LA PISCINE PROBATIQUE
Jamais peut-être, dans aucun autre miracle, l'Esprit-Saint n'entra dans un aussi minutieux détail de circonstances. Il décrit avec une sollicitude marquée cette piscine, l'eau qu'elle renferme, les malades qui perpétuellement l'assiègent et y cherchent leur guérison. Soyons donc attentifs, et recueillons avec une pieuse avidité la riche moisson de doctrine que Dieu a daigné faire germer sous la lettre du récit évangélique.
« Or il y a à Jérusalem une piscine probatique appelée en hébreu Bcthsaïda, et ayant cinq portiques, sous lesquels gisait une multitude de malades, d'aveugles, de boiteux, de paralytiques, attendant le mouvement de l'eau. Car un ange du Seigneur descendait en un certain temps dans la piscine, et l'eau s'agitait. Et celui qui le premier descendait dans la piscine après le mou-
voment de l'eau, était guéri, de quelque maladie qu'il fût afiligé '. »
Étudions chacune de ces mystérieuses circonstances.
I. — Avec une intention manifeste de nous ouvrir une perspective sot le mystère de la Rédemption du monde par Jésus-Christ, l'Esprit-Saint décrit minutieusement la piscine, la foule qui s'y trouve réunie, la propriété de l'eau miraculeuse, et le. phénomène qui y annonçait et y révélait cette propriété.
Cette piscine assiégée de malades, cette eau puissante où ils se plongent et où ils retrouvent la santé, est la figure saisissante du baptistère chrétien. Par elle-même l'eau est sans force, mais une vertu céleste y descend et la traverse ; l'ange y dépose de divines influences, et aussitôt cette eau, impuissante et inutile jusque-là, se transforme en un remède d'une infaillible efficacité. Ainsi de l'eau baptismale. Sans vertu par elle-même, dès que l'Esprit-Saint la pénètre et la féconde, de toutes divines merveilles s'y produisent : le péché s'y anéantit, la laideur repoussante de l'âme fait place à la plus prin- Unière beauté, la mort est subitement « dévorée par la vie, » la mortalité se fait immortelle, l'homme se fait dieu.
Cette piscine est une piscine probatique. L'Agneau « qui ôte les péchés du monde » daigna consacrer, en les traversant, ces eaux baptismales. Là, durant tout le cours des siècles, les brebis du bon Pasteur seront purifiées et guéries.
Une multitude entoure cette rviwiae probatique :
1 Joan. v
jacebat multitudo magna. Toutes les nations, tous les peuples, le monde entier se découvrent à notre foi sous le voile transparent de la figure, et la situation des malades de Bethsaïde achève de rendre la figure saisissante et les rapports frappants. — La multitude est gisante -.jacebat. Oh ! que c'est bien là le pécheur. Il se traîne, il est à terre, il gît dans l'impuissance de se soulever. En lui tout est abaissé, tout est gisant. Quelle bassesse dans ces pensées toutes vouées à la terre et rampant misérablement sans jamais connaître de sublime essor ! Quelle bassesse plus grande dans ce cœur, où tout est vil, où la corruption remplit tout d'une odeur de fange ! Suivez cette vie entière , regardez ces actes , écoutez ce langage : de terra ter remis , tout y est terrestre,'rien n'y laisse voir la moindre éclaircie vers le ciel. — Hélas ! multitudo magna : tous ces malades, tous ces pécheurs sont « une immense multitude. » Regardez le monde, voyez même l'Église, considérez un
royaume, une cité, une simple et chétive bourgade. Que de pécheurs ! quel nombre innombrable ! quelle « multitude ! » Prenons garde aussi aux maux divers
dont cette multitude est affligée : les quatre caractères du péché s'y retrouvent, ces ravages se suivent et s'entraînent fatalement. Languentium. Le p"0.mier effet du péché dans l'homme, c'est de briser ses forces. « Vous 20uriez si impétueusement, » disait l'Apôtre aux pécheurs de l'Église de Galatie, qui donc a brusquement arrêté cet essor ? Le péché. Le péché d'un coup casso nos ailes, et l'aigle le plus vigoureux et le plus sublime tombe en un instant, épuisé et mourant. Exhortez ce pécheur, remuez ce malade, efforcez-vous de l'émouvoir délicieusement par l'amour, ou de le faire bondir sous l'aiguillon d'une salutaire terreur: il vous entend
