‹ Jésus-ChristChapitre 11 sur 63 · LE MIRACLE · texte numérisé non relu

LE MIRACLE

Trois études s'offrent à nous : 1° les apprêts du miracle ; 2° la prière de Jésus avant le miracle ; 3° le miracle lui-même de la résurrection.

I. — Il est aisé de voir, en suivant le récit évangélique, combien le Sauveur est préoccupé d'entourer son grand miracle de tous les arguments possibles de certitude, de réunir les témoins les plus irrécusables et les plus nombreux, de placer la scène entière dans le plus lumineux découvert, et d'écarter jusqu'à l'ombre d'ur soupçon malveillant 2. Bien avant que Jésus-Christ

' Rom., v. — s « Nondum vencrat Jésus in castellum, de., » quod ponit Evangclista ne credulur supcrfluus occursus Maria? cuai Christua potuorit adeo cilo in Castellum venire sicat el

arrivât à Béthanie, et quand il était encore en Galilée, les Juifs, venus pour la consolation et la pompe de ce grand deuil, ont assiégé la demeure de Lazare: ils ont assisté à ses derniers moments, ils l'ont vu mettre dans le cercueil ; à ce cercueil ils ont pleuré avec Marthe et Marie ; ils ont ressenti les premières influences du cadavre, et constaté les premières odeurs de sa dissolution ; le jam fœtet les a forcés d'éloigner d'eux cette pourriture ; ils ont déposé Lazare au tombeau. Quand Jésus-Christ arrive enfin après quatre jours de retard, les mêmes Juifs remplissent Béthanie et la maison des sœurs du mort : une pierre énorme recouvre le sépulcre où Marie pleure, et que les Juifs ne cessent non plus d'entourer. Comme pas un d'entre eux ne doit manquer au spectacle de la résurrection, et que Dieu les veut tous au tombeau, une disposition providentielle < fait sortir ceux d'entre eux qui se trouvaient dans la maison de Lazare, et les dirige tous au tombeau. « Jésus n'était pas entré jusqu'alors dans le bourg, mais il était encore dans le lieu où Marthe l'avait rencontré. Cependant les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie et la consolaient, lorsqu'ils la virent se lever si promptement et sortir, la suivirent, disant : elle va au sépulcre pour y pleurer. * Marthe elle-même concourt à son insu à l'évi-

Martha. Ideo autem Christus in eo loco permansit ut non videatur seipsum ingerere in miraculo ; sed dum rogatus et inductus mira culum operatur, confiteantur ipsum mortuum esse, et miraculua nullam calumniam patiatur. (D. Thora. Comment, in Joan,, cap. xi, lec. 5.)

1 Divinaprovidentia factum est ut eam sequerentur, ut plures essent ibi cum Lazarus suscilatus est, tam grande miraculum quatriduani resurgentis testes plurimos inveniret. (D. Thora. Comment, in Joan., cap. xi, lec. 5.)

dence victorieuse du miracle. Trop oublieuse peut-être des magnifiques assurances de Jésus, ou plutôt pleine pour lui de déférence et d'attention, elle se refuse à lui faire éprouver l'infection de la pourriture et l'horrible vue du cadavre. Quand Jésus a dit aux Juifs qui entourent le sépulcre : « Otez la pierre : » Marthe s'en défend, et son hésitation exprimée devant toute l'assistance devient la plus éclatante garantie de la mort de celui que la puissance divine va ressusciter : Marthe, la sœur de celui qui était mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais, car il est de quatre jours. La réponse de Jésus indique clairement son but en tous ces détails, qui est de donner au miracle la plus complète évidence et le plus invincible éclat : « Ne t'ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » Les Juifs achèvent euxmêmes de rendre impossibles toute accusation et tout soupçon : Ils ôtèrent donc la pierre. Tout a été fait en dehors de Jésus : les yeux sont ouverts, et des yeux d'ennemis et d'envieux, les plus scrutateurs et les plus perçants de tous; la mort, dans ce qu'elle a d'affreux et d'invincible, dans la pourriture de la dissolution, est exposée à tous les regards : Lazarre est mort. Lazare est au sépulcre depuis quatre jours, il tombe en pourriture, et il exhale la plus insupportable corruption : ]am fœtet.

Telle est la divine histoire au sens et dans sa portée naturels; mais gardons-nous d'en oublier et d'en taire les significations mystiques, si belles et si profondes, que nous recueille et nous expose saint Thomas. Lorsque Jésus-Christ vint dans le monde pour racheter et ressusciter le monde de la mort de son péché, deux cadavres se présentèrent à sa vue, et arrachèrent, avec ses larmes, les émotions et les frémissements de sa tendresse

et la parole vivificatrice de sa puissance: le Judaïsme et la Gentilité ; tous deux » morts dans leurs crimes, » plongés « dans les ténèbres qui sont chez eux la suite de l'aveuglement de leurs cœurs. » La Gentilité est dans une véritable putréfaction. De la société païenne tout entière s'exhale une odeur de cadavre. Le sépulcre est sans doute splendide, le mausolée richement orné, les civilisations sont brillantes, l'histoire héroïque, les arts délicats, la littérature modèle de pureté et d'élégance; mais allez au fond des civilisations de cette Grèce et de cette Rome antiques : c'est le Lazare au tombeau, le cadavre en pourriture : individus, famille, société, droit social, droit public, législation, mœurs, coutumes, idées courantes, tout est pourri : tout exhale l'odeur du cadavre, tout est hideux et repoussant. C'est cette infection et ce spectacle de la tombe que saint Paul dépeint avec tant d'énergie dans son Epitre aux Romains. « Les voici remplis de toute sorte d'iniquités, de méchancetés, d'impureté, d'avarice, de malignité ; envieux, meurtriers, querelleurs, pleins de ruses et de malice, semeurs de faux rapports, calomniateurs, ennemis de Dieu, arrogants, superbes, altiers, inventeurs de crimes, sans obéissance aux parents, sans sagesse, sans modestie, sans affection, sans bonne foi, sans pitié, » « insensés, incrédules, errants » de crime en crime et d'erreur en erreur, « esclaves de leurs convoitises et de débauches de toute sorte, faisant tout avec méchanceté et par envie, haïssables et se haïssant. » N'est-ce pas bien là le fœtet de l'Evangile? Le reste suit. Une pierre écrase le sépulcre où ce mort est gisant. La déchéance pèse sur la Gentilité de tout son poids, et le cadavre, déjà par lui-môme immobilisé dans la corruption, est encore retenu au fond de son sépulcre par la pierre qui est dessus. Jésus-

Christ s'approcha de cette grande et désolante perdition : tollite lapidem ! fut le mot de sa rédemption, et l'aurore de notre délivrance. La Rédemption enleva de dessus nous nos malédictions et nos crimes ; la parole qui suivit : Lazare, veni foras! nous arracha aux horreurs de la tombe, et nous introduisit dans les splendeurs de l'éternelle vie. Eripuit nos de potestate tenebrarum et transtulit in regnum Filii dilectionis sux, « II nous arracha à la puissance des ténèbres, et nous transporta dans le royaume du Fils de sa dilection. » L'autre Lazare dans le sépulcre était le Judaïsme, tombé lui aussi dans une décadence profonde, et qui, après avoir abusé pour le crime d'une loi qui ne lui était donnée que pour la sainteté et le salut, s'en voyait écrasé comme d'une pierre sur un tombeau. La Rédemption vint ouvrir le sépulcre, enlever la pierre, « c'est-à-dire le fardeau de la loi, » dit saint Thomas, et rappeler de la mort ce cadavre, condamné lui aussi à pourrir {.

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