais, l'œil fixé sur le roi de l'avenir, ils ne redoutent pas celui du présent. Ils n'ont pas vu encore le Christ et déjà ils sont prêts à mourir pour lui! 0 heureux Mages ! qui avant d'avoir connu le Christ l'ont déjà confessé déviant un tyran implacable. Les Mages brûlent de désirs pour le Rédempteur : Hérode tremble d'effroi devant un successeur. Ainsi la grandeur estelle sans cesse agitée de mille soucis divers. Les hautes branches de l'arbre sont violemment ijecouées par le souffle du vent : les hommes élevés au pouvoir sont émus de tous les souffles de la fortune ; tranquilles comme au fond d'une vallée profonde, les hommes de condition médiocre passent leur vie dans la paix. Mais que sera donc le tribunal du Juge alors que le berceau de l'Enfant fait à ce point trembler les pécheurs ? Ah ! que les rois le craignent, assis maintenant à la droite de son Père, Celui qu'un roi impie redoutait suspendu encore au sein maternel. Ta crainte est bien vaine, ô Hérode! ta cour ne saurait contenir ce monarque; cette royauté n'a pas les proportions chétives de ta couronne ; ce Prince que tu ne veux pas voir roi de la Judée, règae partout^!

* Calen. aur. — * Calcn. aur.

• Et ayant rassemblé tous les princes des prêtres et les scribes du peuple, il s'enquit d'eux où devait naitr(! le Christ. » Hérode ici joue le rôle de Satan; Satan qui l'inspira continue maintenant son œuvre ; Satan ne cesse pas d'être tourmenté delà conversion des peuples et de l'amoindrissement de son empire. Tous les deux étaient dévorés d'une inquiétude égale, mais dont l'objet différait. Hérode craignait un roi terrestre ; Satan un roi du ciel. Voici qu'avec eux la Judée elle-même se trouble, elle que la naissance d'un roi juif aurait dû jeter dans les transports de la joie; mais elle se troublait parce que les méchants ne se peuvent réjouir aux approches du juste. Peut-être était-ce par crainte d'Hérode que les Juifs entraient dans ces senti micnts détestables : car trop souventle peuple veut plaire aux tyrans dont il n'éprouve que la cruauté. « Il s'enquit oii devait naître le Christ. » Voyez quelle admirable harmonie ! Les Juifs et les Mages s'instruisent les uns les autres. Les Juifs apprennent des Mages qu'une étoile a annoncé le Christ en Orient; les Mages, des Juifs que dans une antiquité reculée les prophètes ont chanté sa venue. Ainsi la Providence amène ces rois étrangers à rechercher avec plus d'ardeur que jamais Celui qu'annoncent au monde l'éclat d'une étoile et la lumière de la prophétie. Les Mages cherchent, les Juifs demeurent inertes et immobiles. Ils se montrent semblables aux ouvriers qui construisirent l'arche de Noé et qui, après avoir fourni aux autres les moj'ens du salut, périrent eux-mêmes dans les eaux du déluge; ils ressemblent à ces pierres du chemin qui renseignent les voyageurs, et restent elles-mêmes immobiles ; elles dirigent les autres sans qu'elles-mêmes puissent marcher. Les Mages entendirent la vérHé et se mirent en chemin ;

les Juifs, possesseurs de la vérité, la répandent, et ils restent sans jouir de ses fruits'.

