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IDÉE GÉNÉRALE DU PATER

Depuis la catastrophe de l'Eden et la rupture violente qui avait séparé la créature de son Créateur, le sujet de son Roi et le fils de son Père, l'humanité ne priait plus ou priait mal. Engloutie dans les choses terrestres, devenue « de terre, » comme parle l'Apôtre, sans plus de regards ni de désirs vers un Dieu méconnu et une patrie oubliée, l'humanité, qui ne sentait plus battre son cœur, laissait ses lèvres muettes. Mais lorsqu'aux jours de la RédemptioD, son Dieu se fut approché d'elle, eut touché ses plaies vives, partagé ses douleurs, illuminé de sa douce clarté l'horreur de sa nuit, et lui eut enfin rendu l'espérance ; quand l'homme sentit monter à son cœur les premières émotions de l'amour, et que le pro-

digue eut goûté les premières délices d'un Père retrouvé, d'une innocence rendue, et d'une gloire refaite, il comprit que son glacial silence devait se rompre, qu'il fallait enfin parler à ce Père qui le recevait et le réchauffait dans ses bras. Mais que dire? Il a oublié, dans son long exil et ses séculaires égarements, jusqu'à la langue du pays natal. D'ailleurs, outre son péché, sa faiblesse et son néant suffiraient seuls ou à tarir la prière dans son âme et sur ses lèvres, ou à la rendre indigne en en dénaturant la divine perfection. « Nous ne savons pas même ni ce qu'il nous faut demander, ni comment il nous le faut demander. » Il faut pénétrer la pensée de Dieu, connaître ses volontés et ses désirs, comprendre surtout son cœur, pour savoir ce qui luiplait, cequi nous convient, etce qu'il désire que nous lui demandions. Qui don" autre que Dieu lui-même pourrait nous apprendre à prier? L'humanité le comprit. Un jour, humble et confiante, elle s'approcha du Dieu fait homme qui lui témoignait tant d'amour et versait sur elle tant de lumières : — <« Seigneur, enseignez-nous à prier. »

La réponse divine fut l'admirable prière, appelée par excellence la prière du Maître, le Pater, du premier et ineffable mot qui la commence et en inaugure les sublimités et les douceurs. Que dire, ou plutôt que balbutier de cette prière sortie tout entière de l'intelligence et du cœur de Dieu? Gomment l'apprécier? Comment môme la comprendre, et comment l'expliquer ?

Le Pater, dit saint Thomas, renferme toutes les excellences, réunit toutes les perfections : cette divine prière est courte, parfaite, puissante : breois, perfecta. efficax '. En elle se concentrent nos plus grands dogmes,

* Comment, in Mal lit. cm vi.

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nos révélations les plus hautes : à elle aboutissent nos plus importants devoirs : elle est un résumé sublime des vérités à croire comme des devoirs à pratiquer.

Le Pater, dit encore le Docteur Angélique, renferme cinq perfections principales : la puissance, la droiture, l'harmonie, la piété, l'humilité4.

1. Puissance. Tout contribue à rendre toute-puissante cette divine prière : son auteur, la sublimité des honneurs qu'elle rend à Dieu, la perfection de ses demandes. DanslePa£er,non-seulement, comme dans les autresprières nous prions au nom de Jésus-Christ, mais encore nous prions comme lui, avec lui, en lui; le Pater est sa prière, elle vient de lui, elle sort de son âme, elle jaillit des profondeurs de sa pensée divine et de son amour infini. C'est son « esprit qui » dans le Pater « prie pour les saints avec des gémissements inénarrables. » Lui seul a pu « scruter les abîmes de Dieu, » pour y découvrir ses volontés souveraines, etnous révéler le moyen d'être agréés de lui. Remarquons de plus que c'est notre Médiateur lui-même et notre Avocat qui nous met sur les lèvres la prière par laquelle nous pourrons le plus puissamment nous rendre maîtres du cœur et des faveurs de Dieu. Celui qui nous apprend le Pater, après l'avoir composé pour nous, est « celui-là même qui intercède pour nous, » « qui interpelle, » qui « vit toujours pour toujours intercéder. » Il sait donc le moyen le meilleur d'obtenir : il connaît donc la plus efficace prière. C'est cette pr'ère, la plus efficace, qu'il a daigné nous enseigner 2.

