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Der de l'éducation de saint Pierre et des Apô- ENS s NY :
tres. Parce qu'il est l’homme parfait, Jésus est l'adorateur et le prêtre parfait, et | ce fut sa mission de former des adorateurs et des prêtres.
A partir du moment où nous sommes,
il y met un soin non plus constant, mais
plus direct. Les instructions prennent le
pas sur les miracles. Il instruit sous
Initiale d’un Ælavius Joséphe du xne siècie.
Biblioth. de M. Ambr. Firmin-Didot, forme de paraboles ou de controverses
avec les Pharisiens, Scribes et Docteurs de la Loi.
Ces hommes, qui dominaient à Jérusalem, étaient nombreux partout. Mêlés au peuple, ils suivaient Jésus pas à pas, toujours prêts à lui proposer des questions captieuses, afin d'obtenir des réponses où ils trouvassent
de quoi l’accuser. Si nous possédions les relations qu’ils ont envoyées au Sanhédrin, nous aurions la substance et l’art de toutes les calomnies qui
seront jamais élevées contre l'Église.
Un jour, ayant observé que quelques-uns des Disciples mangeaient sans s’être lavé les mains, ils signalèrent comme une transgression cet oubli des coutumes. On lit dans les Prophètes : Lavez-vous et soyez purs. — Purifiez-vous, vous qui portez les vases du Seigneur, et d'autres paroles semblables. Cela est dit pour commander la correction de l'âme et du cœur. Les Pharisiens l’interprétaient dans un sens matériel. De continuelles ablutions les dispensaient des larmes ,; des aumôûnes et des œuvres de justice.
Ils dirent donc à Jésus : « D'où vient que vos Disciples violent la tradition et ne se lavent point les mains pour manger? » Jésus daigna leur répondre.
C'est ici une de ces petites circonstances qui servent à beaucoup de faibles esprits pour injurier la simplicité de l'Évangile. — Voilà, disent-ils, le Fils de Dieu en contestation sur le point de savoir s’il faut se laver les mains avant dîner ! Heureusement pour nous, le Fils de Dieu a moins méprisé nos misères. Il a voulu ce débat, comme il a voulu apaiser la tempête, comme il voudra ressusciter Lazare, comme il veut mourir sur la croix. La puérile question des Pharisiens lui servit à marquer le caractère de la vraie purification contre le formalisme où l'esprit pharisaïque fait consister la piété.
Il reprit sévèrement ces censeurs qui montraient tant de respect pour des minuties de tradition purement humaine, mais qui ne craignaient pas d’enfreindre les préceptes les plus essentiels, nettoyant scrupuleusement les. bords du vase et laissant l’ordure au fond de la coupe, filtrant l’eau pour éviter d’avaler un moucheron, et avalant un chameau. Il leur reprocha d’avoir une tradition ou plutôt un sophisme qui dispensait le fils d'assister son père dans le besoin, pourvu qu’il ne manquät de faire une certaine offrande au Temple. « Hypocrites, leur dit-il, vous voilà bien saints, de « vous dispenser du commandement de Dieu pour vous attacher à votre « tradition ! » [1 s’'adressa ensuite au peuple, qui n'avait pas entendu cette réprimande ; et d’une voix élevée, il continua : « Écoutez tous et compre- « nez bien: Rien de ce qui entre dans le corps de l’homme n’est capable « de le souiller; ce qui sort de l'homme, c’est ce qui le souille. »
Les Disciples, alarmés du courroux des Pharisiens, peut-être scandalisés
eux-mêmes, demandèrent l'explication d’une parole nouvelle pour eux, et
qui semblait aller contre la défense si respectée de manger des animaux immondes. En effet, cette barrière juive devait disparaître, mais plus tard. Pierre, suivant l'usage, avait parlé pour tous. Le Maitre répondit : « Ce
« qui entre de dehors dans l’homme ne le peut souiller, parce qu’il n’entre
pas dans le cœur; mais ce qui sort de la bouche part du cœur. C’est du
AN
dedans et du cœur de l’homme que viennent les méchantes pensées, les
« impudicités, les homicides, les larcins, l’avarice, le blasphème, l’orgueil
Fig. 56. — Haine et Vengeance, Fig. 57. — Fausseté et Orgueil, monstre fantastique. femme-chatte.
Statues symboliques des péchés capitaux aux tourelles de l'église abbatiale de Saint-Denis, xr1e siècle. D'après le Mémoire de Mae Félicie d'Ayzac.
« et tous les crimes. C'est là ce qui rend impur, et non pas de manger sans « avoir lavé ses mains. » Parole féconde, du nombre de celles qui ont donné à l’homme des sens nouveaux et qui l’ont doué de l'intelligence de lui-même. Le cœur de l’homme, dit Origène, est grand lorsqu'il est pur, et sa petitesse corporelle ne l'empêche pas de recevoir le Seigneur, qui est esprit. Lorsque le cœur de l’homme possède la pureté, il embrasse la vérité.
Jésus quitta ce lieu et s’en alla sur les confins de T'yr et de Sidon. Après
avoir condamné les observances superstitieuses des Juifs, qui n’ont pas voulu l'entendre, il se tourne vers les païens. Enseignement analogue à celui que l’on peut tirer de la mission de Sichar, en Samarie. Le Maître patient se plie à la faiblesse des Disciples et répète souvent la même lecon, mais il y ajoute chaque fois quelque chose qui la grave mieux dans leur intelligence élargie. Cette fois il se cacha, parce que le temps de la prédication aux Gentils n’était pas encore arrivé. Cependant, parmi la foule qui devait ignorer sa présence, il y avait une âme croyante qu'il voulait récompenser, et-celle-là sut bien arriver à lui.