« Ayant ouï le roi, ils partirent, et en même temps rétoile qu'ils avaient vue en Orient allait devant eux, jusqu'à ce qu'étant arrivée sur le lieu où était l'Enfant, elle s'y arrêta. » Ce passage donne à conclure que l'étoile, après avoir conduit les Mages à Jérusalem, se voila afin de les forcer d'entrer dans la ville et de leur donner ainsi sujet de divulguer le mystère de la naissance du Messie Dieu obtenait ainsi deux effets. Les Juifs étaient confondus, eux qui, possesseurs de toutes les prophéties, n'avaient pas été au devant de Celui qu'elles annonçaient, tandis que ces étrangers et ces idolâtres le cherchaient sur la foi d'une étoile qui leur était apparue. En second lieu, les prêtres étaient couverts de confusion, eux qui, interrogés par Hérode sur le lieu où devait naître le Christ, avaient répondu sans hésiter : « A Bethléem de Juda, » et néanmoins s'obstinaient à méconnaître et ù Ignorer. En reparaissant, l'étoile se montrait la servante empressée du Christ, elle qui ralentissait sa marche avec celle des Mages, suivait leurs pas et ne faisait que leur obéir. Quand elle eut montré la grotte aux rois adorateurs, quand elle l'eut fait resplendir de sa lumière, et étinceler le toit qu'habitait l'Enfant, elle disparut ; c'est le sens de cette phrase : « Jusqu'à ce qu'elle arrivât au lieu où était l'Enfant... » Cette étoile s'arrêta sur la tète de l'Enfant comme pour dire : « le voilà! » Elle le désigna en dardant sur lui sa lumière, c'était son langage à elle et sa façon de s'exprimer. Cette étoile est la voie, et la voie est le Christ. Le Christ par son Incarnation est devenu notre étoile, étoile

> Calcn. aur. in Mat h.

du matin, étoile radieuse, qui ne se montre pas dans la ré{,Mon desHérode, mais qui brille là où est le Seigneur. L'étoile, c'est la grâce, comme Hérode représente le Jémon. Nous soumettons-nous au démon par le péché? nous perdons la grâce; sortons-nous par la pénitence de cette honteuse et criminelle domination? nous la retrouvons, elle brille et nous guide jusqu'à ce qu'elle nous ait conduits à la demeure que l'Enfant habite et qui est l'Église de Dieu •.

« Entrant dans la maison, ils trouvèrent l'Enfant avec Marie sa mère. » « Ils trouvèrent ITnfant; » enfant tout petit, incapable de se servir, sans parole, dans les faiblesses communes de l'enfance. S'il était indubitable, sur la foi des plus irrésistibles preuves qu'en lui était renfermée l'invisible majesté de Dieu, il devait l'être aussi que cette éternelle Essence s'était en toute réalité unie à la vérité de la chair. «... Avec Marie sa mère : • non pas ornée du diadème, mais couverte à peine d'une grossière tunique, qui, sans l'orner, ne faisait que la vêtir, et telle que devait la porter dans le voyage, la femme d'un charpentier. Ah ! sans doute, s'ils étaient venus pour quelque roi terrestre, les Mages seraient confondus en se voyant, après un long voyage, parvenus devant le spectacle d'un pareil dénùment; mais c'est un Roi céleste qu'ils cherchent, et, en dépit de ce que leur montrent les yeux du corps,le témoignage de l'étoile leur révèle un Dieu dans ce petit pauvre, et la dignité royale du Christ brille suffisamment aux yeux i2 leur cœur. Aussi est-il dit que, t s'agenouillant, ils Tadorèrent^. »

Sans doute, les dons qu'ils offrent sont les dons naturels

« Calen. aur. iaMatlh., cap. i. — • Caten. aur. in Malih.

356 CHAriTRE QUATRIÈME .,-

du pays qu'ils habitent ; néanmoins ils y attachent une mystérieuse siftnification. Ils olîrcnt à l'Enfant de l'or, de la myrrhe et de l'encens. L'or est le tribut payé au Roi, l'encens s'offre à Dieu, la myrrhe est employée dans la sépulture. On offre au Christ l'or comme à un grand roi, l'encens brûle devant lui comme devant la Majesté divine, la mj'^rrhe lui est présentée comme à la victime qui doit s'Immoler pour le salut de tous. Ces trois hommes qui offrent à Dieu leurs présents représentent les nations venues des trois parties du monde. Ils ouvrent leurs trésors alors que du fond de leur cœur ils font jaillir la confession de la foi. La scène se passe au plus profond de la grotte, pour nous apprendre à ne pas dissiper par la vaine gloire les trésors de notre ûrae, ils offrent trois présents, reconnaissance mystérieuse de la très-sainte Trinité '.

