PATER
Comment Dieu est-il notre Père? Et d'où nous vient cette ineffable fortune de pouvoir, non plus nous abaisserdevantla majesté du Très-Haut, et, tremblants d'effroi devant une grandeur si terrible, lui vouer l'hommage de notre néant, mais répondre à son tendre appel, nous entendre appeler « les fils de Dieu, » nous jeter dans ses bras, nous précipiter sur son cœur, et là, àl'étonnement de la terre et du ciel, lui dire dans l'ivresse d'un inexprimable amour : « Père, » « notre Père qui êtes aux cieux? » Encore un coup que s'est-il passé, et comment avons-nous pour Père Dieu lui-même ?
A trois titres Dieu est notre Père ; par trois actes de miséricorde ; par trois merveilles de l'amour de ce Dieu « qui est charité. » Dieu est notre Père, parla création, par la providence, par l'adoption : Il se montre notre Père en nous donnant l'être, en nous conservant cet être, et en élevant cet être, en le déifiant par le prodige de la divine adoption. Mais si Dieu est notre Père, comment devons-nous nous montrer ses fils ? Seconde question, indispensable corollaire de la précédente.
I. — Dieu est notre Père, premièrement par l'acte de .iotre création : acte tout spécial, remarque saint Thomas,et qui élève l'homme à une prodigieuse hauteur audessus de l'univers dont l'homme est le chef-d'œuvre et
le roi. Dicitur Pater nostcr ralione specialis creationis D'un mot, d'un ordre, le Très-Haut fait jaillir du néant raille mondes splendides ; il en peuple d'incommensurables espaces, il les couvre de splendeurs et de perfections, il y imprime partout le sceau de sa puissance, et y fait luire un reflet de son invisible beauté. Pourtant, selon que le remarque l'Ecriture, cet univers si beau, si vaste, si rempli de merveilles, n'est que l'œuvre de ses doigts, un jeu de sa puissance, une œuvre qui jaillit de sa parole, sans mériter les honneurs de sa méditation et le regard de sa pensée. Mais voyez Dieu, quand il crée l'homme. Il s'arrête, il médite, il hésite, ce semble, un instant, tant l'œuvre sera grande, tant elle absorbera toute la sagesse et toute la puissance de l'Infini , et ce n'est qu'après un conseil des trois divines Personnes, tenu dans les profondeurs mêmes de la Divinité, que la grande parole qui nous donne l'être est enfin prononcée : faciamus hominem. « La première particularité de la création de l'homme est d'avoir été fait, non point comme le reste des créatures, par une parole de commandement, fiât, mais par une parole de conseil : faciamus, « faisons. » Dieu prend conseil en lui-même comme allant faire un ouvrage d'une haute perfection, et pour ainsi dire d'une industrie particulière, où reluisît plus excellemment la sagesse de son auteur. Pour donc créer un si bel ouvrage, Dieu consulte en lui-même, et voulant produire un animal capable de conseil et de raison, il appelle en quelque manière à son secours, parlant à un autre lui-même à qui il dit : « faisons ' ! »
Cette première circonstance de notre création nous montre en Dieu à notre égard une paternile plus
i BossucL, Elccalions.
liante, uns attention plus soutenue, do plus mystérieux égards : nous pressentons les grandes choses que nous réserve l'avenir par cette importance singulière que Dieu met à nous tirer du néant. Devenons attentifs : ces grandes choses vont commencer à se dérouler à nos regards: nous allons mieux voir comment le Dieu, « dont émane toute paternité, » est néanmoins le Père de l'homme d'une façon toute spéciale et dans une vérité ineffable. Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Ainsi non-seulement nous venons de Dieu comme les autres créatures, mais nous retenons la ressemblance de notre principe, nous nous faisons reconnaître « fils de Dieu » à des traits frappants de similitude. « Sa lumière est imprimée sur notre front, » sa beauté se reflète sur notre être, sa nature y a son image , ses perfections leur miroir limpide ; nous sommes « à son image et à sa ressemblance, » et déjà, rien qu'à considérer ces premières splendeurs, Dieu peut prononcer de nous ces grandes paroles : « Je l'ai dit : vous êtes, vous autres, les fils du Très-Haut. » Qu'est-ce que Dieu ? Et quelle idée nous Jpouvons-nous faire de cette « inaccessible Lumière, » et de cette incommunicable Essence ? Dieu est Intelligence infinie : il a fait l'homme intelligence. Dieu « est Charité : » la bonté est sa nature, la miséricorde, la mansuétude, le dévouement et l'amour s'échappent de son sein à flots intarissables. Ainsi a-t-il fait l'homme son image; formant son cœur, il y mit premièrement la bonté. Dieu est Volonté, il est la volonté souveraine à laquelle tout obéit, et qui est la cause dernière de toutes choses. «Dieu fait tout, dit saint Paul, suivant sa volonté, » il dit et tout est fait, il donne un ordre et tout s'exécute : l'homme participera dans une large mesure à ce magni-
fique attribut. L'homme est libre; il tient tout « dans la main de son conseil ; » il choisit la vie ou la mort, Dieu ou le monde; il se résout dans la plénitude d'une volonté libre et toujours maîtresse d'elle-même aux héroïsmes les plus nobles, aux vertus les plus élevées, il voue à Dieu les hommages d'adoration et d'amour d'un être libre. La création honore Dieu fatalement, « les cieux chantent sa gloire, » sans mérite parce qu'ils la chantent sans liberté ; l'homme seul, par l'exercice du plus royal des attributs, « donne à Dieu la vraie gloire, » et se mérite à lui-même un prix éternel1.