à peine, ne vous comprend plus, ouvre à votre parole un œil mourant, et retombe aussitôt dans son assoupissement et sa léthargie : langucntium. Peut-être vous a-t-il fait des promesses, peut-être ces promesses furentelles sincères ; mais le péché emporte tout, l'âme n'a plus b courage de lui résister,elle murmure le fatal mot d'impossible, et se laisse sans résistance tirer à l'abîme. « Ah ! quel état ! On ne résiste plus aux tentations , le péché emporte tout : c'est la faiblesse de l'âme à qui tout échappe et qui s'échappe à elle-même ; les chutes sont continuelles et irréparables ; on ne se peut plus relever ». » Tel est le premier caractère du péché, l'affaiblissement : erat muliiludo languentium. Parmi toutes les choses qui s'exténuent sous l'action mortelle du péché, il en est une dont l'affaiblissement cause surtout d'irréparables désastres : c'est l'affaiblissement et l'obscurcissement de la foi. Plus rien ne frappe ni n'impressionne le pécheur : * Dieu n'est plus devant son regard: » « il a l'esprit charge de ténèbres, et c'est en lui la suite et la conséquence de l'aveuglement du cœur. » Le malheureux ! il chemine dans la nuit obscure : il ne voit plus rien, il ne connaît plus rien: ni son origine, ni sa fin ; ni les moyens d'atteindre à cette fin; ni s'il a une âme, ni ce qu'est cetteâme, ni ce qu'est le temps. ni ce qu'est l'éternité. « Il ne sait où il va, » parce qu'il marche dans les ténèbres: « Celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. » Hélas ! il va aux abîmes, où le précipitera son volontaire et opiniâtre aveuglement: erat multitudo magna,., creorum. Il est, en troisième lieu, un autre caractère et comme une autre physionomie de l'état du péché : c'est l'état de ces âmes chancelantes, incertaines d'elles-
i liessuet, Méditai. ...
mêmes, et qui ne se fixent ni dans le bien ni dans le mal : âmes boiteuses, âmes qui « ne marchent pas droit devant le Seigneur, » « qui veulent servir deux maîtres, » et ne recueillent pour prix de cette duplicité que le mépris conjuré de la terre et du ciel. Que d'âme? boiteuses ! de celles qn'apostrophait le Prophète : « Jusqu'à quand boiterez-vous ainsi des deux côtés ? » Combien d'âmes qui traversent l'existence en des alternatives misérables de conversions et de rechutes ! Combien d'autres qui prétendent réunir dans un ensemble absurde et sacrilège Dieu et le monde, l'autel et le bal, la piété et les plus mondaines allures, le Christ et Bélial son mortel ennemi ? Erat multitudo... claudorum. Un quatrième trait caractérise enfin admirablement l'état du péché : c'est un état de complète aridité. « Arbres déracinés, deux fois morts ! » Ils sont debout encore : ils ont leur tronc, leurs branches, leurs racines, mais la mort est dans leur sein. La sève de la grâce n'est plus en ces âmes : elles ont cessé de croître ; elles ne produisent plus rien, ni feuillage, ni fleurs, ni fruits. Elles sont stériles : elles occupent illégitimement la terre : le maître du jardin s'approche de ces arbres infructueux, l'indignation dans le cœur : utquid terrain occupât ? Arbres morts, âmes arides, A mes stériles, prenez garde ! « la cognée est à la racine ; » encore un peu de temps et « vous serez coupés et jetés au feu. » Erat multitudo... aridorum l. Tel est l'état des pécheurs : état
i Ponit quatuor quce incurril homo per poccatum. Primo entra horao per hoc quod subjicitur passionibus peccatorum et pradominattbus eflicitur languidus ; et quantum ad hoc dicitur lanquenlium. Unde Psalm. VI, dicebat : « Miserere mei, Domino, auoniam infirmus sum. » Secundo vero per domina m passiônum
affreux , état désespéré pour tout autre que la divine Miséricorde. Mais Dieu veille à ces misérables, la grâce s'est approchée d'eux, et un mot qui suit, dans le texte nous montre comment toute espérance n'est pas perdue. « Ils attendent le mouvement de l'eau, » expectantium aquas motum. La première grâce a remué leur cœur, et y a fait naître le désir de la santé et de la vie. C'est le premier pas vers le salut, car Jésus-Christ n'est jamais loin de l'âme qui, reconnaissant l'horreur de sa misère, soupire après son Libérateur et son Dieu. Le remords se fait sentir dans ces âmes, le dégoût du vice, de vagues tristesses et un désenchantement profond de tous les plaisirs de ce monde ; puis bientôt après, des aspirations tendres et véhémentes vers les chastes voluptés de l'amour divin et de la vertu.
