‹ Jésus-ChristChapitre 6 sur 139 · ANA NME LE CHRIST · texte numérisé non relu

ANA NME LE CHRIST

piration de celui qui fut « homicide dès le commencement ». Les lois de Sparte ne sont pas ce qu’il y a de plus diabolique et de plus impur ; les lois imaginaires de Platon font comprendre l'immense faiblesse du mortel qui cherche tout seul la sagesse, et donnent la mesure de son implacable orgueil, lorsqu'il prétend l'avoir trouvée. L’humanité n'est pour lui qu'une matière inerte sur laquelle son esprit a le droit de tout oser. Il l’équarrit à coups de hache; il taille, retranche, déchire à son gré, se sert à son gré de la mort. Le législateur Platon ne veut que des corps parfaits et de belles âmes : en conséquence, les médecins laisseront périr les individus mal conformés, les

tribunaux feront tuer les méchants incorrigiblés, les enfants mal faits ou nés

Fig. 9. — Barbares enchaînés et femmes traînées par les cheveux au pied d'un trophée, monument de leur défaite et de leur captivité. Partie d'un camée du temps de Tibère, conservé au Cabinet de Vienne.

de méchants seront abandonnés. Toujours en vue de la beauté et de la vigueur du sang, il met une limite d'âge pour être père et mère, et, passé le terme, il impose l'abandon des enfants. L'homme libre peut tuer son esclave et n’est tenu qu’à se purifier ; mais l’esclave qui, en se défendant, aura tué un homme libre, subira la peine des parricides. C’est ainsi que le plus grand philosophe de l'antiquité, se supposant maître d’un peuple, le voulait pétrir de beauté et de vertu ! S'élevant en rêve au-dessus des mollesses attiques, il chassait les poëtes et faisait couler le sang. Horace demande qu’on fasse mourir deux fois la vestale parjure; le voluptueux Platon veut supprimer le cœur de la mère et le cœur de l'épouse, il tue l’esclave, il jette dans les lieux secrets les enfants mal venus. O Christ! Ô pureté ! ô amour ! hâtez-vous, venez instruire la Samaritaine et relever la Pécheresse qui pleure, et poser

vos mains sur la tête de l’enfant !

28 JÉSUS=CHRISTLATTENDU.

Il ne faut pas objecter que les lois de Platon n'étaient qu’un jeu de son esprit. La Grèce avait vu en ce genre des essais et des succès qui permettaient tout. Platon n'inventait pas l’infanticide; la condition de l’ilote, à Sparte, était pire qu’il ne faisait celle de l’esclave ; le sort de l’esclave et de l'enfant romain ne fut pas meilleur. Tertullien disait aux magistrats de l'empire : Quel est celui d’entre vous qui n’a pas donné la mort à son propre enfant? Au troisième siècle, Plotin, philosophe jaloux du Christianisme, entreprit de fonder une ville où les lois de Platon seraient observées. Les philosophes que le Christianisme n'éclaira pas en devinrent plus aveugles. .Ces choses-là sont du fonds humain, et aujourd’hui encore on ne pourrait jurer qu’elles ne s’y trouvent plus.

« Les croyances opposées à la raison, dit Bonald, produisent inévitablement des actions opposées à la nature. » En dépit des intimes gémissements de cette nature qui ne pouvait entièrement disparaître, le monde païen, subissant la raison de ses sages, était fait à l’image de ses dieux. Les intelligences étaient obscurcies, les actions devaient être déréglées. Dans la société domestique comme dans la société civile, l’ulcère creuse et s’élargit; le divorce et les dissolutions dévorent la famille, les ambitions dévorent le droit. La propriété devient plus précaire, l’usure plus féroce, les débiteurs plus misérables, les esclaves plus barbarement opprimés à mesure que la richesse augmente, que les mœurs s'amollissent et que les lettres et les arts multiplient les merveilles. Partout la cruauté, la vénalité, la captation ; partout le mensonge et le cynisme du mensonge. Mensonge cynique de la parole, mensonge cynique des jugements et des serments, mensonge cynique des traités. Qu'il s'agisse des étrangers ou des concitoyens, la guerre est sans humanité, l’alliance sans sécurité, la paix sans aménité. Tel est le plus grand de ces peuples antiques, qu’un entêtement de littérature veut nous peindre si libres et si fiers. Leur bassesse n’est comparable qu’à leur corruption. Le caractère dominant de l’ancienne Rome est un profond oubli de Dieu, un extrême mépris de l’homme. Ces deux choses ne se séparent guère, et l’une enfante l'autre.

