‹ Jésus-ChristChapitre 24 sur 63 · QUI ES IN CŒLIS · texte numérisé non relu

QUI ES IN CŒLIS

Cette parole produit sur l'âme en prière trois grands effets : elle soutient sa confiance; elle illumine sa vie; elle révèle ses divines grandeurs.

I. — Deux choses, dit le Docteur Angélique, sont une infaillible garantie de la puissance d'une prière : labonté de celui que l'on implore et sa puissance. S'il est bon, celui que j'invoque me sera secourable; s'il est puissant, il mettra au service d'un cœur incapable de me

rien refuser une force et une efficacité que rien ne saura entraver. Sa bonté Dieu me la montre sous son expression la plus vive, en me faisant l'appeler du nom de Père : sa puissance il me la marque en me faisant ajouter: « qui êtes dans les cieux. »

Celui que je nomme mon Père, règne au plus haut des cieux : tout dépend de son sceptre ; tout relève de sa puissance. Ses volontés sont des ordres, ses désirs des commandements; la création entière se remue pour le servir, et, « d'une extrémité à l'autre de l'univers, il dispose tout avec force et suavité. » «< 0 mon âme, pourquoi es-tu triste, et pourquoi me troubles-tu ? Espère en ce Dieu » dont la puissance est aussi infinie que l'est sa miséricorde, qui est Roi aussi magnifique qu'il est tendre Père '. Ecoute, 6 mon âme, écoute tour à tour ton Père et ton Roi, celui qui t'aime, te protège, te comble de biens comme un fils, celui auquel tout obéit, et qui, dans les grâces qu'il t'accorde et les faveurs royales dont il te veut couvrir, ne connaît pas d'obstacle et n'a d'autres limites que l'infini. « Je vous le dis : demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et il vous sera ouvert : tous ceux qui deman« dent reçoivent, tous ceux qui cherchent trouvent, à tous ceux qui frappent i! est ouvert. Qui d'entre voua demande à son père un morceau de pain, et son père lui donnera une pierre? Du poisson et son père lui

' Inter caetera quee oranti necessaria, fiducia plurimura valot, Jacob, i : « postulet in fide, nihil haesitans. » Unde Dominus nos orare docens ea pramittit ex quibus in nobis iiducia goncrctur : scilicel ex benignitate patris. Unde pater noster dicit et ex magnitudine potestatis : unde dicit : qui es in calis • Psal. CXX1I : « ad te levavi oculos mcos qui habitas in calia. » (D. Tliom. Opuscul. I'.}

LA DIVINR PRIÈRE 3:Jl

donnera un serpent? Un œuf et il lui oiïrira un scorpion ? Si donc, vous autres, mauvais comme vous êtes, savez néanmoins donnerde bonnes choses àvos enfants, combien plus votre Père du ciel donnera à ceux qui le prient l'esprit bon1 » et parfait de la sanctification et du salut ? Voilà comment parle le Père. Écoutons maintenantie Dominateur et le Roi. « Écoute, ô mon peuple, je

te parlerai A moi sont toutes les bêtes de la forêt,

les troupeaux des montagnes et les bœufs : je connais tous les oiseaux du ciel, la beauté des campagnes est en moi. Si j'ai faim, je n'ai pas à t'en avertir : l'univers est à moi, et à moi toute sa plénitude 2. » Le prophète s'écrie : « Vous êtes terrible, ô Dieu, et qui vous peut résister? Car « la terre entière est au Seigneur, la terre et tout ce qu'elle renferme. » Lui seul «porte tout par sa puissance, » « soutient tout par le mot de sa force : » « Il est grand le Seigneur, jamais on ne le peut trop exalter : O Dieu, les générations et les générations Joueront vos œuvres, et elles rediront votre puissance. Elles parleront des magnificences et des gloires de votre sainteté, elles raconteront le terrible déploiement de votre forceet l'immensité de votre pouvoir. Elles chanterontl'abondancedevossuavités, elles exalteront votrejustice. Il est bon, il est libéral, il est compatissant, notre Dieu : sa patience et sa miséricorde sont infinies. Il est suave envers toutes ses créatures, la bonté enveloppe toutes ses œuvres Dieu relève tous ceux qui tombent ; il refait tous ceux que leurs chutes ont brisés. Tous les yeux sont tournés vers vous, ô Seigneur, et à tous les êtres vous donnez leur pâture au temps marqué. Vous ouvrez la main, et tous sont remplis de votre