Mais pénétrons plus avant : voici une ressemblance plus auguste encore, qui rattache l'homme à Dieu par des liens plus étroits, et rend plus saisissantes sa paternité et notre filiation glorieuse. En notre âme s'imprime l'image delà Très-Sainte Trinité, et ce n'est plus seulement de ses attributs que nous reflétons l'éclat, c'est de son essence même dont nous retenons une magnifique empreinte. « Faisons l'homme : » à ces mots, l'image de la Trinité commence à paraître. Elle reluit magnifiquement dans la créature raisonnable. Semblable au Père, elle a l'être ; semblable au Fils, elle a l'intelligence; semhlable au Saint-Esprit, elle a l'amour; semblable au Père, au Fils et au Saint-Esprit, elle a dans son être, dans son intelligence, dans son amour, une même félicité et une même vie2. »
Avoir pour Père un grand roi, « le Roi des rois, et le
* Pator dicitur ad iilium, ul dominus ad servam. la eo enim quod ipso Paier est, dicimus nos liberos : non enim dicitur pater aliarum. Si ergo suraus liberi habemus libertalem arbitrii : ergo aliquid est a nobis. (D. Thom. Comment, in Uilth. cap. vr.) — * Bossuot. élévations.
Dominateur des dominateurs, » c'est partager en quelque manière le trône de ce Père, et être associé à ses souverains pouvoirs. Tel est l'homme qui dit à Dieu, dans une vérité sublime : mon Père. L'homme règne. Il règne sur la nature et impose au monde physique de puissantes volontés. Sans doute son péché et la déchéance qui en fut la suite ont déchiré sa pourpre, ébranlé son trône et rétréci les bornes de son empire, mais que les ruines de son ancien pouvoir sont majestueuses encore, et que l'univers, malgré les révoltes qui le troublent, reconnaît encore le commandement de cette noble et céleste créature, que Dieu lui avait donnée pour roi ! Où l'homme paraît, la terre se transfigure, les animaux, ou se retirent, ou se déclarent sujets. Les éléments, tout impétueux et libres qu'ils se montrent, ressentent profondément la puissance de l'homme, qui les tourne à ses volontés et à ses œuvres ; et s'ils brisent parfois dans leurs fureurs le sceptre qui les commande, le plus souvent ils lui sont soumis et lui payent le large tribut de leurs services. Mais il est une domination plus profonde, un règne plus fécond, c'est celui que l'homme est appelé à exercer sur soi-même. Tout à l'heure il ne commandait qu'à la matière, le voici qui commande à l'intelligence et au cœur. Son empire était le monde, chétif et étroit domaine au prix d'un autre, le monde des âmes, où tout s'élève à des sublimités grandioses et prend en quelque manière les proportions mêmes de Dieu. « Faisons l'homme à notre Image et ressemblance afin qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes et à toute la terre, et à tout ce qui se remue ou rampe dessus. » Troisième caractère particulier de la création de l'homme : c'est un animal né pour le commandement. S'il commande aux animaux, à
plus forte raison se commande-t-il à lui même, et c'est en cela que je vois reluire un nouveau trait de la divine ressemblance. L'homme commande à son corps, à ses bras, à ses mains, à ses pieds ; et dans l'origine nous verrons jusqu'à quel point tout était soumis à son empire. Il lui reste encore quelque chose du commandement absolu qu'il avait sur ses passions : il commande à sa propre intelligence, qu'il applique à quoi il lui plaît ; à sa propre volonté par conséquent, à cause de son libre arbitre ; à ses sens intérieurs et extérieurs et à son imagination, qu'il tient captive sous l'autorité de la raison, et qu'il fait servir aux opérations supérieures : il modère les appétits qui naissent des images des sens, et dans l'origine il était maître absolu de toutes ces choses ; car telle était la puissance de l'image de Dieu en l'âme, qu'elle tenait tout dans la soumission et dan" le respect •. »
Un troisième trait de ressemblance parfait Y image divine et achève de signaler la filiation mystérieuse de l'homme et l'auguste et miséricordieuse paternité de Dieu. Dieu est éternel, « sans fin à ses jours, » et c'est de Lui que chante le prophète : « Tout vieillira comme vieillit un vêtement ; mais vous, ô Dieu, vous êtes sans cesse le même, et vos années ne défaillent pas. » Dieu a mis dans l'homme la vivante ressemblance de son éternité : il a fait l'homme inextcrminable. L'homme primitivement ne devait pas mourir, et tant qu'il ne se séparait pas de son principe et de sa vie, son âme et son corps ne connaissaient point les déchirements d'une 'séparation violente. Le péché eut pour effet 'de tuer l'homme, per pcccatwn mors, mais sans que son âme pût jamais re-
» Uossucl, Hléralions.