Il est dit des Mages : « Ils s'en revinrent par un autre chemin dans leur pays. » Les Mages, en revenant dans leur pays par un autre chemin, nous donnent un grand enseignement. Notre pays est le ciel ; et lorsqu'après avoir connu le Sauveur, nous y retournons, il nous est défendu de le regagner par le même chemin qu'auparavant nous suivions. Nous avons quitté cette patrie par l'orgueil, la désobéissance, l'attache aux choses sensibles, l'attrait du fruit défendu-, nous n'y pouvons revenir que par les larmes, l'obéissance, le mépris des biens terrestres, et la mortification des appétits de la chair. Il n'est pas possible à ceux qui viennent d'Hérode au Christ de retourner du Christ à Hérode. Quand du Christ on passe à Hérode par le péché, la pénitence seule ramène au Christ outragé par la prévarication^,

> Calcn. aur. iii Malth,— ' Calen. axir.\x\ Matth,

VT. — « Le temps do la Parificatlon de Marie étant accompli, selon la loi de Moïse, ils portèrent l'Enfant à Jérusalem pour le présenter au Soigneur, selon qu'il est écrit dans la loi du Seigneur, etc.. » Pour expliquer le mystère de la Purification, nous devons faire observer, avec Benoît XIV, qu'il existait deux prescriptions dans l'ancienne loi, l'une dans le Lévitique, l'autre dans l'Exode. Dans le Lévitique il est ordonné que la mère d'un enfant mâle sera considérée comme impure durant sept jours et qu'elle restera également souillée durant les trente-trois jours suivants. Pendant tout ce temps, elle était privée d'entrer dans le temple, et si, ce temps accompli,elle y voulait pénétrer, elle devait apporter avec soi un agneau d'un an en holocauste et une jeune colombe ou une tourterelle pour le péché. Si la femme était pauvre, elle pouvait, d'après la loi, n'offrir que deux tourterelles et deux jeunes colombes, l'une en holocauste et l'autre pour le péché. La seconde loi, contenue dans l'Exode, ordonne que l'on consacre à Dieu tout mâle nouveauné. Mais la môme loi indique qu'il laut racheter l'enfant pour une somme d'argent.

Selon la loi du Lévitique, qui n'entend parler que des voies ordinaires de la génération, Marie ne pouvait être soumise à l'humiliante observance de la purification, elle qui avait conçu par l'opération du Saint-Esprit : pareillement son Fils ne pouvait être le sujet de lois semblables, lui, le Législateur suprême et le Dominateur universel ; néanmoins Jésus et Marie s'y soumirent et nous devons avec stupéfaction voir arriver au temple et y passer pour de vulgaires pécheurs, Celui qui était la sainteté même, et celle dont l'Ange avait dit : • Salut, ô pleine de grâce. » 0 profondeur de la sagesse et de la science de Dieu ! Celui qui avec son Père reçoit l'hom-

mage des sacrifices, offre un sacrifice ; la vérité se conforme à la figure : le législateur suprême se fait sujet de la loi! « Deux tourterelles ou deux petits de colombe. » C'était roiïrande des pauvres : ainsi le Seigneur, riche par excellence, s'e?t fait pauvre afin de nous faire participer à son opulence infinie '.

