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AVANT LE CHRIST

EPENDANT le monde attendait, et dans quel état! L'écrivain moderne, suivant qui l'homme « devint religieux », nous peint l'humanité livrée à ses propres conceptions en matière religieuse. Des fétiches pour dieux, des sorciers et des égorgeurs pour prêtres, l'être humain pour victime, telles

sont les religions trouvées par l’homme.

Ÿ : S : > pa AS . « Cette divine faculté de la religion put JET ; ; [lines ml « longtemps sembler #7 chancre qu'il fal- Iniliale d’un Flavius Josèphe du xuc siècle. =: de : 2 : Biblioth. de M. Ambr. Firmin-Didut. « lait extirper de l’espèce humaine, une

« cause d’erreur et de crimes que les sages devaient chercher à supprimer. »

Toutes les religions antérieures à Jésus-Christ, la judaïque exceptée, furent sataniques, antisociales, déshonorantes pour l’homme et pour Dieu. C’est l'aveu d’un ennemi de l’Église catholique. J1 n’a pu se dispenser de reconnaître le fait, et le fait renverse tout son‘système. Bossuet, avec la supériorité de son génie, qui n’est souvent que la supériorité de la foi, a dit : « Les nations les plus éclairées étaient les plus aveugles sur la religion : {ant il est vrai qu'il y faut être élevé par une grâce particulière et par une

sagesse plus qu'humaine. »

Dans quelle religion de l'antiquité ne retrouve-t-on pas les grossiers sortiléges, le fétichisme, l’abomination des sacrifices humains ? Ces horreurs allaient de pair avec les belles floraisons d'Athènes et de Rome. Là même, dans ces centres de politesse, l’immolation rituelle ne fut jamais abolie. Pour multiplier les supplices, il n’est pas nécessaire qu’une religion entasse les cadavres autour de ses idoles, comme à Carthage et au Dahomey. A Rome, dans le cirque, la religion tuait des hommes par le fer et par la dent des bêtes; dans tout l’empire et sur toute la surface de la terre, elle tuait, avec plus de douleurs pour l'âme, par la corruption.

Nous, fils, époux, pères par la grâce du Christ, représentons-nous cette « civilisation », où la famille n’existait pas pour les trois quarts des: hommes, où personne n’en goûtait la plénitude sacrée. Le nom de père de famille signifiait possesseur d’esclaves. Dans toute la Grèce, vouée au culte de Pamour impudique, l'amour conjugal n'avait pas un temple.

Voilà donc le progrès de l’homme devenu religieux ! Sa religion était un « chancre » , et le chancre dévorait sa chair. Les « sages » qui se proposaient d’extirper le chancre, où les voit-on? C'est depuis Jésus-Christ, c'est contre Jésus-Christ que le monde a connu de tels sages. L’antiquité en ignora l'espèce et ne l’aurait point supportée. Quand Satan parvient à se faire adorer, il ne suscite ni ne permet le libre.examen. N'ayant pas la vérité, il n’a pas non plus cette patience qui est la tolérance de Dieu. On ne discutait pas plus Minerve à Athènes, Jupiter à Rome, que naguère Calvin à Genève et maintenant Mahomet à Méquinez, Luther à Copenhague, Joë Smith chez les Mormons. Les Chrétiens refusèrent publiquement l’encens aux idoles. Parmi les païens éclairés, ceux qui voulurent rester sages demandèrent que les idoles fussent repeintes et les Chrétiens livrés aux lions.

Avant le Christianisme, que pouvaient les sages? Qu’auraient-ils su mettre à la place des dieux? La raison, abandonnée à elle-même dans la recherche de Dieu, courut au polythéisme par la pente rapide qui maintenant emporte au panthéisme tout ce qui se détourne de Jésus-Christ. Le polythéisme aboutit aux idoles, le panthéisme y viendra. Les sages résisteront peu ! L'homme est fait pour adorer; il faut qu’il adore. Partout où le Christ n’a pas paru, les fétiches règnent; le Christ est-il chassé, les fétiches

se relèvent. Il reste des passions, il y a des maîtres, les dieux sont trouvés.

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Séparée de la révélation divine, la science ne constate plus que des phénomènes terribles devant lesquels la faculté de l’adoration s'égare aussitôt. L'homme apparaît comme le jouet de puissances contraires, la plupart cruelles, toutes inexorablement inconnues, dont il ne peut avec certitude fléchir la volonté obscure, dont il doit redouter sans cesse le caprice méchant. Perpétuelles terreurs, d’où surgissent les délires de la super-

stition : c’est le paganisme tout entier.

