CHRÉTIENNE
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Fig. 153. — Arch
itecture romane :
D'après l'Architecture romane du midi de la France, par M. Henry Revoil.
Vue perspective de la porte principale de l'église Saint-Gilles (Gard). xne s.
déclarée une importation orientale qui nous serait venue des Croisades ou des Arabes d'Espagne. L'arc brisé peut exister accidentellement comme forme géométrique chez les Égyptiens, dont l'architecture est tout ce qu'il y a de plus opposé au style ogival, puisque la ligne droite et horizontale en est la ligne dominante. Les Arabes auraient plus de titres à faire valoir, mais il est prouvé maintenant que nous ne leur avons rien emprunté, et qu’en Espagne même, leurs beaux monuments n'ont eu sur les monuments chrétiens aucune influence. |
Il est évident que le système ogival est né dans nos contrées, et, comme on ne pouvait en nommer l'inventeur, on a voulu en attribuer la création à des écoles laïques qui, au douzième siècle, auraient donné à l'architecture une direction nouvelle et prodigieuse. Il y a là tout un roman scientifique généralement tenu pour vrai, une théorie qui rattache à ces écoles l’affranchissement des communes, l’affaiblissement de la puissance monastique et l'aurore des idées modernes.
Au moyen âge, l’art n'était ni monastique, ni laïque; il était chrétien. Les monastères en furent nécessairement les premières écoles, puisqu'ils recueillirent les débris de la civilisation antique et enseignèrent les lettres, les sciences et l’industrie à toute l'Europe. Cluny et Citeaux furent les grandes métropoles de cet enseignement ; leurs abbés construisirent des églises et des cloîtres comme Louis XIV bâtit les Invalides et Versailles ; ils savaient comprendre un plan et choisir les hommes. Plusieurs même furent architectes. Leur règle favorisait les talents, encourageait les industries et développait toutes les professions qui se rattachaient à l’architecture, mais ils ne prétendaient jamais en garder les secrets et le monopole. L'organisation théorique et pratique de l'architecture était toute dans les associations d'artistes, qui remontent jusqu'aux corporations de l'antiquité. Ces associations avaient le dépôt des doctrines et la tradition des procédés qu’elles perfectionnaient et qu’elles transmettaient de génération en génération. Elles étaient constituées hiérarchiquement et légalement; elles avaient des priviléges, des signes de reconnaissance, des moyens de contrôler le mérite de l'ouvrier et de lutter contre la concurrence de la médiocrité; elles s’aidaient mutuellement, établissaient des rapports entre les grands centres,
propageaient les meilleures méthodes, activaient et généralisaient tous les
Façade principale de Notre-Dame de Faris, avant la restauration exécutée par MM. Lassus et Viollet-le-Duc. x11° et x1118 siècles,
Fig. 154. — Architecture ogivale :
progrès de l’art. Ces associations n'étaient possibles qu'avec la religion; elles étaient très-laïques, mais aussi très-cléricales ; elles recevaient leurs inspirations et leurs programmes de l’Église, et elles ne furent jamais en opposition avec les moines, qui se faisaient inscrire au nombre de leurs membres,
Les moines ont été les protecteurs de l’art au moyen âge, parce que l’intelligence et le travail les avaient rendus riches et puissants ; ils furent la cause principale de cette véritable renaissance des onzième et douzième siècles. L'élan qu'ils avaient donné s’augmenta par l’organisation des communes et le développement du pouvoir royal sous Philippe-Auguste et saint Louis. Il y eut alors une noble émulation entre les villes pour élever de magnifiques cathédrales, mais il n’y eut pas d'antagonisme entre l’architecture laïque et l'architecture monastique. L’abbé de Saint-Germain des Prés confiait à Pierre de Montereau la construction de sa chapelle de la Vierge. Les disciples de saint François mettaient au concours l’église d'Assise et donnaient la préférence à Jacques Lallemand. Arnolfo di Lapo, le grand architecte de Florence , avait pour élèves les dominicains Fra Sisto et Fra Ristoro, qui bâtirent Santa-Maria-Novella, tant admirée par Michel- Ange. Il y avait union, fraternité entre les laïques et les moines. L’architecture pouvait être monastique par le caractère que lui imprimait l'esprit et les convenances particulières de la règle, mais elle ne différait en rien comme style de l’architecture des cathédrales. L'art était alors tout religieux. Il cessa de l’être au seizième siècle; il devint laïque et ce fut la cause de sa décadence.
