‹ Jésus-ChristChapitre 21 sur 139 · MALADES GUÉRIS, TEMPÊTE APAISÉE, DÉMONS VAINCUS · texte numérisé non relu

MALADES GUÉRIS, TEMPÊTE APAISÉE, DÉMONS VAINCUS

C'était presque en fugitif que Jésus traversait le territoire de Samarie. Hérode Antipas, roi de Judée, venait de faire arrêter Jean-Baptiste. Par l'énergie de sa prédication, qui çontinuait d’attirer la foule, le Précurseur

irritait les Pharisiens. Hérode le respectait et l’eût volontiers laissé prêcher

Ja pénitence, mais il lui reprochait autre chose. Ce tyran avait épousé Hérodiade, sa belle-sœur. L'homme de Dieu lui dit : «Il ne t'est pas permis de prendre la femme de ton frère. » Non licet! Jean, le premier, eut la gloire de prononcer cette salutaire parole, que l’Église a dû si souvent répéter, presque toujours comme lui, au prix de sa liberté civile et de son sang. Les princes demandent à l'Église d'enseigner le respect des lois, mais lorsqu'elle leur conteste à eux-mêmes le droit de les enfreindre, ils l’accusent de sédition et la font mettre aux fers. L'Évangile est un tableau complet de toute l’histoire humaine.

Aux yeux des Pharisiens, Jésus était déjà coupable des crimes de Jean- Baptiste. Ces hypocrites n’ignoraient point ce que disait de lui la Voix du désert, et ils ne pouvaient tarder de le rendre également suspect. Son heure n'était pas venue; il se mit à l’abri, donnant à l'Église l'exemple de fuir quand l’occasion l'exige. Elle en aura besoin !

Parvenu en Galilée, il continua d’instruire et de faire des miracles. « On était tout étonné de sa doctrine, car il enseignait comme un homme qui a autorité, et non pas comme faisaient les Scribes. » L'autorité est aussi le caractère de ses miracles. Étant à Cana, un officier vint le prier de guérir son fils, qui se mourait à Capharnaüm. Jésus, connaissant sa foi encore imparfaite, lui dit : « Si vous ne voyez, vous autres, des miracles et des « choses extraordinaires, vous ne croyez pas. » L'officier, préoccupé du danger de son fils, ne chercha pas à se justifier. « Seigneur, dit-il, venez avant que mon fils meure. » Jésus lui dit: « Allez, votre fils est plein de vie. » L'Évangile ajoute : « Il crut ce que lui dit Jésus et s’en alla. » Il crut! La parole divine a fait un double miracle, apporté une double grâce; le corps du fils est guéri, le cœur du père est changé; l’un recoit la santé, l’autre la foi.

La même autorité souveraine paraît dans toutes les œuvres de Jésus. C'est par une parole qu'il guérit les aveugles, les sourds, les paralytiques, et qu’il chasse les démons du corps des possédés. Quelquefois cependant il emploie certains signes ; il touche les malades ou leur impose les mains.

. C'est qu’il veut alors, soit donner un enseignement particulier, comme nous le verrons ailleurs, soit montrer, dit saint Augustin, que son corps

est l'organe de la Divinité.

A Capharnaüm, où il demeurait dans la pauvre maison de Simon- Pierre, circonstance significative, on lui amenastous les malades et tous les possédés. En présence de tous les habitants rassemblés devant la porte, il les guérit, accomplissant cette parole du Prophète : I] a pris sur lui nos infirmités et il s’est chargé de nos maladies. « Et les démons, sortant du | corps des possédés, criaient : Vous êtes le Fils de Dieu! Mais Jésus les faisait taire, parce qu'ils savaient qu'il était le Christ. »

11 faut mentionner particulièrement une de ces guérisons qui fut une promesse pour les Juifs, si souvent repris et si terriblement châtiés. La bellemère de Simon-Pierre, affaiblie par l’âge et tourmentée d’une fièvre violente, était en péril de mort. Les Disciples prièrent Jésus de la secourir. Il commanda à la fièvre, et aussitôt cette malade, non-seulement guérie, mais pleine de force, se leva et les servit. Pour saisir le sens spirituel du miracle, disent les interprètes, et comprendre ce que représente la bellemère de Pierre, rappelons-nous que l’épouse du Prince des Apôtres est l'Église. La belle-mère est donc la Synagogue, de qui l'Église est née; elle est cette pauvre gisante travaillée d'envie, d’avarice, de haine, décrépite ct dévorée du souci des choses profanes. Elle ne mourra pas, et cependant elle sera ressuscitée, mise en possession d’une vie qu’elle n’a point connue. Le Sauveur, qui demeure chez Simon-Pierre, étendra vers elle la main, et elle se lèvera pour le bénir et le servir.