tomber dans le néant, tellement la permanence et l'immortalité sont les traits indispensables de la ressemblance divine, la marque que l'homme vient de Dieu, comme le fils du père. Et maintenant que la grâce a effacé la faute et relevé la nature, l'homme ne connaît la défaillance du tombeau que pour se préparer, dans une germination puissante, aux éternelles gloires de la résurrection : Corpus quidcm morluum est propter peccatum, spiritus vero vivit propter justificationem.
2. Dieu est notre père secondement par l'acte de sa providence, par les soins spéciaux qu'il nous prodigue et l'éducation qu'il daigne nous dispenser1. Quelle distance du gouvernement général par lequel Dieu dirige l'univers, conduit les êtres sans raison et règle l'ordre fatal des choses insensibles et inertes, à l'éducation qu'il donne à ses fils, à l'attention, à la vigilance, aux industries mystérieuses dont il enveloppe leur vie entière et toute leur destinée ! L'univers suit une marche fatale : s'il « chante la gloire de Dieu, » il la chante sans la conscience du rôle que Dieu lui fait remplir : Dieu l'a une fois pour toutes honoré de son regard, fortifié de sa parole, soutenu et mis en mouvement par sa puissance. il l'a déclaré «< bon » et même « très-bon, » mais il n'y met pas ses complaisances, et n'y a pas son cœur. Ah! que ce n'est pas ainsi qu'il traite l'homme ! Il fait l'homme tout d'abord, par son intelligence, capable d'entendre la voix d'un père ; par son libre arbitre, capable de se rendre à son appel, de choisir librement
1 Dicilur Pater noster ratione gubernalionis : quamquam enim Alia gubernet, nos tamen gubernat ut dominos, alia vero ut Bcrvoâ. (0 Tliom. Oçuscul V.). prrcainbulutn ad pelilioncs.
et noblsmentson service, de correspondre à son amour; par sa perfectibilité, capable de suivre les progrès d'une éducation divine, de s'élever peu à peu jusqu'aux sublimités d'une vie céleste, « de disposer des élévations dans son cœur, de marcher de vertu en vertu, et de voir » enfin, quand cette éducation sera achevée, « en Sion, le Dieu, » qui, après l'avoir fait son fils dans sa création, l'a traité comme fils dans le travail sublime d'une éducation toute divine. Et quelle patience dans ce Père constamment aux prises avec le mauvais vouloir, l'entêtement, les mutineries, l'inintelligence et souvent l'insensibilité et le sans cœur des fils que sa miséricorde s'est donnés ! Quelle persévérance à recommencer sans cesse des leçons sans cesse oubliées ! Quelle force à reprendre, mais aussi quelle facilité à pardonner! Quelle mansuétude à accueillir! Quelle invincible force à aimer! Mais comme un père noble et magnanime, Dieu veut dans ses enfants des rejetons dignes de leur race, des fils qui ne déshonorent pas le blason paternel. Sur ce point sa volonté est absolue, son obstination invincible. On dit que l'aigle reconnaît ses fils légitimes à l'intrépidité avec laquelle ils franchissent sans trembler les abîmes et fixent, sans que leur prunelle palpite, 1 "éclat du soleil : tel est Dieu, ceux-là seuls sont ses fils qui se laissent emporter par lui au delà des choses terrestres, jusqu'aux immensités du monde divin, et contemplent sans pâlir l'éblouissant éclat de l'éternité. Dieu vaut à ses fils une intelligence plus élevée que « la sagesse de ce siècle, » un cœur plus grand que le monde, un vol plus puissant que tout essor humain ; il veut en eux la ressemblance de ses immensités et le reflet de ses splendeurs. Obliti estis consolationis, quœ vobis tanguant filiis loquitur, dicens : fdi mi, noli negligere disciplinam
LA DIVINE TRIÈRE 299
Damini, ncque fatigeris dum ab co arguer is ; que.m enim diligit Dominus casiigat: flagellât autem omnem fdium1 quem recipit. In disciplina perseverale. Tanquam filiis vobis offert se D'eus.... Quod si extra disciplinant estis^ cujus participes facti sunl omnes : ergo adultcri et non filii cslis. Dcindc patres quidem carnis nostrx, erudiores habuimus, et reverebamnr eos : non multo magis obtemverabimus Patri spirituum, et vivemus { ?
