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LA FIN DU MONDE

« Or Pierre et Jacques et Jean et André l'interrogèrent à part, disant: Maître, dites-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe que toutes ces choses commenceront de s'accomplir. » A cette première partie de l'interrogation de ses apôtres, Jésus- Christ fit la réponse dont nous venons de parcourir les sinistres objets : crime, impénitence, châtiment de la Jérusalem déicide : signes précurseurs, premier siège, premier investissement de la cité sainte, durant lequel la fuite est possible encore et la destruction n'est que commencée ; après, le second investissement, le déluge des calamités suprêmes, le renversement, le sac, l'incendie, la ruine, les juifs massacras en mnssp., Jérusalem abattue

1 Bossuet.

dans le sang de ses fils, le silence, la solitude, la mort: et post finem belli statuta desolatio '.

Mais l'interrogation des Apôtres est plus vaste, et, sans s'arrêtera la ruine de Jérusalem, ils demandent à leur Maître quand aura lieu la fin du monde, et comment s'accomplira son second avènement. « Quel sera le signe de votre avènement et de la consommation du siècle?» — C'est à cette seconde et immense question que Jésus-Christ va maintenant répondre. Il nous montrait tout à l'heure, en petit, dans la ruine d'une cité et d'un peuple, la ruine universelle du monde : il nous fait contempler maintenant cette ruine sans voile et sansfigure. Suivant, dans cette révélation nouvelle, la même marche que plus haut, il nous trace d'abord la peinture des temps qui précéderont immédiatement la fin du monde et son second avènement; puis ensuite il nous esquisse à grands traits les scènes de cette consommation de? choses et de sa glorieuse et formidable apparition « en grande pompe et en grande majesté.»

I. «* A quels signes reconnaitra-t-on la proximité de la fin du monde et de l'avènement de Jésus-Christ ? « Quel sera le signe de votre avènement et de la consommation du siècle ? >> S'il plut à Dieu de nous révéler ces grandes et formidables choses, il ne voulut pas néanmoins y répandre des lumières complètes, mais bien y laisser planer une certaine obscurité ; l'abîme est révélé, nous y entendons des bruits souterrains, et nous en sentons les commotions terrifiantes, mais ses dernières profondeurs triomphent de notre trop faible regard.

• Daniel * vm.

LES PROPaÊTIES DU DERNIER JOUR 431

C'est à dessein que le Sauveur dans sa prophétie a mêlé la figure à la réalité que cette figure annonce ; de lit nait pour nous une obscurité que la sagacité des interprètes ne parviendra jamais à éclairer. Tous les signes qui annoncèrent au monde la catastrophe où s'abîma le peuple déicide, reparaîtront- ils à la fin des temps comme signes précurseurs de la consommation des choses et de l'avènement de Jésus-Christ ? Nul ne le peut dire, et dans cette route demi-obscure, demi-éclairée, nous devons, comme le Docteur Angélique, signaler certains détails comme absolument certains, d'autres seulement comme probables *.

Parmi les signes qui annonceront aux hommes la fin du monde, saint Thomas déclare les uns certains abs-» lument ; les autres, il les donne comme les donnent la plupart des interprètes, mais n'y attache qu'une cer-' taine probabilité.

Voici les signes certains. Une vaste persécution, celle de l'antechrist, enveloppera l'Eglise entière et la remplira de douleurs, de dangers, d'angoisses, de tortures et de sang. Que sera au juste cette suprême persécution?

1 Adventum Ghri3'i ad judicium venienlis multa signa procèdent... quee autem sint signa ista de facili sciri non potest. Signa enim uuae in evangeliis legunlur non solum pertinent ad adventum ChrisU ad judicium, sed etiam ad tempus destruclionis Jérusalem, et ad adventum quo Christus continue Ecelesiam suam visitât ; ita quod forte si diligenter adventatur, nullum eorum inveniatur ad fulurum adventum pertinere ; quia il la. signa quse in Evangeliis tanguntur, sicut pugna3 et terrores et hujusmodi, a principio humani generis fuerunt. Nisi forto di:atur quod tune temporis magis iavalescent, sed secundum quam mensuram crescentia vicinum adventum denuntient, incertum est. (D. Thoai. Swn. Uicolog. Supplem., qusest. lxxvi, art. 2 et 3.)

