‹ Jésus-ChristChapitre 131 sur 139 · HUYOT · texte numérisé non relu

HUYOT

Fig. 171. — Maître-autel de la Sainte-Chapelle de Paris pendant l'exposition des insignes reliques de la passion de Notre-Seigneur. Miniature des Heures de Juvénal des Ursins, manuscrit du xve siècle, cédé par M. Ambr. Firmin-Didot à la ville de Paris et brûlé en 1871 dans l'incendie de l'hôtel de ville. (Paris et ses historiens.)

de nous en donner les monographies brillantes, il pouvait, avec sa science historique et son talent si remarquable, les rattacher toutes aux événements contemporains et nous montrer, dans leurs rivalités mêmes, leur influence réciproque et leur frâternité, Les écoles ne se différencient qu’à la Renais-

sance, lorsque les artistes se mettent à la suite d’un maître, pour imiter sa

manière, son dessin ou sa couleur ; mais, au moyen âge, l’art a l’unité de l'Église qui l'inspire; il n’a qu'un but, ce but si simplement proclamé par Buffalmaco : « Nous ne voulons pas autre chose que peindre des Saints et des Saintes dans nos fresques et nos tableaux, pour combattre les démons et rendre les hommes meilleurs. » Et tous unissaient leurs efforts et leurs moyens pour atteindre ce but.

L'architecture a bien un caractère particulier dans chaque ville, parce qu'elle porte l'empreinte du peuple, qui bâtit toujours sur son type et sa mesure; les matériaux d’ailleurs et les horizons sont souvent différents. Mais, pour la peinture, les variations sont alors bien moins sensibles ; elle suit pour ses compositions et ses procédés les enseignements de la tradition; les artistes allaient de ville en ville apprendre et travailler, sans qu’on tint compte du lieu de leur naissance. Les écoles véritables étaient les monuments que les peintres de tous les pays enrichissaient de chefs-d’œuvre; c'étaient l’église d'Assises, Santa -Maria-Novella, Sainte-Croix de Florence, le Campo Santo de Pise. Tous les talents s'y mélaient, s’y perfectionnaient dans une admirable harmonie. Comment distinguer ce que chacun recevait ou apportait? Comment attribuer à une seule école le mérite d’un grand peintre ? L'école ombrienne réclame Raphaël. C’est en effet parmi les quelques peintres qui la composent que se lève l'aurore de sa gloire; mais n’apprit-il pas beaucoup plus à Florence que dans l'atelier du Pérugin, et ne fut-ce pas l'étude des antiques de Rome qui compléta son génie? Le fondateur de l’école qu’on appelle romaine n’était plus Ombrien lorsqu'il convertissait à son style son vieux maître.

Nous avons vu la peinture sortir des catacombes, décorer les basiliques chrétiennes de ces mosaïques si bien nommées par Ghirlandaio la vraie peinture pour l'éternité. Ses développements ne furent pas rapides, au milieu des malheurs qui désolèrent l'Italie, pendant l'invasion des Lombards et les luttes du Sacerdoce et de l’Empire ; on la suit cependant de siècle en siècle, dans les monuments et les manuscrits ; et il est facile de distinguer un style très-indépendant de l’art byzantin et se rapprochant beaucoup plus que lui de l’art antique, par la simplicité des lignes et la noblesse de la composition. Son essor date surtout de la formation de ces républiques italiennes,

protégées par les Papes contre l’oppression allemande ou féodale. Florence,

Pise, Sienne, Gênes, Venise, grâce à leur commerce et à leur organisation populaire, arrivent promptement à une incroyable prospérité. Il y a entre

ces villes une émulation féconde en beaux monuments; c'était à qui pos-

, prêche les oiseaux, qui l'écoutent :

car admirez avec moi

Fig. 172. — Saint François d'Assises, accompagné d'un autre religieux ux, mes frères, Vous avez bien raison de chanter les louanges du bon Dieu,

« Petits oïsea » — Predella du tableau de Giotto, saint François recevant les stigmales.

ce qu'il a fait pour vous.

xive siècle. Musée du Louvre.

les n'épargnaient rien pour

séderait la plus magnifique cathédrale, et el mmes semblables à celui du

réussir. Elles donnaient aux artistes des progra lorsqu'il s’agit de construire Notre-Dame des Fleurs :

architecte de notre Commune, de faire le projet

peuple de Florence, « Nous ordonnons à Arnolfo,

pour la reconstruction avec une grandeur et une magnificence telles qu'il soit impossible à l'art et à la puissance de l’homme d'imaginer quelque chose de plus beau et de plus grand. »

Le progrès de la peinture commenca en Italie, comme ailleurs, par celui de la sculpture. L'école de Pise perfectionna la forme par l'étude de l’antique et de la nature. Les premières œuvres de Nicolas de Pise sont des imitations évidentes de bas-reliefs anciens, dont on reconnaît les dispositions

et les figures; mais, dans les travaux qu'il exécuta ensuite à Naples, à Sienne, à Bologne, on distingue l'influence incontestable de notre art français, qui avait envahi l'Italie au nord et au midi avec les artistes allemands ou les princes normands et angevins. Ses élèves, et surtout André de Pise, contribuèrent beaucoup à retirer la vieille école italienne de sa routine séculaire. |