1 Habet quinque exccllenlias, quas in oratione requirunlur. Débet enim esse oratio secura, recta, ordinata, devota et humilis. — * Rationabiliter ha3C oratio est securissima. Est enim ab Advo-

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Puissante par son auteur, la divine prière l'est encore par la sublimité des honneurs qu'elle rend à Dieu. Dès les premières paroles du Pater, l'âme se rend Dieu favorable, elle capte sa bienveillance, elle obéit, dit le Docteur Angélique, à cette grande règle de l'éloquence, qui est de capter la bienveillance avant de manifester la demande. Comment captons-nous ici la bienveillance de Dieu ? De toutes sortes de manières. Nous rendons tout d'abord un magnifique hommage à ses perfections, sa bonté, sa puissance, sa royale munificence ; nous rappelons les grandes œuvres en lesquelles s'est absorbée sa pensée et son cœur, et qui seules ont pu nous le donner pour Père1. Nous lui offrons nos vœux les plus délicats, et nous lui vouons l'hommage de la plus filiale obéissance. Enfin les demandes dont nous faisons suivre l'expression de nos devoirs sont elles-mêmes les plus propres à nous gagner les faveurs de Dieu puisque toutes sont en harmonie parfaite avec ses volontés et ses désirs.

2. La seconde perfection d'une prière est, dit saint Thomas, dans sa rectitude, sa soumission à l'ordre général de la Providence, son harmonieuse conformité avec les destinées de l'être qui prie et les moyens par

cato nostro formata, qui est sapientissimus petitor, « in quo sunt urnnes thesauri sapientiœ. » Ulterius autem seourior apparet ex hoc quod ipse qui docuit nos orare, orationem exaudit cum Pâtre Unde ab hac oratione nunquamsine fructu receditur. (D. Thora. Op'iisc. y.)

1 Dicendo « Pater s et veniara peccatorum et pœnarum interitum, et justilicationem, et saactificationem, et liberationem, et iiliorum adoptionem, et hœreditatem Dei, et f raterai ta tara cum Umgenito oopulatam et Sancti Spirilus largissima dona, uno sermone siçnilicavit. (D. ïhom. Comment, in Maltli-, cap. vi.)

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lesquels ces destinées doivent être conquises, enfin sa juste ordonnance, qui lui fait assigner à chaque demande le rang qu'elle doit tenir et l'importance qu'il y faut attacher. Que de fois, dit le Docteur Angélique, nos prières sont vaines et de nul effet parce que cette rectitude dont nous parlons leur fait défaut 1 ! Et voilà encore l'une desplushautes perfections delà divine prière. Son auteur est, dit saint Thomas, « le Christ, qui donne aux âmes l'Esprit-Saint, » rectitude essentielle et infinie 2. Ainsi sommes-nous assurés que tout ce que nous demandons dans l'Oraison dominicale est d'une complète et absolue rectitude, rectissime postulantur.

Le Docteur Angélique, qui ne fait dans son Opuscule V et son Commentaire sur saint Matthieu qu'indiquer cette belle idée, lui donne dans sa Somme théologique d'amples et profonds développements, et, en nous dévoilant l'ordonnance générale et les harmonies du Pater, nous en montre admirablement la sagesse et la rectitude toute divines. La prière se fait l'interprète de nos désirs auprès de Dieu, et nous ne pouvons légitimement demander que ce que légitimement nous pouvons désirer. Or l'excellence toute spéciale de l'Oraison dominicale, c'est que non-seulement elle nous fait demander ce que nous pouvons le plus légitimement désirer, mais elle met dans ces demandes et ces désirs l'ordre le plus

1 Multoties non exauditur oratio quia indecentia postulantur (D. Thom. Opuscul. V.) — 2 Ipse autem Christus Spiritus Sanct' dator esl. Ea ergo quse ipse docuit orare, rectissime postulantur. Débet 'etiam esse oratio ordinata sicut desiderium, cum oratio sit desiderii inLerpres. Est autem hic debitus ordo ut spiritualia carnalibus, cœlestia terrenis desiderando et orando prœferamus. Hoc Dominus in orationehacservare docuit. (D. Thom. Ovuscul. V.)

