LES VOIES DIVINES DE LA GRACE
Dieu disait superbement dans Job : « Par quelle voiq se répand la lumière? Par quel chemin l'aquilon fonJ-il sur la terre? Qui a ouvert un passage aux torrents des nuées? Qui verse la pluie sur les champs arides? Qui a créé la pluie? Qui a formé les gouttes de la rosée? >» Ah! plus que le souffle des vents, plus que la pluie tombée des hauteurs inaccessibles du ciel, plus que la rosée, qui, dans l'ombre, au milieu du silence des nuits, cache à tous les regards ses bienfaisantes fécondités, la grâce suit des routes inconnues, jaillit de sources mystérieuses, et se répand dans les âmes par d'invisibles canaux. 0 sublimes et profonds mystèresde In grâce! C'est
devant vous que Paul éperdu s'écrie : «0 profondeurs de la sagesse et de la science de Dieu ! Qu'incompréhensibles sont ses conseils et inscrutables ses voies ! » D'où vient la grâce qui tombe tout à coup sur une âme pour la transfigurer ? Quel chemin a-t-ellc suivi? Gomment a-t elle pénétré dans ce cœur durci et fermé? Comment se sont renversés ces obstacles? Ccmment ont été peu à peu illuminées ces ténèbres? Comment ont faibli puis se sont brisées ces résistances? Ccmment cet impie est-il devenu fils de Dieu ? 0 profondeurs ! 6 profondeurs !
Dans une page délicieuse de l'Evangile, Jésus-Christ a daigné nous illuminer quelque peu cet abîme, et nous faire suivre à la trace la mystérieuse grâce qui fortuitement, ce semble, rencontre l'impie, l'arrête, s'impose doucement à son attention, puis à sa bienveillance, puis à ses désirs, puis à son amour ; qui l'arrache à ses dissipations quotidiennes, lui met au cœur de salutaires remords et au front la noble rougeur du repentir, puis l'élève aux célestes désirs de la vie divine, puis le purifie de ses antiques fanges, puis le transfigure en enfant de Dieu, puis enfin le sacre des gloires de l'apostolat et l'envoie, le zèle brûlant dans l'âme, à la conquête d'autres souillures et d'autres incrédulités. Histoire merveilleuse, drame palpitant, scène divine, que le Dieu de la miséricorde, l'Auteur de la grâce, le Rédempteur du monde, consent à représenter sous nos yeux. Dans le suave épisode de la Samaritaine, Jésus se montre comme la grâce personnifiée et pour ainsi dire incarnée, et cette grâce, en trois phases différentes, par trois degrés successifs, amène l'âme pécheresse, de l'abîme de tous les crimes, jusqu'au faite de toutes les vertus ; commence par se présenter à elle, lui parte
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doucement , captive sa bienveillance , illumine ses obscurités, triomphe de ses résistances, et fait d'elle le vase d'élection plein de tous les parfums de Dieu. Préparation, conversion, apostolat magnanime : telles sont les trois parties qui remplissent et divisent l'histoire de la Samaritaine aux pieds de Jésus.
I. — Avant de contempler la grâce aux prises avec l'âme coupable, Jésus aux prises avec la pauvre pécheresse de Samarie, l'Evangile et son profond interprète saint Thomas, nous font remarquer la divine économie des moyens que se ménage la grâce pour arriver jusqu'à l'âme de l'impie , les ouvertures qu'elle se dispose, les circonstances qu'elle fait naître de ce que l'œil inconscient traiterait de hasard. Tout dans le récit évangélique est plein de mystères et de leçons : le lieu où Jésus-Christ s'arrête pour son céleste entretien et son ineffable miséricorde, la situation où il se présente à nous, l'heure qu'il choisit entre toutes, la manière dont il fait venir jusqu'à lui la proie que sa grâce veut atteindre et capturer.
1. Jésus-Christ s'arrête en un lieu rempli des grands souvenirs des Justes de l'Ancienne Alliance: où il se repose, Abraham a erré, Isaac a dressé sa tente, Jacob a puisé l'eau dont il abreuvait ses troupeaux , juxta prœdium quod dédit Jacob. Jésus-Christ, centre des deux Testaments, fait passer les âmes des ombres de la loi figurative aux clartés de la nouvelle révélation ; il pose à l'antique édifice construit par la foi des anciens âges le couronnement d'une foi plus haute, d'une vérité plus divine, d'une vertu plus héroïque et d'une espérance
placée tout entière dans les cieux. C'est au bord d'une fontaine que Jésus-Christ est assis. N'est-il pas luimême la Fontaine jaillissante1 ? Et n'est-ce pas de lui que sortent, pour se répandre dans toute la création, les eaux vives qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle? D'ailleurs quels saisissants rapports entre l'eau de la fontaine et cette grâce dont il va expliquer tout à l'heure à la Samaritaine le précieux mystère ! L'eau purifie , l'eau rafraîchit et désaltère , elle éteint les ardeurs qui nous dévorent, elle fait croître et grandir les plantes, elle est la plus universelle et la plus nécessaire boisson. Et qu'est autre chose la grâce de Dieu ? N'est-ce pas elle qui lave notre âme, la rend nette de toutes ses souillures, et lui restitue sa primitive beauté ? lavacrum regenerationis. .N'est-ce pas elle encore qui, lorsque le monde et ses satiétés malsaines ont allumé dans nos âmes la soif des plaisirs et les douloureuses ardeurs de la volupté, rafraîchit cette âme torturée, tempère ses feux impurs, et donne à sa soif le délicieux breuvage des consolations divines ? C'est la grâce aussi qui éteint en nous l'incendie violent du vice et les flammes de la concupiscence. C'est elle encore qui donne à nos vertus la croissance et la vigueur qui les portent à leur divine maturité. Le spectacle de la fontaine vive amenait l'âme par un chemin naturel à reconnaître et à goûter l'eau spirituelle et divine dont l'eau matérielle est une si saisissante image. Aussi, conclut saint Thomas, c'est par une harmonie pleine d'une sagesse divine, que Jésus, pour révéler le grand mystère de la
* Doctrina futura erat de aqua et fonte spirituali, et ideo fit hic raontio de fonte spirituali ex quo sumitur occasio disputaudi di» foule spirituali qui est Christ us.
grâce, se place au courant d'une eau vive : crat ibi fons : et hor, congruenter.