Une femme Chananéenne, du pays de Syro-Phénicie, accourut donc vers Jésus, disant et criant sur le chemin : « Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi; ma fille est cruellement tourmentée du démon: » L'Esprit saint, qui inspire la prière, dit tout en peu de mots : Seigneur : cette femme confesse la divinité; Fils de David : elle confesse l’humanité; ayez pitié de moi, non pas, ayez pitié de ma fille, car la souffrance de la fille est la douleur propre de la mère; ma fille est cruellement tourmentée du démon : voilà le mal exposé au médecin dans toute sa force et dans toute sa gravité.
L'action de la Chananéenne est aussi sage que sa prière. Elle ne demande rien aux hommes; appuyée sur la foi, elle s'adresse à Dieu directement.
Cependant Jésus ne semblait point l'entendre et ne lui répondait pas un mot. Les Disciples, touchés de sa douleur ou importunés de sa plainte, le prièrent de la congédier en lui accordant ce qu’elle sollicitait. Il leur dit qu'il n'était envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël, et il continua de marcher. Mais la Chananéenne, montrant autant de foi que d'amour maternel, le suivit, et, pénétrant dans la maison où il était entré, elle se jeta à ses pieds, criant toujours : « Seigneur, secourez-moi; délivrez ma fille! » Alors, avec une sévérité qui ne lui était pas ordinaire, et pour que cette païenne connût la puissance de la foi : « Laissez premièrement, lui dit-il, « les enfants se rassasier, car il ne convient pas de prendre le pain des « enfants pour le jeter aux chiens. » Cette dureté (sans doute tempérée par l'accent) ne put rebuter la suppliante. — « Il est vrai, Seigneur, répliquat-elle, mais encore les petits chiens peuvent-ils manger sous la table les
miettes du pain des enfants. » À ce trait d’humilité, après une si ferme
persévérance, Jésus, comme vaincu, lui dit : « O femme, ta foi est grande! « Et pour ce mot, qu’il te soit fait selon ton désir. Va, ta fille est guérie. »
La fille de la Chananéenne, comme le serviteur du Centurion, sont guéris sans que le Seigneur soit entré chez eux. Les nations que le Christ n'avait pas visitées seront sauvées par sa parole et par la prière de son Église. C'est l'Église, cette mère dont la tendresse et la foi ne se laissent point rebuter, et qui va disant toujours : « Seigneur, ayez pitié de moi, « guérissez mon enfant! » Comme l'Hémorroïsse et comme la Samari-
taine, qui sont sorties de leur ville, la Chananéenne a quitté son pays natal,
Fig. 58. — Paresse et Gloutonnerie, Fig. 59. — Pusillanimité, lièvre monstre hybride. à ailes fantastiques.
Statues symboliques des péchés capitaux aux tourelles de l'église abbatiale de Saint-Denis, xrre siècle. D'après le Mémoire de Mme Félicie d'Ayzac.
et elle figure la Gentilité. Comme Ruth, Moabite, nommée parmi les ‘ancêtres du Seigneur, elle est admise dans la maison de Dieu par la puissance de son amour ét de sa foi.
Jésus quitta ensuite la contrée. S'il n’y fit pas d’autres miracles, celui-ci, par lequel il enseigne si fortement l'efficacité de la prière, contient un second enseignement : il nous apprend que le bien d’une seule âme suffisait au Fils de Dieu pour lui faire accepter le labeur d’une mission.
Il revint au bord de la mer de Galilée, et dès que l’on y connut son
retour, on lui amena un sourd-muet, Il le tira à l'écart, lui toucha les
oreilles et la langue, leva les yeux au ciel et poussa un soupir. Ensuite il dit : Ephpheta (sois ouvert); et le sourd-muet entendit et parla.
L'éloignement de la foule, les yeux levés au ciel, le soupir, sont pour apprendre aux Apôtres à fuir la vaine gloire, à se souvenir que c'est du ciel qu’il faut attendre tout bienfait, que tout s'obtient de Dieu par le gémissement de la prière, que l'humilité enfin vaut plus que le pouvoir des miracles. Ce gémissement, qui est en Jésus l'effet de la compassion, doit être en nous le désaveu et l’expiation du mal. Lorsque nous savons gémir, c'est alors que nous demandons efficacement notre délivrance des suites du péché.
Jésus touche l’infirme, pour montrer que son corps, uni à la divinité, est enrichi de la puissance de la divinité et opère divinement; argument contre les hérésies futures. Paraissant dans notre chair, il la fait voir rétablie en toute sa perfection et investie de toute la gloire qui lui sera donnée. Il se sert de son doigt pour ouvrir l’ouïe fermée, de sa salive pour délier la langue muette, et enfin il ordonne: Ephpheta! Les deux natures se distinguent sans se séparer. Il prie, gémit et travaille comme un homme; il guérit le sourd d’une seule de ses paroles de Dieu : Sois ouvert!
D'autres miracles suivirent en grand nombre. Les muets parlaient, les boiteux marchaient, les aveugles voyaient. Un cri s'élevait de l’âme du peuple : — Il a bien fait toutes choses! Et tous publiaient les louanges du Dieu d'Israël.