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convenable et la plus parfaite harmonie, et devient ainsi pour nous plus qu'une école parfaite de la prière, mais aussi une parfaite modératrice de nos aspirations et de nos désirs. Très-assurément le premier objet du désir de nos âmes, c'est notre fin dernière, puis les moyens d'y atteindre. Or notre fin, c'est Dieu. Or notre :œur tend à Dieu par un double essor. Dans le prenier, nous voulons la gloire à Dieu ; dans le second, nous réclamons pour nous aussi cette gloire de Dieu. Dans le premier, nous aimons Dieu en lui-même et pour lui-même ; dans le second, nous nous aimons nousmêmes en Dieu. D'après cet ordre, notre première demande, qui nous fait demander que Dieu ait la gloire, sera celle-ci : quevotre nom soit sanctifié ; la seconde, par laquelle nous réclamons notre part de cette gloire et de ce règne, sera cette autre : quevotre règne nous arrive. Telle est notre fin : mais comment y atteindre? Nous pouvons y être conduits d'abord directement, puis aussi indirectement. Le bien nous mène directement à nos fins dernières. Le bien nous y mène lui-même, en nous faisant acquérir les mérites quinous valent l'éternelle béatitude : c'est la vertu, c'est le sacrifice, c'est l'hommage que nous faisons de nous-mêmes à la gloire du Très- Haut, c'est Yobéissance, l'acceptation complète, généreuse, intrépide de toutes les volontés de Dieu sur nous, de tous ses commandements, de toute sa loi sainte : aussi, disons-nous dans le Paler : que votre volonté se fasse en la terre comme au ciel*. Mais pour que l'homme mérite

1 Est aliquid utile in finera beatiludinis uno modo directe et principaliter, secundum meritum quo beatitudincm meremurDeo obediendo, et quantum ad hoc ponitur : « iiat voluntas tua. ■ (D. Thom. Sum, llieolog., P. II-TT, quaest. lxxxiii, art. 9.)

par sa vie du temps la vie de 1 éternité, il faut que Dieu soutienne et sustente sa fragile et périssable existence ; il faut qu'il y répare à chaque jour les ravages qu'y cause chaque jour la mortalité. L'homme demandera donc à Dieu, en même temps que la vertu divine, la nourriture et le soutien de cette vertu. Il demandera « son pain de chaque jour : » il dira humblement dans le sentiment profond de son impuissance : Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. Etcomme ilest régénéré en Jésus-Christ à deux vies, celle de la grâce et celle de In nature, et que les forces de l'une comme de l'autre défaillent et meurent sans cesse et sans cesse ont besoin d'être restaurées et ressuscitées, le fidèle réclamera de la bonté « de son Père qui est dans les cieux » une double nourriture, le morceau de pain qui restaurera sa vie naturelle, puis aussi la nourriture divine appropriée à sa divine vie et que lui dispensent les sacrements, et, entre tous, la très-sainte Eucharistie1. Donnez-nous notre pain.

Tels sont les moyens directs par lesquels Dieu nous mène à nos éternelles destinées, et que nous demandons à sa paternelle munificence. Des secours indirects nous sont nécessaires aussi; car des obstacles se dressent sur le chemin de notre éternité, et le mal s'efforce constamment de nous en fermer tous les accès. De ces obstacles,

1 Est aliquid utile in finembeatituclinisalio modoinslrumentaliler et quasi coadjuvans nos ad merendum, et ad hoc perlinct quod dicitur : « Panem nostrum quolic'.ianum da nobis hodie : » sive hoc intelligatur de pane sacramentali cujus quotidîanus usuâ proficil homini, in quo etiam intelliguntur oinnia alia sacramenta, sive eliam mtelligatur de pane corporali, ut per panem intelligatur oninis suiïicientia vicias. {D. Thoin. Sum. Uieolog., P. U-II, quasst. iaxxiji, art. 9.)

trois surtout nous sont funestes et exigent de Dieu de puissants secours et par conséquent de nous une fervente prière. Le premier est le péché qui nous exclut directement, absolument, du royaume des cieux : aussi nous écrions-nous dans l'angoisse de nos âmes, l'ardeur de nos désirs et la componction de nos cœurs repentants : Pardonnez-nous nos offenses ! Le second, qui mène à l'autre et nous fait, durant tout le cours de notre vie, côtoyer des abîmes, c'est la tentation : nous supplions donc notre Père de nous en épargner les dangers mortels : Ne nous induisez pas en tentation. Le troisième, c'est la pénalité de la vie présente, qui nous brise, nous ravage, nous jette dans l'abattement et l'angoisse; c'est la douleur qui ronge sans cesse notre existence et menace constamment de l'anéantir. Contre ce troisième ennemi, nous implorons l'assistance divine en ces termes: Délivrez-nous du mal *.