2. Jésus est fatigué du chemin, fatigatus ex itinere. Certes cette circonstance prise dans son sens tout matériel seraitdéjà lesujetdela plus touchante contemplation. Voyez Celui qui se nomme lui-même dans l'Écriture « étranger et pèlerin sur la terre. » 11 a cheminé longtemps, et le voici brisé de fatigue, sous un soleil brûlant du plein midi, sans abri, sans fraîcheur, assis comme un pauvre sur la pierre d'un puits, le front ruisselant de sueur et les membres exténués. Il est seul ; comme aux jours du Calvaire, ses disciples l'ont quitté ; il a fallu chercher quelque part la nourriture qui manque au Dieu dont toute la terre est le domaine, et qui nourrit tous les êtres, jusqu'au plus petit et au plus frêle des passereaux ! Pénétrons dans le mystère de cette fatigue du Verbe incarné. S'il prend soin de nous la faire connaître, ne doutons pas qu'elle ne renferme quelque haut enseignement. Le Verbe fait chair, le « vrai Dieu » devenu « vrai homme, » partageant avec ceux qu'il nomme ses frères les défaillances et les détresses communes de la nature déchue: tel est le dogme qui renferme toutes les réalités et les grandeurs de la Rédemption. Au puits de Jacob, sous l'accablement de la fatigue et l'épuisement de la faim, Jésus nous montre sa nature humaine dans toute sa palpitante vérité. Ahi « voilà l'homme ! >• L'homme tel que le fait l'exil, chassé des douceurs et des ombrages de l'Éden, marchant sans abri sous un ciel de feu et à travers les aspérités de la route, et n'ayant pour reposer ses membres brisés que la pierre qui se rencontre sur le chemin ! Cette pierre du puits de Jacob est le trône du Dieu pauvre, du Roi
réduit au plus complet dénûment : ego sumpauper. C'est ce mystérieux Pauvre, c'est ce divin Voyageur que David avait entrevu dans Tune de ses extases prophétiques, et qu'il avait chanté ainsi : il boira en chemin de Peau du torrent. A ce puits de Jacob pasteur des anciens âges, c'est encore le bon Pasteur qui nous apparaît : il est épuisé des soins qu'il donne au troupeau dont la Rédemption lui confie la garde, et auquel il prodigue ses sueurs avant de lui prodiguer son sang. Il court après la brebis égarée, et, harassé de ses recherches, il tombe sans force sur la pierre du chemin. Tel sera à travers les siècles le Sacerdoce catholique, continuateur de Jésus-Christ sur la terre ; il s'épuisera en courses apostoliques et réparera sur la pierre de la fontaine ses forces épuisées : pelra autem erat Christus. Enfin, dit saint Thomas, Jésus-Christ se tient assis comme docteur, au moment où il se dispose à dérouler le plan entier du christianisme, et à instruire le monde du plus grand des mystères, le mystère de la grâce qui de l'homme fait un dieu1.
3. « Il était environ la sixième heure. » Ce nombre est mystérieux ; il joue un rôle constant dans toute l'œuvre divine2. Au sixième jour l'homme est créé ; au sixième âge du monde le Rédempteur vient refaire son œuvre altérée par les séculaires prévarications de l'homme.
1 Oitondit iaiirmitatcm ut ostenderet veritatem naturae assumplse. — Quaudo retrahebat inlluxum virtulis divinae a covpore, esuriebat et faligabatur ; quando vero ipsam virtutem divinam corpori exhibebat. sine cibo non esuriebat et in laboribus non faligabatur. — Item signilicat auctorilatem docendi. — * Ratio hujus determinationis assignatur mystica. (D. Thora. Gomment, in Joan., cap. iv. lec. l.\
C'est l'heure où le soleil dans toute sa force darde sur le monde ses plus brûlants rayons ; niais c'est l'heure aussi où ces mêmes ardeurs vont s'affaiblir; c'est l'heure où le soleil se penchera vers l'horizon pour disparaître peu à peu sous les brumes du soir et dans les flots de l'Océan. Quand Jésus-Christ vint dans le monde, l'empire du mal avait atteint l'apogée de sa puissance, l'enfer régnait partout en maître, les ardeurs du vice et le dessèchement de l'incrédulité avaient dévoré la terre, épuisé les âmes, et frappé les sociétés d'une irréméd able stérilité. Mais le règne du mal s'affaiblit bientôt, les puissances infernales furent désarmées, l'ardente concupiscence, refroidie par les fraîcheurs de la grâce, fit place aux chastes quiétudes du cœur et aux apaisements suaves de la vertu. Les feux impurs qui brûlaient le monde, s'éteignirent bientôt tout à fait dans l'océan de la grâce chrétienne.
4. « Une femme de Samarie vint pour puiser de l'eau. » 0 suaves et irrésistibles voies de la grâce ! Qui ne croirait que le hasard tout seul amène cette femme à Jésus? Mais tout a été divinement prévu et disposé. Jésus est sur la pierre, il attend, à l'heure marquée par la Providence, la pécheresse, qui, inconsciente du piège tendu par la grâce, se dirige vers le Sauveur qu'elle ne connaît pas et qu'elle commencera par mépriser. Elle vient pour puiser de l'eau ; ce sera l'ouverture la plus naturelle pour l'élever jusqu'au mystère sublime de la grâce, eau divine « qui jaillit jusqu'à la vie éternelle. Jésus est seul ; l'âme qu'il veut éclairer et convertir, « il la mène dans la solitude, et il parle » seul à seul « à son cœur. » La foule au puits de Jacob, la présence même des douze, gênerait l'expansion
divine, et contrarierait la grâce dans sa route mystérieuse.
Tout est prêt : l'œuvre de la grâce peut commencer.
II. — Qu'est-ce que le salut dans sa plus générale définition ? De quels éléments se compose-t-il ? D'un élément double : de la grâce divine, et de l'homme qui la reçoit ; de la grâce qui transforme, élève et déifie la nature, et de l'homme qui, avec le secours de Dieu, doit se disposer à en recevoir l'effusion. Amener une âme au salut, c'est donc pour Dieu, d'une part, lui présenter la grâce, de l'autre, la disposer à la recevoir. Qu'est-ce que la grâce? Quelles dispositions exige dans une âme l'infusion de la grâce? Telles sont les deux grandes questions que la suite du récit et les péripéties de la divine scène vont nous faire connaître.
1. Au moment où commence à s'accomplir ce que le saint Concile de Trente appelle la justification de l'impie, la grâce trouve l'homme endurci et rebelle, accueillant ses premières avances avec les dédains de l'orgueil et l'ironie du mépris. Aux premiers mots de Jésus, la Samaritaine répond par une insolence1. C'est là que la première miséricorde la saisit, et que les yeux de ce triste cœur vont commencer à s'ouvrir. Jésus lui fait apparaître la grâce, ses excellences et ses propriétés divines, dans un lointain mystérieux : son but est de la
1 Une femme de la Samarie vient pour puiser de l'eau. Jésus lui dit: Donne-moi à boire.... Cette femme de la Samarie lui dit donc : Comment se fait-il que Juif, comme tu es, tu demandes à boire à une Samaritaine? (Joan. iv 9.)
