L'AVEUGLE-NÉ
Jésus vit un homme qui était aveugle de naissance, et ses Disciples lui dirent : — Maître, est-ce cet homme qui a péché, ou ses parents, qu'il soit
né aveugle? Jésus répondit : — « Ce n’est point qu'ils aient péché, ni lui
Fig. 65. — Jésus guérit un aveugle. Sarcophage des catacombes au muse du Vatican.
« ni son père et sa mère, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient
« manifestées en lui. Il faut, pendant qu'il est jour, que je fasse les œuvres
« de Celui qui m'a envoyé. La nuit vient où personne ne peut rien faire.
« Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Ayant dit ces paroles, il détrempa de la terre avec sa salive; et de cette boue il oignit les yeux de l’Aveugle, et lui dit : « Va, lave-toi dans le bain « de Siloé (qui signifie envoyé). » L'Aveugle obéit, et revint voyant clair.
Or, ses voisins, et ceux qui auparavant l'avaient vu mendiant, disaient : — N'est-ce point celui-ci qui se tenait assis et demandait l’aumône? Les
uns disaient : — C’est lui; les autres : — Non, mais il lui ressemble. Et
l’Aveugle guéri disait : — C’est moi. Ils lui demandaient : — Mais comment tes yeux sont-ils ouverts ? Il répondit : — Cet homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue et a enduit mes yeux, et m'a dit : Va au bain de Siloé, et lave-toi. J'y ai été, je me suis lavé, et je vois. Ils lui dirent : — Où est cet homme ? Il répondit : — Je ne sais. On le conduisit aux Pharisiens.
Et c'était le jour du Sabbat que Jésus avait ainsi détrempé de la terre et ouvert les yeux de l’Aveugle-né.
A leur tour, les Pharisiens demandèrent à l’Aveugle comment il avait
vu. Il leur dit : — Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois.
Quelques-uns des Pharisiens disaient, parlant de Jésus : — Cet homme
qui ne garde point le Sabbat n’est pas de Dieu. Mais d’autres : Comment un homme pécheur peut-il faire de tels miracles ? Et ils étaient divisés entre eux. — Et toi, dirent-ils à l’Aveugle, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ? Il répondit : — C'est un prophète.
Mais ces Juifs ne voulurent point croire qu'il eût été aveugle, ni qu'il eût recu la vue, jusqu’à ce qu'ils eussent fait venir son père et sa mère. Ils les interrogèrent : — Est-ce là, dirent-ils, votre fils que vous dites qui est né aveugle ? Comment donc voit-il à présent ? Le père et la mère répondirent : -- Nous savons que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Comment il voit à présent, nous ne le savons pas, ni qui lui a ouvert les yeux. Interrogez-le; il est en âge pour parler de ce qui le touche.
Ces pauvres gens avaient peur des Juifs. Car déjà les Juifs étaient convenus entre eux qu'ils chasseraient de la Synagogue quiconque reconnaîtrait Jésus pour le Messie. C’est pourquoi ils dirent : Il est en âge, interrogez-le.
Ayant appelé de nouveau l’homme qui avait été aveugle, les Juifs lui dirent, parlant de Jésus : — Rends gloire à Dieu. Nous savons que cet homme est un pécheur. — S'il est un pécheur, dit-il, je ne sais. Je sais seulement que j'étais aveugle, et qu’à présent je vois. -
Ils reprirent : — Que t’a-t-il fait? Comment t’a-t-il ouvert les yeux? Il leur repartit : — Je vous lai déjà dit, et vous l’avez entendu. D'où vient que vous voulez l'entendre encore ? Est-ce que vous autres aussi vous voulez devenir ses Disciples ? Alors ils lui dirent, en le maudissant : — Sois-le
toi-même, son disciple ! Pour nous, nous sommes disciples de Moïse. Nous
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ig. 66. — Piscine de Siloé, célèbre par le miracle de la guérison de l'aveugle-né. Le prophète Isaïe fut enterré dans son voisinage.
savons que Dieu a parlé à Moïse; mais quant à celui-ci, nous ne savons d’où il est. — Voilà une chose admirable, reprit l’Aveugle, que vous ne sachiez d’où il est, et cependant il a ouvert mes yeux ! Nous savons que Dieu n’exauce point les pécheurs; mais si quelqu'un honore Dieu et fait sa volonté, Dieu exauce celui-là. Depuis que le monde existe, il est inouï que quelqu'un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si celui-ci ne venait de Dieu, il ne pourrait faire cela. |
Ils lui dirent : — Tu es né tout entier dans le péché, et tu te mêles de nous faire des lecons ! Et ils le poussèrent dehors.
Jésus le rencontra et lui dit: — « Crois-tu au Fils de Dieu ? » — Seigneur, demanda cet homme, qui est-il, afin que je croie en lui? Jésus reprit: — « Tu l’as vu, et celui qui te parle, c’est lui. » L’Aveugle dit : — Je crois, Seigneur. Et, se prosternant, il l’adora.
En lisant ce récit, d’une candeur incomparable, on voit que l'Esprit saint a satisfait par avance à ceux qui demanderaient que les miracles de Notre- Seigneur fussent attestés par des enquêtes contradictoires. Nous avons ici une enquête dans toutes les formes. Dénonciation du fait, témoins appelés, information, jugement, rien n’y manque, et tout porte la couleur du vrai.
Le Sauveur a voulu formuler lui-même les conclusions dernières de ce procès. Il dit à l’Aveugle guéri : « Je suis venu en ce monde pour un € jugement : pour que ceux-là puissent voir qui ne voient pas, et pour que « ceux-là qui voient » (et qui se rendent indignes de la lumière) « devien- « nent aveugles. »
Ces paroles s’appliquaient au miracle que Jésus venait de faire et à la foi de l’Aveugle-né, et en même temps, dans le sens spirituel, à la cécité volontaire des Pharisiens. Quelques-uns de ceux-ci le parurent comprendre. Is lui dirent : — Sommes-nous aussi des aveugles, nous autres ? Jésus leur répondit : — « Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché. Mais à « présent que vous dites : Nous voyons clair, votre péché demeure, » Car, ayant la science des Écritures, qui devait les amener à la connaissance du Messie, ils ne voyaient point, parce qu'ils ne voulaient point voir.
Jusque dans ces paroles sévères, on sent la commisération de son âme. Afin de la manifester davantage, il leur présenta les tendres figures de la porte du bercail et du bon pasteur. Il y résuma tous les renseignements qu'il
venait de donner dans cette laborieuse mission contre les Pharisiens, mais au profit des Pharisiens eux-mêmes, s'ils l’eussent voulu, comme de toutes les brebis perdues de la maison d'Israël.
« Je suis la porte de la bergerie. Si quelqu'un entre par moi, il se sauvera.