3. Ces rapports de paternité et de filiation entre Dieu et nous, sont précieux et sublimes sans doute ; ils ne sont rien encore cependant au prix d'une autre filiation et d'une autre paternité, qui, en nous élevant audessus des choses créées, et nous faisant franchir les limites de notre nature, nous introduit dans un être surnaturel et céleste, dépose en nous « un commencement d'être divin, » nous « fait de la famille de Dieu, » « nous rend participants de la nature divine, » nous transfigure en créatures toutes déiformes, et nous donne cette ineffable grâce « d'être enfants de Dieu et '.d'en porter le nom >• glorieux. « Dieu, dit saint Thomas, est appelé notre Père, sous un troisième rapport et pour une troisième raison. A cause de l'adoption divine qui nous faits ses fils et ses héritiers2. » Encore une fois, Notre
1 Hebr. xn. — i Ipse dicitur Pater nosler ratione adoptionis : quia aliis creaturis dédit quasi munuscula. nobis autem haereditatem : et hoc quia filii. ( D. Thom. Opuscul. V, prœambul. ad polilion.)Notandumquod tilialio adoptionis est quœdam similitudo liliationis naturalis. Filius aulem Dei naturaliter procedit a Pâtre ut Verbum intellectuale, unum cura ipso existons. Huic autem Verbe potest aliquis tripliciter assimilari. Uno modo secundum ralionera formée, non autem secundum intellectualitatem ipsius. Secundo assimilatur creatura Verbo non soîum quantum ad ratio-
Père. Qu'est-ce qui nous fait dire : Notre Père ? Apprenons-le de saint Paul : « Parce que vous êtes ses enfants, Dieu envoie en vous l'Esprit de son Fils qui crie en vous : Pure, Père. » C'est donc le Saint-Esprit qui est en nous; c'est lui qui forme en nous ce cri intime de notre cœur, par lequel nous invoquons Dieu comme un Père toujours prêt à nous entendre. Le même saint Paul dit ailleurs : « Ceux qui sont mus, qui sont conduits par
l'Esprit de Dieu, sont les enfants de Dieu » et Dieu
nous envoie « l'Esprit d'adoption, par lequel nous rions : Père, Père. » C'est donc encore une fois le Saint-Esprit qui nous donne ce cri filial par lequel nous recourons à Dieu comme à notre Père. Pourquoi l'appelle-t-il un cri? Un grand besoin fait crier. Un enfant ne crie que lorsqu'il souffre ou qu'il a besoin. Mais y qui e.-a-ce qu'il crie dans son besoin, sinon a son pèreà sa mère, à sa nourrice, a tous ceux dans qui la nature lui fait sentir quelque chose de paternel? Crions donc, car nos besoins sont extrêmes. Nous défaillons, le péché nous gagne, le plaisir des sens nous entraine. Crions,
nem formée, sed ctiam quantum ad intellcctualitatem ipsius, sicat scientia quœ fit in mente discipuli assimilatur verbo quod est in mente magistri : et hoc modo creatura ralionalis etiam socundum suam naturam assimilatur Verbo Dei. Tertio assimilatur creatura Verbo aeterno secundum unitatem quam habet ad Patrem quai fit per gratiam et charitatem. Unde Dominusorat Joan. xvii : « Oro ut sint unum in nobis, sicut et nos unum su nius; » et talis assimilitatio perlicit rationem adûptionis quia sic assimilitalis debetur haereditas : ad Rom. vin : « Si lilii et hseredes. » Augustinus : Propterea Deus factus est homo, ut hominem tolum in se beatilicaret, tota hominis conversio ad ipsum esset, et totadilectio esset in ipso... et hoc totum bonum hominis crat. (D. Thom. Opuscul. LUI, art. 2.)
nous n'en pouvons plus, mais crions à notre Père. Qui est-ce qui nous porte à crier? Le Saint-Esprit, le Dieu- Amour, l'amour du Père et du Fils, « Celui qui répand l'amour dans nos cœurs. » Crions, crions donc avec ardeur, et que tous nos os crient : 0 Dieu, vous êtes notre Père { ! »
C'est l'Esprit qui nous fait crier à Dieu comme à notre Père. « Cet Esprit, ajoute saint Paul, rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » 0 Dieu, qui entendra ce témoignage du Saint-Esprit, qui nous dit intérieurement que nous sommes enfants de Dieu? Quelle voix, lorsque dans la paix d'une bonne conscience et d'un cœur qui n'a rien à se reprocher qui le sépare de Dieu, je ne sais quoi nous dit secrètement et dans l'intime silence de notre cœur : Dieu est ton Père, tu es son enfant ! Passons, cette voix est trop intime : trop peu de personnes l'entendent. Passons, une autre fois nous l'entendrons mieux : il faut être plus affermi, plus enraciné dans le bien. Le Saint-Esprit ne rend pas à tous ce témoignage secret. Quant à lui il voudrait le rendre à tous ; mais tous n'en sont pas dignes. 0 Dieu, faites-nous-en dignes ! C'est bien fait de le demander à Dieu, car en effet, c'est lui qui le donne ; mais il nous répond : agis avec moi ; travaille de ton côté ; ouvre-moi ton cœur ; fais taire les créatures ; dis-moi souventdans le secret: Notre Père, Notre Père 2.»