rendre attentive et de lui faire tourner un regard, sin:>n encore de désirs, au moins d'attention vers « l'inénarrable don de Dieu, » inenarrabili dono ejus. Quel est le grand mal des âmes? Quelle est la plus générale et la plus universelle cause de leur perdition ? C'est qu'elles passent, insouciantes et légères, devant « le don de Dieu ; » inattentives aux avances de sa grâce, insensibles aux merveilles de son salut. La première chose à obtenir d une âme pécheresse et mondaine sera donc qu'elle s'arrête, qu'elle regarde, qu'elle réfléchisse au « don de Dkîu. » c Jésus répondit, disant: >Oh ! si tu connaissais le don de Dieu, et qui est Celui qui te dit : donne-moi à boire ; certainement tu lui en aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. » Le don ùt Dieu! Aux âmes terrestres et charnelles qui ne songent qu'aux dons de la terre, aux faux biens de la vie présente, aux honneurs, aux voluptés, aux richesses, Dieu se présente, la grâce entr'ouvre les horizons d'un monde supérieur : d'autres spectacles apparaissent, confusément d'abord et plutôt pressentis que distinctement contemplés, mais déjà le cœur tressaille comme il n'a jamais tressailli, des désirs chastes et nobles se font jour à travers les petitesses et les hontes de la chair, de mystérieux dégoûts naissent qui détachent des choses présentes, et des aspirations vagues encore mais déjà puissantes font prendre à l'âme vers les biens surnaturels un premier essor. C'est le premier coup et la •première victoire de la grâce : elle a rendu l'âme attentive ; l'âme réfléchit aux choses d'en haut, et, si elle n'y entre pas encore, elle se prend au moins à les désirer. La femme lui dit :... d'où est-ce donc que vous avez de l'eau vive? Jésus lui disait tout à l'heure : « Oh ! si tu connaissais le don de Dieu ! » Et il ajoutait : « et qui est
Celui qui te parle? « A l'annonce de la grâce, la Samaritaine repond déjà par l'expression voilée d'un désir : < Et d'où avez-vous donc l'eau vive? « A la première et mystérieuse révélation du grand mystère du Dieu fait Homme, elle répond par une question déjà pleine de respect : Qui donc êtes-vous? Sericz-vous plus grand que notre père Jacob ? Cette âme doit être déjà bien ouverte aux grandes espérances et aux grandes pensées, pour placer le Juif inconnu, qu'elle accueillait tout à l'heure avec une ironie si méprisante, en face du grand Patriarche qui pour elle représente toute la Majesté de la religion et toute la grandeur de Dieu. Êtes-vous plus grand que notre père Jacob? Dans ces deux paroles: « Et d'où donc avez-vous de l'eau vive?... Ètes-vous plus grand que notre père Jacob? » se résument les dispositions nouvelles de la Samaritaine et les premières victoires de la grâce : elle pressent une eau meilleure que l'eau qu'elle était venue puiser; elle pressent quelqu'un de plus grand que le saint et vénéré Patriarche. Sans doute la femme n'est pas élevée encore aux inaccessibles splendeurs de l'ordre surnaturel, mais elle est disposée à en recevoir la révélation première: son attention est éveillée, la lumière peut descendre dans cette âme et l'illuminer.
2. Saint Paul dit de « l'homme animal, » c'est-à-dird l'homme resté dans la vie des sens, en dehors de la vie furnaturelle et divine: qu'il ne comprend rien de ce qui est de l'Esprit de Dieu, c'est-à-dire de l'ordre surnaturel et divin. De l'homme élevé à cette grandeur et à cette vie divines, il dit au contraire : l'homme spirituel comprend tout. On le voit, la première disposition prochaine à la justification, c'est la foi, c'est le désir, c'est l'aspiration
ardente de l'âme vers la grâce de Dieu. Or comment arriver à cette aspiration magnanime? Sans doute en s'élevant au-dessus des infimes régions de la vie terrestre, en se dépouillant des pensées, des désirs, des affections de la nature corrompue. C'est la marche que suit la grâce, c'est celle que suit Jésus-Christ avec la Samaritaine : il lui fait naître au cœur un magnanime désir de la vie divine, il la détache des grossières attaches de ce monde, puis ensuite il l'introduit dans les splendeurs de la foi, lui découvre les dogmes et les mystères du christianisme, enfin, lui faisant franchir le dernier et le plus sublime sommet, il la fait tomber à genoux devant l'Homme-Dieu, « Auteur et Consommateur de notre foi, » et présente à ses adorations et à son amour le plus grand des mystères, le plus ineffable des dogmes, « le grand sacrement de la piété qui a apparu dans la chair. » Tels sont les différents anneaux de la chaîne d'or qui tire, les âmes, du fond de leur déchéance, jusqu'au faite de leur divine transfiguration.
« Quiconque boit de cette eau aura soif encore, mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus goif à jamais. L'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillit à la vie éternelle. » Jésus prépare l'âme à la foi et enflamme ses désirs. Ce qu'il donnera c'est « une pau. « La grande torture du cœur de l'homme est d'être perpétuellement dévoré par la soif. Ses aspirations sont innombrables, ses désirs restent à jamais inassouvis. L'homme a soif de vie, il a soif de jouissance, il a soif de bonheur, il a soif de repos ; il a horreur du néant, il a soif d'immortalité. Le monde a créé des moyens factices d'étancher cette inextinguible soif : il s'estcreusé « ces fontaines percées » dont parlait le prophète, « citernes desséchées, » qui
LA GRACE DE JÉSUS-CHRIST lot
laissent à la soif de l'homme à peine un filet d'eau bourbeuse. Et malheur aux lèvres qui s'ouvrent à cette eau impure ! Malheureuses les entrailles où elle fait pénétrer son poison ! La soif redouble, les désirs s'irritent : c'est la fureur, c'est le délire, l'homme se jette éperdu sur ces eaux fangeuses, et n'en revient que la mort dans le sein, et au cœur le plus affreux désespoir. Pauvre âme! écoute ton Dieu : « Celui qui boit de l'eau que je lui donnerai n'aura plus soif à jamais. » L'âme chrétienne est « remplie de toute la plénitude de la Divinité ; » l'infini en déborde, tout y est vaste et éternel, son regard s'ouvre à des perspectives infinies, son cœur à d'infinies espérances et à d'ineffables amours ; le temps est rempli pour elle de consolations et de joie, et devant elle l'éternité déroule ses interminables ivresses et ses gloires sans mesure et sans fin. Remarquons le mot du divin Maître : fiet in eo fons aquse salientis. C'est une eau vive, c'est une eau jaillissante : la grâce dans l'âme chrétienne n'est jamais inerte et immobile, elle jaillit, elle élève vers le ciel œuvres sur œuvres, vertus sur vertus, joies sur joies, splendeurs sur splendeurs. Tout se remue aux grandes choses dans l'intérieur du chrétien : intelligence, cœur, volonté, imagination, sensibilité, tout est emporté aux saillies et aux essors sublimes qui font franchir l'incommensurable étendue de la terre jusqu'au plus haut des cieux. Car cette eau vive a un jaillissement qui va «jusqu'à la vie éternelle; » in vitam œternam. L'œuvre avance : la grâce remporte sur la Samaritaine un nouveau et précieux triomphe : la Samaritaine prie. Si insouciante tout à l'heure et si insensible, maintenant attentive, respectueuse, ouverte aux espérances supérieures, et pleine de mystérieux désirs, elle prie : domine, do, trihi ! L'âme est proche du
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salut, et la grâce de sa suprême victoire, quand ce grand mot s'est fait entendre : Seigneur, donnez-moi! Sans doute la Samaritaine ne perce pas jusqu'aux sublimités du monde surnaturel de la grâce, mais elle désire et elle prie; elle s'élève jusqu'à l'idée d'un don. qui surpasse la nature et apporte des jouissances que la terre ne donne pas. « La femme dit : Donnez-moi, Seigneur, de cette eau afin que je n'aie pas soif. » Elle fait un retour sur les tristesses de ce monde, l'aridité de ses joies et la vanité des biens dont il nous amuse et nous fascine. Afin que je n'aie plus soif : que je ne soupire plus sans cesse après ce bonheur qui me fuit toujours, cl que je ne vienne plus puiser ici : que je ne me fatigue plus à « courir après le mensonge, » et que je ne m'épuise plus à c poursuivre la vanité. » Quelle saisissante image! La Samaritaine rappelle ses continuelles et fatigantes courses à cette fontaine où elle puise toujours sans se rassasier jamais. Hélas ! et quelles courses plus rudes, quelles plus écrasantes fatigues, quels efforts plus stériles chez l'âme mondaine pour trouver une eau qui ne désaltère pas et qu'il faut sans cesse, sans fin, aller puiser !
