‹ Jésus-ChristChapitre 50 sur 139 · ENT · texte numérisé non relu

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avait passé le saint jour par respect pour la

Loi. Le lendemain, suivi de tous les siens,

il se mit en chemin pour Jérusalem.

Hi es Parvenu au pied de la montagne des Oliviers, il envoya deux de ses Disciples en avant, dans un village tout proche, où ils verraient une ânesse avec son àânon qui n'avait pas encore été monté. Il leur com- AMP manda de détacher ces animaux et de les

Initiale du ARationate de Guillaume Purand, us. du xive s. Bibl. de M. Didot.

40 amener; et que si quelqu'un s’enquérait 7 pourquoi ils faisaient ainsi, ils répondissent : Le Seigneur en a besoin. En effet, les propriétaires des animaux n'objectèrent rien à cette réponse. Les deux Disciples délièrent donc l’ânesse et son petit, et les amenèrent. Et, ayant couvert l’ânesse de leurs vêtements, ils y firent asseoir le Seigneur. Lorsque l’on sut qu’il approchait, une grande foule vint au-devant de lui de Jérusalem, portant des palmes et criant : Hosanna : Béni soit le Roi

d'Israël qui vient au nom du Seigneur ! Ils étendaient leurs vêtements sur

son passage, coupaient des rameaux verts et en jonchaient le chemin. A la descente du mont des Oliviers, les Disciples, formés en plusieurs groupes, ravis de joie, louaient Dieu et publiaient les miracles qu’ils avaient vus. Ils disaient : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Paix et gloire au plus haut des cieux ! Le gros du peuple, à la tête et à la fin du cortége, répétant cet écho du cantique de Bethléem, proclamait le Messie : Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père! Hosanna ! Longue vie au fils de David! l

Contraint par la condition humaine à marquer sa royauté par un triomphe célébré dans les formes humaines, Jésus ne voulut que celui-là. Il en fit la contre-partie des pompes dont s’entouraient les maîtres et les victorieux de la terre; il en choisit le moment de manière qu’il signifiât aussi son sacrifice. C'était ce jour-là qu'on introduisait dans Jérusalem, ornés de rubans et de fleurs, les agneaux qui devaient être immolés pour la Pâque, quatre jours après. Jean-Baptiste, le signalant à ses Disciples, leur avait dit : Voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde; Jésus accomplit cette parole, la première qui fut dite de lui lorsqu'il vivait dans la chair ; et en même temps il inonde de clarté la prophétie donnée cinq siècles auparavant par Zacharie, quand la voix des Prophètes allait s’éteindre en Israël : « Réjouis-toi, fille de Sion : voici ton Roi, le Juste et le Sauveur, qui vient « à toi. Il est pauvre, et il est monté sur une ânesse et sur le poulain de « l’ânesse. »

Une des grâces suprèmes que Dieu a faites à l’homme par Jésus-Christ, est le ravissement de son intelligence lorsqu'elle considère du même regard le soin tendre avec lequel Jésus veut se faire reconnaître comme l’exemplaire de toutes les figures, afin d’'éveiller et d’affermir la foi, et la majesté qui ne cesse pourtant d’éclater dans les abaissements où le Fils de Dieu s’est condamné. Assurément, cette entrée à Jérusalem ne répond guère aux premières idées que nous pouvons nous faire d’un roi et d’un Dieu. Cependant Celui qui envoya devant lui deux hérauts comme Zacharie et Jean-Baptiste, sans compter les autres Prophètes, pouvait se dispenser d’ajouter des pompes qui l’eussent rapproché de la splendeur d’'Hérode et de César.

Ce pauvre qui parcourt la Judée à pied, vivant d’aumône, agit et parle

néanmoins partout et toujours en maître souverain des hommes, et en pos-

BEUCHARISTIE. 251

sesseur souverain des choses. Il appelle qui bon lui semble, il entre où il lui plaît; il prend à celui qui les possède les pains et les poissons qu’il va multiplier, comme il prend à la mer la pièce d'argent dont il paye le tribut; il dit à Zachée : « Je loge aujourd’hui chez toi, » et il vide les mains du Publicain comme il emplit les filets des pêcheurs. Au moment d'entrer dans Jérusalem, il donne un autre exemple de cette souveraineté et de ce domaine qui lui appartiennent universellement. Il envoie deux Disciples délier l’ânesse et son poulain, et il exprime son droit par une parole qui ne rencontrera pas de résistance : « Vous direz : le Seigneur en a besoin. » Non pas Jésus, ni le fils de David, ni aucune autre désignation, mais LE SEIGNEUR.

Par sa sagesse, ces deux animaux si humbles sont un symbole profond ; l’action si simple de se les faire amener et de les monter devient une prophétie éclatante.

Dans l'Écriture, la bête de somme, c’est l’homme lui-même, en l’état où il est tombé et où Jésus le prend. David, souillé de son adultère, déclare que l'homme, ayant méconnu sa dignité et s'étant livré aux sens, s’est ravalé jusqu’à la condition des brutes. Le genre humain en était là. L'Évangile nous montre ici deux bêtes de somme, l’ânesse et son petit, parce qu’il y avait dans l’ordre religieux deux peuples. L'ânesse figure le peuple juif, soumis au joug très-dur de la Loi; le poulain figure la Gentilité, le peuple idolâtre. Jésus l'appelle avec une justesse parfaite « une bête que personne n’a encore montée » ; car la Gentilité, étrangère à la loi mosaïque, ne possédait ni religion ni sacerdoce véritable. Le Seigneur va soumettre cette bête indocile et l’introduire dans la Jérusalem céleste. 11 y a la mère et le petit, parce que, relativement à Dieu, la Judée est la mère des nations.