Après avoir décrit l'état des malades qui entourent la piscine et en attendent leur guérison, l'Evangile nous fait, dans un minutieux détail, l'historique de l'eau merveilleuse qui remplit cette piscine et opère les miracles de guérison. Deux points concentrent l'attention de l'Évangéliste : Peau , l'ange. Cette eau est, comme nous l'avons dit, une saisissante image de l'eau baptismale ; même mystère, même obscurité. Ni dans la piscine ni
t Victoria in homine exesecatur ratio per consensum : et quantum ad hoc dicit csecorum, scilicet per peccata. secundum illud Sapient. n : « Excaecavit eos malitia eorum, » « ... et non viderunt solem. » Tertio homo languens et cascus efïicitur instabilis in suis operibus, et est quasi claudus. Unde dicilur Prov. xi : « Impius facit opus instabile. » Et quantum ad hoc dicit : Claudorum. Quarto autem homo sic languidus, caecus intellectu, claudus in efTectu, efïicitur aridus in afîectu. in quantum exsiccaturineo omnis pinguedo devotionis. Et quantum ad hoc dicit : aridorum. (D. Thom. Comment. inJoan., cap. v, lec. 1.)
dans le baptistère, l'œil de l'homme ne peut apercevoir la vertu régénératrice dont le malade se trouve subite* ment transfiguré. A l'œil, c'est de l'eau. Mais un ange descend dans cette eau, une vertu invisible la pénètre , TEsprit-Saint y plane et la transforme : c'est une eau nouvelle, c'est une eau divine ; tout ce qui en sera touché recevra des influences de sainteté et de résurrection. Entre la piscine de Jérusalem et le baptistère de nos églises, même rapport d'efficacité. Pour l'une et pour l'autre : sanus fiebat. Efficacité absolue et universelle, a quacumque detiiiebalur infirmitatc, dit le texte, « de quelque maladie que l'on fût affligé. » Nul crime que le baptême n'efface, nulle maladie dont il ne termine les longues et mortelles souffrances. L'on entre dans cette eau divine couvert d'ulcères incurables, brisé de chutes affreuses, en proie aux plus intolérables douleurs, on en sort « homme nouveau, » sans nulle trace de maladie, sans nul vestige de souffrances, sans même laisser voir le plus léger reste d'infirmité et. de faiblesse, « sans tache, sans ride, sans rien qui y ressemble. » A côté de cette similitude, notons avec saint Thomas trois dissemblances. Pour la piscine, c'est un ange qui donne à l'eau sa vertu rédemptrice : dans le baptême chrétien, Dieu même, les trois Personnes divines apparaissent, pénètrent, vivifient l'eau sainte et lui communiquent sa toute-puissante efficacité. En cette efficacité même, nouvelle différence : l'eau de la piscine a une vertu restreinte, que le temps et le nombre limitent à
à la fois : secundum tempus : qui prior descendisset
sanus fiebat. Le baptême offre un refuge toujours assuré et assez vaste pour accueillir les plus innombrables multitudes ; rien ne comprime le torrent de la grâce, aucun crime ne déconcerte sa puissance, et n'excède sa
divine efficacité. La troisième dissemblance est la plus essentielle ; l'eau de la piscine rendait une santé périssable et prolongeait de peu une vie irrévocablement vouée au trépas : l'eau baptismale ouvre à l'homme qui s'y plonge les splendides et immortelles espérances d'une vie sans fin et les gloires d'un « immobile royaume. »
Dernier trait du tableau tracé par l'Évangéliste. Angélus Domini descendebat... et movebatur aqua... etc. « Un ange du Seigneur descendait dans la piscine... et l'eau s'agitait. » Entre cet ange et Jésus-Christ les rapports sont frappants '•. Jésus-Christ, par excellence, l'Ange, l'Envoyé de Dieu, « l'Ange du grand conseil, » envoyé par son Père dans le monde, pour guérir le monde, y descend « dans la plénitude des temps. » Il descend dans les flots du péché , dans les grandes eaux des douleurs humaines , sa présence dans les eaux de ce monde , dans le grand océan des peuples , y cause bientôt des frémissements , des agita-
1 Per angelum istum intclligilur Christus. Sicut ille angélus 6ccundum lempus descendebat in piscinam, ita et Christus, sccundum tempus dclcrminatum a Paire, descendit in mundura, Galat. iv, 4 : « Ubi vend plenitudo lemporis misit Deus Fil lu m suum. » Item sicut ille angélus non videbatur nisi motu aquœ ila etiam Christus secundum divinitatem non cognoscebalur. Isa. xli : « Vere tu es Deus abscondilus. » Ideo videbatur aqua lurbata, sed a quo turbaretur, non videbatur quia infirmitatera Christi videntes, divinitatem ejus non cognoscebant. Et sicut ille qui descendebat in piscinam sanus liebat, ita et qui humililer crédit in Dcum, ejus passione sanatur per ftdem in sanguine fpsius. Sanabalur autem unus tantum, quia nullus sanari potest nisi in ecclcsiastica unitate. (D. Thom. Comment, in Joan,, cap. v, Icc. 1.)