Le grand pas reste à faire : l'abîme reste à franchir. Cette âme ainsi disposée doit entrer par la foi en plein cœur du surnaturel et du divin. Derrière la figure, elle doit apercevoir clairement les réalités augustes, au travers de l'eau terrestre, l'eau divine de la grâce, et sous l'obscur aspect du Juif inconnu, la radieuse vision d'un Homme-Dieu. La lumière va grandir peu à peu afin de ne pas brusquement aveugler des yeux trop faibles encore pour en supporter l'entière effusion. Avant l'Homme-Dieu, se montrera le Propbète. Voca virum : « Jésus lui dit ; va, appelle ton mari. » Pauvre nature
humaine ! habile à se tromper soi-même et persuadée que, dans l'ombre et le mystère, elle peut trouver un abri contre ses déshonneurs ! la Samaritaine croit donner le change à Celui qu'elle ne regarde encore que comme un homme, et le tromper par une équivoque : virum non habeo. Mais le Prophète se révèle qui d'une impitoyable main déchire tous les voiles, et met à nu les hontes de toute une vie. Le coup a porté et il a eu l'effet voulu par la grâce : il a élevé la pécheresse jusqu'à l'amour et la recherche de la vérité. Il n'est plus question de l'eau du puits de Jacob, ni de la soif qu'elle étanche ; cette âme déjà si transfigurée traite avec le Prophète qui s'est découvert la grande question delà sanctification et du salut. Mais avant d'entrer dans cette partie nouvelle du drame qui se développe, arrêtons-nous à une belle et profonde doctrine de saint Augustin. Cette femme est la figure de l'humanité entière : son histoire, toute l'histoire du genre humain. L'homme avait reçu de son Créateur un chef, un guide, un protecteur, un principe actif de tout enfantement et de toute fécondité : la raison. La raison, lumière divine, reine de l'homme, devait tout régir en lui, tout défendre et tout féconder. Aux jours où apparaît le Sauveur, la raison, vaincue par les vices du cœur, égarée dans les ténèbres de la sagesse humaine, les extravagances de la philosophie et les monstruosités du polythéisme, la raison s'est retirée, elle n'est plus là ; Est-ce que Dieu n'a pas convaincu la sagesse de ce monde de n'être que folie ? et encore : tout en s' appelant des sages ils sont devenus des fous. Que fera le Sauveur ? Il rappelle cette reine répudiée et chassée. 11 dit à l'humanité : voca virum ; « rappelle » cette raison faite pour te gouverner et te soutenir : voca ! L'humanité répond dans la honte deLon
délaissement : virum non habeo, « je ne l'ai plus. » C'est bien le mot de saint Paul : shtlti factl sunt, « ils sont devenus des fous. » Privée de son époux légitime, l'ùme humaine s'est prostituée à chacun de ses cinq sens, qui l'ont jetée dans l'abîme de toutes les infamies et de toutes les dégradations : c'est de cet abîme que la Sagesse éternelle, l'Intelligence infinie vient la retirer*.
La Samaritaine va droit au cœur de la grande question, la seule capitale pour l'homme, la question du salut, de la destinée et des moyens à prendre pour y atteindre. Jésus-Christ pour la Samaritaine est un envoyé de Dieu: le salut de son âme, la seule chose nécessaire,^ préoccupe uniquement, et désormais elle pratique l'enseignement quelle ne connaît pas encore : quserile primum regnum Dei, « cherchez d'abord le royaume de Dieu. » Quant à la grâce, quant à Jésus-Christ, nous allons leur voir faire ce merveilleux travail de transformer en chrétienne éclairée et fervente une pauvre samaritaine perdue de vices, chargée de ténèbres, demiidolâtre, et incapable, ce semble, d'aucun héroïsme. Jésus-Christ n'avance que par degrés, il fait passer cette âme par trois illuminations successives. Il écarte tout d'abord les faux préjugés, les maximes perverses, les épaisses ténèbres de l'incrédulité et de l'erreur. 0 femme, vous adorez ce que vous ne connaissez pas. 0 incrédules, ô rationalistes, ô hérétiques! vous avez un symbole inadmissible au bon sens : vous vous êtes fait une croyance tissue d'absurdités, une morale remplie d'immoralités révoltantes; rien ne se justifie dans votre credo, rien ne se soutient dans vos systèmes : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ! » Débarrassée
i D. Thoiu. Comment, in Joui., cap. iv. ioo. 2
de ses erreurs et désabusée de ses anciennes illusions, l'âme est introduite dans le domaine révélé. Sans faire encore étinceler à ses yeux la pleine lumière chrétienne, la grâce suit cette gradation prudente dont parlait l'Apôtre1 : elle présente du lait d'abord, puis seulement après la nourriture solide, les plus hauts mystères, les plus inaccessibles dogmes, les plus héroïques devoirs. Mais ce n'est là qu'un arrêt passager, une clarté transitoire : à peine faite juive2, la Samaritaine est élevée au sommet de la foi et de la morale chrétienne. Garizim et Sion vont disparaître, l'idolâtrie et le culte mosaïque vont faire place au seul christianisme; c'est ce culte nouveau, c'est cette religion divine que Jésus-Christ apporte au monde, et dont il révèle à la Samaritaine les excellences et les devoirs. Voici le culte que l'Homme- Dieu apporte à la terre. « L'heure vient, et c'est maintenant que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Car le Père lui-même cherche de tels adorateurs. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, il faut qu'ils l'adorent en esprit et en vérité. « Tout change dans le monde, tout y devient spirituel et céleste : la foi y contemple « l'invisible, » l'homme devient l'hôte « d'une céleste patrie,» « sa vie se passe dans les cieux, » « ce ne sont plus les choses visibles que son œil contemple, mais bien les choses qui ne se peuvent point voir. » « Né de l'homme terrestre, il était terrestre : né de l'homme céleste, le voici devenu céleste » et surnaturel. La foi est la seule entrée au salut : l'espérance emporte les âmes par delà les choses créées jusqu'au monde invisible : l'amour attache les cœurs aux charmes