• Luc. xi.— ; Piùl. XLIX.

abondance. Dieu est proche de tous ceux qui l'invoquent dans la vérité'. » Voilà le Dieu « qui habite dans les cieux » et « qui jette ses regards sur tous les enfants des hommes. » Voilà « notre Père qui est dans les Cieux. »Que redouteras-tu désormais, ô homme pauvre, chétif et frêle? Tuas un Père et pourpèrele Roi du ciel; et ce Père, dans la crainte que ton cœur se ferme et que ta mémoire trahisse le plus sacré de tes devoirs, ce Père te fait lui dire à tout instant : « Notre Père qui êtes flans les cieux!»

Car si Dieu est le Père de tous les êtres, puisque tous sortent de sa puissance créatrice et sont soutenus et nourris de sa main, combien plus la créature intelligente, « faite à son image et [à sa ressemblance» serat-elle sa fille ? Combien plus s'en déclare-t-il le Père, puisqu'il l'obligea lui dire sans cesse : Notre Père qui é:es dans ks cieux ? Et parmi les hommes, combien plus ses fils d'adoption, ceux que sa grâce transfigure et déifie, ceux qui ont reçu les prémices de l'Esprit i et qu'il nomme lui-même, « ses bien-aimés » et ses « élus, » combien attirent-ils plus encore ses regards et concentrent-ils les sentiments de son cœur ? « Il s'est contenté de dire un mot pour créer le ciel et la terre : nous ne voyons pas là une émotion véhémente. Mais pour ce qui regarde la gloire de ses élus, vous diriez qu'il s'y applique de toutes ses forces ; au moins y a-t-il employé le plus grand de tous ses miracles, l'Incarnation de son Fils. « Ne s'est-il pas lié d'affection et comme collé avec son peuple?» Conglutinatus est Dominus Patribus nostris. Tantôt il se compare à un aigle qui excite ses petits à voler, tantôt à une poule qui ramasse ses petits poussins

» Psal. CXL1V.

sous ses ailes : il condescend à toutes leurs faiblesses, son amour le porte à l'excès et lui fait faire des actions qui paraissent extravagantes. Écoutez comme il crie au milieu du temple : si quis sitit veniat ad me et bibat! Il n'en faut pas douter, il y a ici une inclination véhémente. Jamais Dieu n'a rien voulu avec tant de passion4. •> C'est un Père qui aime avec passion, avec excès : et un Père « qui est dans les cieux, » qui règne, qui commande t à ce qui est comme à ce qui n'est pas,» pour qui « rien n'est impossible, » et qui consacre à l'établissement de ses fils les ressources d'une fortune infinie. 0 heureux fils d'un tel Père ! d'un Père « qui est dans les cieux, » qui peut tout ce qu'il veut, et qui veut d'une volonté véhémente, absolue, tout ce que ses enfants peuvent rêver et désirer de vie, de bonheur et de gloire, et mille fois plus encore qu'ils ne savent imaginer et concevoir: superabundanter quampetimus aut intellU gimus.

Ne disons donc jamais : « Notre Père qui êtes dans les cieux, » sans songer à la garantie divine qui rend fixes et inébranlables les biens qui nous sont promis, qui les fait «immobiles, «comme dit l'Apôtre. Notre Père est le Dieu du ciel, que pourrait craindre notre faiblesse? « Toute la terre est au Seigneur, » et au Seigneur encore « sont les cieux, » que pourrait redouter notre indigence ? Notre Père est « le Dieu puissant dans les batailles, » qu'avons-nous à craindre et pourquoi trembler? « Celui qui habite sous la protection du Très- Haut, demeurera sous la garde du Dieu du ciel. Il dira au Seigneur : vous êtes mon secours, ô Dieu, vous êtes mon refuge ! C'est mon Dieu et j'espérerai en lui. » « Si