tions, des tempêtes violentes, quare [remuer unt génies... L'ange de la piscine ne se manifestait que clans le trouble et l'agitation de l'eau. L'eau s'agitait, le malade qui y entrait en sortait guéri : la cause môme, l'intervention d'une force divine, demeurait cachée à tous les regards. Ainsi est Jésus-Christ dans le monde : ainsi fut-il il y a dix-huit siècles. 11 bouleversa tout le monde : il guérit le monde, il le bouleverse, il le trouble encore \ mais au milieu de ces vastes et profonds effets par lesquels il se manifeste, il reste luimême le dieu caché. Le voyant passer, le monde dit : Voilà l'homme ! L'immense révolution opérée dans l'humanité le proclame Dieu. Enfin le malade, « de quelque infirmité qu'il fût affligé, sortait de l'eau parfaitement guéri. Tout homme qui se plonge dans la grâce baptismale, qui « s'ensevelit dan 3 la mort du Christ, » dépose ses crimes et sa misère, et renaît à une vie de sainteté et d'immortalité.
II. — Parcourons maintenant avec saint Thomas les cire instances mêmes de la guérison miraculeuse du paralytique, qui trouve, non plus dans la piscine judaïque, mais dans le « Christ, fin de ia loi » et accomplissement des figures, le rétablissement de son corps et la sainteté de son âme. Le paralytique, devant la piscine, depuis tant d'années, incapable d'y trouver jamais le soulagement et la guérison, nous offre tout d'abord une vaste perspective et une grande image : il est là le représentant et la figure de l'humanité entière, cette humanité malade et délaissée, qui cherche dans une loi impuissante une guérison impossible* et ne sort de ses longues infortu-
nés que dès que parait Jésus-Christ. Écoutons saint Paul : « Sans la loi, » en dehors d'elle, « la justification de Dieu a été manifestée ... justification divine par la foi en Jésus-Christ, que Dieu accorde à tous ceux qui croient.» Ainsi, « l'œuvre impossible à la loi ancienne,» la justification de l'homme impossible « à une loi où l'humanité était infirme dans la chair, cette œuvre, Dieu l'accomplit en envoyant son Fils dans la ressemblance de la chair du péché. » Que faisait l'humanité sous la loi impuissante de Moïse? Elle attendait de cette loi une guérison impossible et dépensait des siècles à cette attente trompeuse et toujours déçue. « Israél en poursuivant la justification, à cette justification ne put parvenir. Pourquoi ? » « Ignorant la manière dont Dieu voulait justifier le monde » en Jésus-Christ et s'obstinant à mettre en la place de cette justification divine, la sienne propre, « celle qu'il pensait obtenir de sa loi, » l'homme resta de longs siècles à souffrir de son incurable mal dont Jésus-Christ seul pouvait triompher.
Mais voici venir à l'homme son miséricordieux Sau- •/eur. Jésus jette les yeux sur le paralytique, et se sent ému de compassion pour ce malheureux dont les infortunes ont été si longues : cum Jésus cognovisset quia jam multum tempus... dont le caractère semble si patient et si doux. Rien en effet de paisible et de patient comme cet infirme. Nulle trace de colère, d'impatience, d'aigreur ; depuis trente-huit ans, il souffre, il attend, il espère, et voit sans cesse de plus alertes ou de mieux protégés le devancer dans l'eau vivificatrice et lui ravir le salut. Tout à l'heure nous admirerons la sincérité de sa conversion, sa piété, son esprit de prière, et aussi son intrépidité à confesser Jésus-Christ.