« Or il y avait à Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon,qui vivait dans l'attente de la consolation d'Israël. L'Esprit-Saint était en lui et il lui avait été dit par l'Esprit-Saint qu'il ne mourrait point qu'auparavant il n'eût vu le Christ du Seigneur. Il vint inspiré, au temple et lorsque l'Enfant Jésus y fut introduit par ses oarents, afin qu'ils fissent pour lui selon la coutume établie par la loi. Siméon le prit dans ses bras et bénit Dieu, disant : « Laissez maintenant, Seigneur, selon votre parole, votre serviteur se reposer en paix, parce que mes yeux ont vu le Sauveur donné par vous, que vous avez placé en vue de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations, et gloire do votre peuple d'Israël. » Et son père et sa mère étaient dans l'admiration des choses qui se disaient de lui. Et Siméon les bénit et dit à Marie sa mère : « Voilà que Celui-ci est placé pour la ruine et pour la résurrection de beaucoup en Israël et en signe de contradiction, et votre àine à vous-même sera transpercée par le glaive, de sorte que les pensées de beaucoup de cœurs seront dévoilées, » Il y avait aussi Anne la prophétessc, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle était trés-avancée en âge, et avait vécu sept ans avec son mari qu'elle avait

• Nous avons assez longuement ailleurs o.xpll'iuô lo niysiôrc de la lourlcrollo cl do la colombe J'apriis ladoclrlao du Docteur Angélique Nous n'y revenons pas ici.

épousé à l'entrée de la jeunesse ; puis elle était restée veuve quatre-vingt-quatre ans. Ne sortant pas du temple, elle s'occupait nuit et jour dans le jeûne et la prière au service de Dieu. Elle aussi, survenant à cette même heure, louait le Seigneur et parlait de lEiifunt à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël*. » La divine naissance du Rédempteur reçut le témoignage non-seulement des anges et des prophètes, des bergers et de ses parents, mais encore celui de deux saints vieillards. « Il y avait un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, » La sainteté ne va point sans la crainte, non pas cette crainte mercenaire qui tremble pour des pertes temporelles (l'amour parfait chasse une pareille crainte), mais cette pieuse et filiale crainte du Seigneur, cette crainte qui « est durant tous lea siècles, » et qui, plus elle est intense, plus elle garde de tout péché. Il était vraiment t juste »,ce vieillard qui attendait non pas son propre bonheur, mais la « consolation » corn* mune de tout le peuple « d'Israël. » Et cette consolation d'Israël, ce n'était pas dans les biens temporels qu'il la plaçait, mais dans la venue de la lumière qui devait chasser les ombres de la loi. Il aspirait à ctre délivré Jes hens de la mortalité, mais il voulait voir auparavant le Rédempteur promis, car il savait que bienheureux sont les yeux qui le contemplent. Nous pouvons comprendre par là avec quelle ardeur les Saints de l'ancienne loi soupiraient apr^s le mystère de l'Incarnation. Bienheureux celui qui, avant de sortir de ce monde, aura cherché à voir le Christ du Seigneur, en le contemplant par avance des yeux du cœur, en habitant on temple, en imitant les saints. » Il le prit entre ses

< Luc.

bras. » Vous aussi, si vous aspirez à saisir Jésus dans vos mains et à l'embrasser, faites tous vos ciïorts pour être conduits par l'Esprit ; venez au temple comme Siméon. Heureuse mille fois cette entrée dans le temple qui lui sert d'entrée dans la demeure de son éternité ! Heureuses les mains qui touchent le Verbe de vie ! Heureux les bras qui s'ouvrent pour recevoir le Christ Jésus ! Si une femme, pour avoir touché le bord de son vêtement, fut guérie, que penser de Siméon qui prit le saint Enfant dans ses bras ? Il se réjouissait de porter ce Rédempteur de tous les captifs, sachant bien que nul ne le pouvait délivrer de la prison de son corps que Celui qu'il tenait embrassé. Aussi dit-il : « Maintenant, Seigneur, laissez aller votre serviteur en paix ; » comme s'il disait : tant que je ne tenais pas le Christ, j'étais captif et j'étais impuissant à briser mes liens. Ainsi gémissent les justes sur le monde et le long exil de cette vie. Voyez ce juste : enfermé dans la lourde et massive prison du corps, il désire sa dissolution afin de commencer sa vie avec le Christ. Voulez-vous votre délivrance ? Venez au temple, venez à Jérusalem, attendez le Christ du Seigneur, prenez dans vos mains le Verbe 3e Dieu, étreignez-lc, pour ainsi dire, dans les embrassements de la foi ; alors vous serez délivré; alors, ayant contemplé la vie, vous ne subirez pas la mort. « Laissez aller en paix. » Jésus-Christ qui efface le péché et nous réconcilie à son Père, emporte les saints dans la paix de son salut. Qui donc quittera ce monde « en paix ? » Celui qui a compris que « Dieu était dans le Christ se réconciliant le monde, » qui ne conserve rien en lui qui soit capable d'altérer sa paix avec Dieu, qui entretient en lui la paix dans les œuvres saintes. «« Mes yeux ont vu le salut. » Et qui est ce salut, ce salularc, sinon le