L’architecture ogivale est le développement progressif et régulier de l’architecture romane ; elle en sort comme une fleur de sa tige; elle est à la fois un moyen de construction et uné forme du beau. Son nom même explique si naissance ; nous l'avons déjà dit dans la Wie de fra Angelico. Qu'est-ce qi'un monument, une œuvre d'architecture ? C’est un ensemble de lignes droites ou courbes, perpendiculaires ou horizontales, combinées pour produire une impression sur l’homme; pour une église surtout, c’est un milieu, un effet d'optique créé par l'artiste. L’ogive et le plein cintre produisent des effets différents, mais nous disons que l'effet de l’ogive ou de l’arc brisé a été
inspiré par l'effet du style roman ou à plein cintre.
Fig. 155, — Architecture ogivale : Vue latérale de Notre-Dame de Paris. xrr1e siècle. D'après l'héliogravure de M. Baldus.
Les architectes, en construisant leurs églises à plein cintre, employaient des arcs de pierre pour supporter les arêtes de leurs voûtes. Ces supports étaient alors appelés ogives, et les courbes de ces ogives, en se coupant à angles droits, donnent en géométrie et en perspective toutes les variétés de l'arc en tiers-point. Si l’on se place sous les voûtes d’une église à plein cintre du douzième siècle, on aura le même effet d'optique que sous les voûtes d’une église ogivale. La seule ligne qui interrompra le mouvement ascensionnel des lignes est l'arc doubleau, qui sépare les travées. Cet arc doubleau en plein cintre se brise peu à peu, d’ abord dans l'arc triomphal du transept, puis dans les arcs de la nef principale, soit comme moyen de construction pour diminuer la poussée des voûtes, soit comme moyen d’harmonie et d'unité, parce que l'arc brisé s'accorde mieux avec la croisée des ogives. L’arc brisé est aussi superposé au plein cintre, qui sépare la nef principale des nefs latérales, comme on plaçait dans un même monument l’ordre ionique sur l'ordre dorique, parce que ce qui supporte doit être plus simple et plus robuste que ce qui est supporté. Ces deux formes différentes ne détruisent pas l'unité ; elles donnent seulement à l'œil, comme la diminution du module des colonnes, la sensation d’une plus grande élévation.
L’arc brisé ou l’ogive s’est ainsi formulé en système d’architecture, et a produit ce style nouveau, cet ensemble de lignes ascendantes qui montent au ciel comme la prière, qui multiplient l’espace et y produisent des perspectives d’un effet merveilleux. L’ogive se reproduit partout, aux voussures des portes, aux ouvertures des fenêtres et jusqu'aux plus petits détails de l'ornementation, variant ses formes et se prêtant au goût des peuples avec une grande souplesse.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme le patriarche Jacob, a eu des bene dictions particulières pour tous les peuples que lui enfanta l’Église. Dans la part qu'il a faite à chacun, l'Italie a eu le sceptre de la grande peinture; la France a recu la couronne de l’architecture chrétienne. La gloire du style ogival lui a été contestée, mais l'archéologie a écarté toutes les prétentions rivales et nous a assuré, preuves en mains, une antériorité et une supériorité incontestables.
L'architecture ogivale est française ; c’est en France qu'on la voit,
dès le douzième siècle, naître et se développer avec une rapidité merveil-
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Fig. 156. — Architecture ogivale : Intérieur de la cathédrale d'Amiens. xrre siècle.
500 JÉSUS-CHRISTICONTINUE:
leuse. Le domaine royal est son berceau. Paris, Amiens, Chartres, Beauvais, Reims, Bourges, Troyes, offrent les plus belles créations; on y voit la basilique primitive, agrandie, perfectionnée, transfigurée. Le symbolisme du plan se complète; la croix du transept s’accentue; le chœur s’isole comme le saint des saints ; les chapelles rayonnént à l’abside er couronnent la tête du Christ ; les fenêtres répandent à travers leurs meneaux et leurs verrières une lumière abondante; tout respire la paix, l'harmonie; tout invite à l’adoration. L'architecture n’a jamais élevé à Dieu un plus digne sanctuaire.