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‘Fig. 6. — Platon. Fig. 7. — Socrate.

D'après l'Iconographie grecque de Visconti.

Il y a, dit Bossuet, un christianisme de la nature. Il y a aussi un paganisme de la nature, béant sous les pas de l’homme : et combien tous les jours y tombent en pleine lumière de Dieu ! Le monde s’y engoufira.

Si les sages de l’antiquité pouvaient s’en tirer, il est certain qu'ils ne l'ont pas entrepris. La sagesse naturelle méprise l'erreur commune et l’accompagne à ses plus vils autels. Moïse, animé de l'esprit de Dieu, est le seul législateur de l'antiquité qui ose briser une idole populaire; il n’a d'imitateurs que dans son peuple. Solon établit le temple de Vénus prostituée.

Socrate, Platon, Cicéron, Sénèque, croiraient volontiers à l'unité et à

l'immatérialité de Dieu : mais Socrate mourant sacrifie à Esculape ; Platon se garde d’encourir une accusation d’impiété; Cicéron, déjà prêtre du temple de la Terre, brigue et obtient la charge d’augure; Sénèque observe les rites païens.

A renverser les simulacres, il fallait le bras des martyrs; pour guérir le « chancre », il fallait leur sang généreux, devenu le sang du Christ. Les philosophes et libres penseurs païens ont fait ce‘que pouvaient faire ces bien-disants que le disciple de Socrate nous montre au banquet du poëte Agathon. En discourant de la vertu et de la vérité, parfois admirablement, ils ont encore corrompu la terre. Le génie de Platon, ébranlé par de lointaines vibrations du Sinaï, a rendu quelques magnifiques échos. S’est-il soucié que ce fût la vérité ?

Dans ce dialogue du Banquet, où Socrate semble par moments plein de la pensée chrétienne, la passion la plus abominable est glorifiée comme le principe le plus actif de la vertu; et Socrate prétend tenir d’une courtisane les belles idées dont il charme ses auditeurs. Toutes les perversités que l’on pourrait aujourd’hui ramasser dans les lieux de châtiment ne donneraient pas une pareille essence de corruption. Raffiner dans l'infamie, c'était le fait et l’art des « sages ». Saint Augustin se reprend d’avoir loué ces impies : « Platon et les siens n'étaient pas nés pour éclairer les peuples, et les « acheminer de l’universelle folie des idoles au vrai culte du vrai Dieu. »

On citera de belles maximes des païens. Chez eux, les belles maximes abondaient, comme les temples. Les temples n’eurent la sainteté et les maximes l'efficacité que quand le Christ y pénétra. Observez-les sur ces hautes paroles, dit Bossuet, vous verrez qu’ils ne les entendent point. Rien de plus admirable que l’apologue socratique sur le caractère et la destinée du vrai juste : « Que son attachement pour la justice lui attire un renom « d’infamie; que, toujours vertueux et toujours réputé criminel, il veuille « persévérer jusqu’à la mort... Ce juste sera fouetté, chargé de fers, livré à « la torture; on lui brûlera les yeux, 17 sera mis en croix. » L'esprit chrétien est étonné de cette inspiration prophétique. Mais que laissait-elle à Socrate, et que comprenait le monde, avant que le monde eût vu l'arbre du Calvaire et goûté de son fruit? La conclusion païenne est qu’il faudra

bien que le juste sur la croix reconnaisse qu'il ne s’agit pas d’être juste, mais

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de le paraître; et tout finit par cette bassesse, que le sort de l’injuste est plus heureux.

Les poëtes romains sont riches en moralités irréprochables. Il y a quantité de sentences dévotes dans Ovide. C'est dire le profit qu’on en tirait. Il y en a dans Horace, si tranquille à mépriser tout ce qui n’est pas la volupté. Horace, dur comme un pharisien, ne craint pas de s’écrier : Pour la vestale impure, une mort, c’est trop peu! Mais, en même temps, ce dévot rigide ne cesse de répéter sur tous les tons : Prends l'instant de plaisir que te laissent les Dieux ! On avait aussi le fameux Connaïs-lor toi-même, parole admirée, gravée dans le temple de Delphes, ef du ciel descendue, dit Juvénal. Restait à trouver l’art de se connaître, «et ensuite l’art de se vaincre. Peu de héros essayaient; moins encore, ayant essayé, persévéraient. Nous entendrons Pilate dire, en haussant les épaules : Qu'est-ce que la vérité? Et ce même Pilate, qui ordonne de flageller le Juste pour essayer de lui sauver la vie, et qui le fera mettre en croix pour s’épargner à lui-même une mauvaise affaire, ce Pilate qui prononcera l'Ecce Homo, n'ignorait sans doute pas l'Homo sum de Térence. Il l'avait murmuré, peut-être, au premier aspect de l’homme de douleurs.