1 B. Paul. 1 Gorinlli. — 2 D.Thom. Comment. inJoan., cap.iv, lec. 2.
de l'éternelle Beauté : le culte est spirituel comme tout le reste, l'autel chrétien est recouvert d'impénétrables voiles, la grande Victime qui remplace tous les holocaustes s'offre d'une façon mystique et tout ineffable : la foi est partout, la claire vision nulle part. A sa spiritualité la religion chrétienne ajoute la vérité : vérité pleine, absolue, universelle, infinie, sans ombre, sans incertitude , sans amoindrissement , sans altération , sans mélange. On adore Dieu « en esprit : » on l'adore aussi « en vérité. » L'idolâtrie chargeait le monde de ténèbres ; la révélation mosaïque n'avait que des vérités commencées et les demi-teintes d'un crépuscule ; la philosophie humaine, outre qu'elle ne fait parcourir fc l'intelligence qu'un domaine étroit, ne l'y conduit qu'avec incertitude, détours et erreurs ; l'hérésie a « dénoué » le symbole comme elle a dénoué le Christ, et ne présente que les débris mutilés d'une ruine : seule, la vérité catholique est entière, jeune, fraîche, immaculée ; les siècles qui ont passé sur elle n'ont fait que développer et épanouir son symbole, les erreurs humaines que rendre plus éclatante, par le contraste de leurs ténèbres, sa pure et radieuse lumière, les perpétuelles fluctuations de l'esprit humain que manifester toujours davantage sa divine immutabilité. Troisième caractère de la religion de Jésus-Christ : c'est une religion filiale, c'est « un Père » qu'on y adore: adorabunt Patrem. Le Juif servait Dieu en mercenaire ; le Gentil adorait dans la terreur et le sang une divinité regardée comme malfaisante et implacable ; le chrétien dit à Dieu dans l'extase du plus filial amour : « Mon Père ! » Clamanus : Abba, Pater. Et cette religion spirituelle, vraie, filiale, est la seule qui soit en harmonie avec la nature de Dieu, la seule qui réponde aux besoins de son
cœur comme aux exigences de sa gloire. Dieu est Esprit, c'est donc « en esprit » qu'il le faut adorer. Dieu est la vérité essentielle, sons mélange, infinie, tout doit être « vérité » dans la religion qui l'honore; son Verbe incarné fut « plein de vérité, » en lui il n'y a pas « le oui et le non, » il n'y a en Jésus-Christ que le « oui. » Non- seulement toute erreur est bannie du credo et du culte catholiques, mais la figure elle-même qui faisait le fond de la religion mosaïque a été remplacée par la réalité : tout est maintenant le « oui, » la vérité complète, absolue, vivante, infinie : le christianisme est tout entier réalité et vérité. L'ordre surnaturel, la foi, la morale, les espérances chrétiennes, forment ensemble la plus inébranlable comme la plus divine des réalités : Quotquot promissiones Dei sunt,in illoEST *. Enfin Dieu « est charité, » Deus charitas est. Quel culte lui pourra plaire ? Quelle religion répondra aux besoins de son c œur, sinon la plus aimante, la plus filiale des religions, la religion dont l'amour fait le fond unique, qui diligil legem implevit, et qui constitue l'homme devant son Dieu dans les rapports du fils avec le plus tendre et le plus généreux des pères, ero illis in Pat rem et erurit mihi in filios et filias, dicit Domliius2 ? C'est en ce sens
1 II Corinik. i. — - Per hoc totum oslondilur eminenlia istius adorationis. Primo qu idem quia est secundumspirilum. Secundo vero quia hœc adoratio est secundum veritatem. Ideo quantum ad primum dicit (Evangelista) veri adoralores adorabunl in spirilu; quantum ad secundum dicit in veritate, non in figura.... Sed dicit Pat rem quia adoratio legis non erat Patris sed Domini. Nos adoramus ut lilii per amorem, il 1 i vero adorabant ut servi per timorem.
Consequenter cum dicit Pater taies qxtxrit ostendit convenientiam adorationis ex cUiohus : lumexvoluntate et acceptione ejua
que l'Apôtre dit ces grandes et douces paroles : « Nous n'avons plus comme la première fois reçu un esprit d'esclave pour trembler, nous avons reçu un cœur d'enfant adoptif qui nous fait nous écrier : « Père, û Père ! »
Une dernière illumination, la plus divine et la plus indispensable de toutes, celle qui commence et consomme le salut de l'homme, va maintenant dévoiler cala Samaritaine l'ineffable mystère de l'Incarnation et de la Rédemption du monde par la venue de l'Homme-Dieu. Un dernier mot reste à dire, mot immense comme la réalité qu'il recouvre : EGO SUM. Admirons comment peu à peu, degré par degré, la Samaritaine a été amenée jusqu'à cette écrasante révélation : Dieu dans ce pauvre ! Toute la Majesté infinie cachée sous cette « forme d'esclave1 ! » La grâce lui a déjà mis dans l'âme l'idée et l'espérance du Messie avenir, elle sait que le monde est dans l'attente, et que sa venue dominatrice réglera tous les rapports de l'homme avec son Dieu. « La femme dit : je sais que le Messie vient (c'est-à-dire le Christ), et quand il sera venu il nous enseignera toutes choses. » Ces « choses » se sont déjà émues dans son âme, elle a le pressentiment d'un ordre supérieur à l'ordre de la nature ; sous cette eau mystérieuse qui doit étancher à
qui adoratur ;tum ex ipsius natura. (D.Tljorn. Comment, in Joan., cap. iv, lcc. 2.)
1 Non auleui Deus manifestavit se mulieri a principio. Nunc autem paulatim in cognitione Ghristi eara reducens opportune revelavit seipsuin. EL quidem inlerrogatur a Pharisœis ulrutn csset Christus : « Si tu es Christus, die nobis palam, » et tamen eis se non manifeste revelavit quia non ad discendurn sed ai lentandum quaerebant; hicc vero simplici mente loquebatur, (D. Tlioui. Comment, in Joan., cap. iv, lee. 2.)
jamais toute soif, elle a entrevu de divines promesses et des biens supérieurs aux biens visibles et matériels ; «• le culte en esprit et en vérité » a laissé, dans un lointain mystérieux, entrevoir de toutes célestes splendeurs; dans Celui qui lui parle de ces nouvelles et étranges cboses elle a reconnu plus qu'un homme, elle a devant elle un Prophète, et les paroles qu'elle entend sont les paroles mêmes de Dieu. « La femme lui dit : je vois que vous êtes prophète. » D'ailleurs, les charmes et la douceur de Jésus ont vaincu cette âme, la noblesse divine de son aspect, la Majesté de son regard , la mystérieuse grandeur empreinte sur toute sa personne, la subjuguent et lui feront porter sans faiblir la grande parole qui terrifia le monde, et qui, après tant de siècles, saisit encore nos âmes de stupéfaction et d'effroi : Dieu sur la terre ! Dieu conversunt avec l'homme, seul à seul, cœur à cœur, dans l'expansion délicieuse d'un entretien d'ami, dans les transports d'un paternel et d'un filial amour. EGO SUM. Ce voyageur, cet étranger, ce pauvre, cet homme qui te parle, cet ami qui t'aime, ce guide qui t'éclaire, ce Sauveur qui t'ouvre les voies du salut, c'est ton Dieu ! Jésus lui dit : je suis celui-là, moi qui le parle.
L'Évangile, sobre et austère document, où les faits sont laissés à leur seule éloquence, tait ici les sentiments qui se pressèrent dans l'âme de la Samaritaine en ce grand et solennel moment, l'émotion dont elle fut remplie, le saisissement qui s'empara d'elle, les délicieuses larmes qui s'échappèrent de ses yeux, et le cri de foi et d'amour qui jaillit de son cœur. Le texte sacré nous mène brusquement au spectacle de la plus admirable des couversions et aux fruits merveilleux qu'une seule
et pauvre femme sut produire dans l'ardeur de son zèle et la fécondité de sa foi '.
