‹ Jésus-ChristChapitre 105 sur 139 · LES CÉSARS ALLEMANDS · texte numérisé non relu

LES CÉSARS ALLEMANDS

temps la foudre ne cessait de frapper autour de lui. Il perdait ses parents,

ses amis, ses conscillers intimes. On dit qu'aux lueurs de la colère divine,

à Pa nn

nn

Fig. 133. — Le Christ, de qui vient toût pouvoir. (Les personnages couronnés par lui représentent Romain IV

empereur d'Orient, et Eudoxie, sa femme.) — Ivoire commémoratif du couronnement (1087), Bibl. nat.

Diogène,

Frédéric vit clair et se repentit. Dieu poursuivit sa race; ses fils moururent coup sur coup, accusés de fratricide ; rien ne resta de son nom. Ainsi se termina ce grand épisode de la lutte du Sacerdoce et de l’Empire,

après deux siècles entiers. Durant ce temps, la Papauté avait fait les Croi-

sades, vaincu l’hérésie albigeoise, béni les ordres naissants de Saint-François et de Saint-Dominique, multiplié les universités, fondé les républiques italiennes, s’était à peu près affranchie de la tyrannie des républicains capitolins qui conspiraient avec les empereurs; elle avait dirigé le travail de civilisation le plus fécond qui se soit jamais fait dans le monde. Dieu lui accorde quelque repos, troublé cependant par les Césars de Byzance.

Pendant que l’Occident parvenait à l’âge viril, l'Orient tombait dans une décadence dont il ne s’est pas encore relevé. L'Occident chrétien obéissait au Pape; l'Orient, chrétien aussi, du moins de nom et d'apparence, obéissait à l’antipape; c’est le véritable titre que l'on peut donner aux empereurs de Constantinople, héritiers des empereurs romains, et qui avaient gardé l'esprit de Rome païenne. Leur domination s'appelle le Bas-Empire. Ce n'est pas qu’ils fussent au-dessous des héritiers directs de César, de Tibère et des autres. Au contraire, si bas qu’ils soient descendus , ils étaient plutôt encore au-dessus d’eux. Un reste d'esprit chrétien et d’habitudes chrétiennes, autour de ces empereurs et en eux-mêmes > les maintenait à une hauteur relative où ces anciens maîtres du monde n'auraient pu ni s'élever ni demeurer.

Il y avait un Patriarche à Constantinople et des évêques dans tout ce Bas-Empire. Sur ces siéges il passait des saints quelquefois, mais l'ambition humaine y régnait plus souvent et plus longtemps que la loi de Dieu. Le Patriarche de Constantinople niait la primauté et l'autorité du siége de saint Pierre. Tantôt de lui-même, plus ordinairement dominé par l’orgueil et par l'ambition impériale, il prétendait en être investi : c'était un reste du bagage de César emporté dans la seconde Rome. Les successeurs de Constantin, sans oser se parer jamais du souverain pontificat, prétendirent toujours l'exercer. Cette vanité puérile et sacrilége perdit l’empereur d'Orient. Elle gâta les Patriarches » les évêques, l’empereur, le peuple. Elle fit de l’Église d'Orient quelque chose qui n’était pas la vraie Église et qui s’en détacha. L'empereur fut par le fait un véritable antipape. De là des persécutions stupides, des querelles insensées, une décadence générale et bientôt mortelle.

Tandis que l'Orient, par une série de fautes, toutes déterminées par le

même principe, veut détruire le Pape et se précipite sous le joug des musul-

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