Reproamra-t-elle, en les résumant et en en augmentant à l'infini les atrocités et les horreurs, les persécutions qui n'ont cessé d'ensanglanter l'Église durant le cours des siècles? Sera-ce au contraire une guerre nouvelle, des assauts encore inexpérimentés, une persécution a part et des violences inouïes ? A voir l'ensemble des textes de l'Ecriture, il paraît à saint Thomas que le prestige diabolique, la séduction par les faux miracles et les fascinations d'une théurgie poussée à ses derniers excès, seront les traits distinctifs de cette bataille dernière et désespérée livrée par l'enfer aux saints de Dieu. C'est en effet sur la perte des âmes chancelantes, trompées par les prédications des faux christs et des faux prophètes et le prestige des faux miracles, que Jésus-Christ insiste le plus dans sa divine prophétie, et saint Paul, héritier de ses lumières et son plus sublime organe, affirme que le trait le plus saillant et le danger le plus terrible de la persécution de l'antechrist sera le déploiement extraordinaire des ressources de Satan et la diffusion inouïe de ses prestiges menteurs. Satan, « singe de Dieu, » comme dit Tertullien, usera de toute :a puissance et de toutes ses finesses pour opérer sur la nature des effets que les hommes abusés et méritant le l'être par de précédentes apostasies, prendront pour de vrais miracles et des manifestations authentiques de la présence et de l'action de Dieu '. Voici les paroles de

1 Sciendum quod Antichristus sibi populum subjugabit, primo per falsam miraculorumoperationera. Unde Matth. xxiv : « Surgcut pseudo-Christi et pseudo-prophcta?. » Id est Antichristus et niinistri ejus, ut exponit Chrysostomus : « Et dabunt signa magna «t prodigia, ita ut in errorem ducantur, si fieri polest, etiam eiecti. » Per plnntosiam deludet Domines, sicut Simon magu»

l'Apôtre. « L'antechrist viendra dans la puissance et les opérations de Satan, en toutes sortes de prodiges, de signes, de miracles menteurs. La séduction revêtira toutes les formes de l'iniquité pour perdre les méchants. « Car n'ayant pas reçu la vérité d'amour qui les voulait sauver, en punition Dieu leur enverra un travail d'erreur, de telle sorte qu'ils croiront au mensonge. Et ainsi seront jugés tous ces misérables qui, refusant de croire à la vérité, ont adhéré au mensonge. » Ces prestiges diaboliques laisseront toujours percer leur origine aux regards intelligents et aux volontés droites : les élus seraient séduits, si la chose était possible; » mais la chose sera à jamais impossible, et le démon par ses ressources les plus prodigieuses et ses prestiges les plus extraordinaires, ne séduira que ceux que les fascinations du vice, ou les cupidités de l'avarice, ou l'ambition des dignités, ou les lâchetés de la peur, auront déjà gagnés à l'antechrist. L'antechrist, d'après le Docteur Angélique, ne séduira pas moins les hommes par les fastueuses promesses des biens terrestres que par le merveilleux de ses apparents miracles. « Le second moyen, dit saint Thomas, qu'emploiera l'antechrist pour séduire les peu* pies sera la magnificence de ses promesses et la splendeur de ses dons. » Quant à ses prodiges, Jésus-Christ nous donne l'infaillible moyen d'en reconnaître la fausseté. Ils sont tous l'œuvre de Satan parce qu'ils sont tous au service de l'erreur, qu'ils appuient un pouvoir voué au mal et persécuteur des saints. D'ailleurs, entre l'avénement de Jésus-Christ, et les avènements mensongers des • faux christs, > une différence essentielle existe qui

delusit illum qui putans eum occidere, ariete.m decollavil pro eo. (D. Thom. Opuscul. LUI, art. 25.)

