‹ Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 8 sur 32 · CONVENANCES DU MODE · texte numérisé non relu

CONVENANCES DU MODE

I. — Saint Thomas pose cette question : « Pourquoi la Verbe plutôt que le Père ou le Saint-Esprit fut-il choisi

» D. Thom. Oûuscul. Ull. art. U *►

pour l'œuvre de rincnniation ? » Question fort belle, sans doute, mais moins accessible que les autres à la chaire chrétienne: nous allons la traiter rapidement.

Ce choix du Verbe s'imposait en quelque façon à la Sagesse divine, et cela sous trois rapports: une certaine similitude entre le Verbe et l'homme, entre le Verbe et la création; le but à atteindre dans la Rédemption du monde ; la nature de la chute où ce monde avait été précipité

1. Dieu avait créé le monde par son Verbe. Qu'est-ce à dire? Un mystère s'était passe dans l'intime de Dieu, le même mystère, mais avec des proportions Infinies, qui se passe dans l'âme de l'artiste lorsqu'il conçoit une œuvre. Cette œuvre est tout entière dans son intellip;ence à l'état d'idéal et de type ; et c'est cette image pure et spirituelle, ce type sacré que l'exécution fait jaillir au dehors. Ainsi fut le monde dans la Pensée de Dieu, dans son Verbe. Le Verbe renfermait en lui la création tout entière dès les siècles éternels : Verbum continet rationes omnium crcatorum a Dco, sicut arlifcx homo conceplione sui intellectus rationes ortificiatorum comprehendit. Sic igitur omnes creatiirx nihil aliud sunt quam realis quœdam expressio et reprœsentatio eorum quœ in conceplione divini Verbi compvehendnntur. Propter quod et omnia per Verbum fada esse dicuntur*.

« D. Thom. Sum. ad Gentil, lib. IV, cap. xui. — Dans sa Somme théologique, saint Thomas dit de môme : « Ipsius PersonîB Filii, qui est Verbum Dei, altenditur uno quidom modo comraunis convenientia ad totam crealuram, quia Verbum arlificis, id est conceptus ejus, est similiLudo oxom-

plaris tolius creaturœ. Et idco convenions fuit per unionom

Vcrbi nd crealuram roiwnri cronluram in ordinc ad (cLernam

LES CONVENANCES DE L'iNCARNATION 87

Or à qui appartiendra-t-il de retoucher à l'œuvre, d'en perfectionner l'ensemble et les détails, et surtout de la restaurer si des castastrophes l'ont mutilée et si des rumes s'y sont faites? Sans doute à Celui qui en avait conçu l'idée et en avait en lui-même créé le type pri' mordial. L'artiste, s'il est permis de s'exprimer ains'^ qui avait conçu le monde en lui-même, c'était le Verbo. c'était donc à lui que revenait naturellement sa restauration, son perfectionnement, et son exaltation dam la grâce et la gloire.

Entre le Verbe, intelligence du Père, et la créature raisonnable se voient de frappants rapports d'origine et de similitude. L'intelligence humaine vient du Verbe comme l'eau de sa source et le rayon de son astre, le Verbe étant l'illuminateur de toute intelligence, comme il est le foyer de toute vie : vita erat lux hominum, — Illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. De plus, l'intelligence de l'homme est une image, un reflet de l'intelligence divine, du Verbe de Dieu : c'est à cette image et à cette ressemblance que l'homme fut primitivement créé. C'est donc le Verbe qui viendra à celui qui est son image ; c'est son image lacérée et déformée qu'il réparera magnifiquement, et rendra plus radieuse et plus belle encore que ne l'avait faite la première création. Affinitas qusedam videtur maxime Verbi ad humanam naturam. — Convenientissime igitur Verbum ralionali naturse unitum est ; nnm et propter a/jînitatem prxdictam divina Scnptura nomen imaginis et Verbo attribuit et homini *

et immobilem perfectionem. » [Sum. theolog. p. III, quœst. iit, art. 8.) * iS'uni. ad Gentil, lib. IV, cap. xlii.

2. Le but à atteindre dans la Rédemption du monde, indique encore le Verbe au cboix de la Sagesse divine. Quel est ce but ? Sans doute relever l'homme tombé, le remettre sur la route de sa destinée et le rendre à la béatitude pour laquelle Dieu l'avait primitivement créé. Or quelle est cette béatitude ? Pas d'autre que la vue de Dieu, et la béatitude infinie dans cette bienheureuse vision. C'est donc avant tout l'intelligence de l'homme ::]ui est le vase où s'écouleront les eaux de la félicité éternelle ; c'est dans l'intelligence que se parfait et se consomme, par la gloire de voir et de posséder Dieu, la suprême destinée de l'homme. C'est donc au Verbe, intelligence de Dieu, qu'il appartiendra de disposer l'intelligence de l'homme à sa glorieuse destinée*.

Cette destinée, c'est encore « l'adoption d'enfant de Dieu, » et la remise par le Père de l'héritage éternel. Or qui devait nous introduire dans ce partage ? qui pouvait nous rendre participants de ses droits aux richesses paternelles, sinon le Fils propre et naturel ? Aussi vint-il, se fit-il notre frère, nous associa-t-il à toutes ses grandeurs, partagea-t-il avec nous toutes ses richesses, et nous fît-il « ses cohéritiers. » Idco, conclut saint Thomas, congruum fuil ut per eum qui est Filius natumlis, homînes participarcnt similitudinem hujiis filialionis secundum adoptionem^.

Nam si assumptio naturae humanse ad salutem hominum ordlnalur, ullima autcm salus hominis est ut secundum intellec- Livain partem perficialur contemplationo veritatis primœ, oporluil jier Verbum, quod secundum cmanalionem intellcclualem a PaU-e jiroccdit, humanam naluram assumi. (D. Thom. Sum. ad Gentil, lib. IV, cap. xlii.) — * Sum. tlieolog p. III, quœst. m, art. 8.

3. La nature de la chute où l'homme avait été précipité, réclamait aussi l'intervention du Verbe de préférence à celle du Père et du Saint-Esprit. L'homme se perdit par une ambition sacrilège, un désir impie de ravir à Dieu sa toute- science. Le tentateur lui disait : Vous serez comme Dieu sachant le bien et le mal. A cette promesse insensée le cœur de l'homme s'enflamma, et sa main s'étendit vers le fruit mystérieux d'où devait lui venir la plénitude de l'intelligence et de la science divines.- Le conseil de Dieu se fit ici d'une inefTable profondeur. Satan avait fait à l'homme abusé une impossible et irréalisable promesse en lui ofîrant de l'introduire dans « l'inaccessible lumière qu'habite la Divinité ; » et l'homme, au lieu de science, n'avait recueilli qu'ignorance et ténèbres. Dieu reprit la promesse de Satan. Dieu à son tour promit à l'homme de lui verser de toutes divines illuminations, de « lui faire scruter les profondeurs mêmes de Dieu, » de le remplir « de toute la plénitude de Dieu, » de le faire « étinceler au contact de la lumière, >» et de le rendre « lui-même lumière dans le Seigneur. » Comment Dieu réalisera-t-il cette magnifique promesse? Comment « enseignera-t-il à l'homme toute vérité? » Il lui enverra son Intelligence, sa Science, sa Vérité, son Verbe... et vidimus gloriam iyu5, fjloriam quasi Unigeniti a Pâtre, Plénum gratle

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