Avant le Christ, l’homme est la proie de l’homme. A l'heure où le Christ va paraître, la proie est soumise et ne résiste plus. Ce n’est pas que l’homme

ait perdu son génie. En prenant le chemin des ténèbres, il a gardé ce vain

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flambeau. Il n’en a pas moins marché fatalement vers l'esclavage ! La politique, la science, la littérature, le commerce, les arts, atteignent leur apogée naturelle. On est riche de merveilles humaines. Sans parler de Ninive, de Tyr, de Babylone disparue et de Memphis qui croule, on a eu ces éblouissantes démocraties grecques, et ce grand Sénat romain, et Homère et Platon, et Phidias et Aristote, et Cicéron et Virgile, et Alexandre et César. Les législateurs, les conquérants, les artistes, les poëtes, n'ont pas manqué ; mais rien n’a appris à l’homme l’amour de Dieu ni le respect de l'homme : et tout vient aboutir à placer le monde sous la dent de Rome, et Rome sous les pieds de Tibère en attendant Caligula et Néron. Voilà le résultat suprême, les noms qui résument ces vastes labeurs du genre humain et du temps : un homme-dieu qui est Tibère, qui va être Néron ! Cela est régulier et comme définitif. Le dieu Tibère est enfermé dans Caprée, inventant des voluptés et des supplices, inquiet, déjà en proie à la décomposition, et embarrassé de limiter le nombre de ses temples et la foule de ses prêtres ! Tibère ne demande pas l'encens, il le refuse. D'ailleurs il craint la mort, il craint Rome à genoux, il craint ses ministres, ses complices de meurtre et de débauches; il craint surtout son héritier, ce Caligula qu'il élève pour se venger du dégoût d’être dieu et léguer à ses adorateurs un monstre capable de le faire regretter. Cependant dix mille prétoriens suffisent à Séjan pour maintenir en respect la grande Rome, tremblante sous le crayon des délateurs; et bientôt on aura Caligula, le fou; puis Claude, l’imbécile, que Messaline et Agrippine gouverneront; et enfin Domitius-

Néron sera la tête politique, le lien, le repos de la race humaine.

Que les dieux conjurés redoublent nos misères! Que Leucas sous les flots abîme nos galères!

Que Pharsale revoie encor nos bataillons.

Destins, Néron gouverne, et Rome est consolée ! !

C'est le dernier mot du polythéisme, sa dernière expression religieuse et civile. Tibère, Caligula, Néron, Héliogabale, maîtres et dieux à qui va naturellement le monde! Contre le dogme de l'unité de Dieu, Satan le

négateur avait suscité lhérésie du polythéisme. Dans le temps que le Fils

4 Pharsale, traduction de Brébeuf.

de Dieu prend la nature humaine pour révéler toute vérité et instaurer toute liberté, Satan le parodiste veut avoir aussi son incarnation, et Tertullien dira en face aux païens qu'ils se parjurent plus volontiers après avoir juré par tous les dieux que lorsqu'ils ont juré par le seul génie de César. Ce pouvoir s’ajuste si bien à la dégradation de l’humanité qu’il dure trois siècles, passant des méchants aux fous, des fous aux brutes, des brutes aux monstres, sans parvenir à révolter la bête lâche dont il vide les veines en la souillant de sa perpétuelle infamie. Les païens tuent les empereurs, les chrétiens seuls tueront l’Empire. Ils le tueront en donnant leur propre vie, mourant, eux aussi, pour racheter le monde. Mais ces fiers Romains, qui refusent la vérité, ils ne veulent pas non plus de la liberté. Ils tuent l'Empereur pour voler ou pour vendre l'Empire, non pour le délivrer. « Notre gloire à présent c’est d’obéir ! » Ils tiennent cet engagement, pris en face de Tibère. Sous les pieds de César croissent les légistes : véritables théologiens du culte impérial, ils donnent à ce pasteur l'entière propriété du bétail humain. César tue et pille de droit, Quidquid principi placuit, legts habet vigorem. Mais, après tout, mieux valaient encore les caprices de César que les lois de Platon.

Et le monde, portant au comble sa méconnaissance de Dieu et sa haine de l'homme, adore abjectement l'idole de chair qui le dévore, et se sent

abjectement mourir.

Fig. 10. — Sacrifice aux divinités infernales, la victime ayant la tête baissé. D'après le Virgile du Vatican, vre siècle.

III | j LES PROPHÉTIES

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