‹ Jésus-ChristChapitre 110 sur 139 · PHILIPPE LE BEL. — PAPES D'AVIGNON. — CONCILE · texte numérisé non relu

PHILIPPE LE BEL. — PAPES D'AVIGNON. — CONCILE

L'Église sème la paix dans une guerre perpétuelle; elle la procure aux hommes, à condition de n’en pas jouir. Son divin fondateur lui a dit : Je vous laisse ma paix, non comme le monde la donne. La paix de l'Église lui est propre et n’est autre que son continuel combat. Ses adversaires sont les renaissantes ignorances et les imrnortelles passions de l’humanité. Ils changent de terrain, de nom, de figure, ils ne meurent pas; elle les retrouve partout et toujours. Quand sa science, sa patience et ses vertus ont vaincu le fléau des invasions, assoupli et converti les barbares et éteint dans son sang les incendies généraux, qui viennent pour longtemps ravager à fond de vastes territoires, alors d’autres périls naissent pour elle des victoires mêmes qu’elle a remportées. Les frénésies sont calmées, les ingratitudes commencent. C’est à l’Église directement que s’en prennent ceux qu’elle a sauvés, élevés, qui lui doivent la vie, la civilisation, la science, la paix, la richesse ; ils la trouvent de trop dans une civilisation qu'elle a créée et qui, sans elle, n’existerait pas. Spectacle désespérant de l’histoire ! Il ne désespère pas l’Église, parce que l'Église est de Jésus-Christ et de sa miséricorde. On oserait presque dire que la miséricorde est la passion obstinée de Jésus-Christ. Il est mort pour racheter le monde, il pardonne en mourant et son pardon ne meurt pas. Il a institué son Église immortelle pour continuer son pardon. Les siècles se déroulent pour nous faire contempler cette double merveille des délires de l’homme et des miséricordes de Dieu. Il y a des passions générales et des passions particulières, des passions d'époque et de pays, des passions de sang, de tête, de cœur ; il y a surtout des passions d’orgueil, ce sont celles de la civilisation ; et l’orgueil est une ignorance plus furieuse et plus intraitable que ne peut l’être celle du sauvage sorti des forêts. Bientôt après le règne de saint Louis, tantôt sur un point de l’Europe, tantôt sur un autre, l’Église eut affaire à tout cela.

Il y eut de mauvais rois, ils créèrent de mauvais partis, des guerres, des ruines. Néanmoins l'esprit de Dieu persistait, et l’Église répondait aux destructions par des créations souvent plus belles. L'Église reprend sans cesse

son plan, sans cesse agrandi. Certains hommes ont le privilége de ne pas

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