Jésus-Christ l'aborde. Étrange question qu'il lui pose 1
ïtii CHAPITRE DOUZIEME
Vis sanus fieri ? « Voulez-vous être guéri ? » Jésus-Christ a une intention profonde en posant cette question qui nous semblerait à nous tout au moins inutile-: Spe salvi facli sumus, dit l'Apôtre, a c'est par l'espérance que nous sommes sauvés. * Sans l'espérance, sans le désir des biens éternels, l'homme reste dans l'infirmité de sa nature et la maladie de son péché, aime cet état, et ne songe nullement à en sortir. C'est pour éveiller l'espérance, enflammer le désir, que Jésus-Christ fait entrevoir au paralytique la vision délicieuse de la délivrance et du salut. Ainsi faut - il employer, comme premier mobile d'une conversion, le désir et l'amour des biens célestes, et le bonheur de revivre à Dieu et à l'éternité. D'ailleurs, Dieu, comme le dit saint Augustin, qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous ; la coopération de la volonté à la grâce est indispensable , hélas ! et la plus difficile conquête sur la volonté du pécheur, est précisément cette coopération et cet acquiescement. Le grand mal de l'homme, c'est qu'il no veut pas de son salut. La grâce s'en vient donc à cette âme, douce et insinuante, « elle frappe à la porte de ce cœur, » elle fait briller à ses yeux les richesses divine?, >es honneurs célestes, l'inénarrable bonheur d'être fils de Dieu et héritier du trône éternel : vis sanus ficn ? Quand l'homme, dans la sincérité de son cœur et la fores de sa volonté, a consenti à son honheur, il est sauvé.
Creusons la réponse du paralytique : elle renferme do merveilleuses profondeurs. A Jésus qui lui demande : veux-tu être guéri? cet infirme répond tristement:^ n'ai personne qui me mène à la piscine, m'y plonge, et m'y fasse trouver le salut. Je n'ai personne! C'est le cri désespéré que l'humanité malade fut réduite à pouss.T pendant quatre mille ans. 2son, durant ces longues
JÉSUS, MÉDECIN CHMUTABLE 277
souffrances, elle n'avait pas « l'Homme : •> homincm non habco, l'Homme de la droite de Dieu, » son Fils, le Fils de Dieu, et « le Fils de l'homme, » le Sauveur, que. PHate montrait au monde en disant : Voilà l'homme ! Qui n'a pas cet « Homme » n'a pas le salut, ni l'espérance de l'obtenir jamais. Il est « sans Christ, sans Dieu en ce monde ; » et en l'autre, sans le Médiateur qui seul introduit dans la gloire, et par lequel seul « nous avons accès auprès du Père » « qui est dans les eieux. »
La guérison du paralytique est la frappante image de la conversion d'une âme '. «Jésus lui dit : Lèveîoi, prends ton grabat et marche. » Le premier acte du pécheur converti est de sortir de son péché, de se lever du sein des fanges où il se meurt dans la souffrance et la faim. La giâce lui adresse un puissant appel : SurgC) « lève-toi ! » Soulevé de ses abaissements, guéri de ses torpeurs, ferme et en marche, le converti doit faire pénitence, et payer à la divine Justice le tribut de la satisfaction. Son grabat, c'est le vice où il a si longtemps dormi son sommeil de malade et d'infir* me : toile grabatum, emporte ce vice, subis-en le poids, qu'il te pèse enfin, lui qui jusqu'ici t'a semblé si corn* mode et si léger ! Enfin, « marche, » ambala; mets-toi en chemin pour les vastes régions de la sainteté chré-
1 Hœc tria in justifleatione Dominus prœcepit. Primo quod Blirgat recedendo a peccalo , Ephes. v : « Surge qui dormis et exurge a mortuis.» Secundo pnecipitur : « toile grabatum » satia* faciendo de commissis. Per grabatum enim in quo homo requiescit signiïïcatur peccatum. Toliit ergo homo grabatum suum quando fert onus pœr.itentiEe sibi pro peccato impositum. Tertio ut ambulet proiieiendo in bonum. (D. Thom. Comment, in Joan., cap' v, Icc. 1.)
tienne, « Il te reste une grande route à fournir ; » l'infini étend devant toi ses perspectives suns horizon, ses immensités sans limite, car il te faut « être parfait comme ton Père céleste est parfait. » « Dispose donc des élévations dans ton cœur ; marche de vertu en vertu : » le terme de ton glorieux pèlerinage sera, après les fatigues du temps, « de voir Dieu en Sion, » dans le ciel, dans la gloire, durant « les interminables éternités. »