Nous ne méprisons pas ces accents stériles. Ce sont des témoignages de l’âme naturellement chrétienne; témoignages pareils aux herbes vaines qui attestent la richesse d’une terre abandonnée.

Après l'avénement du Christ, la végétation morale devient plus abondante et prend un caractère plus auguste. Perse, Sénèque, Juvénal se ressentent du souffle des Apôtres. Entre Caligula et Néron, Sénèque prononce ces mots admirables : Le malheureux est chose sacrée ! Mais Sénèque, courtisan de Caligula et de Néron, avait renoncé au barreau pour ne pas offusquer la vanité du premier, qui se croyait orateur; il revenait à l'éloquence pour excuser le second d’avoir tué sa mère.

Pour nous mieux rendre compte de ce monde, où, dit-on, J ésus-Christ n'était pas nécessaire, écoutons ce qu’on y pensait de l’âme, question trèsagitée entre les philosophes, c’est-à-dire entre ceux qui formaient la tête de la société païenne. Car Athènes et Rome étaient des gouvernements de philosophes et de gens de lettres. |

Suivant un académicien de notre époque, la Judée fut « étrangère à la

« théorie des récompenses individuelles que la Grèce a répandue sous le « nom d'immortalité de l’âme ». Par cette tournure, l’académicien avoue qu’à ses yeux l’immortalité de l’âme, et peut-être l’âme aussi, ne sont que des conceptions philosophiques très-contestables. C’est le point où s'éleva l'antiquité. Seulement, les efforts qu’elle avait honorablement faits à monter jusque-là, il les faut faire aujourd’hui pour descendre de plus haut. On les fera. La question de l’âme est liée à la question de Jésus-Christ; pour que Jésus-Christ cesse d’être Dieu, il importe essentiellement que l’âme, ou ne soit pas responsable, ou ne soit pas immortelle.

Observons d’abord que la Judée n'était pas « étrangère » à cette « théorie ». Dans les livres de Moïse, antérieurs à toute littérature et à toute philosophie, Dieu est appelé « le Dieu unique, maïître de tout, qui « blesse et qui guérit, qui frappe de mort et qui ressuscite ». Vingt passages de l’Écriture établissent la même vérité. « Ces Juifs , dit Tacite, peignant en même temps les Romains, croient les âmes immortelles. Ils se réjouissent d’être pères et ne se croient point permis d'ôter la vie à aucun des enfants qui leur sont donnés. » Tout cela est si connu, qu’il faut une sorte de courage pour paraître ne le savoir pas. |

Les nombreux systèmes des anciens philosophes sur l'âme, ou substance pensante, sont au nombre des choses qui marquent plus vivement l’infirmité humaine. On y trouve que l’âme est le cœur même; — une certaine section du cerveau ; — un air subtil; — une harmonie résultant de la concordance des diverses parties du corps; — un nombre qui se meut de soi-même ; — une portion de matière distribuée dans le corps humain, où elle prend un caractère particulier, suivant l'emplacement qu’elle occupe. Pour d’autres : il n’y a point d'âme; un « principe actif », résultant des combinaisons de la matière, donne lieu au phénomène que l’on appelle vie et mouvement. Aristote imagine l’entéléchie, ou mouvement perpétuel ; l’âme vient de là. Dans quel but? Aristote ne sait. L'âme est-elle immortelle ? Le maître de Pythagore, Phérécyde, l’a dit le premier, au rapport de Cicéron, lequel semble assez embarrassé de ne pas le croire , €t assez content de n’en être pas sûr. Beaucoup soutiennent que lâme finit avec le corps. Les stoïciens estiment qu'elle vit aussi longtemps que les corneilles. Pythagore ne fait

JA . pie — N . . . "4 . # l’âme ni périssable ni immortelle : après des transmigrations indéterminées à

