ANNONCE ET FIGURE DE LA FIN DU MONDE
A quels signes ser: onnaîtrala prochain 2 destruction delà cité sainte? C 13 sera cette destruction terrible? Double révélation du Sauveur, double image de la fin du monde.
I. —Des signes par lesquels s'annoncera la catastrophe où se doit abîmer Jérusalem, les uns se manifesteront au dehors, les autres dans le sein même de l'Eglise.
Les premiers sont ces calamités affreuses qui tomberont tour à tour, pour les accabler, sur les âmes et sur les corps. Prestiges trompeurs, prophéties décevantes, mensonges, blasphèmes, erreurs de toutes sortes, qui livreront à la vérité de terribles combats. Les hérésies pullulent de toutes parts, les sectes se forment qui tendent aux âmes les pièges les plus dangereux : « Beau-
1 Bossuot, Méditât.
:oup viendront en mon nom, disant : je suis le Christ ; » « et beaucoup seront séduits par eux.» En même temps la paix, lasécurité, le bonheur de tous sont dévorés par des calamités temporelles dont aucuns peuples n'ont fourni d'exemple. Ce n'est partout dans la Judée entière que troubles, factions, guerres, révoltes, fureur de rébellion et de combats. Ce ne sont plus bientôt des craintes, « des bruits de guerre, « opiniones prxliorum, mais bien de fatales réalités : « nation contre nation : » gens contra gentem. La nature elle-même, libre enfin de témoiger contre le peuple déicide sa haine et son horreur, « combat pour son Dieu contre ces insensés » et ces grands criminels. La terre par ses commotions et ses secousses, l'air par ses miasmes pestilentiels, le ciel par « ses signes effrayants et ses prodigieux phénomènes, » prennent parti dans l'effroyable lutte où Israël va bientôt périr.
Tels seront les signes du dehors. Dans l'Église, le grand événement s'annoncera manifestement à deux marques contraires : une suprême détresse, un éclatant triomphe. Quelle peinture effrayante Jésus-Christ fait de la communauté chrétienne en ces derniers jours d'Israël ! Les saints, c'est-à-dire les fidèles, sont accablés de maux de toutes sortes. C'est la haine universelle; ce sont les fureurs populaires, les trahisons des faux frères, les sévices des tribunaux, les tortures, les agonies de tous les jours, la mort dans l'ignominie et la douleur. Les traîtres surgissent du sein des fidèles, le sacerdoce en fournit un large et hideux contingent : ils sont partout la suprême douleur et le plus terrible danger des apôtres; Paul, Pierre, Judo, Jean, les dénoncent et les flétrissent sans arrêter toujours les ravages qu'il amoncellent. Hélas ! « ce travail d'erreur » dont uarle saint
LES PIUPHÉTiES DU DERNIER, JOUR 41D
Paul creuse au sein des âmes de profonds sillons, et mul tiplie partout en elles les dévastations et les ruines: l'iniquité abonde : la charité d'un grand nombre est refroidie -.abundabit iniquUas... refrigescet charitas. Mais si épais que soit ce sanglant nuage qui passe sur l'Église, si affreuse que soit la nuit qu'elle traverse, sa sainteté n'en reçoit nulle atteinte ; ses vrais enfants, les âmes d'élite, la magnanime lignée des saints, plus] forts que toute persécution, plus éclairés que toute erreur décevante, restent, inébranlables et immaculés : ils résistent, ils combattent, ils triomphent, ils ont « une bouche et une sagesse auxquelles tous leurs adversaires ne peuvent résister, » « ils persévèrent jusqu'à la fin et ils sont sauvés. »
Ce triomphe et ce salut des saints de Dieu au milieu de l'effroyable lutte qui accueille l'Église naissante, forment le second signe intérieur auquel les fidèles reconnaîtront que Jérusalem avec son peuple déicide vit ses derniers jours. Parallèle à la détresse de l'Église, le grand triomphe de l'Evangile remplit les années mêmes de ses plus violentes persécutions. La parole de Dieu n'est pas enchaînée, comme s'écriait saint Paul, la foi se propage, les fidèles se multiplient, les églises se fondent dans tout l'empire, les fils Je l'Église sont, dans Tacite, nommés la multitude : rien ne peut arrêter l'essor de la vérité catholique, et « l'Évangile est prêché dans le monde entier. » La prophétiede Jésus-Christ se réalise, les courses apostoliques nous montrent l'entière réalisation de cette divine parole : « il faut d'abord que cet Évangile du royaume soit prêché chez toutes les nations, dans le monde entier, en témoignage à tous les peuples : et alors viendra la fin ; » et tune véniel consurnmatio.