1 liossuet

ûli CHAPITRE TREIZIÈME

des armées entières campaient, prêtes à se ruer sur moi, mon cœur ne tremblerait pas : si le combat se dressait contre moi, j'y mettrais môme mon espérance.» « Que dire ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? . . . Qui se portera accusateur des élus de Dieu ? Dieu les justifie : qui les condamnera ? Voici Jésus-Christ.. . à la droite de Dieu et qui interpelle en notre faveur. » « Pourquoi donc tremblez-vous, ô hommes de peu de foi »? »

IL — Le Psalmiste s'écriait dans l'ardeur de ses désirs et l'extase de son amour: « Oh! qui me donnera des ailes et je prendrai mon vol, et je m'irai reposer » dans les bras de mon Père et dans la gloire de mon Dieu ? Ces ailes de lame, la divine prière nous les procure. Est-ce que notre âme ne prend pas son essor, dès que nous avons prononcé ces mots : Notre Père qui êtes dans les deux? N'est-ce pas dans les cieux qu'aussitôt notre âme s'envole pour s'y reposer? Nous nommons Dieu notre Père, nous ajoutons que ce Père « habite dans les cieux:» ô leçon divine! ô divine philosophie! Tout nous est révélé dans cette seule parole, tout nous apparaît de nos grandeurs célestes et des célestes sentiments que nous doivent donner ces grandeurs. Conversatio nos train cœlis est. Omon âme, tu as dit : «Notre Père

i Per hoc ergo quod dicitur qui es in cœlis datur nobis iiducia orandi : quantum ad potestatem ejus a quo petitur et quantum ad familiaritatem. Potestas ejus a quo pelilur insinuatur, si per cœlos intelligantur cœli corporei. Dicilur esse in cœlis corporels ad insinuandum polentiee ejus virtutem et subliniitaloni ualurac. (D. Thum. Opuscul. F.)

qui êtes auxcieux : » tu as donc confesséque ta demeure ta cité, ton héritage, est dans les cieux. Où habitent les enfants, sinon dans la maison de leur père ? Où est leur fortune, où est leur joie, où reposent leurs espérances, sinon près de ce Père qui les aime et les réunit? « Le premier homme, venu de terre, était terrestre; le second homme, venu du ciel, est céleste: tel donc fut le terrestre, tels furent ses fils terrestres ; tel est le céleste, tels sont aussi ses fils célestes. Comme donc nous avons porté l'image du terrestre, portons maintenant l'image du céleste. » Soyons tout spirituels, tout célestes: « n'ayons de goût que pour ce qui est du ciel. » « Mes petits enfants, n'aimez pas le monde ni ce qui estdans le monde,» mais, « contemplant face à face la gloire de Dieu, transformons-nous en la même image, de lumière eu lumière, comme par l'esprit du Seigneur * »

Tel est le chrétien, le vrai fils « du P^-re céleste : » il

1 « la cœlis, » hoc est in cûDlesti gloria. Hoc quod dicitur « in cœlis » potest pertincro ad oraaiïs praeparatioaona... pur cœiestium coulomplalioncm : quia hoaiincs soient frequenlius cogilationem dirigereubi habenl paire m et alia quai diliguul secundum illud, Malth. vi : « ubi esl thésaurus luus, ibi est et cor Luum : » Unde dicebat Apostolus, Philipp. in : « Nastra conve.-silio in cœlis est. » Idco dicitur esse in cœlis ut per id (|uod in sensibilibus rébus esl allissimum oslcndalur divina sublimitas o::mi i e.xcedens cliam hominum desiderium et inlellectum : unde quidquid cogilari vel desiderari potest est minus quant Deus. Per lioc excilatur noslrum desiderium ad cœlestia. Tondere enim débet illud desiderium nostrum ubi Palrem habemusquia illic est hcereditas uostra, I Petr. i : " in haï redilate m immarcessibilem, conserwilam in cœlis. » Ex hoc informamur ut vita nostra sit cœlestia secundum quam sumùs conformes Patri cœlesti. (D. Thoui OpUJXtl. V.) — Yid. D. Thom. Comment, in Malth. cap. vi. i. m 10