MYSTÈRES ET FÈTE3 3!)l

iL\-dU5 a3nt le nom lui-même est l'annonce du salut? « En vue de tous les peuples. » Admirez l'esprit prophétique du saint vieillard. Avant d'avoir vu le Christ, il attend « la consolation d'Israël, » mais dès qu'il l'a contemplé, il s'écrie que c'est le salut « de tous les peuples » qu'il vient de voir. Une révélation soudaine lui apprend les merveilles dont seront témoins tous les siècles. « Lumière des nations... gloire de votre peuple d'Israël. ■ Avant le Christ les nations, sans connaissance du vrai Dieu, sont plongées dans d'épaisses ténèbres ; c'est le Christ qui les illumine et les arrache à l'étreinte du démon. Quant à Israël illuminé déjà des demi-teintes d'une première révélation, Siméon ne dit pas de lui qu'on lui a apporté « la lumière, » mais bien «la gloire. » C'est une réminiscence de ce fait des anciens jours, alors que Moïse descendu du Sinai, où il s'entretenait avec Dieu apparaissait au peuple rayonnant de gloire. Ainsi les juifs, contemplant la divine lumière du Verbe incarné, et rejetant l'ancien voile qui les aveugle, vont être transfigurés par la lumière dans le même lumineux éclat. Car si beaucoup furent rebelles, il en est que le Christ conduisit « à la gloire ; > et parmi eux, prémices d'eux tous, les Apôtres dont les clartés resplendirent dans tout l'univers. Jésus-Christ fut tout spécialement « la gloire d'Israël, » parce qu'il prit de ce peuple sa chair mortelle, bien que comme Dieu il soit sans distinction le Roi de tous les siècles et la Bénédiction de tous les hommes. Ce n'est pas sans un profond mystère que « la lumière des nations • est mentionnée avant << la gloire d'Israël, » car la plénitude des nations doit entrer d'abord dans le bercail de la foi, et alors seulement « tout Israël sera sauvé 2. »

' CoU'iu aur. in Luc, cap. 11. — * Rom.

T. I. Il

3GÎ CHAPITRE QUATRIÈME

Après avoir célébré les louanges du Seigneur, Siméon se tourne vers ceux qui conduisaient l'iilnfant pour les bénir. Il les bénit tous deux : Joseph, dans cette bénédiction, voit confirmer sa gloire et son titre de père de.lésus, mais ce n'est qu'à Marie seule, véritable Mcrc du Christ selon la nature, qu'il adresse sa prophétie. Dans cette prophétie, admirez le choix exquis de toutor, les expressions. Il est dit expressément d'abord que le salut est préparé « en vue de tous les peuples. » Dieu en effet se propose le salut et la gloire de tous. Mai j tous ne sont pas sauvés; il y a ruine et rcsurrectioi} , selon que les uns nient et les autres croient. Si ou applique cette prophétie au peuple juif, voici son senr. Les Juifs devaient perdre leurs précédentes ricliesse3 et être plus châtiés, plus ruinés, que les autres peuples, parce qu'ils rejetèrent le Sauveur annoncé parmi eux et né d'eux. Voilà pourquoi la prophétie les menace tout spécialement de ruine, ruine double, car ils perdront non-seulement le salut éternel, mais même leur nationalité et leur patrie. D'autre part, tous ceux qui parmi eux croiront au Christ seront relevés du joug do i la loi, et unis à la mort du Christ, ils ressusciteron avec le Christ. La ruine sera pour ceux qui se scandu lisent de l'humiliation de sa chair passible, et la rcsur reclion pour tous ceux qui reconnaissent la réalité de 1 1 divine Rédemption. Il y a ici une leçon plus clevé.^ encore. Jésus-Christ vient pour la ruine et la résurrection, c'est-à-dire qu'il vient pour apprécier les mérites des justes et des pécheurs, et, en juge intègre, décerner des récompenses ou des châtiments selon lu natui-e des œuvres de chacun. « Il sera un signe de contradiction. - La croix est justement appelée daos l i'.criture un signe de contradiction. La croix môle