If. — Quelle sera cette consommation? Depuis les jours de Moïse elle est annoncée au monde ' : les prophètesen ont tous présenté à l'étonnement et à la terreur de la terre les effroyables récits ; Jésus-Christ les confirme et les complète tous dans la description qu'il fait « de cette calamité, telle qu'il n'y en a point eu depuis le commencement delà création que Dieu a faite jusqu'à présent et qu'il n'y en aura point. »
Jérusalem est condamnée, elle va périr : venit finis! venit finis! comme prédisait Ézéchiel. Mais la Justice divine qui ne se dépouille jamais de la miséricorde, alors même que l'obstination des coupables doit rendre son action inévitable, et la « désolation » dont elle frappe « une désolation fixe et irrévocable, slakita desolatio, la Justice ne s'avancera que d'un pas lent et par reprises diverses ; elle laissera aux coupables le temps de se reconnaître etde fuir le châtiment. Deux sièges investiront tour à tour Jérusalem, tous deux prédits par Jésus- Christ : le premier en saint Matthieu, chapitre xxiv ; le second en saint Luc, chapitre xtx, verset i3.
Le premier des deux sièges qui commencent et consomment la ruine de Jérusalem et du peuple, a ceci de remarquable, qu'il souille, qu'il profane le sol sacré de la Judée, mais n'enserre pas, n'enveloppe pas Jérusalem d'un cercle de fer et de flammes, ne l'investit pas encore par ces vastes travaux et ces profondes circonvallations où la nation entière se trouvera prise à la fin comme dans un filet. Au premier siège, les armées romaines font des incursions dans la .Judée, leurs enseignes impies, leurs idoles, leurs sacrifices, souillent le territoire du peuple saint j on voit alors l 'abomination
» DcuL xxxu.
de la désolation, prédite par le prophète Daniel, dans U lieu saint, là où elle ne doit pas être. C'est la première désolation ; c'est l'abomination funeste qui annonce aux Juifs leur prochaine ruine, s'ils ne reviennent au plus tôt au Dieu qui n'attend plus qu'un instant. On peut fuir, on se peut sauver. Jérusalem est, il est vrai, «investie par une armée, » mais le cercle que les Romains ont tracé n'est pas si serré qu'on ne puisse « fuir aux montagnes, » et « que ceux qui sont au milieu de la ville ne puissent s'en éloigner. » Fuite douloureuse, fuite difficile, pleine de souffrances et de périls, qui émeut le cœur de Jésus et provoque ses derniers avis paternels. Que cette fuite soit prompte; puisse-t-elle n'avoir pas lieu dans les rigueurs de l'hiver. Hélas! et puisse-t-elle être épargnée aux pauvres mères ! Tels sont les conseils et les vœux compatissants du Sauveur.
Mais ce malheureux peuple, ni ne mérite cette compassion divine, ni ne profitera de ces conseils. Il s'endurcira, il s'obstinera, il poussera à bout la miséricorde et déchaînera la justice ; sa dernière heure est venue; une armée romaine fond sur lui avec la rapidité et l'impétuosité de l'aigle qui s'abat sur une proie ; plus de fuite, plus de salut possible ; le général romain enlace Jérusalem comme dans un filet ; d'immenses tranchées enlèvent à ceux qui voudraient sortir toute issue et tout chemin. La multitude, entrée dans Jérusalem pour la Pàque, s'y trouve enfermée pour y périr ou de famine ou sous le glaive et dans l'incendie : renient dies in te et circumdabunt te inimici lui vallo, et circumdabunt te; et coangusla* bunt te undique;et ad terram prosternent te, et filios tuos qui in te sunt,et non relinquent in te lapidem super lapidem*.