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ce je ne sais quoi, qui est partie de la divinité, ayant habité les hommes, les

bêtes et même les végétaux, va se joindre à l’âme universelle, se perdre

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Fig. 8. — Les Césars divinisés. En haut, l'apothéose de Drusus l’ancien, de Jules César et d'Auguste dans l'Olympe; au centre, Fibère et Livie, présidant au culte d'Auguste, et entourés de Drusus le jeune, de Germanicus, Agrippine et Caligula enfant; en bas, les nations vaincues sous Tibère et réduites en esclavage. — Camée du temps de Tibère, conservé à-la Bibl. nat. de Paris.

dans le tout. Aristote est inintelligible, pour ne pas dire muet; Platon, toujours brillant et ingénieux, se contredit; Panétius, observant que l’âme

est sujette à la souffrance, conclut qu’elle ne saurait être douée d’immor-

talité. Cette idée de l’immortalité de l’âme paraît à Pline un conte puéril, une intolérable «nflure de l’orgueil humain, le comble de la démence. Sénèque dit : « Le dernier jour de la vie est le jour de la naissance pour la vie éternelle ; » et ailleurs : « S'i/ est vrai que l'âme survive au corps pour exister sans le corps, la vie future-est préférable à la vie présente. »

Une parole humble de Socrate vaut mieux que toutes les spéculations des autres et que toutes les siennes. Devant le problème de l’union de l’âme et. du corps, confessant l'impuissance de l'esprit humain, il invoque QUELQUE RÉVÉLATION DIVINE. Quand l'éclair a brillé, la nuit se refait plus épaisse. Socrate espère qu'après la mort il se trouvera avec les gens de bien; cependant il n’oserait affirmer qu’il reste quelque chose des gens de bien ni des autres. C’est la substance de tous les discours de Socrate sur ce sujet, et Platon ne parle pas autrement pour son propre compte. Cicéron ne se distingue pas du vulgaire intelligent. Il doute : « Si l’âme est anéantie, quel plus grand avantage que d'échapper à tant de misères et d'entrer dans la douceur du sommeil éternel ! Tant que je serai, je ne souffrirai point, parce que je n'ai rien à me reprocher. Anéanti, je n'éprouverai non plus aucune douleur. » Le sentiment de la responsabilité future ne les fatiguait pas ! S'ils l'avaient éprouvé, ils auraient eu moins d’assurance à se déclarer justes ; et sans doute encore que, s'ils avaient sincèrement cru à leur justice, ils auraient moins accueilli l’idée du néant, cette horreur de la pensée ennoblie par le Christianisme. Au fond, ils ne se sentaient pas justes, ils ne voulaient pas l’être, et n’étaient pas heureux. L'accent du désespoir et du dégoût de'soi-même n'est pas rare chez l'épicurien Horace. Les stoïciens font à l’homme un droit et presque un devoir de se donner la mort; tous envisagent l’anéantissement total comme leur plus certaine félicité. « Dormir sans rêve ! s’écrie Socrate; si la mort est quelque chose de semblable, je l'appelle un très-grand gain. » Le gain de n'être pas ! Ces cris de la misèré humaine commentent la parole de l’Apôtre, proclamant en même temps et le Christ et la révélation que Socrate attendait : EN LUI ÉTAIT LA VIE, ET LA VIE ÉTAIT LA LUMIÈRE DES HOMMES. Parce que les hommes n'avaient pas le Christ, 1l$ n'avaient pas la vie.

« Chez les païens, dit Lactance , la sagesse a ses docteurs qui n’enseignent

pas le moyen d'approcher des dieux, et la religion a ses ministres qui n’en-

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seignent pas la sagesse; d’où l’on peut conclure que ce n’est ni la vraie sagesse ni la vraie religion.» Des aberrations de la religion et des aberrations de la sagesse découlait une morale qui n'était que le mépris de tout. Les sophistes les plus logiques s’emportèrent à soutenir que rien n'est juste ou injuste en soi, mais seulement par la volonté du législateur. D’autres, sans le dire, firent trop voir qu’ils le croyaient.