MYSTÈRES ET FÊTES 3Gb

l'ignominie à la gloire; la croix est le signe de ces deux extrêmes; aux uns elle est un objet d'horreur et de dégoût, les autres tombent à ses pieds et l'adorent. Tout ce qui est écrit de Jésus-Christ a été sujet de contradiction, non pas pour nous, les fidèles, qui savons que nos Écritures sont véridique?, mais pour les incrédules qui trouvent dans chaque détail de la vie du Christ matière à le contredire. Et celte annonce douloureuse, quoique faite au Fils, regarde aussi la Mèra associée aux périls comme à la gloire de l'Homme-Dieu. Siméon lui prédit des douleurs, car il ajoute : « Ton âme seratranspercéed'un glaive. » Marie sans doute n'est pas morte de la mort du glaive, aussi est-ce du martyre intérieur de l'âme qu'il faut entendre les paroles de Siméon. Il est dit des bourreaux du Christ : « Ils ont un glaive sur leurs lèvres ! » Voilà le glaive qui transperça Marie, le glaive de la douloureuse passion. Marie savait que son Fils mourait de son plein gré : Marie connaissait le triomphe qu'il allait remporter sur la mort: mais néanmoins elle ne put voir crucifier le fils de ses entrailles sans le sentiment d'une immense douleur. A. travers tous les siècles, un glaive aigu ne cesse de percer le cœur de l'Église lorsqu'elle considère en gémissant que le signe de la croix est contredit par .es méchants; lorsqu'elle voit comment, après avoir entendu le Verbe de Dieu, plusieurs ressuscitent avec Jésus-Christ, mais le plus grand nombre perd la foi lorsque, pénétrant les pensées de plusieurs, elle voit, où elle a semé la bonne semence de l'Évangile, les vices prévaloir, l'ivraie se mêler au bon grain, et parfois Tièinc rester seule à germer dans le champ ».

' Ca'cn. aw'.in Luc, cap. ii.

364 CHAPITRE QUATRIÈ.M8

Siniéon avait prophétisé ; une épouse avait prophétise, une vierge avait prophétisé, une veuve devait apporter à son tour son témoignage , afin qu'aucune profession et aucun sexe ne manquât à la mission de prêcher le Christ. Anne nous est représentée dans les devoirs de son veuvage; toute sa conduite la rend digne dunnoncer li Rédempteur. « Elle ne sortait du templeni jour ni nuit; » elle possédait toutes les vertus; nous la trouvons en tout semblable au juste Siraéon. Ensemble ils vivaient dans le temple ; ensemble ils méritèrent la grAce de la prophétie. Anne rendait grâce en voyant en Israël le salut du monde, elle confessait en Jésus le Rédempteur et le Sauveur de tous. « Elle parlait à tous de lui. » Selon le sens mystique, Anne représente l'Eglise, veuve maintenant par la mort de son époux ' .