3. Rien n'est tendre et affectueux comme la divine prière, rien n'est filial comme elle, rien ne porte autant l'homme à la confiance et à l'amour. De grands et ineffables mystères se sont opérés depuis que Dieu lui-

* Per accidens ordinamur in beatitudinem per remotionem prohiberais. Tria autem sunt qua? nos a beatitudine prohibent. Primo quidem peccatum quod directe excludit a regno; et ad ho3 pertinet quod dicitur : « dimitte nobis débita nostra. » Secundo tentatio quae nos impedit ab observantia divinae voluntatis, et ad hoc pertinet quod dicitur : « et ne nos inducas in tentationem ; » per quod non petimus ut non tentemur, sed ut a tentatione non vineamur quod est in tenlationem induci. Tertio pœnalitas prœsens, ut quae impedit sufficientiam vitae : et quantum ad hoc dicitur : « libéra nos a malo. » (D. Thom. Sum. Theolog. P. Il-lf, quaest. lxxxiii, art. 9.)

même est venu mettre sur les lèvres de l'homme ces sxtraordinaires paroles : Palcr nosler ! Un antique péché qui souillait et rendait la race humaine abominable a été effacé, la justice divine satisfaite, la colère apaisée, les faveurs rendues : le Fils de Dieu est venu dans le monde, s'est fait le semblable, le compagnon, le frère de l'homme coupable et malheureux, « il nous a réconciliés à son Père, » et après nous avoir rendu ie cœur de « son Père et de notre Père,» il nous en a mérité la fortune, la gloire, le royaume. 0 délicieux mystère i Le ciel est notre chez-nous ; les bras d'un Père sont notre de<meure : le Très-Haut, dans la splendeur de sa gloire et l'infinie majesté de son règne, daigne nous nommer ses enfants, et veut que nous l'appelions « notre Père. •» « Il a envoyé son Esprit dans nos cœurs, et c'est en son Esprit, » sous son impulsion mystérieuse, « que nous crions ; ô Père ! ô Père ! >■ « Car nous n'avons pas, comme autrefois l'ancien peuple, reçu un cœur d'esclave pour trembler; mais nous sentons un cœur tout filial dans lequel nous crions : ô Père ! » Nous disons dans l'épan-1 chement de la plus filiale confiance : Notre Père qui êtes aux deux. L'amour de ce tendre Père rejaillit aussi sur les enfants de ce Père, sur nos semblables, sur notre prochain, enfant de Dieu comme nous, disant comme nous, aux mêmes titres et avec les mêmes droits : Notre Père qui êtes eux deux. La divine prière nous avertit ainsi que nous sommes une seule famille de frères, réunis tous dans le même amour, enfermés tous dans le même sein paternel , invités tous aux délices delà même piété1. « Regardez : dans toutes les demandes un exercice d'amour.

1 Dcbcl oralio esse dcvola^ , Devolio auleui consurgil ex carte

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« Notre Père : » dès ce premier mot de l'Oraison dominicale, le cœur se fond en amour. Dieu veut être notre Père par une adoption parlicul;ère. Il a un Fils unique qui lui est égal, en qui il a mis toute sa complaisance : il adopte les pécheurs? Les hommes n'adoptent des enfants que lorsqu'ils n'en ent point : Dieu qui avait un tel Fi)s nous adopte encore. L'adoption est un effet de l'amour : car on choisit celui qu'on adopte ; la nature donne les autres enfants, l'amour seul fait les adoptifs. Dieu qui aime son Fi 's unique de tout son amour et jusqu'à l'infini, étend sur nous l'amour qu'il a pour lui. C'est ce que dit Jésus - Christ dans cette admirable prière qu'il fait à son Père pour nous : « Que l'amour dont vous m'aimez soit en eux, et moi je suis en eux. » «Aimons donc un tel Père. Disons mille et mille fois : Notre Père, notre Père, notre Père, ne vous aimeronsnous jamais? Ne serons-nous jamais de vrais enfants pénétrés de vos tendresses fraternelles1 ? »

4. Si le Paler est un délicieux exercice de piété et d'amour, il ne l'est pas moins d'humilité. L'homme y fait une triple confession d'humilité, et exalte trois fois la majesté divine dans la proportion de son propre anéantissement. Il y confesse son néant; il y confesse sa misère; il y confesse son indignité. Il lève les yeux ven la Majesté divine : Ah! qu'elle est haute! ah ! qu'elle est inaccessible! OmonPcrequi clés dans les deux! Vous êtes