La noble école des Socrate et des Platon enfanta les pyrrhoniens et les cyniques, et ces folles et impures sectes furent bientôt tout ce qui en resta. Il y a le même espace de temps, à peu près, entre l’enseignement de Platon et Cicéron, qu’entre l’enseignement des Apôtres et le premier concile de Nicée. Or, pour Cicéron, quelle vérité essentielle demeurait acquise et établie dans le genre humain? Il parle de « l'obscurité » de ces hautes questions qui avaient amené Socrate à confesser son ignorance, et déjà, avant Socrate, presque tous les anciens philosophes, dont l'opinion fut qu’on ne peut rien connaître, rien entendre, rien savoir ; que les sens sont bornés, l'esprit débile, la vie trop courte; que la vérité est profondément enfouie, qu’il n’y a plus de place pour elle sur le terrain obstrué de conventions et d'opinions ; qu’en un mot, tout est couvert d’épaisses ténèbres. « C’est pourquoi, ajoute-t-il, Arcésilas soutenait contre Zénon qu’on ne peut rien savoir, et non plus seulement qu’on ne sait rien, à quoi s'était tenu Socrate. Rien que l’on puisse voir ou comprendre, par conséquent, rien que l’on puisse tenir pour certain ! » Tel est l'aboutissement de la sagesse antique, quelques siècles après que Platon l’a élevée à son plus haut sommet. Dans un espace de même durée, à travers les hérésies et les supplices, lorsque le monde païen va se dissoudre, l'enseignement des Apôtres chante l’universel Credo de Nicée, affirmation souveraine des vérités qui sauvent l'âme et qui reconstruiront le monde. Les anciens Athéniens, ayant été délivrés de la peste, avaient élevé l'autel du Dieu inconnu, «afin de voir, disait saint Paul à leurs descendants, si en cherchant Dieu comme à tâtons, ils le pourraient trouver. » Mais lorsque saint Paul, annonçant ce Dieu devant l’Aréopage, aborda ce qui regardait la justice et la résurrection, les sages du peuple de Platon se mirent à rire. Ils ne voulaient même plus chercher. Tout le paganisme intelligent exprime le dédain de Pilate : Quid

est peritas ?

Saint Augustin s'étonne qu'après le Christ, il puisse encore se trouver des gens qui, entreprenant de parler pour éclairer les hommes, aiment mieux avoir Platon dans la bouche que Jésus-Christ dans le cœur. Dénces demeurants, il y en a toujours ! Accordons-leur que l'on peut interpréter . favorablement beaucoup de points douteux de la doctrine de Socrate et de Piaton; déchargeons ces sages d’avoir positivement cru à la métempsycose, à la préexistence et à l'éternité de la matière, à la destruction de l’âme : force est bien de renoncer à les justifier sur la morale et sur les mœurs. Leurs mœurs n'étaient pas simplement de mauvaises mœurs comme nous l’entendons aujourd’hui ; ils ne se contentaient pas de céder à la nature, ils la violaient. ls ne s'en défendent pas, ils n’en rougissent pas. Socrate est absolument cynique. Dans les Dialogues de Platon, l'extrême infamie est présentée comme une chose si naturelle en soi, si en usage malgré les lois contraires, qu’il est douteux que ces élégants, ces sages, ces théosophes y aient vu un mal. La morale chrétienne sera souvent impuissante contre les mauvais penchants de l'homme; mais, vaincue, elle éveille le repentir, elle allume l'intolérable remords ; le pécheur s’accuse le premier et se condamne lui-même. Que s’il s'emporte à justifier le crime, alors il n’est plus seulement pécheur, il devient apostat; l'apologie qu'il ose entreprendre n’est que l’aveu sur lequel la conscience publique ratifie le juste arrêt par lequel il est retranché.

Quoi que l’on pense du génie de Platon, il faudra toujours reconnaître que la vérité lui fond dans la main, qu'il s'en amuse, et qu’il s'amuse aussi du vice. Quoi que l’on pense des hauts pressentiments de Socrate, de ses qualités et de sa belle mort, il sera toujours vrai que Socrate ne connut pas ses fautes ou ne voulut pas les condamner. Platon méprisait les philosophes qui pouvaient se rendre assez simples et assez clairs pour être entendus des gens du peuple ; Socrate, après une vie de libre penseur, mourait sans avoir l'instinct du repentir. A ce trait du plus grand, et à ce trait du meilleur, on peut voir quels précurseurs du Christianisme ils étaient.

L’antiquité n’a en propre rien de chrétien, rien du tout. Doctrines, lois, mœurs, tout ce qui était de sa sagesse concourait pour écraser les petits et les faibles, l'enfant, la femme, le pauvre, l’esclave, le peuple. La preuve en

est dans ces législations fameuses, où se révèle avec tant d’évidence l’ins-

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