‹ Jésus-ChristChapitre 4 sur 139 · SERRE · texte numérisé non relu

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une Bible abrégée (der Schatzbehalter),

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terre, des choses visibles et invisibles. Voilà en quelques mots la claire

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par le Credo de Nic

conception d’une puissance et d’une sagesse sans bornes. Car de quoi Dieu a-t-il créé toutes choses? De rien, à moins de supposer la matière préexistante ou coéternelle à Dieu. Ceux qui prétendent ne pouvoir comprendre ce Dieu créant tout de rien, se flattent-ils de comprendre la matière, l’inerte matière, ou éternelle ou créatrice d'elle-même, et ensuite créant l’ordre et l'intelligence ?

S'il est impossible de comprendre que la matière ait créé l’ordre et l’intelligence, il est impossible aussi de comprendre que Dieu, l’Intelligence souveraine et parfaite, ait créé l’homme autrement que par:amour, ni pour lui demander autre chose que l'amour. Toute autre explication diminue Dieu, le fait inférieur à l'homme par la justice et la bonté, le montre impuissant au milieu de cette création qui est son ouvrage. Or, diminuer Dieu, c’est l'anéantir dans la pensée de l’homme qui cesse alors d’adorer, c’est-à-dire de connaître; et, par cette privation de Dieu, la pensée et l’homme même sont anéantis. Il ne reste que l’animal intelligent et troublé > haïssant et haï, qui donne et reçoit la haine, qui enfante et subit la mort.

Dieu est Amour, et l'amour est la vie. Une continuelle expansion de l'amour de Dieu, Vie incréée, crée continuellement la vie. Toute vie créée de Dieu est bonne et parfaite en son ordre, est douée de beauté et donne quelque chose qui est le soutien d’une autre vie. Plus l’être est élevé, plus il recoit et répand la vie. La perfection de la vie est la connaissance et l'amour du Créateur ; la perfection de l’amour est l'adoration.

Créé par amour, pour connaître parfaitement et pour aimer parfaitement suivant la hiérarchie de sa nature; créé par le souverain Bien pour monter jusqu’à cette abondance de la vie qui est l’adoration, l’homme, œuvre sublime, a recu le complément sublime de la liberté. Avec la liberté il combat, il mérite, il a quelque chose à lui pour s’élever à l'amour de Dieu ; pour récompenser Dieu de lui avoir donné l’être. Par là aussi, il peut s’éloigner de Dieu, se séparer de lui, le nier. Il a ce choix. Comme dernière marque de sa toute-puissance, Dieu a donné à l’homme la liberté de le nier.

Aimant, il doit obéir, car l’obéissance est la loi et la forme de amour; libre , il peut désobéir, violer la loi, refuser l'amour.

Déjà Dieu's’était vu refuser l’obéissance. Avant la création visible, un combat avait eu lieu dans le ciel, Parmi les innombrables Anges, il s'était

BREÛr ET :L'HOMME: « 49

trouvé des cohortes rebelles. Une partie de ces purs esprits, créés pour adorer, laissant naître en eux l’orgueil, se séparèrent de Dieu, perdirent l'amour et la lumière; ils devinrent les démons, incapables de repentir. Suivant une haute doctrine, la révélation anticipée de l’Incarnation du Verbe, par lequel ils avaient été créés (fig. 4), fut la cause de leur révolte. Ils

Fig. 5. — Dieu reproche à Adam et à Eve leur péché et leur promet le Rédempteur. Fresque de Flandrin à l'église Saint-Germain des Prés, à Paris. xixe siècle.

avaient d’abord refusé l'adoration à ce Verbe de Dieu, Verbe-Dieu, lorsqu'il scrait Jésus, c'est-à-dire lorsqu'il serait revêtu de l'infériorité d’une chair mortelle. Ce mystère de l'amour divin passait leur intelligence; la condition de l'homme, créature nouvelle et à tant d’égards au-dessous d’eux, qu’il faudrait pourtant adorer en Jésus, excitait leur envie. Les anges rebelles furent précipités, et le mal exista; comme mal, pour toujours; comme puissance, pour un temps. Puissance de séduction redoutable à l’homme, mais

moins forte que lui lorsqu'il veut obéir à Dieu.

Tenté par le démon, l’homme a désobéi. Il a violé la loi de l'amour, il a refusé l'amour, il a préféré le désordre et la mort. Et si l'homme a commencé non à se confondre avec l’animal, mais à s’en distinguer moins lui-même et à prendre ainsi quelques-uns de ces traits hideux de la brute que la philosophie se plaît à lui reconnaître, — traits que Dieu ne hi Er point donnés! — ce fut ce jour-là. Ce jour-là, honteux de sa nudité, il ceignit pour la cacher une tunique faite de peaux de bêtes, symbole de la mortalité.

Aux yeux de la science qui nie Dieu et l'homme, ce jour néfaste serait la première date du progrès, le premier pas de l’homme vers là création du sens religieux. Hélas! il ne créa ce jour-là que la mort. Chassé de la claire présence de son Créateur, il entra dans les ténèbres humaines. I] ne commença pas de devenir religieux ; mais, par un effet de la miséricorde divine, il ne put cesser de l’être. Comme on dit que les derniers objets qui se peignent dans les yeux d’un homme au moment qu'il reçoit la mort y restent gravés et ne s’effacent plus, de même, au seuil des longues ténèbres où il allait entrer par sa faute, l'homme emporta ineffacable la vision du Paradis, et son âme ne cessa point de rendre un écho défiguré des grandes choses qu’elle avait sues et des promesses qui lui faisaient attendre un rédempteur (fig. 5). Ici, à cette lointaine origine, la grâce du Christ apparaît; elle sera renouvelée en figures sans nombre jusqu’au jour de l’ineffable réalité.