II. — Si Dieu nous est un Père, soyons-lui des fils. « Je leur serai un Père, dit Dieu lui-même dans l'Écriture, et ils me seront des fils. » Et comment nous mon-
1 Bossuet. Méditât. — 2 Bossuet, Méditai.
trerons-nous des fils ? Ecoutons saint Paul : « Tous ceux, dit-il, qui se laissent conduire par 1 Esprit, sont les fils de Dieu : » laissons-nous donc mouvoir, diriger, emporter par cet Esprit de Dieu, dont l'onction nous a faits ses fils et dont l'impulsion et la direction nous feront accomplir tout ce à quoi se marque et se reconnaît l'amour filial. Et à quoi reconnaît-on cet amour et ce dévouement d'un bon fils pour son père? A trois signes, répond saint Thomas : à son respect, à son imitation, à son obéissance. Honorons « notre Père qui est dans les cieux. > « Comme des fils très-chéris, » imitons, le : enfin accomplissons toutes ses volontés, allons même, pour les exécuter par amour et sans contrainte, au-devant de ses ordres et de ses simples désirs. Voilà à quoi se reconnaîtra notre qualité d'enfant de Dieu*.
1. Honorer Dieu, tel est le premier et le plus essentiel des devoirs des fils de Dieu. Ce respect a trois parties, et se maniteste en trois différents lieux : dans l'intime de notre âme, sur notre extérieur tout entier, dans la famille de notre Père, c'est à-dire la société et le com-
i Deberaus autem nos ei tria. Primo honorem. Malach. i : « Si ego Pater, ubi est honor meus ? » qui consistit in tribus : in laudis dalione, Psalm. XLIX : « Sacrilicium laudis honorificabit me • » quse non solum débet esse iu ore sed etiam in corde. In cornons purilate, I Corinlh. vi : « Glorilicate et portate Deum in corpore veslro. » In Judiciij aequitate quo ad proximum, Psalm. XCVIII : « Honor Régis judicium diligit. » Secundo debemus ei imilalionem quia Pater est, Jerem. m ■. « Patrem vocabis me, et post me ingredi non cessabis : » quoe imilalio perlicitur in tribus. In dilectione, Ephes. v : « Estote imitatores Dei sicut filii carissimi, et ambulate in dilectione : » et haec oportet esse in corde ut sic dilectio non sit simulata : et hoc est débet esse in
merce de nos semblables, enfants de Dieu comme nous. Saint Paul nous révèle cette douce et magnifique vérité, que Dieu habite notre âme comme son sanctuaire et sa maison. « J'habiterai en eux ; j'irai et je viendrai au milieu d'eux, et je serai leur Dieu, et ils me seront mon peuple, » et encore : « Cette maison de Dieu, c'est nous. » 0 sublime mystère de la grâce ! ô splendeur de notre élévation divine ! « Le royaume de Dieu est au dedans de nous. » Plus présent à sa famille que tout autre père, Dieu n'habite pas seulement à côté de nous, il ne se contente pas de nous avoir près de soi, « tout près, » mais « il vient à nous, et fait sa demeure en nous. » Honorons ce Père, que notre âme lui soit une glorieuse, une douce, une aimante maison paternelle. Ne vivons pas dans l'intimité de ce Père sans l'honorer de nos prières, ni charmer son cœur par l'expression de notre gratitude, de notre dévouement et de notre amour. « Soit que nous mangions, soit que nous buvions, soit que nous fassions quelqu'autre chose, faisons tout pour la gloire de Dieu.» Ah ! gardons-nous de déshonorer la maison paternelle par nos dissipations et nos vices, et d'y désoler le cœur
opère. In perfectione, Matth. v : « Estote perfecti sicut et Pater vester cœlestis perfectus est. » la miseratione, Luc. vi: « Estote miséricordes. » Tertio debemus ei obedientiam et subjectionem, Ilebr. xn : o Multo magis obtemperabimus Patri spirituum : » et hoc propter tria. Primo propter dominium : ipse est enim Dominus, Exod. xxiv : « Omnia quae locutus est Dominus, faciemus.» et erimus obedientes. Secundo propter exemplum : quia verus Filius a factus est Patri obediens usque ad mortem. » Tertio propter utilitatem et commodum. Item debemus ei patientiam in castigationibus, Proverb. in : « Disciplinam Domini, fili mi, ne abjicias.... Quem diligit Dominus, corripit ; et qivasi Pater in Glio complacct sibi. » (D. Thom. Opuscul, V,)
