‹ Jésus-ChristChapitre 19 sur 139 · LES NOCES DE CANA, LA PÊCHE MIRACULEUSE · texte numérisé non relu

LES NOCES DE CANA, LA PÊCHE MIRACULEUSE

ï ï Ut,

Initiale d’un Flavius Joséphe du xne siècle.

Biblioth. de M. Ambr. Firmin-Didot.

ROIS jours après la promesse faite à Natha-

naël, commence cette vie d'enseignement public dont la fécondité demeure inexplicable à qui n’y reconnaît pas la divinité.

La première scène est à Cana, petite ville de Galilée, dans une maison où se célébraient des noces. La sainte Vierge y assistait, sans doute comme parente, et probablement présidait le festin. Jésus y vint accompagné des premiers disciples. A la prière de Marie, il fit un miracle dont on

verra tout à l'heure le sens profond; mais

sa présence aux noces renferme un autre enseignement qu’il faut d’abord

connaître. Il vient renouveler l’homme. Comme il est entré dans le fleuve

de la pénitence pour sanctifier l’eau, qui sera la matière du sacrement de

la régénération spirituelle, il traverse cette fête des noces et la glorifie par

un miracle pour honorer à jamais le mariage, sacrement futur qui purifiera

la source de la vie.

Le mariage était alors, même chez les Juifs, le plus méprisé des contrats. L’historien Josèphe, homme grave, nous apprend qu'il avait divorcé trois fois. Le divorce et le célibat exténuaient la société romaine. Auguste y cherchait remède. Il commandait des lois à son Sénat et des vers à ses poëtes; mais la loi qui obligeait au mariage portait le nom de deux consuls célibataires, et il n’y avait pas de célibataire plus déterminé qu'Horace, qui faisait les meilleurs vers. L'Empereur rencontrait presque la même difficulté à trouver une jeune fille qui acceptât d’être vestale, une matrone qui ne divorcât point, et un riche qui voulût se marier. Jésus-Christ donnera au mariage la double majesté du sacrement et de lindissolubilité. Contre les ennemis qui voudront le replonger dans son ancien avilissement, il lui fait un rempart éternel de sa présence, afin qu’au moins parmi les fidèles, l'indissolubilité conjugale puisse prévaloir sur toute corruption des doctrines, des mœurs et des lois. C’est donc le mariage, c'est-à-dire la famille chrétienne, qu’il commence de fonder. A la base , il pose son souvenir; d’une parole il achèvera l’édifice.

Remarquons une fois pour toutes que beaucoup de paroles et d'actions de Jésus ne furent pas immédiatement comprises, même des Disciples et des Apôtres. Ils avaient les miracles et ils auront le Saint-Esprit; ces choses sont dites et ces actions sont faites pour le monde futur, pour nous qui devions les entendre dans la suite des âges, tantôt par les fruits qu’elles ont portés, tantôt par les interprétations de l’Église. C’est le perpétuel miracle qui réjouit nos cœurs, nos esprits et nos yeux; il réjouira jusqu’à la fin toute la postérité du Christ. La manne tombait du ciel toujours la même, et cependant toujours variée suivant les goûts de ceux qui la mangeaient; l'Évangile donne sa moisson de vérité, toujours la même et toujours nouvelle, suivant les besoins du monde au temps où elle éclôt. Les clartés antérieures demeurent dans le trésor de la foi, les nouvelles clartés apportent les réponses faites d'avance à des objections non encore élevées, mais que l'Esprit-Saint a prévues. Ainsi l'Évangile, en qui toutes les prophéties anciennes reçoivent leur accomplissement, est lui-même:une prophétie permanente.

Le miracle de Cana fut un de ces actes prophétiques par lesquels Jésus- Christ, en se manifestant, voulut encore prédire son Église.

Imp. Fraillery.

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