Mais reprenons.

Non libre, l'homme n’eût point péché, Dieu n’eût point été offensé. D'une créature sans liberté, la toute-puissance n’eût pas exigé la plénitude de l'amour. Ce qui constitue le don, c’est le pouvoir de refuser. Dieu ne pouvait ni se tromper au point d'exiger de sa créature ce qu’il ne lui avait pas donné d'offrir librement, ni punir sur cette créature un vice de l’organisation qu’elle tenait de lui, Une erreur et une injustice en Dieu, Dieu imprévoyant, Dieu impuissant à faire ce qu’il a voulu, Dieu non-seulement sans miséricorde, mais injuste > absurdités palpables !

Si Dieu avait moins aimé l’homme pécheur, n'ayant pas à le détruire comme une œuvre mal faite, il l'aurait brisé comme une œuvre rebelle.

Parce que son œuvre est bonne et conforme à ses plans, il l'a conservée :

parce qu’elle est intelligente et libre, et qu’elle a prévariqué volontairement, il l’a punie; parce qu’il l’aimait d’un amour éternel, il l’a réparée.

Au sacrifice de l'autel, le prêtre, ayant versé dans le calice le vin qui sera changé au sang précieux de Jésus-Christ, y mêle quelques gouttes d’eau qui figurent l'humanité revêtue par le Sauveur, et il prononce ces paroles étonnantes : « O Dieu, qui merveilleusement avez créé l’homme dans un si « noble état, et, plus merveilleusement encore, l’avez rétabli dans sa dignité « première, accordez-nous par le mystère de cette eau et de ce vin d’avoir « un jour part à la divinité de Celui qui a daigné se revêtir de notre huma- « nité, J ésus-Christ , Votre Fils, notre Seigneur ! »

Dieu donc a réparé sa créature déchue, et il a confié la réparation à ce Verbe par lequel il l'avait créée; ce Verbe qui « est en lui dès le commencement, engendré, non fait, par qui toutes choses ont été faites et sans qui rien de ce qui a été fait n’a été fait ». Et cette réparation a été une création nouvelle. Le Verbe s’est incarné, a pris la figure et le poids du péché, s’est chargé de la mort, qui était la peine du péché; et par son sacrifice, satisfaisant à la fois la justice et.l’amour,, il a restauré la vie et aboli la mort. « Et le Verbe était Dieu, » car quel autre que Dieu pouvait réparer l’œuvre de Dieu, suffire à la justice de Dieu, remplir souverainement le but de l'amour de Dieu ? ; L

L'homme a connu ces choses qui éclairent sa raison et lui donnent la clef de son propre mystère. Il les a connues, non pour les avoir découvertes, mais parce qu’elles lui ont été révélées par le Verbe divin, et ensuite expliquées sous la dictée de ce Verbe dont la voix ne.se tait jamais. Voici ce qu'écrivait, vers la fin du premier siècle du Christ, il y a dix-huit cents ans, autant en prophète qu’en témoin et en historien, un homme qui avait été un pauvre batelier du lac de Tibériade; mais la tête de cet homme avait posé sur la poitrine de Jésus :

« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe « était Dieu.

« C’est lui qui'était en Dieu au commencement.

« Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été « fait sans lui.

« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes;

« Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas com- « prise... Le Verbe est cette vraie lumière qui éclaire tout homme venant « dans ce monde.

« Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne

« l’a point connu. |

« Il est venu dans son propre héritage, et les siens ne l’ont pas recu.

« Mais il a donné à tous ceux qui l'ont recu le pouvoir d’être faits enfants « de Dieu, à ceux qui croient en son nom ;

« Qui ne sont point nés du sang, de la volonté de la chair, ni de la

« volonté de l’homme, mais de Dieu.

« Et le Verbe a été fait chair et il habitait parmi nous, plein de grâce « et de vérité. Et nous avons vu sa gloire, qui est la gloire du Fils unique « du Père. »

Quelle page ! Quelle porte de lumière pour entrer dans la lumière de Dieu ! Bossuet dit d’un autre endroit du même Évangile : « Vous y trouverez des profondeurs à faire trembler. » Ici, c’est l'évidence qui jaillit du sein des profondeurs ; et qui dévore l'énigme de l’homme et de Dieu, comme l’ardent soleil dévore la nuit. L’humanité ne s’y est pas trompée. A l’éclat dé ce jour divin, aussitôt, dans son œil mort, elle a senti renaître la vision du Paradis; elle a reconnu tout de suite, sinon tout entière, le Dieu qui lui avait parlé aux jours de son innocence, lorsqu'elle habitait encore dans son berceau de fleurs, et elle a su que le Rédempteur était venu, et qu’il avait donné aux hommes « le pouvoir d’être faits enfants de Dieu ».

Mais la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas comprise; et Celui par qui le monde a été fait est venu dans le monde, et le monde ne l’a point connu. Et le monde a besoin que l’on contredise la folie homicide qui conseille aux hommes de refuser d’être faits enfants de Dieu, leur disant que Jésus-Christ n’est point le Fils de Dieu ni le Rédempteur

du monde, et que Dieu n’a point de Fils, et que le monde n’a pas besoin de rédempteur !

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