* dans les cieux, » « dans les splendeurs des saints ; »

* vous habitez une inaccessible lumière,» vous êtes grand'

Lite quae est amur Dei et proximi ; quorum ulerquo iu hac oralione ostendilar. (D. Thom. Opuscul. V.) • Bossuet. Médiat

vous êtes saint, vous êtes l'adoration des mondes et le Dominateur de l'univers. Et moi, « je suis un ver de terre, » et « ma substance n'est qu'un néant devant vous. » Vous êtes « dans votre royaume; » moi en exil, « dans la vallée des larmes, » « assis à l'ombre de la mort. » 0 « mon Père qui êtes dans les cieux, vous êtes donc toute Grandeur et moi toute bassesse; vous êtes toute Gloire, et moi tout abaissement et toute ignominie ; vous êtes Toute-Puissance, et moi toute faiblesse ; vous êtes toute Vie, et moi fils de la mort ; vous êtes tout l'Être, et moi le pur et l'absolu néant ! Dans l'Oraison dominicale nous confessons encore excellemment notre misère, notre profonde et irrémédiable détresse. Donnez-nous notre pain! C'est le cri du mendiant éploré ; c'est la plainte déchirante d'un besoin aussi immense qu'inassouvi. Nous sommes les enfants de Dieu. Appartient-il au pauvre d'être orgueilleux? et surtout de l'être au moment même où il laisse s'échapper le cri de sa détresse et la réclame de son dénûment ? C'est donc avec un profond sentiment d'humilité que nous disons à Dieu : Donnez-nous notre pain. Enfin l'Oraison dominicale nous remet vivement devant les yeux une troisième misère, plus terrible que les précédentes, et nous fait confesser une détresse plus extrême : nous sommes pécheurs ; exposés à tous les coups de la justice divine ; obligés, comme parlait Jérémie, » de poser nos lèvres sur la poussière, » de nous abaisser dans la poussière et la cendre, « afin de voir s'il nous reste encore quelque espérance. »Nous nous approchons donc en tremblant du trône de la Majesté divine, nous élevons vers elle un craintif regard, nous disons en tremblant : Remettez-nous nos offenses! — Dimittenobis débita nostra ' Telle est, dans son ensemble, la divine prière : résumé t. m. 9

de nos dogmes et de nos devoirs, reflet de toute la vie chrétienne, école de toutes les vertus, remède contre tous nos maux, source intarissable de toutes nos grâces'. Il nous en faut parcourir maintenant en détail les différentes parties. Le Docteur Angélique divise l'Oraison dominicale en deux parties. Il appelle la première, le préambule aux demandes 2. Cette première partie comprend le commencement : « Notre Père qui êtes aux cieux; que votre nom soit sanctifié. » L'âme, par cette gracieuse salutation, rappelle à Dieu legrandtitreaunomduquel il doit avoir pitié de ses faibles créatures, et capte sa bienveillance en formulant un pieux et filial souhait : « que votre nom soit sanctifié. » Dans le reste de la prière, l'homme expose ses besoins, les aspirations de sa nature, les gloires de ses destinées éternelles, les détresses du présentées obstacles de son chemin, les dénûments desa vie, les terreurs de son crime, la délivrance de tousses maux.

1 Nota quod tria bona facit oratio. Primo enim est efficax et utile remedium contra mala. Libérât enim a peccatis commissis : a tu remisisti impielatem peccati mei : pro hac orabil ad te omnis Sanctus. » Latro in cruce oravit et oblinuit. Publicanus oravit et « juslificatus descendit. » Libérât etiam a timoré peccalorum supervenientium, et perturbationibus et trislitiis. « Trislatur quis in vobis ? orct. Secundo est efficax et utilis ad omnia desideria obtinenda. Non exaudimur autem, vel quia non perseveramus, vel quia non petimus id quod magis expedit ad salutem. Augustinus : Bonus Dominus qui soepe non tribuit quod volumus ut tribuat quod mallemus. Exemplum de Paulo qui ter petiil a se removeri stimulum, et non est exauditus. Tertio est utilis quia facit nos familiares Deo. (D. Thom. Opuscul. V.) — i Ta hac oratione, sicut in oratione rhetorum, duo facit. Primo caplat benevolenliam. Secundo docet quid petendum. (D. Thoui. Comment, in Mal.lh., cap. vi.)

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