» Luc. xix. 4.1 - 12"
Voilà une exacte peinture de la fin du monde, et, dans cette désolation affreuse d'un peuple, qui d'un coup, subitement et àl'improviste,est précipité dans une complète et irrémédiable perdition, voilà la désolation dernière de tous les peuples, qui subitement aussi, en un clin cVœil, dans une catastrophe rapide comme réclair, sont frappés, s'écroulent et traînent dans l'immensité leurs gigantesques débris. La ruine a longtemps menacé, longtemps des calamités partielles, formidables avantcoureurs de la suprême calamité, ont averti les hommes de l'approche du dernier jour ; mais le dernier jour luimême fondra sur le monde furtivement et à l'improviste comme le voleur , rapidement, instantanément, comme le clin d'œil, comme V éclair. Et de même qu'à Jérusalem, les Juifs, trompes parleurs prophètes, abusés par leur orgueil, aveuglés par une incrédulité opiniâtre, ne lisaient dans l'avenir que délivrances et triomphes ; de même, au dernier jour, à la veille d'être précipités dans la plus effroyable ruine, les pécheurs seront pleins de sécurité et d'espérance : Dies Domini, sicut fur in noclc, Uaveniet. Cum enim dixcrinl : Pax et securitas ; tune repentinus eis superveniet interitus.
111. — Ne passons pas outre sans tirer de ces scènes désolantes un grand enseignement. La ruine de Jérusalem, figure de la ruine du monde à la fin des temps, est aussi l'image de la désolation et de la ruine des âmes infidèlesà la grâce, envahies par le péché, gisantes dans la mort et la perdition. La cité sainte, c'est l'âme chrétienne ; la ruine, c'est le péché.
Une âme?... quelle divine et somptueuse construction! • Maître, voyez quelles pierres et quels bâtiments ! »
Quelle beauté, quelle solidité, quelle sainteté dans cette âme que Dieu même, que les trois personnes divines se sont complues à construire et à orner ! Quelle beauté ! l'àme dans la grâce reflète la beauté môme de Dieu, reproduit, comme en un miroir limpide et clair, la divine figure du Verbe incarné; les anges la contemplent et l'admirent; ils admirent, et, s'approchant du trône de Dieu, ils disent : « Maître, voyez ! »
Hélas ! c'est une ruine et un écroulement funestes que nous avons ici à dépeindre. Dieu répond à l'exclamation des anges : « Vous voyez toutes ces splendeurs, tous ces grands édifices?... En vérité, je vous dis : il n'y restera pas pierre sur pierre, que tout ne soit détruit ! »
Comment se perd une âme ?
Suivons un à un tous les progrès de cette lamentable destruction ; voyons se* faire peu à peu cette grande ruine. Il y a, comme dans la ruine de Jérusalem , les signes précurseurs de la catastrophe dernière; puis il y a cette catastrophe elle-même et la désolation qui la suit.
Remarquons deux périodes dans la funeste préparation qui mène une âme de la sainteté au crime, de la vie à la mort.
Voici la première : trois traits la caractérisent. L'âme ressent d'abord des troubles, des émotions nouvelles, inconnues de son innocence première. Ce n'est plus la limpide et sereine joie de la sainteté ; le cœur s'ouvre à d'autres aspirations que les chastes et immaculés plaisirs de la vertu, la chair elle-même annonce par des tressaillements et des essais de révolte qu'elle ne se résout plus au joug qu'elle avait jusque-là subi. Des désirs se soulèvent, des pensées se font jour, qui trahissent la résolution de secouer l'austère et glorieuse domination delà
vertu. Hélas ! on commence « à entendre dans cette âme des bruits de guerre : audiluri estis prœlia et opinionesprœliorum. « Nation contre nation : » gens contra gentem. Tout est désordre et rébellion dans cette âme infortunée. « La chair combat contre l'esprit, » la raison opprimée par les sens livre des combats de plus en plus affaiblis, et ses dernières victoires ne sont plus que des victoires blessées à mort. 0 foi déconcertée et chancelante ! ô piété expirée ! ô chasteté horriblement assaillie ! ô charité qui se glace ! ô pratiques religieuses, du abandonnées, ou rendues stériles par l'insensibilité et l'indévotion ! opiniones prœliorum : tout annonce une lutte suprême, tout fait craindre un funeste dénoûment. Il ne manque pas même à ces signes redoutables les tremblements, les secousses, les pestes, les famines, car tout dans cette âme est à la fois ébranlé et secoué, tout y est malsain, pensées, désirs, affections, tout respire un air pestilentiel, et, pour comble, l'âme dès longtemps privée du pain de la vérité tombe de faiblesse et d'inanition et ne se peut plus soutenir.