Un jour que Jésus s'était embarqué sur le lac pour aller chercher quelque repos dans une solitude voisine, il survint une grande tempête. L'eau, entrant dans les barques, les menacçait d’un naufrage prochain. Jésus paraissait dormir. Les Disciples effrayés crièrent : « Seigneur, sauveznous, nous périssons! » Mais, disent les Pères, il est écrit que le gardien d'Israël ne dormira ni ne sommeillera jamais. Il dormait comme il s'était reposé au puits de Jacob, pour nous montrer qu'il avait pris un corps semblable au nôtre; il veillait par la Divinité, et la Divinité avait ordonné que cette tempête éclatât afin que nous eussions une preuve de la puissance de Jésus, égale sur les hommes et sur les éléments. Il s’éveilla donc, et dit aux Disciples : « Hommes de peu de foi, que craignez-vous? » Ensuite, s'étant levé, 1l étendit la main:sur le vent, et dit à la mer : « Apaise-toi. »

Et soudain il se fit un grand caime. David avait chanté : Les eaux vous ont

Compère Lith Imp. Fraællery

LA TEMPÊTE APAISÉE Jésus, entouré de ses disciples effrayés, étendit la main sur le vent et dit à la mer. « Apaise-toi. » Et soudain il se fit un grand calme. — Tableau de M. Raymond Balze, à l'église d’Yssingeaux.

Dix-neuvième siècle.

vu, Seigneur, les eaux vous ont vu, et elles ont craint. C'est vous qui commandez à la force de la mer, qui modérez ses flots et qui assoupissez sa fureur !

Par ce miracle, dit saint Jérôme, nous devons comprendre que toutes créatures reconnaissent Jésus-Christ pour auteur et obéissent à sa voix. Non que les choses matérielles aient une âme et des sens, comme certains hérétiques l’ont rêvé; mais telle est la majesté de Dieu, que ces choses insensibles pour nous deviennent sensibles devant lui. Et les témoins, les Disciples et les autres, qui avaient cru périr, saisis d’une nouvelle frayeur, se disaient entre eux : « Quel est celui-ci qui commande aux vents et à la mer, et ils lui obéissent ? »

Ce n’est plus Pierre qui a peur maintenant. L'Église, en faveur de qui le miracle fut donné, en atteste le renouvellement ou plutôt la permanence; elle y puise une invincible sécurité. Bien des fois elle a vu les vents secouer la mer : mais elle connaît la puissance de Celui qui veille lorsqu'il semble dormir. Elle l’invoque, et, soit qu'il apaise soudain l'orage, soit qu’il le laisse suivre son cours, la barque menacée ne sombre pas. Au contraire, la tempête elle-même la protége par les naufrages qu’elle multiplie en voulant la submerger. Et Pierre, debout à la place du Maître, gouverne dans les périls avec une fermeté que ne peut troubler aucune terreur.

Pendant ce voyage évangélique, Jésus montra de nouveau publiquement sa puissance sur le démon. Un possédé furieux vint à lui et l’adora, et en même temps les démons qui tourmentaient cet homme disaient par sa bouche : « Qu’avons-nous à démêler avec vous, Jésus, Fils du Dieu trèshaut? » Contraints de quitter leur proie, ils prièrent Jésus de ne pas leur commander d'aller dans l’abime, mais de leur permettre d'entrer dans un troupeau de porcs qui paissaient près de là. Il y consentit, parce que tout lui appartient, parce que les propriétaires de ces pourceaux donnaient un scandale, et parce qu’il voulut prouver que le démon ne peut rien sur nous ni sur les choses qui sont à nous, qu’autant que Dieu le permet. Aussitôt le possédé fut délivré, et les pourceaux se précipitèrent dans le lac, où ils se noyèrent. |

