ANTILLES
Fig. 168. — Jésus-Christ entraîne l'âme, son épouse, dans l'enceinte de la vie religieuse. Des moines yÿ font la moisson, comptent les épis , les mettent en gerbe et les battent. D'autres sont occupés à piler des herbes odoriférantes, pour en retirer le suc et les parfums. On voit les vases qui les renferment, dans un petit édifice qui représente l'Eglise. — Gravure du Cantique des Cantiques. xv° siècle.
vélin, l'or de leurs lettres et la magnificence de leurs reliures ne constituent pas l’art, et montrent seulement la richesse.
La grande gloire de l’art byzantin est d'avoir eu des martyrs. La fureur des iconoclastes a rendu sacrées ces images devant lesquelles les chrétiens versèrent leur sang, en témoignage de leur foi, et, quand les mains mutilées des artistes les portèrent en Italie pour fuir la persécution, elles durent être placées comme des reliques sur les autels et y être l’objet d’une vénération profonde. C’est de cette époque sans doute que datent un grand
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nombre des peintures grecques qu’on attribue à saint Luc l'Évangélistemédecin et qui provenaient peut-être d’un saint Luc peintre, martyr des iconoclastes.
L'art byzantin exerça une certaine influence sur l’art en Europe. Nous en trouvons des traces dans notre ornementation et dans nos sculptures romanes, mais cette influence ne fut jamais prépondérante, et il serait surtout contraire à la vérité d’y voir l’origine de la peinture en Italie. Les maîtres grecs de Cimabué ne prouvent pas cette thèse ; ils ont travaillé avec lui à Assise, et leur style montre qu'ils étaient bien inférieurs aux artistes de vieille école italienne qui leur donnaient l'hospitalité.
Pendant que l’art byzantin s’affaiblissait dans le luxe barbare du bas empire, il y avait à Rome un art qui se développait lentement au milieu des fléaux et des guerres qui ravagaient l'Italie, et cet art conservait plus que tout autre les traditions antiques. L'Église l'avait patronné au sortir des Catacombes, elle lui avait confié la construction et l’embellissement de ses basiliques; mais elle veillait surtout sur son éducation et le préparait à ses hautes destinées; elle lui apprenait sa doctrine, sa liturgie, et l’exerçait à civiliser les Lombards. Quand il fut prêt, Charlemagne vint le chercher aux tombeaux des Apôtres pour le faire régner avec lui sur toute l’Europe.
La renaissance véritable de l’art, dans les temps modernes; date du couronnement de Charlemagne. L'histoire et les monuments nous le montrent, recevant des souverains Pontifes les maîtres des sciences et des arts qu’il voulait répandre dans ses États, et c’est dans son palais même qu'il en établit l'école. Lui-même se fit leur élève et devint un grand liturgiste, et par conséquent un grand artiste; il composa le Vent Creator spiritus pour consacrer cette ère nouvelle, où l’art chrétien devait acquérir tous ses développements. Qu'on étudie l'époque carlovingienne, et l'on verra qu’elle doit tout à Rome : sa liturgie, son art musical, son architecture, ses peintures, ses manuscrits, et jusqu’à ses monnaies.
Le grand empereur recut de Constantinople des ouvriers et des présents, mais il ne copia pas Sainte-Sophie dans les basiliques qu'il fit élever sur les bords du Rhin. Son église d’Aix-la-Chapelle est inspirée par les monuments de Rome, et c’est la même influence qui fit grandir cette belle
architecture romane, que ne doivent pas faire oublier les merveilles de notre
(l \ LA (on — (ue NI TT pi Fig. 169. — Bénitier en ivoire, conservé à la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. xe siècle. — On l'appelle « bénitier
de l'empereur », parce que, suivant une tradition, il servait à l'occasion du couronnement des empereurs d'Allemagne. Dans !a partie supérieure, Jésus-Christ bénit d'une main et de l’autre tient un livre fermé. Le personnage placé à sa droite élève la main en signe d'adoration. En bas, des guerriers se tiennent debout chacun
devant une porte ouverte et rappellent ce verset du psaume : « Princes, ouvrez vos portes : portes éternelles, ouvrez-vous ; et le Roi de gloire entrera. »
architecture ogivale. Il nous semble que Cologne peut être plus fière de
Sainte-Marie in Capitolio que de son dôme même. La châsse des Rois-
Mages est peut-être le chef-d'œuvre le plus parfait que l’orfévrerie chrétienne ait produit comme architecture, statuaire et ornementation.
L'Allemagne pouvait conserver le sceptre de l'art chrétien que lui avait donné Charlemagne, mais elle le perdit dans ses luttes contre la Papauté, et ce fut la France qui s’en empara. Pendant les rudes années de l'invasion normande, les monastères avaient sauvé les éléments de la civilisation, ct préparé, par la liturgie et l’étude des sciences, la renaissance de l'art. Les rois de la troisième race reprirent l'œuvre de Charlemagne; Robert le Pieux se passionna comme lui pour les offices de l'Église, et on le vit, dans un pèlerinage qu'il fit à Rome en 1020, offrir pour présent royal, à la messe du souverain Pontife, un Répons, composé et noté par lui en l'honneur de saint Pierre ; ce Répons fut adopté et chanté par toute l’Église (Dom Guéranger, Inst. lit., t. I, p. 300). Les Évêques aidaient partout ce mouvement; Fulbert de Chartres et Maurice de Sully, de Paris, bâtissaient leurs cathédrales, en composant d’admirables mélodies. Les miracles de la musique antique se renouvelaient; les murs s’élevaient aux accords du chant grégorien, et tout un monde de statues naissait sous le ciseau des sculpteurs.
La France allait avoir son grand siècle. Dieu prenait dans un de ses monastères l’homme de génie qui devait affranchir son Église. Hildebrand, après avoir lutté avec les Papes qu’il avait choisis, contre les usurpations impériales, monta lui-même sur le siége pontifical et combattit vaillamment pour la justice. Saint Grégoire VII mourut dans l'exil; mais de son tombeau l'Église sortit libre et triomphante ; elle devint reine de la civilisation, et le premier usage qu'elle fit de sa puissance fut d’unir les peuples chrétiens et de les opposer aux flots envahisseurs de l’Islamisme. A la voix d’'Urbain II, Pape français, et de saint Bernard, les princes s’armèrent pour délivrer la Terre sainte. Leurs étendards victorieux flottèrent sur les remparts de Jérusalem, mais bientôt leurs ambitions rivales et la perfidie des Grecs firent échouer cette grande entreprise.
Quelle qu'’ait été l'issue des Croisades , il faut reconnaître qu’elles eurent pour l’Europe, et pour la France surtout, d’admirables résultats. Non-seulement elles arrêtèrent le fanatisme musulman et firent redouter en Onient
le nom chrétien, mais encore elles apaisèrent les luttes sanglantes de la
féodalité, constituèrent la chrétienté sous l'autorité de l'Église, et développèrent par la chevalerie les sentiments généreux qui font les grandes nations, le culte du droit, la défense du faible et le respect passionné de
la femme. Elles donnèrent au commerce et à la navigation une impulsion