Giotto inaugura vraiment pour la peinture en Italie une ère nouvelle, et ce fut à saint François d’Assises qu’il dut cette gloire. La légende franciscaine qu'il eut à peindre sur son tombeau émancipa l’art de ses compositions hiératiques. Il fallait, pour représenter les sujets contemporains, en étudier la vérité historique, la fidélité des costumes et la variété des expressions. Giotto le fit avec un incomparable talent : la peinture recut de son exemple une impulsion prodigieuse. Il parcourait en conquérant toute l'Italie, laissant partout des chefs-d’œuvre et des élèves, établissant ces centres de progrès où des générations d'artistes se succèdent pour peindre de grands poëmes en lhonneur de Notre-Seigneur et des Saints : Assises, Florence : Padoue, Naples, le Campo Santo, dont les merveilles nous montrent encore l’art chrétien dans son unité et sa variété. Toutes les écoles donnent des noms à ce grand mouvement. Simon Memmi, Buffalmaco , Taddeo Gaddi, Lorenzetti, Giottino et le grand Orcagna, architecte, sculpteur et peintre comme Michel-Ange, mais, beaucoup plus que lui, artiste chrétien tous avancent la perfection et préparent cette belle époque qui est la véritable Renaissance en Italie.

Un Pape en fut le promoteur et mérita, plus que Léon X, de donner son nom à son siècle. Nicolas V, après le Concile de Florence, où l'Église pacifiée reçut les hommages de l'Orient, voulut faire de Rome la capitale

des sciences et des arts. Il y appela les savants, les artistes et les saints, et il

était digne d’être à leur tête par son mérite, ses talents et ses vertus. La science l’avait élevé à la dignité suprême, et il vit toujours en elle l’aide la plus utile de la Religion. Son œuvre préférée était la formation des bibliothèques ; celle du Vatican lui doit ses premières richesses; il achetait au poids de l’or les manuscrits, et ne redoutait pas l'étude de l’antiquité profane, les témoignages de l’histoire ne pouvant jamais nuire à la vérité.

Ii protégea les arts avec la même intelligence, restaura les monuments de

- Rome, embellit les églises et pourvut à tous les détails du culte avec une

Fig. 173. — L'Espérance. m…Fis. 174 — Ja Force. Bas-reliefs en bronze de la porte du baptistère de Florence, par André de Pise. xive siècle.

grande magnificence ; il rêva pour le Vatican un plan gigantesque. Il voulait en faire le Capitole du monde chrétien; mais la mort arrêta ses projets, il jeta seulement les fondements de la basilique de Saint-Pierre. Au moment de paraître devant Dieu, il le remercia publiquement des aptitudes qu'il avait reçues et qu’il avait consacrées à sa gloire. Nul n’était plus capable que lui de diriger son siècle dans la voie du progrès, et de conduire à sa perfection le mouvement de la Renaissance.

Ce mouvement se personnifie dans trois artistes, qui en font comprendre le mérite et les dangers. Brunelleschi, par l'étude des monuments antiques, rendit à l’architecture italienne son caractère national. L'ogive n'avait été qu’une importation étrangère, et, malgré le talent des grands architectes

qui l'avaient employée pendant le treizième et le quatorzième siècle, elle n'avait jamais produit des édifices comparables à nos cathédrales de France. Brunelleschi réhabilita le plein cintre dont l’origine était étrusque et romaine. Il refit la vieille basilique de Constantin, en lui donnant quelque chose de l'élégance et des dispositions des églises du moyen âge. San-Spirito est un progrès sur Sainte-Marie des Fleurs, qu’il avait été chargé de terminer.

L'influence de Ghiberti fut moins heureuse sur la sculpture, quoiqu’il l'ait portée à une véritable perfection. Il la rendit trop indépendante des lignes de l’architecture, et l'égara même dans le domaine de la peinture, par le relief et le mouvement de ses figures, par la dégradation de ses plans et par ses fonds de paysages. Les portes principales du baptistère de Florence sont un chef-d'œuvre de composition et de ciselure ; mais nous croyons que les Grecs auraient donné la préférence à la simplicité et à la noblesse des bas-reliefs d'André de Pise, que Ghiberti voulut surpasser.

Le mouvement de la Renaissance est encore sensible dans les peintures de Masaccio. Le jeune artiste, en arrivant à Rome, peignit dans la chapelle de Saint-Clément cette histoire de sainte Catherine, qui offre toute la pureté, toutes les beautés de l’ancienne école chrétienne ; mais il se passionna pour les merveilles d’art que rendait le sol de la Ville éternelle; et, de retour à Florence, il continua cette chapelle del Carmine, où la pensée religieuse commenca à disparaître sous les recherches de la forme et les prétentions du naturalisme. Masaccio fut le précurseur et le maître de Raphaël. Sa composition de saint Pierre, payant le tribut de César, est une de celles qu'a dû le plus admirer et étudier l'élève de Pérugin.

Ces trois artistes de la Renaissance, Brunelleschi, Ghiberti et Masaccio, eurent pour contemporain et pour ami un saint religieux, qui ne leur était pas inférieur, mais qui resta plus fidèle aux traditions de l’art chrétien. Fra Angelico de Fiesole profita de tous les progrès que firent l'architecture, la sculpture et la peinture, à Florence et à Rome, dans la première moitié du quinzième siècle. En étudiant ses œuvres, on voit grandir sans cesse son talent; mais ses pensées sont toujours les mêmes et ne s’égarent pas dans des rêves de gloire. Rien ne peut le séparer du Christ; sa peinture continue à être un enseignement, une prière. Il restera toujours le modèle, le type parfait de l’artiste chrétien.

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