Lorsque Jésus fut de retour à Capharnaüm, on lui apporta un paraly-

tique, afin qu'il le guérit. Ne pouvant percer la foule, les hommes qui fai-

N=S. JÉSUS-CIIRIST. — 15

saient cette bonne œuvre hissèrent le malade sur la terrasse de la maison, et ensuite le descendirent auprès du Sauveur. Jésus, touché de leur persévérance, dit tendrement au paralytique : « Mon fils, prends courage, tes péchés te sont remis. » |

Dans la foule, il y avait des Scribes et des Pharisiens, bien portants sans doute, et persuadés de leur justice, comme toujours. Ils pensèrent en euxmêmes : « Cet homme blasphème! Qui peut remettre les péchés, que Dieu seul? » Jésus, connaissant leurs pensées par son propre esprit, leur parla ainsi : « Lequel est le plus facile de dire à un paralytique : Vos péchés vous sont remis, ou de lui dire : Lève-toi, prends ton lit et marche? Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, je te l’ordonne, dit-il au Paralytique, lève-toi, prends ton lit et retourne chez toi. » L'homme aussitôt se mit sur pieds, prit son lit et s’en alla, publiant les grandeurs de Dieu.

Parmi ces Pharisiens murmurateurs, plusieurs étaient envoyés de Jérusalem pour espionner Jésus. A partir de ce moment, on voit la haine pharisaïque s’envenimer et multiplier les embûches.

Jésus était à table chez le publicain Lévi, devenu le disciple Matthieu. Comme à l'ordinaire, le Maître s’y trouvait au milieu des publicains et des pécheurs, dont un grand nombre le suivaient. Les Pharisiens s’en scandalisèrent. Jésus leur répondit : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin, ce sont les malades. Apprenez ce que signifie cette parole du prophète Osée : Je veux la miséricorde et non pas le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler à la pénitence les justes, mais les pécheurs. »

A l'ironie de ce langage, les Pharisiens sentirent que Jésus ne les regardait pas de l'œil complaisant qu'ils avaient pour eux-mêmes. Dans le dessein de l’embarrasser , ils suscitèrent certains disciples de Jean-Baptiste, qui lui dirent : « D'où vient que les disciples de Jean et ceux des Pharisiens jeûnent souvent et font des prières, tandis que lés vôtres mangent et boivént et ne jeûnent point ? » Jésus répondit : « Les amis de l'époux ne sont point dans le deuil et ne jeûnent point tandis que l'époux est avec eux; mais un jour viendra que l'époux leur sera Ôté, et alors ils jeûneront. » Il ajouta une comparaison qui est une admirable lecon de douceur envers les commen-

cants, dont il ne faut pas décourager la faiblesse pour les vouloir élever tout

de suite à la perfection. En formant l'Église, il l'instruit à jamais, puisqu’elle aura toujours à guérir des malades et à convertir des pécheurs. Mais les Pharisiens ne pouvaient voir de si loin et ne voient pas encore. Quant à Jésus lui-même, la prière, le jeûne et le travail apostolique étaient sa principale nourriture, suivant cette parole qu’on a entendue plus haut : « Ma nourriture est d'accomplir la volonté de Celui qui m’a envoyé. »

L'HÉMORROÏSSE, LA FILLE DEUAÎRE.

Cependant les Pharisiens eux-mêmes ne laissaient pas, dans l’occasion, d'avoir recours à la puissance et à la bonté de Celui qu'ils s’appliquaient à censurer. Il est probable que Jaïre, chef de la synagogue de Capharnaüm, appartenait à ce parti; mais il avait une fille, enfant de douze ans, qui tomba malade. La voyant bientôt en danger de mort, Jaïre accourut à J{sus, qui enseignait sur le bord de la mer de Tibériade, se prosterna devant lui, et, avec une foi grossière, le supplia de venir guérir sa fille mourante; persuadé qu'il pourrait cela et qu'il le voudrait, et d’un autre côté croyant misérablement que sa présence et l'imposition de ses mains y étaient nécessaires. Le Seigneur, sans lui faire un reproche, se leva et le suivit.