III. — Au moment où Jésus-Christ disait le grand mot qui devait bouleverser et transformer le monde : £7/o mm! les Apôtres revenaient à leur Maître. Deux traits rapides les dépeignent : étonnement et respectueux silence ; ils restent saisis d'admiration, ils gardent un discret silence. Qu'admiraient-ils? Deux choses, répond saint Thomas, la condescendance avec laquelle Jésus s'abaissait à évangéliser si magnifiquement une femme si pauvre et si obscure ; la mystérieuse exception qui faisait accueillir une Samaritaine contre tous les usages et les traditions du peuple juif. Ils ignoraient que les temps étaient venus où >> ce n'est plus ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que l'on adorerait le Père ; » que tous les peuples allaient accourir, que toutes les faiblesses allaient être accueillies, toutes les indignités admises, toutes les prévarications pardonnées. Ils ne voyaient pas dans cette femme, ce que toute la tradition y a vu : le type auguste et touchant de l'Église de la Gentilité 2. S'ils ignorent, les Apôtres conservent la modeste retenue d'une sage ignorance : ils se taisent': « Personne ne dit : que prétendez-vous; ou pourquoi conversez-vous avec cette femme? » Ils se taisent. C'est le plus excellent hommage que la créature faible et bornée puisse rendre à son créateur, silentium tibi laus.
» Posita doctrina de aqua spirituali, hic agit de eïïeclu ipsius doctrinae. (D. Thom. Gomment, in Joan., cap. îv, lec. 3.) — » Nescientes mysterium quod mulier typum Ecclesiœ gentium gereret quam quaerebat qui « quaerere et salvum facero quod perierat, » veuit. (D.Thom. Comment, in Joan.; cap. iv, lec. 3.)
Quand l'homme a compris que sa raison si courte et si fragile ne peut se heurter impunément à l'infinie puissance divine ; que tout est pour elle dans la nature, dans la région plus haute de l'intelligence, dans l'ordre inaccessible de la grâce, abîme, mystère, obscurité, l'homme se tait. S'il parle, s'il questionne avec l'insolence de l'orgueil et la tentation du doute, il est perdu. Le monde tomba victime d'un pourquoi orgueilleux, et quand Job, non plus avec l'impiété du doute, mais avec l'égarement de la douleur, eut mêlé aux cris de sa. détrosse quelques interrogations à la providence de Dieu, Dieu lui répondit du milieu du « tourbillon, » du haut de sa gloire, et du fond de son inaccessible Majesté : « Quel est l'imprudent qui obscurcit la sagesse par des paroles insensées ? — Et Job, répondant alors au Seigneur, dit : Je sais que vous pouvez tout, et aucune pensée ne vous est cachée. Quel est celui qui obscurcit la sagesse par des paroles insensées ? Oui, j'ai voulu expliquer des merveilles que je ne comprenais pas, des prodiges qui surpassaient mon intelligence. » Devant Dieu qui agit, l'homme doit se taire, croire, espérer, adorer. Et personne ne dit: que prétendez-vous, ou pourquoi conversez-vous avec cette femme ?
Quant à la Samaritaine, subitement transformée par la grâce, elle nous offre le plus merveilleux et le plus divin spectacle. Trois prodiges signalent cette conquête de Jésus-Christ sur l'ignorance, l'indifférence et le péché : dispositions admirables, admirable apostolat, admirables SU°,C3S'.
La première et essentielle disposition de l'âme trans-
1 Consequenter ponitur fructusproveniens ex parte mulieris; et •;onuntur tria qufe colligi possunt ex dietfs et factis ejus : sciiicet
figurée par la grâce, c'est l'abandon delà terre, le détachement des affections sensuelles, le dépouillement magnanime de la vie de la nature : le grand mot de la conversion et du salut est le mot de Dieu au patriarche: Exi de cognationç tua, « sors de ta famille ! » L'âme convertie laissera donc « le puits, » et les eaux de 'ce monde : la femme laissa là son vase et s'en alla, elle quitta le puits plein des satiétés de la vie sensuelle, le monde où sont enfermeb les impurs et mortels plaisirs. L'âme qui réclame les célestes jouissances doit abandonner celles de la terre, l'âme qui a soif « de cette eau vive qui jaillit jusqu'à la vie éternelle, » doit jeter loin d'elle le « vase » par où elle puisait aux eaux fangeuses de ce monde, les sens par lesquels elle se mettait en rapport avec la matière, le corps et les voluptés du corps pour lesquelles elle trahissait son salut et délaissait son Dieu. La seconde disposition d'une âme que possède et dirige la grâce, c'est le zèle. Voici la Samaritaine devenue un apôtre et un héros : elle quittera ce qu'elle a de plus cher au monde, elle quittera son Jésus même, elle affrontera le déchirement douloureux d'une telle séparation, pour courir aux conquêtes que son zèle lui découvre, et que son amour brûle d'offrir à son Dieu : abiit in civitatem. Rien n'étonne l'amour, rien ne lui semble impraticable ; les plus vastes entreprises, les plus gigantesques projets le trouvent prêt, et rien ne lui est impossible sinon de reculer devant les fardeaux qu'il s'impose. Une femme pauvre, obscure, sans nom qu'un nom souillé et flétri, rêve la conquête d'un pays et d'une ville : et quelle conquête ! amener aux
dcvolionis airectus ; secundo prœdicalionis morfus ; terlio prœdicatiouis elfectus. (D. Thoui, Comment, m Joua., cap. iv, lec. 3.)
pieds d'un Juif laSamaric entière, et faire adorer dans un indigent assis sur une pierre, l'infinie majesté d'un Dieu i Voilà l'œuvre : elle n'a d'égal à sa grandeur que l'habileté et la générosité toutes divines avec lesquelles la femme de Samarie l'entreprend et la conduit. Elle avait à prêcher Jésus-Christ, « scandale aux Juifs et folie aux Gentils, » cet écrasant mystère de l'anéantissement d'un Dieu dans la chair. Avant toutes choses, elle pose les préliminaires de la foi, les motifs de crédibilité, elle fait apparaître le miracle,1. Elle propose à croire à tout co grand peuple un Dieu descendu sur la terre, un Dieu fait pauvre, devenu méconnaissable sous son aspect d'esclave : c'est-à-dire qu'elle écrase la raison humaine sous le mystère. Or, dit saint Thomas, « je no croirais pas, si je ne voyais qu'il faut croire. » La Samaritaine montre à la foule qui l'écoute, qu'il faut croire; et elle le montre en lui présentant le sceau divin par excellence, le miracle. Cet homme fait des merveilles, donc il est de Dieu ; cet homme qui fait des miracles affirme qu'il est le Messie promis et qu'il est Dieu, donc il est Dieu. Irrésistible logique, inébranlable preuve qui a entraîné le monde comme elle a triomphé de Samarie. La femme s'en alla dans la ville et dit à ces hommes : venez voir un homme qui m'a dit tout ce que f ai fait. La Samaritaine présente tout d'abord le mystère par son côté le plus accessible : elle parle de « l'homme » en Jésus- Christ, de ce que voient les yeux, de ce que constatent
* Non statim dixit quod veuirent ad Gliristum, seu crederent ne daret oceasionemblaspheniandi; etideo a priacipio dixit ea de Chrislo r[uco credibilia erant et in propatulo sciliect quod esse homo. Nec dixit crédite, sed : a venite et videte. » (D. Tlu.n, Gomment, in Joan., cap. iv, lec. 3.)