t. ni 13

séparera infailliblement l'erreur de la vérité. De toutes parts on annoncera le Messie, le Dieu descendu dans le monde : « Il est ici, il est là, le voici dans le désert, il est dans le lieu le plus retiré de la maison. » Est-ce lui? Est-ce le Fils de Dieu ? Le faut-il attendre ainsi ? Viendra-t-il, dans son second avènement, humble et caché comme il apparut dans son premier ? Sa venue serat-elle si peu éclatante que l'on puisse dire : « le voici au désert, » ou^bien : « il est dans le lieu le plus retiré de la maison,? » Nullement. Jésus-Christ doit apparaître tout à coup, remplissant le monde d'une immense lumière; « et sa gloire, comme l'a annoncé un prophète, doit couvrir les cieux : » opcriet cœlos gloria ejus *. Partout en même temps, d'une extrémité à l'autre de l'univers, il sera visible, resplendissant d'un extraordinaire éclat, « revêtu de la lumière, comme d'un vêtement, » apparaissant au haut des cieux dans une grande pompe et une grande majesté. »Ilse montre, il illumine le ciel et îa terre des rayons qui s'échappent de sa divine Personne ; à son aspect le monde se transfigure, l'univers se change«en de nouveaux cieux et une nouvelle terre:» les morts ressuscitent, les élus se rassemblent, ils prennent tous leur essor dans les airs, à la rencontre du Dieu triomphateur qui les vient prendre et introduire dans les « splendeurs des saints. » Rien n'est plus hum« ble, petit, caché, dans cette marche triomphale et .cette divine pompe : impossible de dire encore comme aux anciens jours : «passons jusqu'à Bethléem et allons voir, » ou bien encore : « venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait, ne serait-ce pas le Christ.2? » ou bien encore, « nous venons de trouver Jésus, le fils de

» Habac m — 2 Joau. iv, 29.

Joseph de Nazareth *. » Au second avènement plus rien des faiblesses et des obscurités du premier. Où est une immense gloire, un resplendissant éclat, une pompe triomphale, une divine et incomparable puissance, une extraordinaire majesté, là est le Christ. Jusqu'à cette apparition éclatante qui d'un seul coup doit illuminer l'univers, nulle annonce d'un Messie ne peut être vraie. Nul Christ, dont on dira : il est ici ou il est là, ne peul être le vrai Christ. Si donc on vous dit : le voici dans le désert, ne sortez pas. Le voilà dans le lieu le plus retiré de la maison, ne le croyez pas. Car comme l'éclair part de l'Orient, et paraît jusqu'à l'Occident, de même aussi sera r avènement du Fils de l'Homme. Partout où sera le corps, là les aigles s'assembleront.

Le signe absolument certain sera donc l'immense et diabolique persécution de l'antechrist et cette séduction infernale, capable d'émouvoir les élus eux-mêmes. Mais Jésus-Christ fait tomber toute illusion et dissipe toute erreur en donnant comme signe la divine et inimitable magnificence de sa venue. D'autres signes sont regardés par saint Thomas comme seulement probables. Ce sont ces troubles, ces confusions horribles, ces bouleversements gigantesques, premières convulsions de l'univers à l'agonie ; puis aussi ces calamités inouïes, ces guerres effroyables, tout un déluge de douleurs enveloppant le monde avant sa suprême catastrophe et sa suprême douleur. Où placer ce signe? Dans quel lieu et dans quel temps? les difficultés surgissent,2. Si le monde doit être

1 Joan. i, 45.— * Circa finem mundi erit universalis persecutio malorum contra bonos : unde simul aliqui timebunt scilicet boni, et aliqui securi erunt, scilicet mali. Quod autem dicitur : « cum dixerïnl : Pax et securitas, » ad malos référendum est qui signa

livré à ces convulsions et à ces souffrances, il n'est pas moins vrai, ou plutôt il est beaucoup plus clairement révélé encore, qu'à la veille de la fin du monde, les pécheurs, « mangeant, buvant, » se réjouissant, s'absorbant dans leurs affaires et leurs plaisirs, « comme aux jours de Noé, » diront sans aucun sentiment de douleur ni d'angoisse : « Paix et sécurité ! » Cum dixerint : pax et securilas. Ils ne sont donc pas torturés par ces vastes douleurs ni horriblement secoués dans ces gigantesques bouleversements. Que répondre et comment agencer toutes choses? Si l'on rejette ces signes, la difficulté disparaît ; si on les veut retenir, il faut, ou bien en faire l'exclusif partage des justes que Dieu accable ainsi et éprouve de toute part, ou bien, si on les étend aux pécheurs comme aux saints, les placer dans un temps relativement éloigné du dernier moment et de la consommation suprême.