Tant que la foi reste vive dans une âme, îa conscience loyale, l'esprit droit, la volonté saine et généreuse, le cens chrétien intact et actif, la lutte est une bénédiction, les assauts de l'ennemi un objet d'espérance et de joie : hi hoc ego sperabo ! Et si dans le combat l'âme reçoit quelque blessure, « ce mal ne va pas à la mort, mais il est pour la gloire de Dieu » par la manière dont l'âme s'en relève et par la nouvelle ardeur qu'elle en reçoit. Mais dans l'âme qui tombe et dont la ruine s'approche, somme d'une Jérusalem infidèle et déjà condamnée, la foi se voile sous le nuage des fausses maximes, des principes erronés, d'une incrédulité pratique, que la vérité vaincue ne parvient plus à percer. « Les faux
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prophètes > se lèvent de toutes parts. Au dehors et au dedans ; dans le monde où elle s'est jetée, comme dans son intérieur où tout se corrompt, les mauvaises maximes étouffent les derniers cris de la conscience et les dernières lueurs de la foi. Les fascinations de ces faux prophètes sont terribles. Ils disent, l'un : reçois-moi, je suis le plaisir; l'autre : je suis la fortune; un autre : je suis la gloire ; un autre même : je suis la vérité, je suis la vertu. Ils prononcent de belles paroles, ils écrivent de sublimes pages, ils opèrent des prestiges, dabun*. signa, l'âme déchristianisée se laisse prendre à l'erreur, « elle n'a pas voulu d'une vérité toute d'amour qui l'eût sauvée, Dieu lui envoie un travail d'erreur » où elle se jette et se perd : Et seducent multos.
Cette malheureuse âme triompherait encore ; la parole sacrée pourrait se réaliser encore sur elle : « Réveilletoi, ô endormie, sors de ton sépulcre et le Christ t'illuminera. » Mais un mal plus profond empêche désormais la grâce de prononcer cette parole et de faire briller cette lumière. Avançons d'un pas encore dans ces premières ruines. Quel changement dans cette âme ! Naguères elle aimait, elle priait, on la voyait à la table sainte, elle se posait sur le cœur de son Dieu ; aujourd'hui elle est pour lui de glace, elle est insensible, elle est inerte, rien ne se remue plus dans ce cœur desséché et mort : refrigescet charitas.
Ainsi disposée à la chute par cette triple perte de la paix, de la lumière, de la ferveur, l'âme n'a plus pour périr qu'à être assaillie par ses ennemis. Ils viennent ; les voici tous : voici Satan et ses anges; Jérusalem est investie par une armée ; c'est l'heure terrible où Satan affirme qu'il rentrera dans cette cité sainte, d'où la
grùce l'avait chassé : revcrlar in domum meam unde exivi! Plélas! il dit vrai, il y rentrera ! Comme Jérusalem, l'âme, avant sa chute suprême et sa définitive désolation, statuta dcsolatio, subit deux sièges, passe par deux invasions, et est ravagée successivement par deux armées ennemies. Le démon vient à deux reprises, et lui fait subir deux dévastations, dont la première la ruine, et la seconde rabat, l'écrase et ne fait plus d'elle qu'un monceau de décombres souillés de fange et trempés de sang.
Au premier de ces deux assauts de l'ennemi, une idole apparaît et pénètre dans le sanctuaire que Dieu occupait : c'est « l'abomination de la désolation dans le lieu saint, » Qu'est-ce que cette idole qui souille le lieu saint et détrône Dieu ? qui ne la connaît? qui ne la voit? L'idole, c'est la passion. Qu'est l'amour impur, sinon le règne de l'idole dans un cœur ? Qu'est l'amour de l'or, sinon une véritable « idolâtrie » comme l'appelle saint Paul ? Ainsi en est-il de toutes les passions qui font irruption dans notre âme; toutes sont des idoles ; toutes sont « l'abomination de la désolation dans le lieu saint. » L'idole dans le lieu saint, « là où elle ne doit pas être, » où elle n'est jamais impunément, c'est la perte de la grùce sanctifiante, c'est Dieu chassé de l'âme, c'est le démon occupant sacrilégement son trône laissé vide, c'est la chute, c'est le péché grave. L'état de cette âme investie de cette première armée, souillée de ces premières idoles, est terrible sans doute ; aucun mal sur la terre n'est comparable à un pareil mal, et il faut pleurer sur cette infortunée d'intarissables larmes. Néanmoins l'espérance n'est pas perdue; la fuite est possible encore : Jésus en parle; Jésus la conseille : on peut s'échapper de cette Jérusalem souillée et
