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LE GRAND SCHISME

La Papauté, revenue à Rome, eut à subir le pénible épisode qu’on appelle le grand schisme. Il naquit des intrigues politiques auxquelles l'exil avait donné lieu, et fut le sujet d’un effroi immense. Il ya deux Papes, ilyena trois ; chacun croit à son droit; chacun a des partisans respectables et consi-

dérables, et tous trois s’excommunient réciproquement. Il y a entre ces trois

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Papes un Concile convoqué par l’un des trois, aussi douteux que les deux autres. Le Concile prend un pouvoir révolutionnaire pour faire, au milieu d’une situation inouïe, des choses inouïes. De ces trois Papes, dont aucun ne semble investi assez canoniquement, le Concile juge l’un, fait abdiquer le second, dépose le troisième. Trois Papes vivants et plus de Pape! A la place du Pape, une assemblée irrégulière aussi, dans laquelle s’entre-choquent les intérêts politiques les plus opposés, fermentent les idées les plus extrêmes. Autour de cette assemblée, qui a pris des résolutions si hardies, toutes les pressions et toutes les séductions imaginables : dans les instincts populaires, l'hérésie démagogique de Jean Huss; dans les conceptions royales, l’hérésie despotique de Marsile de Padoue; dans le Concile même, les tentations de la puissance, le funeste exemple des faiblesses dont les grandeurs humaines sont atteintes, l'exemple plus périlleux de leur facile abaissement ! L'heure de tous les ennemis de la Papauté est venue au même instant, ils peuvent frapper tous à la fois; ses défenseurs même lui sont redoutables, tant ils prennent soin de stipuler pour eux !

Qu’arrive-t-il cependant ? De ce chaos, la Papauté sort vivante, entière, triomphante.

Pendant l'exil de la Papauté, on a compris la nécessité de son indépendance. Au milieu du schisme on a vu qu’elle est le flambeau du monde, et que, si ce flambeau venait à s’éteindre, le monde rentrerait dans la nuit.

On se demandait ce qui se passerait sur la terre, si le Pape n’y était plus. Dans un degré moindre, les nations quelquefois éprouvent ces angoisses, lorsqu'elles peuvent se dire que, tel jour, à telle heure, il n’y aura plus de gouvernement. Le premier de tous les intérêts légitimes, c'est la constitution d’un pouvoir. Seulement, ce qui se fait alors par un de ces coups de force auxquels l’assentiment public ne se refuse jamais, s’est fait à Constance par un miracle de cet esprit de sagesse et de vérité que Dieu envoie quelquefois aux hommes pour les aider à triompher d'eux-mêmes, et qui est avec son Église jusqu’à la consommation des siècles. Il fallait un Pape : c'était le premier intérêt de tout le monde; et, du moment qu'il fallait un Pape, il le fallait tel que Dieu l'a constitué, pasteur suprême, pasteur des pasteurs, ayant les clefs pour fermer et pour ouvrir, père, chef, législateur

et juge de l'humanité; en un mot, Vicaire DE Jésus-CHrisT. Dans ce

moment décisif, au milieu de ce conflit d’ambitions jusqu'alors inexorables, on voit une admirable émulation de renoncements.

Grégoire XII, élu du Conclave romain, se fait représenter au Concile par un saint personnage qui apporte enfin son abdication. Jean XXIIT, jusqu’alors déplorable, lorsqu'il apprend qu’il est déposé, élève la voix comme Pape pour ratifier solennellement la sentence rendue contre lui ; il en couvre l’irrégularité possible, en déclarant qu’il renonce de lui-même à tous les droits qu’il peut avoir. De son côté, le Concile écarte des prétentions qui devraient le séduire : il ne veut pas se réserver l'élection du Pape; il se contente d’adjoindre un certain nombre de ses représentants au Conclave formé par les cardinaux des trois obédiences ; et bientôt les nations, dont chacune manifestait le désir de poser la tiare sur la tête d’un de ses prélats, imitant le noble exemple que l'Allemagne donne la première, renoncent à cette ambition, qui pouvait éterniser les difficultés. Ainsi fut élu Martin V, par un concours de nobles sacrifices ; ainsi la Papauté, au lieu de succomber, fut restaurée dans sa plénitude, sans que le schisme ait pu porter atteinte à l'ordre régulier de la succession.

On a coutume de dire que néanmoins la Papauté souffrit un notable affaiblissement. Parle-t-on de l’autorité spirituelle? La Papauté n’a recu ni ne pouvait recevoir de ce côté aucune diminution. Après comme avant le Concile de Constance, chacun peut désobéir au souverain spirituel : cent hérésiarques ont précédé Luther. Ce qui n’était pas possible avant le Concile, et ce qui n’est pas possible après, c'est de rester catholique en désobéissant. Parle-t-on de l'autorité temporelle ? C’est au quinzième siècle, après le Concile de Constance, qu’elle s’est enfin vraiment et solidement établie dans Rome. Mais, dit-on, le Pape ne dispose plus des couronnes ; c’est là « le notable affaiblissement ».

L'histoire dit comment le Pape disposait des couronnes, elle ne dit pas comment Dieu n’en dispose plus. Les instruments qu’il emploie pour exécuter à cet égard ses volontés, toujours accomplies, pourraient faire regretter l'ancienne procédure.

En somme, la puissance spirituelle étant la même exactement, la puissance temporelle est la même aussi. Il y en a des preuves, il y en aura

d’autres. Parce qu’elle n’est plus ostensible, on aurait tort d’en conclure

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