II. — Laissons cette question des signes précurseurs. Quelque obscurité qui puisse être laissée dans les détails, un fait immense, une révélation lumineuse reste acquise : le second avènement sera aussi éclatant que le premier a été humble, la proximité de cet avènement sera connue des justes à des signes qui ne trompe-

futuri judicii parvi pendent. Ad bonos vero pertinet quod dicit^ Lucse, xxi. Vel potest dici quod omnia illa signa, quae circa judi~ cium erunt, infra tempus judicii computautur, ut sic dies judicii omnia illa contineat. Unde quainvis ex signis apparentibus circa diem judicii homines terreantur, ante tamen quam illa apparere incipiant, iu pace et securitate impii se esse credent. (D. Thom. Sum. theolog. Supplem. quœst. lxxvi, art. 1, ad primuin.)

ront que les pécheurs obstinés dans leur incrédulité et dans leurs vices.

Le magnifique objet de notre étude est maintenant cette apparition même de Jésus-Christ dans la gloire d'un indescriptible triomphe, cet avènement de l'Homme- Dieu « qui veut juger les vivants et les morts, » détruire ses derniers ennemis, chercher son Eglise militante, recueillir ses élus, les associer à son triomphe, et « se montrer admirable dans ses saints. » Cette scène divine, telle que « l'œil de l'homme ne l'a pas vue, ni son oreille entendue, ni son cœur pu comprendre, » le Docteur Angélique nous en décrit et nous en explique les différentes splendeurs. Annonce du triomphe; apparition du Triomphateur ; effet de cette apparition dans le monde: telle est sa division ' que nous allons suivre, et dont nous déroulons successivement toutes les richesses.

1. Immédiatement avant l'apparition de Jésus-Christ, et, comme signal de sa venue, l'univers s'ébranle, il est d'une extrémité à l'autre secoué dans des commotions puissantes, il est emporté « dans le tourbillon d'une vaste tempête : » tout s'écroule, tout se disloque dans cette vaste et puissante machine, c'est un édifice qui tout à coup, horriblement secoué par quelque commotion souterraine, s'abat avec un fracas épouvantable et jonche l'immensité de ses débris. Mais s'il paraît s'évaaouir et disparaître, c'est pour jaillir soudain dans les splendeurs d'une rénovation puissante : si Dieu de son invincible mainaébranlénon seulement leciel mais aussi la terre: » s'il a, comme prophétisait; Job,« tenu la terre

* D. Thom. Comment, in Matlli., cap. xxiv.

par ses extrémités pour la violemment agiter, » ça été « pour en secouer les impies ; » si des fleuves de feu l'ont parcourue tout entière et l'ont dévorée avec une véhémence inouïe, c'est afin que de ce creuset divin elle sorte pure, radieuse, éblouissante de beauté et rayonnante de gloire 4.

• Sunt signa cum horribili coruscatione : unde Luc.xxi, « erunt signa in sole et luna et stellis.»Quod prsecedet ultimum adventum Christi est ignis cum vehementi flagratione : unde in Psalra. XGVI : « Ignis anle ipsum prsecedet, et inflammabit in circuitu inimicos ejus. » (D. Thom. Sum. Iheolog. Supplem.) Rapientur (boni) in nubibus in aéra obviam Cbristo ad judicium venienti. Simulautem erit et resurrectio communis et corporum sanctorum glorificatio : sancti enim résurgentes corporagloriosa résument. Simul autem cum corpora sanctorum glorificabuntur, et tota creatura suo modo renovabitur. Cum tlagratio mundi sit dispositio ad. renovationem, manifeste potest colligi quod illa conflagratio quoad purgationem mundi judicium prsecedet ; sed quoad aliquem aclum, qui scilicet est involvere malos, judicium sequetur. (D. Thom. In Magislr. sentent., dist. XLVII, qusest. n, art. 3.)— Ignis finalis similiter aget in bonos et malos qui vivi repenentur, utrorumque corpora in cinerem resolvendo : in quantum vero aget ut instrumentum divinse Justitiae, diversimode aget in diversos. Mali cruciabuntur : boni in quibus nihil purgandum invenitur, omnino nullum dolorem ex igné sentient : boni vero in quibus aliquid purgendum reperitur, sentient cruciatum plusvel minus pro meiïtorum diversitate. (D. Thom. In Magistr. sentent., toc. citai.) — Le Docteur Angélique explique ailleurs le rôle de ce feu avec plus de précision et de détail. « Effeclus ejus est quod bonos purificabit. Alius effectus est quod ma' os cruciabit. Alius effectus hujus ignis secundum doctorea est qu d tam bonorum quam malorum corpora incinerabit, et quantum ad omnes effectus prsediclos praecedet judicium, quantum autcm ad involutionem malorum et cruciatum, eliam judicium sequetur.»