d'un Père par le spectacle de nos débauches et de nos débordements. « Conservons-nous saints et purs de corps et d'âme. » Mais ce « parfum de Jésus-Christ, » cette sainteté intérieure doit se répandre au dehors : l'honneur dont nous comblons notre Père dans l'intime de notre âme doit paraître au dehors et se manifester « aux yeux du monde et des anges et des hommes. » « Portons Dieu dans nos corps : » avec ce respect profond, ce recueillement, cette piété grave, avec lesquels on porte une chose sainte ; « portons sur notre chair la mortification de Jésus-Christ ; » n'y soufirons rien de dissipé, de frivole, d'efïéminc, de désordonné ; que la majesté du Dieu renfermé en nous se fasse jour à travers le voile de notre chair mortelle, et que « sa lumière soit imprimée sur nos fronts. » Un autre rejaillissement de l'honneur intime que nos âmes rendent à « notre Père » atteint toute la famille de ce Père. Nous honorons, à cause de ce Père, « de qui découle toute paternité, » que nos semblables nomment leur Père aussi bien que nous, qui est « riche envers tous » d'affection paternelle, « et ne fait acception de personne, nous honorons notre prochain : « nous nous prévenons les uns les autres de marques de respect et d'honneur ; » « nous nous supportons les uns les autres, » et « comme des fils très-chéris de Dieu, nous marchons dans les voies de la charité fraternelle. » Ah! que ce prochain m'est fâcheux et insupportable ! ah ! que cet autre m'a causé de maux ! que sa langue venimeuse a empoisonné toute ma vie ! que sa perversité m'exaspère, et combien m'irritent les entreprises de sa haine et de sa méchanceté ! Je hais et ne puis ne pas haïr. Comment ne pas haïr qui vous hait si opiniâtrement et avec une si flagrante injustice? Chrétien, que dis-tu? Fils de Dieu,
fils du Père qui fait luire son soleil et tomber sa rosée sur ses ennemis comme sur ses enfants fidèles, comment oses-tu haïr ceux qui, comme toi, disent à Dieu « Mon Père ? » « Caïn, qu'as tu fait de ton frère ? » Pourquoi le haïr? et qui t'a donné le droit de l'immoler à ta haine et à ta vengeance ? Aimons donc en Dieu et pour Dieu sa famille entière, les fils que sa bonté a fait naître et que sa tendresse miséricordieuse garde et protège avec tant de patience et d'amour.
2. Un second devoir des enfants envers leur père, et la dette sacrée qu'ils doivent payer à l'honneur de la famille, est l'imitation des vertus et des grandes actions de ce père. Il est indigne du nom qu'il porte et des honneurs dont un père l'a comblé, le fils qui flétrit ce nom et macule ces honneurs par les hontes de ses vices ou l'inutilité de sa vie. « Chrétien, reconnais ta dignité, » songe à ta divine origine, élève sans cesse tes pensées et ton cœur jusqu'à la hauteur infinie où ton adoption en enfant de Dieu te fait monter. Imite ton Père : « sois parfait comme ton Père céleste est parfait. » Il est pur Esprit : dégage-toi des grossièretés de la chair. « Mes frères, dit l'Apôtre, nous ne devons rien à la chair et au sang : » Sois céleste, sois divin. « Venant d'un Père céleste, sois céleste : » laisse « les fils du père terrestre être terrestres » comme lui. Dieu, ton Père, est « l'acte pur, » actus purus : sois, pour le grand travail de ta sanctification, tout activité et tout feu. Ton Père est i'Éternel, le Dieu qui « ne change pas, » « dont les années ne défaillent pas, » « dont le trône est au siècle des siècles. » Sois fils de l'éternité, aie « l'âme pleine des années éternelles, » comme chantait le Psalmiste ; renonce à ce qui passe, quitte ce monde « dont la figure
passe, « « ne poursuis pas la vanité et ne cours pas après le mensonge, » saisis, étreins, « la vie éternelle. > Ton Père est « le Saint des saints, » il est « le Saint et le Sanctificateur, » * son nom est admirable par toute la terre, » et au ciel tout chante dans le ravissement et l'admiration : « Il est saint! il est saint! il est saint! » Sois saint, toi aussi, sois pur, sois chaste, sois bon, comme ton Père dont il est dit : c 0 Dieu, vous êtes bon ! » C'est là imiter « Notre Père qui est aux cieux, » et nous montrer par cette imitation les vrais fils de Dieu. Quant aux autres « qui font profession de reconnaître Dieu » pour Père, « mais qui le nient par leurs actes, » t qui disent : Seigneur, Seigneur, » l'invoquent « des lèvres quand leur cœur est loin de lui, » ceux-là ne sont pas des fils de Dieu ; Dieu ne les connaît pas, il leur dit cette glaciale parole : « je ne vous connais pas. » Allez, malheureux! vous êtes des étrangers, des inconnus: allez, « vous êtes étrangers à la vie de Dieu , et en dehors des testaments : » Dieu n'est pas votre Père, et rien désormais ne vous donne plus le droit de dire : « Notre Père qui êtes aux cieux. »
