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Fig. 165. — Enseignement du comput ecclésiastique, qui formait la base du calendrier chrétien pour toutes les fêtes de l'année. Miniature du
Rationale de Guillaume Durand, ms. italien du xive siècle, à la Biblioth. de M. Ambr. Firmin-Didot.,
dernières traditions des arts de Rome et d'Athènes. La copie des manuscrits était une de leurs principales occupations, et ils illustraient souvent leurs auteurs de dessins, et de compositions qui n'étaient pas sans mérite. Les célèbres manuscrits de Virgile et de Térence, du Vatican, sont très-curieux à étudier sous ce rapport. Ils peuvent être même des copies de manuscrits plus anciens. Le Térence, par exemple, nous donne, sur la mise en scène, sur les costumes et les masques des théâtres, des détails archéologiques bien antérieurs au neuvième siècle.
Le talent des moines s’exercait naturellement de préférence sur les livres sacrés. Les manuscrits étaient la richesse et la gloire des monastères, et les Évangiles qui contenaient la parole du Christ étaient ornés et ciselés comme les vases qui contenaient son corps et son sang. Rien n'était épargné pour les rendre dignes de figurer sur l'autel; la reliure était couverte de bas-reliefs et de pierres précieuses. Quelquefois le vélin était teint en pourpre et le texte écrit en or; les initiales et les miniatures brillaient des plus belles couleurs. Un manuscrit était un présent que les princes faisaient aux églises, ou que les monastères offraient à leurs bienfaiteurs.
Ces manuscrits sont encore nombreux et ont presque tous une date certaine. Aussi sont-ils très-importants pour l’histoire de l’art; on peut y étudier la formation des écoles d'Orient et d'Occident. Les manuscrits grecs ont été très-répandus en Italie et ont eu une grande influence sur la peinture italienne. Mais les manuscrits italiens conservent le style des peintures des catacombes et des mosaïques et préparent l’école du Giotto. Ils ont aussi une parenté avec nos manuscrits français, surtout à l’époque carlovingienne. Charlemagne rapporta de Rome, avec les bénédictions pontificales, les semences fécondes qui firent fleurir sur notre sol les arts et les sciences. Les manuscrits byzantins, cependant, paraissent avoir aussi été étudiés par nos sculpteurs des onzième et douzième siècles qui en imitèrent souvent le style et les longues draperies.
Ce fut surtout dans les manuscrits que se forma l’iconographie chrétienne. En transcrivant les textes sacrés, la main des moines s’exercait à les traduire en images. Ils en représentaient naïvement les scènes et créaient peu à peu des types nouveaux d’une orthodoxie parfaite ; ils multipliaient les symboles
d’après les commentaires des saints Pères, rapprochaient les passages de
l'Ancien et du Nouveau Testament, et figuraient près de chaque verset le sens historique, tropologique et anagogique, embrassant ainsi le passé, le présent et l’avenir. Rien n’est plus étonnant, sous ce rapport, que les bibles moralisées du moyen âge. Quelques-unes comprennent plusieurs volumineux infolio dont chaque page contient plus de vingt miniatures. Des générations d'artistes travaillaient à de pareils ouvrages, et il en est dont l'exécution a duré plus d’un siècle, à en juger par les détails de costumes et d'architecture qui différencient les premières et les dernières miniatures.
Les manuscrits contiennent toute la
science symbolique du moyen âge, et
il est étonnant qu'ils aient été encore
si peu étudiés. L’archéologue y trou-
Fig. 166. — Ornementation d'une page d'un Livre d'heures, ms. du xv* siècle, à la Biblioth. de M. Ambroise Firmin-Didot. Le médaillon représente une des scènes de l'histoire de Job qui recouvre ses richesses.
verait les explications qu’il demande trop souvent à son imagination ; il lirait le texte à côté des figures que nous ne comprenons plus dans les vitraux et les sculptures de nos cathédrales. La miniature illustra aussi les fabliaux et les romans de chevalerie, mais ses chefs-d'œuvre furent toujours réservés aux livres d'église. Il suffit, pour le prouver, de citer le Psautier de saint Louis, le Bréviaire de Grimani, et les Heures d'Anne de Bretagne. Les princes se firent un nom par leurs beaux manuscrits, et, au quinzième siècle, il n'y eut pas de château qui ne possédat quelque missel, quelques offices de la Vierge portant les armoiries des ancêtres et servant à inscrire, sur quelques pages réservées, les événements heureux ou malheureux de la famille. C’est en feuilletant ces livres, en regardant leurs images et leurs riches ornements, que les enfants apprenaient la religion sur les genoux de leurs mères.
Le peuple avait sa part dans cette jouissance artistique. Des manuscrits à son usage étaient quelquefois enchaînés dans les églises, et les enlumineurs lui faisaient des Zableaux benoîts qui se vendaient aux portes des sanctuaires célèbres et que les pèlerins emportaient comme souvenirs des grâces qu’ils avaient obtenues. Mais l’art chrétien, qui a pour mission spéciale d'évangéliser les pauvres, y fut surtout fidèle par l'invention de la gravure, qui mit à la portée de tous, les dessins des manuscrits.
L'Italie et l'Allemagne se disputent l’invention de la gravure ; il ne peut être question que de la multiplication des images par l'impression, car le travail du graveur a été pratiqué chez tous les peuples. On gravait en relief et en creux chez les Romains et chez les Grecs, comme chez les Orientaux et les Égyptiens, et l’on se servait même de matrices pour tirer des empreintes, estampiller les poteries et colorer les étoffes. Le burin tracait sur le cuivre et l’acier des miroirs, des dessins et des figures qui auraient pu recevoir l'encre d'impression et se reproduire fidèlement sur le papier ou le parchemin. Il sera difficile peut-être de décider qui l’a fait le premier, mais ce que personne ne contestera, c'est que la gravure, telle que nous l’avons maintenant, est une inspiration chrétienne; elle a été employée avant tout à la reproduction des saintes images.
Lorsque ia gravure sur.bois se fut exercée à faire des images pour
la dévotion populaire, elle entreprit des livres gravés qui étaient souvent
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