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——— Re Fig. 161. — Alliance de la sculpture avec l'architecture dans le style ogival : Pourtour du chœur
de Notre-Dame de Chartres. xive siècle.
l'architecture ; c’est à elle surtout que fut confié l’apostolat de l’art. Quand la victoire de Constantin fit cesser les persécutions, la sculpture orna de basreliefs les tombeaux des chrétiens et des martyrs. Elle y reproduisit les compositions des catacombes qui figurèrent aussi sur les boîtes d'ivoire où se conservaient les pains eucharistiques. On placait également sur l’autel des diptyques offerts pour recommander aux prières des fidèles la puissance des princes. et la mémoire des morts. Des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament, des traits de la vie des saints y étaient représentés.
L'Église confia aussi à la sculpture l’ornementation de son ameublement : les fonts baptismaux, la chaire, les châsses se couvrirent de bas-reliefs et de statuettes; le chœur fut fermé comme le saint des saints. Les artistes y déployèrent le talent qu’ils avaient montré sur la façade des cathédrales. Les clôtures du chœur de Notre-Dame de Paris, d'Amiens et de Chartres rivalisent avec les chefs-d’œuvre de leur porche. Les stalles fournirent également à la verve française l’occasion de se distinguer dans leurs bas-reliefs, leurs accoudoirs et leurs miséricordes.
Une des plus belles créations de la sculpture chrétienne furent les tombeaux élevés dans les églises au moyen âge. Les vivants n’avaient pas peur des morts et ne cherchaient pas à en éloigner les ossements et le souvenir. Tous voulaient reposer sous les dalles ou près des murs de l’église de leur baptême, et y attendre, dans la paix du Seigneur, le jour de la résurrection; leur tombe n'avait pas la tristesse des sarcophages antiques ni l'orgueil des monuments de la Renaissance; les chrétiens s’y étaientcouchés, les mains jointes, pour y dormir un sommeil plein d'espérance. Des anges gardaient leurs écussons et soutenaient leurs têtes ; leurs pieds reposaient sur des lions ou des chiens, emblèmes de force et de fidélité. Ils étaient là À prêts à se lever au commandement du Juge suprême; ils portaient les insignes de la dignité dont ils avaient à rendre compte. Pontifes et rois attendaient la récompense de ce qu’ils avaient fait pour l'Église, et le chevalier tenait ferme sur sä poitrine l’épée des croisades. Les femmes étaient armées de leurs rosaires, comme cette douce et sainte Roberte de Poncher dont la statue représente si bien la sculpture chrétienne au musée du Louvre.
Dans les arts qui dépendent de la sculpture, les artistes du moyen âge ont produit des œuvres charmantes ; ils ont ciselé avec les métaux les plus
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Fig. 162. — Le Christ glorieux, adoré par les anges. Sculpture de la Chartreuse de Pavie. xvit siècle.
précieux des vases sacrés, des chandeliers, des reliquaires ; ils ont modelé des statuettes, des retables à volet pour les chapelles domestiques ; ils ont satisfait, par leurs créations, tous les désirs de la dévotion populaire.
Ils n’ont pu rivaliser avec les anciens dans la fabrication des mcanaies ; le système monétaire ne leur offrait que des flancs très-minces où ils ne pouvaient graver que des symboles et des formules de leur foi. Une croix, un agneau , le nom d’un saint, etles légendes : SIT NOMEN DoMINI BENEDICTUM. Xurisrus vincir. X. REGNAT:X. imperaT. Mais ilsse sont dédommagés de cette gêne, dans la fabrication des sceaux dont les empreintes permettraient, comme les médailles grecques, d'écrire une histoire de l’art et d’en distinguer toutes les époques et toutes les écoles. L'architecture et la sculpture s’y résument dans de petits chefs-d’œuvre qui ont le style et les qualités de Part
monumental.
Son apostolat. — Peintures des Catacombes. — Mosaïques. — Vitraux. — Manuscrits-gravures.
La peinture se convertit la première à l'Évangile. Elle descendit aux catacombes pour confesser la foi et y honorer la tombe des martyrs. Son droit d’aînesse lui mérita une bénédiction particulière. Notre-Seigneur Jésus-Christ lui confia un apostolat véritable et lui donna, pour l'exercer, des moyens nouveaux.
