partie pour aller trôner aux voûtes des basiliques, à Sainte-Sophie de
Constantinople, à Saint-Marc de Venise, à Ravenne, à Florence, en Sicile et sur les bords du Rhin, à la suite de Charlemagne. Mais Rome est sa véritable patrie, et c’est là qu’elle a multiplié ses chefs d'œuvre. Les Papes ont toujours été ses protecteurs, et maintenant que les nations ne sont plus chrétiennes, comment emploicraient-elles cette peinture impérissable à représenter leurs histoires éphémères? Aussi la mosaïque, comme une reine dépossédée, est venue chercher un asile à l’ombre du trône pontifical, et, à l'heure présente, l’auguste prisonnier du Vatican la nourrit de ses bienfaits. Il l'emploie encore à décorer les autels et à conserver, par d’immortelles copies, les chefs-d’œuvre que la Révolution menace de détruire.
La mosaïque ne pouvait suffire à la mission de la peinture chrétienne qui devait enseigner le peuple dans les plus humbles chapelles. Aussi la fresque fut son principal moyen, et, pour l’employer, elle l’unit étroitement à l'architecture.
Nos idées sur l'art sont si incomplètes que larchitecture polychrome a été mise en question par nos savants. Nous acceptions pour les monuments anciens cette nudité de nos églises que nous ne voulons même pas pour nos habitations particulières, et il a fallu que l'archéologie nous prouvât cette alliance universelle de l'architecture et de la peinture, non-seulement dans les temples de l'Inde et de l'Égypte, mais encore dans les édifices si célèbres de la Grèce. A défaut d'autres preuves, les églises du moyen âge pouvaient en rendre témoignage, car les artistes qui les ont élevées et ornées sont beaucoup plus que nous les héritiers des Grecs; ils avaient les traditions du grand art, et ils ont compris d’une manière admirable. cette science si rare de la peinture décorative, cette intelligence de la . ligne verticale et horizontale, cette entente des détails dans leurs rapports avec l'architecture. Ils possédaient surtout l'harmonie des couleurs, cette partie musicale de l’art qui impressionne l'âme et lui communique des sentiments de paix, de tristesse ou de triomphe; la simplicité de leurs moyens peut se comparer aux mélodies du chant grégorien; ils procèdent par teintes plates qui laissent au monument toute la tranquillité de ses surfaces, et avec les trois couleurs primitives, le jaune, le rouge et le bleu, qu’ils coupent habilement de blanc, de noir et d’or, ils arrivent à des effets
surprenants; ils ont des ornements proportionnés à l'importance de l'édifice;