‹ Jésus-ChristChapitre 109 sur 139 · LEGRAND SCHISME · texte numérisé non relu

LEGRAND SCHISME

qu’elle n'existe plus. Dieu esf toujours, comme dit un Père, le vengeur opportun de son Église. Avons-nous la dernière page de l’histoire humaine ?

Dans ce monde où tout passe, mais où tout revient, une puissance qui date après dix-neuf siècles de combat, conserve beaucoup de chances de rajeunissement. Il est déjà tard pour répéter que la haute juridiction des Papes dans la société du moyen âge ne fut qu’une série de savantes usurpations et de crimes heureux.

On sait comment ce droit public du monde chrétien s’est formé, s’est développé, s'est exercé, s’est modifié, et ce que le genre humain lui doit de reconnaissants hommages. C'était le préjugé du temps que, dans l'immense famille des nations catholiques, il fallait un juge, un gardien suprême de tous les droits et de toutes les lois, et que ce juge devait être le représentant de Dieu. Idée de peuples enfants! Si pourtant notre vieux monde se prenait à penser que cette idée avait du bon? si les peuples et les rois venaient à remarquer que leurs droits réciproques ne sont pas mieux gardés, ni leurs différends plus vite et plus équitablement conclus, depuis tant de siècles que la force seule en décide; et si enfin, d’une manière ou d’une autre, ils invoquaient l’ancien arbitre, puisqu'il existe toujours, que pourront objecter les esprits chagrins? Cela n'arrivera pas; soit! Cela n’arrivera pas, si l'humanité n’en a pas besoin. Mais si « le besoin s’en fait sentir » ?

Au surplus, ce sont les affaires de l’avenir. Quant au passé, l’affaiblissement de la Papauté au Concile de Constance ne l’a pas empêchée, presque immédiatement après, d’abattre les prétentions du Concile de Bâle et l'hérésie de Jean Huss; de résister ensuite aux orages de la prétendue réforme, et d'opérer par elle-même la vraie réforme au Concile de Trente ; de soutenir le long et insidieux combat que lui a livré l’absolutisme royal; de survivre enfin aux catastrophes du dix-huitième siècle et aux monarchies qui les avaient provoquées et qui s’y sont englouties.

Depuis le grand Pape Martin V (1447) jusqu’à la Révolution française, les Papes demeurèrent dans leur ville et dans leur État, plus paisibles possesseurs qu’il ne l'avaient jamais été. C'est assurément l’époque la plus

heureuse qu’ait jamais traversée l'Italie.

438 JÉSUS-CHRIST ÇONTINUÉ.

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