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Le dogme de la résurrection découle du dogme de l'Incarnation; il est si étroitement lié à tous les mystères chrétiens qu’on ne peut le nier sans nier tout le Christianisme. Comment admettre que Dieu se soit uni à la nature humaine, en ait pris la faiblesse et la mort, sans lui laisser le germe de sa force et de son immortalité ? La mort est une des principales conséquences du péché d'Adam : si la postérité d'Adam ne devait pas ressusciter tout entière, elle ne serait donc pas réhabilitée par le second Adam ? Jésus-Christ ne nous aurait donc rachetés qu'à moitié? Mais alors Adam aurait été plus puissant pour perdre que Dieu pour réparer; la grande œuvre, la Rédemption, serait défectueuse et même vaine.
En effet, Jésus-Christ, dit saint Paul, avait la même humanité que nous. Si notre humanité ne ressuscite pas, la sienne ne ressuscite pas; s’il ne peut nous ressusciter, il n’a pas pu davantage se ressusciter. Or, si Jésus-Christ n'est pas ressuscité, ses Apôtres ne sont plus qu’une troupe de faux témoins allant sacrilégement annoncer par le monde un miracle que Dieu n’a pas fait. Si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, il n’a pu triompher de la mort; s’il n’a pu triompher de la mort, il n’a pu davantage triompher du péché qui en est la cause. Notre péché subsiste donc avec toutes ses conséquences, nous n'avons pas été rachetés, nous sommes encore sous le poids de l’ancien anathème, produit du péché. Mais si Jésus-Christ ne nous a pas rachetés, il n’était point Dieu, il n'était qu’un homme, tout le Christianisme une absurdité. Ainsi, d’après saint Paul, nier la Résurrection, c’est nier l’Incarnation, la Rédemption, la divinité même de Jésus Christ. Cette négation conduit à la négation de l'existence de Dieu, de l'âme, de tout.
Au contraire, le dogme de la résurrection universelle affirme tout le Christianisme. Il nous dit que comme nous ressentons dès à présent les effets de la mort du Rédempteur par notre libération du péché, ainsi nous recevrons au dernier jour le fruit de sa résurrection par la délivrance de la mort. Maintenant nous devons subir la souffrance et la mort, puisque notre Chef et Seigneur les a lui-même subies : mais ce Chef mort pour nous étant aussi ressuscité pour nous, il est le gage que la vertu de Dieu par laquelle il a été ressuscité, lui, le Fils consubstantiel, nous ressuscitera, nous, les fils adoptifs. De même que Jésus-Christ est mort comme uni à toute l'humanité,
de même l'humanité entière ressuscitera comme unie en lui à la divinité. Il
a pris notre mort sans cesser d’être « la résurrection » ; par là, il nous a fait acquérir la résurrection et nous avons laissé la mort. Ayant détruit en nous le péché, la mort de l’âme, la première mort, il détruira de même la seconde mort, qui est la mort corporelle. Or, conclut l'Apôtre, puisque la cause de notre résurrection sera la résurrection de Jésus-Christ, une fois ressuscités en lui, nous serons ressuscités comme lui, pour ne plus mourir. On ne parlera plus de mort, et la mort n’aura plus aucun droit sur la race d'Adam. Alors sera accomplie la grande prophétie d’Osée. Absorbée dans la victoire du Rédempteur, la mort sera abolie.
Quant à la difficulté de retrouver cette matière première, pulvérisée, dispersée, dissoute, transformée en tant de facons, et de la rejoindre à l'âme à qui elle appartient, l’objection est puérile. Dieu sait le compte des grains de poussière qui restent du genre humain, et connaît chacun d’eux par son nom. Peu importe où cette matière se trouve et quelles transformations elle
‘a pu subir ; c’est assez qu’elle ne soit pas anéantie.
Toute chair, dit saint Paul, n'est pas même chair, et autre est la chair de l’homme, autre la chair des animaux. En vertu d'une loi naturelle, toute chair devant suivre la condition de sa forme, la chair de la brute périt tout entière avec sa forme, l'âme sensitive qui lui fut unie. Mais la chair de l'homme, étant matière d’une forme immortelle, conserve toujours un germe d’immortalité. Détruite par le feu, jetée en cendres au vent, mangée, enfouie dans les volcans ou dans la mer, elle n’est jamais tellement transformée qu'il n’en reste rien absolument. Dieu retrouvera ces atomes que lui-même a faits indestructibles et les rendra à l'âme qui les aura animés une première fois *.
Enfin, par-dessus tout, souvenons-nous que nous avons la parole de Dieu. Même dans l’ordre naturel, à plus forte raison dans l'ordre surnaturel,il n'est point de vérité qui ne demeure par quelque point insaisissable à notre courte intelligence. La vue se trouble lorsque l'œil se fixe trop assidûment sur un objet, et nous ne voyons plus même ce que nous pourrions voir, quand nous le voulons trop voir. Que la raison nous serve pour chercher Dieu, à la bonne heure; mais c'est avec un organe supérieur qu’il
faut le contempler. C’est pourquoi, ayant aidé notre raison par l'évidence
4 Ventura, Serxon sur la résurrection des morts.
des miracles, Dieu nous a fait les dons incomparables de la foi et de l'amour, afin que nous le connaissions et le goûtions véritablement. Il remettra beaucoup à notre faiblesse ; sa miséricorde même ne peut rien remettre à notre orgueil. Il ne nous reprochera jamais de n’avoir pas parfaitement compris comment il fait ses œuvres de Dieu ; mais il sera justement terrible à ceux qui auront rejeté sa parole pour s'être targués de comprendre
comment ses œuvres ne seraient pas de Dieu.