juge « que le monde est indigne de lui, - « il ne regarde pas les choses visibles, mais les choses invisibles; parce que les choses visibles n'ont qu'un temps, et les choses invisibles sont éternelles. > Et c'est là la marque décisive et suprême qui distingue les fils de Dieu des enfants des hommes ; ceux qui, détachés de ce monde et fixés au royaume éternel, disent sans cesse : Notre Père qui êtes aux deux, de ceux qui « mettent leur espérance dans l'homme,» « aiment la vanité et poursuivent le mensonge. Les premiers» qui vivent selon l'Esprit, goûtent les choses spirituelles, » « parlent une sagesse qui n'est pas de ce monde, » et par avance « conversent dans les deux : » les seconds qui vivent selon la chair, n'ont de goût que pour les choses matérielles. » Les premiers « qui sèment dansl'esprit, moissonnent la vie éternelle:» les seconds « qui sèment dans la chair, de la chair moissonnent la corruption. » « Ils disent à la pourriture : tu es mon père ! » les autres disent : « Notre 'Père qui êtes aux ci eux. >

Ces mots qui font toute la grandeur de l'homme, font aussi toute sa force, et donnent à son activité le plU3 inépuisable comme le plus divin aliment. L'homme qui a dit dans le ravissement de sa joie et la véhémence de ses désirs : < Notre Père qui êtes aux cieux, » qui par avance a jeté dans les cieux tout son cœur et toute son âme, y jette bientôt aussi toutes ses œuvres. « Il ne travaille plus pour une nourriture qui périt : » il ne songe plus à amasser des richesses que les voleurs ravissent et un or que ronge la rouille, mais bien « des trésors dans les cieux. » Il tient peu aux protections de la terre; mais il multiplie dans le ciel ses intercesseurs et ses amis : il n'a que faire des honneurs et des dignités de la terre, mais sa vie se passe à accumuler dans le cie! « un pokls

éternel de gloire, » et à gagner « ce royaume immobile » dont la splendeur remplit les cieux et traverse les siècles des siècles. Et ainsi cette seule parole : qui êtes aux deux suffit à remplir 1 ame chrétienne « de ses années éternelles, » et à la détacher pour jamais des biens périssables du temps.

III. — Saint Thomas trouve dans ces mêmes mots : qui êtes aux cieux un nouveau sens et de nouvelles richesses. Les cieux sont les élus : voilà « les Cieux qui racontent la gloire de Dieu. » Quand nous disons que notre Père « est dans les cieux, » nous entendons qu'il règne au milieu de ses saints, « dans la splendeur des saints, » et notre pensée s'élève vers cette brillante cour composée des triomphateurs et des rois de l'éternité, vers ces frères dans la gloire, vers ces amis d'en haut et ces protecteurs, dont la splendeur et les joies enflamment nos espérances, et dont l'immense crédit protège notre faiblesse et comble de biens notre pauvreté. Et ce regard vers la Patrie et la société de nos frères n'affermit pas seulement notre espérance, il illumine aussi notre vie, nous découvre le chemin à la gloire et à la béatitude, et, comme le dit l'Apôtre, « ayant au-dessus de nos têtes cette immense nuée de témoins, nous nous dépouillons de nos lourds fardeaux terrestres et de la charge des péchés qui nous enveloppent, et, par la patience, nous courons au combat qui nous est proposé ' ».

1 Inlelligitur: « qui es in cœlis, » id est in sanclis, in qulbus Deushabilal, secuudum illud, Jerera. xiv : « tu in nobis es Doaùne. » Saucli eniai cooILdic inlur, secunduui illud, Poalui. XYJir, i Cœli enarraut gloriam Dci. »

Un mystère plus intime et plus profond encore est , d'après le Docteur Angélique, c.ïché sous ces mêmes paroles : qui êtes aux deux. La gloire n'étant que la révélation de la grâce, si les élus dans la gloire sont les deux où Dieu réside, il est manifeste que les justes qui sur la terre vivent dans la grâce, seront aussi les deux où Dieu « viendra et fera sa résidence. » Tel est en effet le grand mystère de la grâce sanctifiante. L'âme juste est le sanctuaire et la demeure de Dieu. Les trois Personnes de la Très-Sainte Trinité y résident et y agissent, « Dieu y étincelle, » « Dieu la remplit de toute sa plénitude, » et le juste devient ainsi, dans toute la saisissante réalité de ce mot « celui qui porte Dieu ', »

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