devenue abominable, de cette conscience asservie à d'impures idoles ; on peut fuir aux montagnes ; ni l'ennemi n'est encore assez fort pour investir et cerner toute l'âme, arrêter sa marche, empêcher sa fuite, son esscr vers les « montagnes, » les célestes élévations du repentir et les glorieuses âmes de la grâce et du pardon, ni non plus l'âme n'est assez épuisée, assez pervertie, assez vouée au péché, au démon et à la mort, pour ne pouvoir dire ce mot du prodigue : « Je me lèverai et j'irai à mon Père, » « au pays des montagnes, » « aux montagnes d'où me viendra tout mon secours. » L'âme peut fuir; Jésus l'appelle; Jésus pleure sur elle, il pousse, comme une mère éplorée, des cris déchirants : venite ad me! « viens à moi ! » « Israël, pourquoi veux-tu périr? » Mais la voix du salut reste sans réponse : Jésus ajoute cette parole, expression désolée d'un amour méconnu et d'un dévouement rendu inutile : Noluisti, « tu ne l'as pas voulu ! »
Non l'âme ne le veut pas; « elle a refusé la bénédiction, et la malédiction viendra à elle. » Après une première chute, d'autres chutes : « l'abîme appelle l'abîme; » bientôt, bientôt, elle ajoute crime sur crime, iniquité sur iniquité, « elle avale l'iniquité comme l'eau, » l'habitude se forme, une sorte de nécessité l'envahit tout entière : c'est le second siège et le second investissement. Des tranchées infranchissables, d'immenses lignes de circonvallation lui ferment désormais toute issue : le démon l'enserre et ne lui permet plus un mouvement. Hélas ! hélas! Elle va succomber; elle va périr; c'en est fait, elle périt ; le démon la renverse, la foule, la jette vive dans les ruines et le sang.
« Dans les malheurs de Jérusalem, nous voyons ceux des âmes qui périssent : « Il viendra, dit Jésus, un temps
malheureux pour toi, où tes ennemis t'environneront de tranchées ; ils t'enfermeront et te serreront de toutes parts. » Ainsi arriva-t-il à Jérusalem de point en point: on sait les effroyables travaux que firent les Romains, et cette muraille qu'ils élevèrent autour de cette ville malheureuse, qui la serrait tous les jours de plus en plus, ce qui causa l'horrible ^famine que tout le monde sait, où les mères mangeaient leurs enfants. Ainsi arrivera-t-il à l'âme pécheresse : serrée de tous côtés par ses mauvaises habitudes, la grâce ni le pain de la vie n'y pourront plus trouver d'entrée : elle périra de faim, elle sera accablée de ses péchés et il n'y restera plus pierre sur pierre. Etrange état de cette âme! Renversement universel de tout l'édifice intérieur ! Plus de raison ni de partie haute : tout est abruti, tout est corps, tout est sens, tout est abattu et entièrement à terre. Qu'est devenue cette belle architecture qui marquait la main de Dieu ? Il n'y a plus rien, il n'y a plus pierre sur pierre, ni suite ni liaison dans cette âme ; nulle pièce ne tient à une autre, et le désordrey est universel. 0 triste spectacle! Jésus ne peut retenir ses larmes '. » « Trois plaies tomberont sur elle : lepée, la famine, la captivité. L'épée, c'est la blessure de l'âme; la division entre ses parties, nulle continuité, nulle union, le sang de l'âme s'écoulera par cette ouverture, toutes ses forces se dissiperont, elle n'aura plus de résistance. Oh ! quel état ! La famine, c'est la soustraction des aliments. La vérité ne fait plus rien à cette âme, elle ne s'en nourrit pas, elle n'en vit pas, tout y dépérit visiblement. Hélas I hélas! qu'y a-t-il de plus déplorable que cette famine ? La captivité : « Jérusalem sera foulée aux pieds par les
1 Bossuet.
Gentils ; » l'âme abattue par tous les vices, accablée de fers qu'elle ne peut porter ni rompre, est traînée en capdivité d'objet en objet; toutes les passions la dominent et la tyrannisent tour à tour ; [elle pense être en repos contre l'amour des plaisirs, l'ambition la met sous le joug, l'avarice l'assujettit et ne lui laisse pas le temps de respirer, tant elle l'accable d'affaires, de soins, de travaux. Hélas! hélas! où en es-tu, âme raisonnable, faite à l'image de Dieu ? blessée, percée de tous côtés, outre cela affamée, pour comble de maux captive, sans force, sans nourriture pour te rétablir, sans liberté, ah! quel malheur est le tien ' ! >