Cet ébranlement de l'univers, cet écroulement subit. ce vaste et universel embrasement, cette transformation glorieuse, Jésus les révèle ainsi dans sa prophétie. Après que les signes précurseurs de la fin du monde se seront successivement développés, que l'empire persécuteur de l'antechrist aura achevé de purifier les bons, d'enfoncer les rebelles et les incrédules dans une perdition méritée, après que toutes les âmes de bonne volonté auront pu clairement reconnaître la venue prochaine de Jésus-Christ, et que les dernières grâces auront été distribuées au monde, accueillies par les uns, méprisées et rejetées par les autres ; alors tout à coup, instantanément, statim, sicut fulgor, comme l'éclair, in ictuoculi, comme le clind'œil, à un vaste signal, à une immense clameur, injussu, in novissima tuba, clamor factus, « il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles, et sur la terre l'angoisse des nations à cause du bruit confus de la mer et des flots, les hommes séchant de frayeur dans l'attente des choses qui arriveront à tout l'univers. Le soleil sera couvert de ténèbres et la lune ne donnera pas sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les vertus des cieux seront ébranlés. » Saint Pierre a résumé dans un seul mot et une grande image cet ébranlement et cet écroulement de l'univers, dont Jésus-Christ nous donne ici les scènes diverses et comme les épisodes successifs. « Le jour du Seigneur viendra » furtivement, rapidement, «commele voleur. Et en ce jour les cieux passeront, emportés dans un immense tourbillon, les éléments seront dissous par le feu, la terre avec tout ce qu'elle renferme sera consumée. » Les prophètes ont connu et chanté magnifiquement la même grandiose révélation. « Le Seigneur a régné : que la terre tressaille, que les innom-

brables îles se réjouissent. (Les nuées et la flamme l'entourent, le feu précédera sa venue, le feu dévorera tout autour ses ennemis. Ses éclairs ont brillé par toute la terre, à leur vue la terre a été ébranlée, les montagnes ont fondu comme la cire à l'aspect du Seigneur. »

Quant aux expressions mêmes qu'emploie le Sauveur pour rendre la même scène, reprenons-les pour les exposer d'après saint Thomas. « Le soleil sera couvert de ténèbres et la lune ne donnera plus sa lumière. » Tel est l'éclat de Jésus-Christ apparaissant tout à coup dans les airs, et < couvrant les cieux de sa gloire, » que nos astres, tout brillants qu'ils nous apparaissent, ne seront plus que pâleur et obscurcissement. Et de même que nos illuminations artificielles ne supportent pas la clarté du soleil, ainsi le soleil lui-même ne surmontera pas l'éclat de Jésus-Christ et son éblouissante splendeur. De même encore, les étoiles obscurcies et ternes devant l'immense illumination dont le Sauveur remplit le monde semblent tomber du ciel et disparaître |du firmament. Jésus-Christ ajoute : « Les vertus des cieux seront ébranlées. » Qu'entendre par ces vertus des cieux ? Le mouvement qui emporte les mondes, la marche si réglée, si harmonieuse, et en même temps si puissante qui leur fait parcourir leurs routes diverses à travers l'immensité. Or, à ce moment, le moment suprême, qui ferme le temps et ouvre l'éternité, cette marche des mondes est brusquement interrompue, leur harmonieux mouvement se brise « dans le vaste tourbillon qui les emporte » pour les détruire et les renouveler, cœli magno impetu transient.

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