La beauté de nos cathédrales n’est pas seulement intérieure ; elles peuvent lutter par leurs formes extérieures avec les monuments religieux des civilisations anciennes ; elles ne sont pas surchargées comme les temples de l’Inde de ces ornements multipliés, qui affaiblissent les lignes et qui sont à l’architecture ce que le tatouage est au corps humain; mais elles présentent des masses imposantes, des divisions claires, des profils purs qui expriment à la fois l'élégance et la solidité. Leur façade surtout captive l'admiration. Deux tours qui s'annoncent au loin remplacent avantageusement les pylônes des temples égyptiens, comme leurs flèches et leurs clochetons font oublier les obélisques et les pyramides massives; leurs portes majestueuses avec leurs voussures profondes surpassent l’invariable fronton des temples grecs; puis ce sont des contre-forts ; des rosaces, des rinceaux, des niches, des galeries toutes peuplées de statues ; il y a là une architecture où tout est vivant et rationnel ; le vrai engendre le beau; l’utile inspire la forme, et un moyen de construction devient un motif d’ornementation.
L'architecture chrétienne ne pouvait moins faire que d’embellir le monastère qui avait été sa première école et son berceau ; non-seulement elle bâtit pour les moines de magnifiques églises, mais encore elle orna leurs demeures de ses plus admirables créations ; elle prit l’afrium des habitations romaines pour en faire le cloître des monastères, dont les lignes simples, les arcades régulières et les ombres paisibles symbolisent si bien la vie religieuse. Autour du cloître sont l’église, les salles communes, le chapitre, le réfectoire, et, à l'étage supérieur, les petites cellules et les larges corridors; la pauvreté y règne dans l’ordre, l’espace et la lumière. C'est là que vivent dans l'attente du ciel ceux qui n’ont vraiment qu’un
cœur et qu’une âme. Le Père Lacordaire qui a renouvelé, pour l’ordre
L’'ARCHITECTURE CHRÉTIENNE. Soi
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de Saint-Dominique, en France, ces saintes demeures, les a décrites avec
amour. « Au son d’une cloche, dit-il, toutes les portes s'ouvraient avec
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Fig. 157. — Monstrance en or, du commencement Fig. 158. — Monstrance en argent doré, du xves du xure s. Trésor de la cathédrale de Reims. Trésor de la cathédrale d’Aïix-la-Chapelle,
D'après les Mélanges d'archéologie des PP. Cahier et Martin.
une sorte de douceur et de respect. Des vieillards blanchis et sereins, des hommes d’une maturité précoce, des adolescents en qui la pénitence
faisait une nuance de beauté inconnue au monde, tous les temps appa-
raissaient ensemble sous un même vêtement. O maisons aimables et saintes, on a bâti sur la terre d’augustes palais ; on a élevé de sublimes sépultures ; on a fait à Dieu des demeures presque divines, mais l’art et le cœur de l’homme ne sont jamais allés plus loin que dans la création du monastère. »
Les principes qui avaient dirigé l'architecture dans la construction des églises et des monastères l’inspirèrent aussi dans tout ce qui se rattache au culte et à la vie chrétienne. Les autels, les stalles, les chaires, les fonts baptismaux, les croix des chemins, les tombeaux du moyen âge, offrent des chefs-d'œuvre d’une admirable variété. L’art des lignes et des proportions s'applique également aux joyaux du sanctuaire. L’orfévre s’en inspire pour composer et ciseler les vases sacrés, les chandeliers, les encensoirs, les reliquaires. Il faut voir les trésors d’Aix-la-Chapelle et de Cologne pour comprendre à quel point l’orfévrerie est unie à l’architecture.
Enfin, la grande gloire de l'architecture chrétienne au moyen âge est d’avoir maintenu l’unité de l’art et d’en avoir ainsi assuré le progrès et la puissance; elle s’est étroitement associé la sculpture et la peinture, et toutes trois ont rendu témoignage à la vérité, en glorifiant le Christ dans l'Église.
Son union avec l'architecture. — Ses poëmes aux portes des églises. — Retables. — Tombeaux.
Ivoires. — Sceaux et monnaies.
La sculpture surtout avait besoin du Christ; il fallait l’eau sainte du Baptême pour la purifier de ses souillures.
Le génie de Phidias, inspiré par les dernières lueurs de la révélation primitive, avait représenté sous des formes humaines quelques-uns des traits de la puissance créatrice. Il avait mis sur le front de son Jupiter Olympien un rayon de cette force, de cette paix éternelle que rien ne peut vaincre et troubler. Il avait créé le type vierge de Minerve, image de l'intelligence divine, et l'avait donné à sa patrie comme principe de sa vie et de sa gloire; il avait même montré Vénus dans la dignité de l’amour conjugal, sans la dépouiller de ses voiles. Mais la sculpture descendit bientôt de ces hauteurs. La philosophie de Socrate et de Platon
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