3. Si Dieu est notre Père, nous lui devons une filiale obéissance : non plus l'obéissance de l'esclave qui craint la verge, et du mercenaire qui n'a les yeux que sur Je salaire, mais l'obéissance du fils, qui ne redoute qu'une seule chose, qui est de mécontenter et d'attrister un père, de diminuer son amour et de ne mériter plus ses faveurs. « Ce n'est plus comme autrefois une âme d'esclave que nous avons reçue, pour craindre et trembler, c'est une âme d'enfant, « c'est un esprit de piété filiale, « dans lequel nous crions : Père, Père. > Trois motifs commandent et soutiennent l'obéissance que nous devons
à « notre Père qui est dans les cieux : » Son souverain domaine : l'exemple de son divin Fils, notre propre intérêt. Notre Père est le grand Roi, dont le ciel et la terre sont l'empire, de qui toutes les créatures relèvent, qui impose à toutes de suprêmes et absolues volontés, et qui est obéi d'une extrémité à l'autre de l'univers, « Il dit, et tout se fait; il donne un ordre, et tout est créé. » « Il envoie les foudres, et elles partent, et, revenant, elles lui disent : nous voici. » C'est le Dieu grand et terrible, devant lequel tout se courbe, tout fléchit, « tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers. » Fléchissons, nous aussi, non-seulement le genou, mais encore, mais surtout, l'intelligence, la volonté, le cœur, toute notre âme. Quand notre Père nous parle: fléchissons, sous l'effort d'une foi pleine et généreuse, la roideur de notre esprit orgueilleux. Quand notre Père nous donne des ordres, fléchissons cette volonté, ou intraitable dans son indépendance, ou incorrigible dans sa paresse. Fléchissons, notre cœur : forçons-le à aimer: toute la loi, toute l'obéissance, telle que notre Père la réclame, est enfermée dans un acte d'amour : « là sont la loi et les prophètes. > « Tout se concentre, tout se résume dans ce seul mot: tu aimeras1 ! » Nous hésitons? nous reculons9 l'obéissance nous trouve lâches ou mutinés, orgueilleux ou pusillanimes? Enfants de Dieu, jetez les yeux sur Celui qui s'est fait « le Frère aîné au milieu de beaucoup de frères ; »> considérez notre Frère Jésus-Christ, < devenu obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix. » Une parole d'obéissance inaugure sa naissance dans la chair. « Me voici : je
1 Debemus autem nos ei obedientiam et subjectionem rropler doeus&iri : Ipse est enim Dominus.
viens, 6 Dieu, pour accomplir votre volonté. » Une autre parole ferme cette vie toute vouée au devoir d'obéir: « Mon Père, que ce ne soit pas ma volonté mais bien la vôtre qui s'accomplisse. -> Et entre ces deux termes, de la crècbe à la croix, durant tout le cours de sa vie passible, le Christ, « qui ne rougit pas de nous nommer ses frères, » le Christ notre frère, n'a point un seul instant cessé d'obéir. L'obéissance est sa nourriture. «Jésus leur dit : ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé ; » et encore : « ce qui plaît à mon Père, c'est cela que je fais toujours. » Il allait, il parcourait la voie tracée, il accomplissait une à une toutes les œuvres commandées, il achevait tout l'ouvrage que lui avait confié la volonté paternelle; et il ne quitta ce monde que lorsque, tout étant accompli, il put dire : Consummalum est, « tout est consommé. » Si « le Frère aîné » s'est montré si fidèle, que les frères plus jeunes ne se rendent pas obstinés à revendiquer une orgueilleuse et sacrilège indépendan2e. Quand ton Seigneur obéit, obéis de même, cendre et poussière1 ! A défaut des nobles sentiments de l'amour filial qui suffisent, notre intérêt le plus pressant nous doit enchaîner pour jamais h l'obéissance. Debcmus obedientiam propter utilitatem et ccmmodum, dit saint Thomas2. Cette abandon entre les mains divines, cette marche à travers les difficultés d3 l'existence, à la clarté de sa parole, et sous la conduite de sa direction tutélaire, qu'est-ce sinon la sûreté de l'homme, la gloire de l'homme, le bonheur de l'homme? Jetés sur ce coin de l'univers, sans soutien, sans guide,
1 Debemus nos ei obedientiam propter exemplum : quia verus Films « factus est obediens. » (D. Th. Opuscul V.) — s D. Th. ûpuscul. V.