ii'l CHAPITRE DIXIÈME
les sens ; mais indirectement dans 1' « homme » elle fait apparaître le Dieu : « venez voir un homme » mais un homme qui pénètre le secret des cœurs, pour qui rien n'est caché de ce qui échappe à l'œil de l'homme, et dont une divine science éclaire l'entendement et dirige les discours : « un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait, » et que j'avais réussi à dérober à tous les regards. Conclura-t-elle hardiment : donc c'est le Messie, donc c'est le Verbe de Dieu Rédempteur ? Elle s'en garde bien. Elle suggère ce grand dogme, elle y amène par l'effort d'une puissante et irrésistible logique, mais la conclusion qui fait tomber aux pieds de Jésus et l'adorer comme « l'Emmanuel, le Dieu » promis à la terre, elle laisse à leur bon sens et à leur droiture à la tirer : serait-ce lui le Christ? Forme dubitative qui mène à la conclusion sans l'imposer, qui invite à l'examen sans étreindre la raison dans des liens prématurés. Néanmoins la grande parole est dite, le nom du Christ a été prononcé, « le fondement » sans lequel rien ne se construit plus, « comme un sage architecte, la Samaritaine l'a posé. » Numquid ipse est Christus ? A l'habileté, cette admirable femme joint une générosité héroïque. Pour manifester son Dieu, elle doit mettre à nu ses propres débordements, il faut payer son apostolat du plus terrible des sacrifices, celui de l'honneur, en se livrant au mépris de tout un peuple : la Samaritaine n'hésite pas : « venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait » La grandeur du succès répond à la magnanimité de l'apostolat : les foules s'ébranlent, Samarie s'émeut tout entière, l'enthousiasme est immense, l'essor tient du prodige, tout un peuple sort de la cité, descend à flots pressés la montagne, et l'œil croit voir de loin la campagne couverte d'une mouvante moisson. C'est la
gracieuse expression da Sauveur, montrant ces foules à ses apôtres : levez les yeux et voyez les campagnes blanchir pour la moisson.
Laissons la foule arriver au Sauveur, et prétons l'oreille à un entretien tout mystérieux entre Jésus et ses Apôtres, à propos de cette merveilleuse conversion. Les douze avaient laissé leur Maître épuisé de fatigue et mourant de faim : la première parole de leur sollicitude alarmée est celle-ci : Rabbi, manduca : « Maître, prenez de la nourriture. » Jésus-Christ, tout entier à la grande affaire de Samarie, absorbé dans son zèle, n'en peut arracher son âme, et entretient ses disciples Je l'apostolat catholique, de l'œuvre de l'Église, de ses travaux, de ses triomphes, de la conversion du monde et de la formation prochaine de l'immense et universel royaume des âmes. Quelle est la nourriture, la vie de l'apôtre? Le grand œuvre de la Rédemption, l'œuvre de Dieu, qui a rempli l'éternité, et déroule ses merveilles à travers les siècles. Perficiam opus ejus : accomplir, achever, maintenir, développer, défendre l'œuvre de Dieu, opus Dei, telle sera la préoccupation unique, l'unique travail de l'apostolat catholique. L'Kglise y dépensera ses sueurs, ses forces, sa vie. Elle y prodiguera sa parole, son action, ses multiples et perpétuels martyres : travailler à cette œuvre sera sa nourriture et sa vie de tous les jours. Et remarquons ce mot : perficiam opus. « Parfaire, perfectionner l'œuvre da Dieu.» Comment la Rédemption a-t-elle « perfectionnî l'œuvre primitive? Comment le chef-d'œuvre de Dieu la nature humaine, a-t-il été couronné, par l'incarnation et la médiation du Christ, de plus de splendeurs que ne lui en avait donné TEden des premiers jours ? Saint Paul répond : Supirabuwlavit gralia, « 1j grâce a surat. m 5
l',5 CHAPITRE DIXIÈME
ronde. » L'Eglise chant3 : « 0 Dieu qui, aptes avoir créé l'homme dans une merveilleuse grandeur, l'avez refait plus merveilleusement encore.... » C'est \k parfaire l'œuvre de Dieu, et c'est le magnilique résultat de l'Incarnation, dont l'apostolat catholique ne cesse de répandre sur le monde les divins bienfaits. En même temps qu'ils ignoraient les splendeurs de la grâce dans la conversion du monde, les Apôtres en ignoraient encore la proximité. « Levez les yeux, » dit Jésus, et il leur montre l'innombrable foule deSamarie qui s'avance, et derrière elle, toutes les nations, tous les siècles, toute la terre, en marche vers le Sauveur descendu du ciel, et prêts à embrasser le salut qu'il apporte au monde. « Levez les yeux et voyez : » double regard jeté, l'un sur les coteaux de Samarie et la foule qui les couvre, l'autre sur le monde et l'innombrable Église qui le remplit. Ces mots du texte : « Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois pour la moisson ? Et moi je vous dis : levez les yeux et voyez les campagnes, comme déjà elles sont blanches pour la moisson, » saint Thomas en fait aussi l'application à l 'âme chrétienne : âme croyante, mais tiède, mais paresseuse, remettant sans cesse le moment d'une pleine conversion et d'une entière ferveur, disant toujours : adhuc quatuor menses ! après, après; quand ces affaires me laisseront plus de loisirs, quand ces plaisirs se seront effeuillés, quand ces passions se seront refroidies. 0 chrétien, qui te retarde £ « Lève les yeux et considère les campagnes, » les champs de la grâce, les champs de ton âme, les facilités du salut, les espaces de la miséricoivle : tout est prêt, tout blanchit pour la moisson ; ta paresse seule la recule, Dieu te l'annonce pour l'instant même où tu la voudras recueillir. Embrassant dans tout son ensemble la grande
LA CUACE DE JÉSUS-CHRISÎ 14?
moisson des âmes à travers tous les siècles, Jésus-Christ montre à ses Apôtres les deux phases qu'elle a traversées et les deux sortes d'ouvriers qui y ont tour à tour concouru. Il y a eu le temps des semailles : il y a maintenaat le temps de la moisson. Les justes de l'Ancienne Loi, les patriarches, les prophètes, le sacerdoce d'Aaron, la Loi ancienne tout entière, ont été chargés de verser et de cacher dans la terre, sous l'obscurité et dans les mauvais jours de l'hiver, la semence de la foi et le germe de la vertu. « L'hiver est passé, » le Soleil de justice se montre dans tout son éclat, la moisson mûrit sous les rayons de la vivifiante lumière, les Apôtres successeurs des ouvriers de la Loi ancienne vont mettre la faux dans les épis blanchissants, et recueillir pour l'éternité les fruits semés et mûris dans le temps : Congregat fructum in vilam œtemam.