Dans la foule, se trouvait une femme de la ville de Césarée, venue sans doute pour le voir sur ce que l’on disait partout de lui. Depuis douze ans elle souffrait d’une perte de sang, et les médecins l'avaient ruinée sans améliorer aucunement son état. Cette femme suivait donc Jésus, n’osant l’aborder en face ni lui rien demander. Mais, remplie de foi, et plus éclairée par cette lumière surnaturelle que par tout autre témoignage, elle se disait : « Que je puisse toucher seulement la frange de son manteau, je serai guérie! » Elle y parvint et se sentit soudain délivrée. Soudain aussi le Seigneur, tournant la tête en arrière, demanda qui avait touché son vêtement.

Et comme tous s’en défendaient, ce qui marque le respect qu’il ne cessait d’inspirer, même lorsqu'il se laissait serrer par ! la multitude, Pierre lui dit : « Maître, la foule vous presse et vous accable, et vous demandez qui vous « a touché? » Mais Jésus, continuant de regarder dans la foule, reprit :

« Quelqu'un m’a touché, car une vertu est sortie de moi. »

Les influences du Christ sont incorporelles et ne sortent pas de lui matériellement pour aller à d’autres, comme si elles l’abandonnaient ; de même que la science n’abandonne pas celui qui enseigne pour aller à celui qui est enseigné. Jésus se retourne et il questionne afin de montrer qu'il sait que cette femme est guérie, et comment elle est guérie, et de mettre par là sa foi en honneur. « Qui m'a touché? » c’est-à-dire par la foi et la pensée. Ces foules qui me pressent ne me touchent pas, car elles ne s'approchent de moi ni par la foi ni par la pensée.

L’Hémorroïsse', effrayée, se prosterna, avouant ce qu’elle avait fait. Jésus lui dit : « Ma fille, prends confiance, ta foi t'a guérie; vas en paix. » Elle est devenue sa fille lorsqu'elle a eu la foi; c’est sa foi qui l’a guérie, et non pas, dit Tertullien, d’être exercée dans les Écritures. Lecon aux scribes. Jésus lui a demandé cet aveu pour nous donner cette parole et pour que notre âme l’entendiît : Confide, filia, fides tua te salvam fecit. Vade in pace. De combien d’âmes cette parole n’a-t-elle pas été la paix, la force, le salut. (fig. 42)!

Le premier dont elle accrut la foi fut sans doute Jaïre, à qui l’on vint apprendre en ce moment que sa fille avait expiré. Quoiqu’on lui conseillât de ne pas fatiguer davantage le Maître : « Seigneur, dit-il, ma fille est morte; mais venez, mettez la main sur elle, et elle vivra. » Heureux père! heureux surtout d’avoir parlé ainsi! Une parole de Jésus fortifia son espérance. On arriva. La maison retentissait de gémissements et de clameurs. Jésus dit aux gens qui se lamentaient : « Pourquoi pleurez-vous? La jeune « fille n’est pas morte, elle dort. »

Ces gens se moquèrent, parce qu’ils avaient vu l'enfant mourir. Jésus les fit éloigner, ainsi que les joueurs de flûte qui étaient là, suivant l'usage des funérailles. Ne gardant auprès de lui que le père et la mère et trois de ses disciples, Pierre, Jacques et Jean, il prit la main de la morte. « Jeune fille ; dit-il, lève-toi (fig. 43). » La jeune fille se leva et marcha, Jésus commanda qu’on lui donnât à manger. En même temps, il défendit très-expressément

aux parents de rien divulguer de ce qu’ils avaient vu, mais ils lui désobéirent,

1 Suivant une tradition respectable, l'Hémorroïsse est la même que cette sainte femme nommée Véronique, qui, sur le chemin du Calvaire, essuya la $ueur et le sang de Jésus avec un tissu de lin où resta l'empreinte de son visage. ;

comme beaucoup d’autres qui avaient recu la même défense. Il a tantôt ordonné, tantôt défendu de publier ses miracles, par diverses raisons qui ne paraissent pas avoir été toutes pénétrées, car les explications qu'on en donne ne sont pas toujours entièrement satisfaisantes. Le plus vraisemblable est qu’il voulait que ses Disciples apprissent à cacher autant que possible les dons qu’il leur ferait, afin de se dérober au péril des applaudissements. Mais pourquoi a-t-il ordonné de cacher tel miracle plutôt

que tel autre? Il n’y a nul doute qu'il l'a voulu par des motifs dignes

Page 1