VII. — « Et il s'en alla ensuite avec eux, et il vint à Nazareth, et il leur était soumis. Or sa Mère conservait dans son cœur toutes ces choses. Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. »

En une parole l'Évangile résume la vie entière du Christ qui s'écoula entre sa naissance et son baptême, puis sa vie publique. « Il leur était soumis. » Il commence par donner l'exemple, il tracera après le précepte de vive voix. Dans sa vie cachée, Jésus-Christ nous retrace ces trois devoirs : aimer Dieu, honorer ses parents, préférer à ses parents la gloire et le service de Dieu. Dans cette circonstance où il fut repris par SCS parents, il mit au-dessus de tout le soin déplaire b

* Calcn aur. la Luo. ^.

Dièij; puis ensuite il reprit son obéissance. Venu pour enseigner la vie sainte, comment eùt-il pu omettre ce grand devoir de la piété filiale? Que pouvait-il faire que pratiquer les vertus qu'il veut nous voir pratiquer à notre tour ? Apprenons donc nous aussi à être soumis à nos parents. Soyons soumis à ceux qui sont nos pères. D'autre part, sans doute, saint Joseph, dans la pensée des grandeurs divines de son fils adoptif, apportait une singulière modestie dans ses commandements. Que tout supérieur considère son inférieur comme meilleur et plus grand que lui. S'il prend soin de s'entretenir dans cette pensée, il ne s'élèvera pas à d'orgueilleuses prétentions. Cette obéissance à ses parents enchaîna Jésus, depuis son enfance, à tous les travaux du corps ; car bien qu'honnêtes et justes, Marie et Joseph étaient pauvres et dans la gène (témoin la crèche qui servit à l'Enfant- Dieu); il est avéré qu'ils se préservaient du besoin à la sueur quotidienne de leur front Jésus, qui leur obéissait, ainsi quen témoigne l'Écriture, partageait ces travaux avec la plus entière soumission'.

Cependant la bienheureuse Vierge, soit qu'elle les comprit, soit qu'elle ne pût encore en pénétrer toutes les profondeurs, recueillait toutes ces choses dans son âme afin de les repasser et de les méditer avec soin. Considérez comment Marie, cette mère de la sagesse, se fait l'élève de son divin Fils. Elle ne l'écoutait pas comme un enfant ou comme un homme, elle l'écoutait comme un Dieu. Puis elle méditait ses œuvres et ses paroles; rien de ce qu'il disait n'échappait à cette âme attentive. Marie avait conçu le Verbe dans son sein : elle concevait maintenant toutes ses œuvres et ses

• Cclen. aur. in Luc, cap. ii.

paroles, elle les couvait, pour ainsi parler, dans le secret de son cœur. Tantôt elle contemplait le présent; tant(M elle attendait de l'avenir des révélations plus lumineuses, et ce qu'elle voyait sous ses yeux devenait lu règle et la le; dt tou" e s.i '.le '•

< Jésus croissait en sagesse. » Jésus-Christ n'est pas devenu sage progressivement, mais il a par degrés successifs laissé voir sa sagesse. Il croissait encore dans ce sens qu'il était connu d'un plus grand nombre et que sa sagesse était de plus en plus admirée. C'était ainsi la manifestation de la sagesse qui en faisait chez lui le progrès. L'hérésie objecte : Comment peut-il être égal au Père, Celui dont on dit « qu'il croissait, » comme s'il était imparfait encore et incomplet? Ce n'est pas comme Verbe qu'il croissait, c'est comme homme. De même qu'il s'est humilié pour nous, ainsi a-t-il voulu progresser, afin que nous, tombés par le péché, nous progressions par lui dans la vie sainte. L'Évangile ajoute : « Devant Dieu et devant les hommes.» C'est qu'il faut plaire à Dieu avant de plaire aux hommes. Le Verbe a ainsi dilTérentes croissances dans ceux qui le reçoivent : il se fait en eux tantôt enfant, tantôt aîulte, tantôt homme parfait 3.

' Calen. aur. in Luc, cap. ii. — » Cale,i. aur. \a Luc, cap. n.

Appendice A,

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