Les peintures des catacombes sont très-intéressantes à étudier au point de vue de l’art et de la doctrine. On y voit la régénération de l’art antique ct l'appropriation de ses symboles aux dogmes chrétiens. C’est le grain qui meurt dans la terre pour produire au centuple, et faire naître, quand l'hiver des persécutions sera passé, les plus riches moissons. Le peintre conquis à la vérité savait la grammaire de la langue qu'il devait parler; les règles de la peinture décorative lui étaient familières, et sa main traçait facilement un certain nombre de figures dont les lignes et les proportions étaient consacrées par une longue tradition. Lorsqu'il descendit aux catacombes pour y peindre, à la lueur des lambeaux, des compositions que le bourreau venait souvent interrompre, il ne cherchait pas à inventer des
types nouveaux. Il utilisait ceux qu'il avait recus de ses maîtres, comme
l'Eglise se servait des mots grecs et latins pour exprimer les pensées chrétiennes. Il empruntait sans scrupule à la nature les symboles qu'il avait autrefois représentés dans les temples païens. Dieu rentrait ainsi dans ses droits, puisqu'il a créé les choses visibles pour faire comprendre les invi-
sibles. [l ne craignait même pas de demander à la mythologie ses poétiques
Fig. 163. — Symbolisme des Catacombes : Orphée, forme païenne revêtant un sens chrétien. « Jésus, chantre. merveilleux, dit Clément d'Alexandrie, aime le genre humain. Lui seul apprivoise l'homme, de tous les animaux , le plus féroce. » Peinture des Catacombes.
fictions et de peindre, sous les traits d’Orphée, Jésus attirant à lui toute la création, et, sous ceux de Pysché, l'âme fidèle dans ses rapports avec l'Amour divin. N'’était-ce pas consacrer, au culte de la Vérité, les vases précieux enlevés aux erreurs de l'Égypte?
Toutes ces peintures des catacombes ont le Christ pour objet; sa vie,
sa doctrine, ses miracles, sa passion, sa mort, Sa résurrection, son Eglise,
ses promesses, y sont représentés par des symboles et des figures de l’Ancien Testament. Il est le nouvel Adam qui doit réparer, sur l'arbre de la Croix, le péché originel; le véritable Isaac offert en sacrifice, le Moïse de la loi d'amour, la pierre qui donne l’eau de la vie éternelle, l’homme de douleur comme Job, le vainqueur de Goliath comme David, le poisson de Tobie chassant les démons et rendant la vue aux aveugles, Jonas jeté à la mer pour le salut de tous et rendu à la vie après trois jours, Élie montant au ciel et laissant à son disciple Pierre le manteau de son pouvoir et l’infaillibilité de sa doctrine. Cette doctrine attire les peuples comme les chants d'Orphée charment la création. Il est le bon Pasteur qui ramène la brebis au bercail, en effaçant les péchés par la grâce du baptème et de la confession. Il guérit le paralytique et ressuscite Lazare; il est la fontaine où puise la Samaritaine, le Pain du ciel qu’il multiplie pour nourrir les peuples, la Vigne qui porte les rameaux et donne le vin qui fait germer les vierges. Il fonde l’Église comme Noé construisit l'arche du salut, au temps du déluge. Il s'y renferme avec les siens qu’il doit garder et sanctifier jusqu’au jour où la colombe de la résurrection portera le rameau de la délivrance et annoncera les joies de l'éternité, à ceux qui auront été sauvés, comme les enfants dans la fournaise, comme Daniel dans la fosse aux lions.
Les symboles du Christ deviennent les symboles des chrétiens dont il est la lumière et la vie; car l’Agneau immolé, dès le commencement, change en agneaux les loups mêmes. Le divin Poisson sert de nourriture aux poissons que pêchent les Apôtres, et les âmes fidèles prennent les ailes de la colombe, pour suivre la colombe qui porte la branche d’olivier.
Ainsi tout est doctrine, enseignement, glorification du Christ. Les catacombes deviennent l’école de la peinture chrétienne. L'Église l’instruit, la dirige dans ses premières compositions, et les nombreux pèlerins qui viennent visiter les tombeaux des martyrs propagent au loin ses types et ses symboles. Si l’on compare ces peintures à celles qui furent exécutées aux mêmes époques dans les édifices publics et le palais des Césars, on verra qu’elles ne leur sont pas inférieures, comme mérite artistique. Ce sont les mêmes procédés, le même système décoratif, la même simplicité de lignes et de
compositions qu’on admire dans les fresques d'Herculanum et de Pompéi
Ur er SI
Une ou deux figures représentent une action; la pose, le geste caractérise un personnage comme sur les revers des médailles romaines. Ce rapport sera encore plus évident, si l’on compare les sépultures chrétiennes aux sépultures païennes, le tombeau des Nasons, par exemple, à une des chambres du cimetière de Flavia Domitilla. On dirait ces peintures exécutées par les mêmes artistes, et cela n’était pas impossible.