Les premiers en arrivent : le peuple entier de Samarie, entraîné sur les pas de l'ardente Samaritaine, est aux pieds de Jésus, suspendu à ses lèvres divines, accueillant avec une double confiance les enseignements sublimes de la Rédemption, et avouant naïvement dans sa défuite l'un des premiers et des plus illustres triomphes de la grâce sur les nations. « Les Samaritains étant donc venus à lui, le prièrent de demeurer là, et il y resta deux jours. Et il y en eut beaucoup plus qui crurent en lui à cause de sa parole ; et ils disaient à la femme : Ce n'est plus à cause; de ton récit que nous croyons, car nous avons entendu nous-mêmes et nous savons que c'est Lui qui est vraiment le Sauveur du monde. »
Étudions cette conversion, fruit du zèle de la Samaritaine, et si admirable dans les traits sous lesquels nous la représente le texte sacré. En eux la foi: crediderurit. Et ce n'est pas une foi imprudente et aveugle, suite
d'un fanatisme inconscient et d'un de ces entraînements irréfléchis, familiers à la foule : les Samaritains ont cru parce qu'ils ont vu qu'ils devaient croire ; l'évidence s'est montrée à eux ; dans le miracle ils ont reconnu le sceau divin, et sans prendre garde qu'ils étaient placés devant le plus écrasant mystère, ils ont vu la présence et l'action de Dieu, et il leur a suffi. Crediderunt propter testimoîiium. Et à la foi ils joignirent les œuvres :
La foi qui n'agit point, est-oe uno foi sincère f
Eux agissent : ils sortent de leur repos ; ils font trêve à leurs affaires; ils quittent leur ville, et ils s'en viennent au Sauveur : cum venissent ad Muni. Le christianisme a pour essence et pour fondement l'union filiale de l'homme avec son Dieu. Le peuple de Samarie, subjugué par la grâce, s'élève d'un coup jusqu'à cette notion sublime : il veut son Dieu au milieu de lui, hélas ! au rebours de notre société contemporaine qui veut son Dieu hors de chez elle et prétend se passer de lui : rogaverunt eum ut ibi maneret. Entré à Samarie, Jésus-Christ achève l'œuvre delaSamaritaine.il accroît le nombre des fidèles : mullo plures crediderunt. Il perfectionne leurs dispositions ; leur croyance devient pleine et puissante, ils n'en sont plus aux préambules de la foi ; ils franchissent les motifs de crédibilité, dépassent les témoignages de leur raison, et se fixent en plein cœur de la vérité et de l'autorité du Dieu qu'ils accueillent, croient et adorent. Mulieri dicebant : quia non propler tuam loquelam credimus. Et quelle fermeté, quelle certitude dans cette foi ! Leur parole reste la grande parole de la foi catholique, la parole qui traverse les siècles, domine les bruits de ce monde, renverse les
obstacles, triomphe des dangers, subsiste en dépit de toutes les guerres : Scimus, « nous savons ! » C'est la gloire exclusive du chrétien, c'est son inaliénable patrimoine. Quand toutes les intelligences flottent incertaines sous un ciel obscur, et au milieu des flots mobiles de la pensée humaine, lui « sait, » scimus; éternellement à l'abri des anxiétés du doute et des désastres de l'erreur. L'objet de cette foi est divin comme ses caractères. Le fidèle « sait » la plus magnifique des œuvres de Dieu, le résumé de tous les mystères, le centre où tout dans la création vient aboutir : il « sait » le Verbe fait chair, le Sauveur du monde, le Médiateur entre Dieu et les hommes, l'Emmanuel, « le Dieu avec nous. » « Nous avons entendu nous-mêmes et nous savons que c'est lui qui est vraiment le Sauveur du monde '. »
* Fructus proveniens ex prœdicatione mulicris proveniens ponitur. Fructus autem iste ostenditur quantum ex tria. Primo quantum ad fidera, quia in Christum crediderunt. Secundo ostenditur fructus quantum ad eorum accessum ad Christum ut perticiantur per eum. Tertio quantum ad desiderium : nam credenti non solum est necessarium venire ad Christum, sed quod habeat eum secum. Manet autem Dominus nobiscum per charitatem.
Fructus proveniens ex praedicatione mulieris augmentatus est ex praesentia Christi, et hoc tripliciter. Primo ex multitudine credentium. Secundo ex modo credendi. Tertio ex veritate fidei.
Notandum quod tria sunt necessaria ad perfectionem fidei quse hic per ordinem ponuntur. Primo ut sit recta; secundo ut sit prompta-, tertio ut sit certa. — Recta quidem est iides eum veritati non propter aliquod aliud, sed ei propter seipsam obeditur. Nec dicunt : non propter tuam loquelam, sed propter ipsam veritalem. — Prompta quidem est fides si cito crédit. — Tertio débet fides esse certa quia qui dubitel in fide, infidelis est. (D. Thom. Comment, in Joan., cap. iv, lec. 5.)
Comment s'opère notre Rédemption ? Comment des; horreurs de la mort nous élevons-nous jusqu'aux gloires de l'immortalité? Voici le délicieux enchaînement de nos délivrances et de nos résurrections. Un Sauveur nous est donné, Dieu et homme tout ensemble : Dieu pour communiquer à sa rédemption une valeur et une efficacité infinies; homme pour descendre jusqu'à nous 3t pouvoir s'approcher de nous et se mêler à nous. Ce Sauveur se fait notre semblable et notre père, devient notre ami et l'hôte de nos demeures, s'assied à notre foyer, et partage nos douleurs comme nos joies, nos allégresses comme nos infortunes. Parmi ces infortunes, il en est une suprême qui résume et consomme les douleurs de toutes, c'est la mort. Aussi est-ce devant elle que nous trouvons notre Jésus, notre Sauveur, plus compatissant, plus tendre, plus secourable, plus victorieux. Devant la mort qui nous dévore, il dit une parole de suprême consolation et de suprême espérance : Ego sum resurrectio et vita !
Tel est donc notre Rédempteur, tel il nous apparaît et nous fait ressentir les influences bénies du salut qu'il nous apporte. Il nous est un ami ; il nous est un consolateur ; il nous est un principe de résurrection et de vie. Il vient à nous et habite notre demeure : il se montre sensible à nos douleurs, franchit le seuil qu'a ravagé l'infortune ; il jette à nos sépulcres la victorieuse parole qui chasse la mort, et appelle la résurrection et la vie. « L'heure vient où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et tous ceux qui l'entendront vivront. >• Ces trois phases de notre rédemption : amitié de Jésus, compassion de Jésus, résurrection de Jésus, une suave et majestueuse scène de l'Évangile nous les fait apparaître dans une palpitante vérité. Le récit évangélique nous introduit d'abord dans un intérieur doux et pieux, où sont les amis de Jésus. Puis cet intérieur est assombri par le deuil et désolé par la plus amère douleur; Jésus y entre pour y partager la souffrance de ceux qu'il aime, il daigne y pleurer et y frémir. Enfin, dans cette maison pleine de mort , Jésus répand la vie ; sa parole divine rappelle des horreurs du sépulcre Lazare, que le trépas dévore depuis quatre jours. Et ainsi dans la même divine histoire se montre-t-il notre Ami, notre Consolateur, notre Résurrection et notre Vie.