LA DlVJiNE PRIÈRE 30U
sans lumière, forcés de cheminer au milieu d'une nuit obscure, quelle est l'horreur de notre position ? Où. allons-nous? que faire? que devenir? de quel côté nous tourner? où diriger nos pas incertains? 0 volonté divine, levez-vous sur notre nuit obscure comme un astre révélateur ! Indiquez-nous la route de notre destinée, tracez-nous nos devoirs, intimez-nous vos ordres: 3nseignez-nous clairement, puissamment, ce qu'il nous faut faire pour atteindre au terme que l'Ordonnateur des choses nous a assigné. C'est notre sûreté, c'est aussi notre gloire. Quelle est la plus divine gloire de l'homme? N'est-ce pas d'imiter Dieu? De se grandir, de s'élever jusqu'à cet inexprimable sommet de grandeur, d'agir comme agit Dieu lui-même ? N'est-ce pas « d'avoir pour pensées les pensées mêmes du Christ? » c d'avoir en soi les sentiments du Christ? » Or, qu'est-ce que tout cela sinon se conformer à la volonté de Dieu, adhérer à sa parole, obéir à ses commandements, « ne se pas conformer au siècle, mais se reformer dans une nouveauté d'esprit, afin de goûter quelle est la volonté de Dieu, bonne, délicieuse, parfaite J ? » Et n'est-ce pas là encore qu'est la paix et la joie, et par conséquent le bonheur? « Il n'y a pas de paix aux impies, » à ces malheureux toujours en révolte contre l'autorité d'un Père : mais la paix est profonde et ineffable aux âmes qui, avec un abandon tout filial, se confient en la providence de ce Père, marchent sous sa conduite, et remplissent religieusement toutes ses volontés.
4. Ces volontés d'un Père sont toujours adorables, mais elles sont parfois douloureuses : il en est qui nous
» D. Thoai. Opuscui V.
imposent les plus rudes sacrifices, et mettent dans nos plaies le fer et le feu. Le quatrième devoir à rendre à ce Père, qui nous conduit « avec une douceur suave, mais aussi avec une force et une énergie invincibles, » est de recevoir avec un patient courage ses miséricordieuses rigueurs et ses paternelles corrections. Debemus ei palientiam in castigationibus. L'homme au point de grandeur où le place l'adoption divine, est un Dieu enfant : le temps de sa vie sur la terre est le temps de son éducation céleste. Ces grossièretés natives, ces haillons, et cette misère, et ces bas sentiments, et ces allures sans dignité, et ces manières d'être sans convenance, tout cela doit se transfigurer : l'homme de la déchéance doit, « en Jésus-Christ, devenir une créature nouvelle, « créée selon la justice et la vérité. » S'il reste « chair et sang, » l'homme sera éternellement inapte aux gloires de la résurrection et aux splendeurs de la maison paternelle : » la chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu. » Que conclure? Une éducation divine doit passer sur cette ignorance et ces grossièretés de la terre : Or, dit saint Paul, qui parle d'éducation, parle nécessairement de souffrance : Omnis disciplina in prœsenti quidem videtur non esse gaudii sed mœroris. « Quel est le père, ajoute le même Apôtre, qui ne corrige pas son fils ? Vous oubliez donc cette consolante parole qui s'adresse à vous comme à des fils et vous dit : mon fils, ne néglige pas l'éducation que te donne le Seigneur ; ne te fatigue pas de ses corrections. Qui il aime, le Seigneur le châtie, il flagelle tout enfant qu'il adopte pour lo sien. Perse» vérez donc dans cette éducation. Dieu s'offre à vous comme un père à des fils. Quel est le fils que son père laisse sans correction ? Vous n'êtes pas atteint par épreuve dont tous les autres sont affligés ? C'est donc
que vous êtes des adultérins et non des enfants légitimes. Mais de plus : nous avons eu pour éducateurs les pères, à qui nous devons notre naissance temporelle, et nous les vénérions : combien plus devons-nous avoir pour le Père de nos âmes une obéissance qui nous donnera la vie ? Ces pères ne nous donnaient selon leur bon plaisir qu'une éducation utile pour bien peu de temps : l'éducation de notre Père céleste a cette utilité qu'elle fait passer en nous sa propre sainteté. Toute correction, au moment où il la faut subir, n'offre, au lieu de joie, qu'une peine amère, mais ensuite elle procure à ceux qu'elle a exercés un fruit de paix et de justice d'une inexprimable douceur. »