‹ Jésus-ChristChapitre 122 sur 139 · TÊTE DU CHRIST · texte numérisé non relu

TÊTE DU CHRIST

Dessinée d’après l'original chez M. Capranesi, antiquaire à Rome, Terre cuite dite des Catacombes.

Association, Paiis

Mat ur,

était incapable de contenir les passions humaines. Les poëtes se moquèrent bientôt de leurs dieux et en firent, par leurs fables, les complices de leurs vices. On rit sur le théâtre de Jupiter et de ses amours, et la déesse protectrice d'Athènes défendit mal son peuple contre l'enivrement du triomphe et des richesses conquises sur les Perses. L'art ne chercha plus l'idéal divin et l'honneur de la patrie. Il se laissa corrompre, comme Démosthène, par l'or de Philippe et se mit au service d'Alexandre, qui lui fit peindre ses maîtresses et les lui abandonna pour récompense.

La sculpture grecque eut la passion du nu. Dans ce pays privilégié, sur ces fortunés rivages que le soleil inonde de ses plus brillants et plus doux rayons, vivait un peuple artiste qui cultivait la beauté dans ses membres, avant de la reproduire avec le marbre de Paros, l'ivoire et les métaux précieux. Il y avait en Grèce un système d'éducation pour donner au corps humain toute sa perfection. La course, la danse, la lutte, le pugilat, tous les exercices du gymnase tendaient à unir la force et l'élégance dans une harmonieuse proportion. L'élément moral n'était pas négligé. On savait que la beauté de l’âme était nécessaire à celle du corps, et l’on exigeait des athlètes une vie chaste et des privations que les règles monastiques proposèrent plus tard à l’imitation des solitaires.

Les fêtes et les jeux de la Grèce étaient des concours de beauté entre toutes les villes. Elles choisissaient leurs plus beaux enfants pour figurer dans les cérémonies et présenter leurs offrandes aux dieux. Elles consacraient aux vainqueurs d'Olympie des statues votives pour perpétuer les formes qu'avait admirées tout un peuple. Rien n’était négligé pour fournir à la sculpture des modèles, et les vierges étaient obiigées de poser devant des artistes, afin de donner à la patrie un chef-d'œuvre de plus. Le peuple civilisé qui traitait tous les autres de barbares ne savait plus rougir de la nudité ; il avait rejeté le vêtement que Dieu avait donné à l’homme après sa chute.

Lorsque les légions romaines pillèrent la Grèce et enrichirent de ses statues les temples et les portiques de la ville éternelle, le nu prit faveur, malgré les maximes de quelques moralistes et les protestations des matrones et des sénateurs qui voulaient conserver la dignité de la toge. Les empe-

reurs se firent représenter sans vêtements pour mieux ressembler aux dieux,

et le ciseau des artistes modela toutes ces nudités, bien dignes d'assister aux débauches de Tibère et d’embellir les palais d’Adrien.

Le Christ expia ces hontes de l’idolâtrie par les saintes nudités de la flagellation et du calvaire. Sa Passion rendit au monde le sentiment de la pudeur, et son sang divin fit germer les vierges qui purent chanter, comme Agnès au milieu des violences du martyre, ce cantique nouveau : « J'aime le Christ, et je serai son épouse. Son amour me rend chaste. J’ai goûté le miel et le lait sur ses lèvres, et, par cet aliment céleste, sa chair est unie à la mienne et son sang colore mes joues. C’est lui dont la Mère est Vierge, lui que son Père a engendré spirituellement. Oui, je suis fiancée de celui que servent les anges et dont le soleil et la lune admirent la beauté. »

L'Époux, qui revêtait ainsi les vierges d'innocence et de lumière, rendit à la sculpture la pudeur et couvrit d’un vêtement royal sa nudité d’esclave. Qu'on ne s’imagine pas que ce vêtement nuisit à la beauté. Une des idées fausses qui nous viennent de la Renaissance, c'est que le nu est la forme véritable du beau. Les Grecs eux-mêmes ne le pensaient pas. Phidias drapait ses statues, et, lorsque Praxitèle offrit aux habitants de Cos deux Vénus d’égal mérite, dont l’une était vêtue et l’autre ne l’était pas, ce fut la plus décente qui eut la préférence.

Lorsque la sculpture eut renoncé à ces dieux pour devenir chrétienne, elle n’eut plus à personnifier les phénomènes de la nature. La beauté morale et divine devint son idéal, et c'était sur le visage de l’homme qu’elle devait l’exprimer. L’esthétique même l’obligeait dès lors à reprendre le vêtement que Dieu avait donné à l'humanité déchue. Il fallait voiler le corps de l’homme pour faire briller davantage l'âme sur le visage, comme, dans un portrait, le peintre affaiblit par des ombres tous les accessoires, pour que le regard se fixe plus aisément sur les traits que l'artiste veut immortaliser.

La sculpture chrétienne, en devenant plus chaste, devint plus belle, et la chasteté aussi la rendit plus féconde et plus digne de remplir ses hautes destinées. Lorsque le Christ l'eut parée de la robe nuptiale, il l'introduisit dans l'Église et la donna pour compagne à l'architecture.

L'architecture chrétienne offrit à la sculpture d'immenses surfaces à décorer; elle inventa des motifs pour encadrer et faire valoir ses composi-

tions. Les façades des cathédrales sont peut-être les créations les plus

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originales de l’art chrétien ; l’architecture et la sculpture y sont unies comme deux sœurs. La sculpture prodigue à l’architecture toutes les richesses de ses ornements, et l'architecture s'applique à faire ressortir

tous les mérites de la sculpture. Quoi de plus ingénieux que ces porches

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