Pourquoi les artistes ne se seraient-ils pas convertis comme les familles patriciennes qui les employaient? Pourquoi, en cherchant le beau, n’auraient-ils pas trouvé le vrai, et ne seraient-ils pas arrivés à la possession du bien par excellence, à la lumière de l'Évangile et à la grâce du baptême ? Notre-Seigneur était venu pour tous, et s’il eut des préférences pour les pauvres qui pouvaient moins se défendre contre l'erreur, il ne rejeta pas les riches, les savants et les artistes. Les somptueuses décorations des catacombes sont une preuve des conquêtes que le christianisme fit, dès l’origine, dans les classes élevées de la société romaine. Vouloir limiter au peuple et aux malheureux les conversions de l'Évangile, c'est contredire tous les textes et les faits contemporains. Que gagnerait à cela, d’ailleurs, la fausse science? Ce serait retarder le miracle historique et le rendre plus éclatant, puisque les grands auraient reçu la vérité de leurs esclaves et des gens qu’ils méprisaient. Après les beaux travaux de M. de Rossi et de dom Guéranger, il est évident que les descendants des Cæcili et des Metelli écoutèrent directement la parole des Apôtres.
Lorsque la victoire de Constantin fit cesser les persécutions, l'artiste chrétien sortit de l’obscurité des catacombes pour continuer son apostolat au grand jour des basiliques. Il n’a plus dès lors de secrets à garder; ce ne sont pas les consolations de l’espérance, ce sont les joies du triomphe qu’il doit exprimer. Le Christ a vaincu, il règne, il commande. Il apparaît à la voûte de l’abside, au milieu des Apôtres qui ont évangélisé les nations, et ses brebis fidèles le reconnaissent pour pasteur. Il porte la Croix comme sceptre de sa puissance, et cette Croix resplendit de fleurs, de pierres précieuses et de lumières.
L'Agneau victorieux domine le monde; les quatre fleuves du paradis terrestre coulent à ses pieds, et les cerfs accourent se désaltérer aux eaux
évangéliques. La Vierge-mère recoit les honneurs qui lui sont dus. Elle
Un en (6e)
présente son Fils aux adorations des rois de la terre, et son Fils la couronne reine des anges et des hommes. Les martyrs sortent de leurs tombeaux ; ils entourent le Christ et partagent son triomphe.
La peinture employa alors un procédé digne de ses nouvelles destinées. L'art antique avait étendu, sous les pieds des puissants de la terre, de riches tapis en mosaïque; il avait orné de figures et de dessins le pavé des temples et des palais. L'Église vit dans cet art secondaire un puissant moyen de perpétuer ses enseignements. La mosaïque devint sa peinture privilégiée.
Les mosaïques des anciennes basiliques continuent les peintures des catacombes ; elles les expliquent et les complètent. L'iconographie chrétienne s'y développe. Les dogmes ne se cachent plus sous des symboles; ils se précisent et s’affirment contre les hérétiques qui attaquent l'Église. Le peintre n’emprunte plus des types à l’art païen. Il en crée de nouveaux et les perfectionne peu à peu. Il représente les grandes figures de l'Ancien Testament, Isaac, Jacob, Moïse, Josué, la vie de Notre-Seigneur et de la Vierge dans une série de compositions où les idées et les sentiments sont exprimés avec beaucoup de naturel et de vérité. Il écrit même l’histoire contemporaine, et au triclinium de saint Léon, en regard de Notre-Seigneur remettant les clefs à saint Pierre et le labarum à Constantin, il place le prince des Apôtres, donnant le pallium au Pape et l’étendard à Charlemagne.
On peut étudier dans les mosaïques la marche de l’art, siècle par siècle, depuis son affranchissement sous Constantin jusqu’à son apogée par la grande école du Giotto. Cette peinture, si dispendieuse, si lente à exécuter, contribua sans doute beaucoup à ses progrès. Elle nécessitait des cartons, -et ces cartons étaient demandés aux meilleurs artistes. Leurs œuvres étaient des modèles qu’on copiait et qu'on cherchait à surpasser. On y distingue, au milieu des influences incontestables des écoles grecques, une école vraiment latine, qui, par la simplicité de son style et le calme de ses lignes, se rapproche plus de l’art ancien que les maîtres byzantins, si en faveur au moyen âge.
La mosaïque est d’origine romaine; c’est de la ville éternelle qu’elle est