SAINT FRANCOIS D’ASSISES
mans, vengeurs dès longtemps préparés de son apostasie, Rome, par la Papauté, commence les Croisades, voit naître saint Bernard, saint Dominique, saint François d’Assises, le grand Pape Innocent III, le grand Docteur saint Thomas d'Aquin, le grand roi de France saint Louis. C’est le treizième siècle, brillant de toutes les sciences, de tous les arts, de toutes les vertus, de toutes les grandeurs.
Dans cette rose des âges chrétiens, où rien n’a manqué, ni l'étude, ni le dévouement, ni les entreprises hardies, ni le martyre, deux figures se distinguent dans la profusion de toutes celles qui peuvent faire quelque sorte d'honneur à l’humanité, c’est la figure de François d’Assises et la figure de saint Louis de France. Tous deux sont du peuple de Jésus-Christ; ni lun ni l’autre n'appartient au sacerdoce, ni l’un ni l’autre n’a recu de grands dons de la nature. Ce sont de simples mortels, mais élevés par l'Évangile. Par la foi, ils ont obtenu la surabondance de la foi; par leur fidélité à la surabondance de la foi, ils ont obtenu le don des miracles et acquis un honneur immortel, au premier rang de cette élite humaine qui se compose des continuateurs de Jésus-Christ.
Saint François d’Assises, d’humble et vulgaire condition, a mérité d’être appelé le Séraphin. Il a fondé une famille religieuse qui existe et fleurit encore, et qui a été le principal instrument de l’une des plus grandes et pacifiques révolutions qu’ait vues la terre. Moins d’un siècle après lui, on comptait dans l'univers catholique plus de cinquante mille franciscains sortis de tous les rangs de la foule, les plus bas et les plus élevés, qui portaient la parole et menaient la vie du Sauveur. Ils s’appelaient les Frères mineurs, pour indiquer qu'ils s’estimaient et voulaient être les derniers de tous. Leurs couvents où ils pratiquaient toutes les vertus, mais surtout la pauvreté et l’humilité qu'ils allaient prêcher à toute la terre, quêtant et recevant pour unique salaire le pain et le vêtement nécessaires à leur vie, ces pauvres couvents de pauvres, multipliés partout, devinrent bientôt les forteresses inexpugnables de la vie chrétienne. Ils étaient en même temps la figure visible et pratique de l'égalité. Pauvreté constante et contente, égalité respectueuse envers elle-même et envers les autres, et qui savait également se défendre de l’orgueil, de la bassesse et de l'envie. La
création des Franciscains et des Frères Prêcheurs, enfants de saint Domi-
nique, ne contribua pas médiocrement à détruire les restes du servage; depuis longtemps, l'esclavage n'existait plus sur la terre du Christ.
En 1170, l'opinion, de plus en plus imprégnée de l’esprit de l'Évangile, permettait au pape Alexandre III de proclamer qu’il ne devait plus y avoir d’esclaves dans le royaume chrétien. Quelques années plus tard, cette parole était une des maximes de saint Louis, « le franciscain couronné », mot conforme à la vérité et qui suffit à l'éloge du grand roi de France et de son
peuple.
RÈGNE DE SAINT LOUIS
Il y eut de plus savants législateurs que saint Louis, de plus habiles politiques, des guerriers non plus braves mais plus heureux ; il n’y eut pas de plus grand roi. Il fonda la royauté chrétienne et il en est resté le modèle.
Il fut pauvre et humble sous la couronne; il fut sage, il fut juste, il fut bon, il fut grand ; il fit régner la bonté et la grandeur. Il y avait autour de lui, comme autour de Charlemagne, une émulation de piété et de justice. Souvent, à Pâques et à Noël, on voyait les grands vassaux, les bannerets, les chevaliers, touchés de ses exhortations et de ses exemples et pénétrés d’un sentiment d’humilité religieuse, affranchir leurs serfs, même sans condition, au pied de l’autel où le prêtre venait de les admettre à la participation des sacrements.
Sous saint Louis, la France se couronna d’une gloire pure, durable, féconde. Par saint Dominique et Raymond de Montfort, elle termina l'hérésie manichéenne dite des Albigeois, qui était le socialisme d'alors, s'agrandit légitimement du comté de Toulouse, se fortifia dans l’ordre et dans la justice et se maintint glorieusement à la tête des nations. Saint Louis est la vraie figure de la maturité du moyen âge; c’est lui qui en représente l'esprit, le caractère, les instincts dominants. Il n’est pas un phénomène au milieu de son siècle, et l’on ne saurait prétendre qu'il a fait tout seul des choses qui n’avaient été ni préparées ni désirées. Dans l'ordre moral et politique comme dans l’ordre matériel, saint Louis commandait une armée. Il était. le chef séculier de la croisade perpétuelle que
l'Église a instituée dès le commencement et pour toujours contre la perpé-
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