Les deux peuples, quoiqu'ils s’estimassent libres, étaient liés, les Juifs par leur fausse justice, les Païens par leur fausse sagesse ; liés honteusement des mains de l’hypocrisie et des mains de l’imposture; liés dehors, devant la porte, entre deux chemins. J ésus-Christ est la porte, et le Juif ne peut entrer; deux routes, la tradition primitive et la loi mosaïque, conduisaient au salut, et le Gentil ne pouvait marcher. Ils étaient liés, sans guide, sans nourriture, Sans foi, sans espoir, attendant le fardeau de nouvelles superstitions et de nouveaux vices que le démon voudrait leur

imposer.

Pour les délier, deux Disciples sont envoyés. Un seul aurait pu suffire; mais il y aura deux rangs parmi les Apôtres : les uns plus spécialement envoyés aux Juifs, les autres plus spécialement envoyés aux Gentils. — « Déliez-les. » Les Disciples reçoivent cette mission quand Jésus va entrer dans Jérusalem, comme les Apôtres seront envoyés au monde lorsque Jésus sera près de monter au ciel.

— Déliez-les, le Seigneur ex a besoin ! — Zachée, descends vite; 17 faut qu'aujourd'hui je loge chez toi ! — Lazare, viens !... Qui empêchera jamais ces paroles de retentir dans l’âme humaine et d’être obéies ?

Les propriétaires des deux animaux disent aux Disciples : Que faitesvous ? pourquoi déliez-vous ces bêtes ? C'est ce que diront la Synagogue et César, et bien d’autres sous d’autres noms. Les Disciples répondent : Le Seigneur en a besoin. A cette parole, la résistance cesse. A cette parole, toute résistance, quelle qu’elle soit et quelque temps qu'elle se prolonge, toute résistance cessera. Toutes les églises qui s'élèvent sur la terre sont des tombeaux ou des reliquaires des martyrs. Les martyrs ont recu mission de délier les âmes dont le Seigneur a besoin; on les a tués, et les âmes que voulait le Seigneur ont été déliées. « Et ils les lui amenèrent. » Cette simple parole, dit Ventura, est une histoire complète et une prédiction immense ; c’est l'obstination du Juif vaincue, l’orgueil du païen dompté, l'univers soumis à Jésus-Christ et la croix s'élevant sur toute hauteur.

Les Pharisiens étaient présents à l’entrée de Jésus. Ce spectacle pouvait leur montrer, comme nous le voyons encore, ce que Jésus eût fait du peuple de Jérusalem et de toute la Judée s’il l'avait voulu; ils ne virent que ce que Jésus ne faisait pas, et ils se confirmèrent dans la pensée.qu'’il ne leur résisterait point. Ils se répétaient les uns aux autres, songeant à l’inutilité de leurs calomnies et de leurs menaces : — Nous n’avons rien gagné; voilà que tout le monde court à lui !

Mais, quoique résolus de le mettre à mort, et assurés de sa douceur is ne pouvaient en ce moment l'arrêter. Ils se contentèrent de lui dire : — Maître, faites donc taire vos Disciples! Jésus leur répondit : « S'ils se taisent, les pierres crieront. »

Cependant il n’ignorait pas ce qu’il fallait penser de la solidité de cette multitude, ni comment finirait cette allégresse. Dans la foule, parmi ceux-là

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même qui souhaitaient longue vie au Fils de David, se trouvaient ceux qui devaient, cinq jours plus tard, crier : Crucifiez-le! Voyant Jérusalem, Jésus pleura. Bientôt Jérusalem, si criminellement ingrate, ne serait qu’un sépulcre plus fermé que celui de Lazare. Jamais le deuil de la patrie n’a poussé un gémissement plus tendre : « Et toi, si du moins en ce jour de grâce tu savais connaître ce qui peut t’assurer la paix! Mais maintenant ces choses te sont cachées, et il viendra des jours où tes ennemis t’envelopperont et t’'enfermeront, et te serreront de toutes parts, et te coucheront par terre, toi et tes enfants; ils te détruiront entièrement, ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas su connaître l'heure du salut ! »

Jésus monta au Temple, et, après avoir tout considéré, comme le maître qui inspecte sa maison, il revint à Béthanie, où il passa la nuit.

La journée du lendemain fut signalée au début par une action étrange en apparence et peu importante, mais d’une grande signification.

Comme Jésus revenait de Béthanie à Jérusalem, il eut faim, et il s’approcha d’un figuier qui était sur le chemin, pour voir s’il y trouverait du fruit. Il n’y trouva que des feuilles, car ce n’était point le temps des figues. Alors il dit au figuier : « Qu’aucun fruit ne naisse de toi jamais!» Ce que les Disciples entendirent. Aussitôt le figuier sécha jusqu’en ses racines. Les Disciples ne le remarquèrent point; mais le lendemain, passant auprès de cet arbre, ils furent saisis d’étonnement. Pierre se souvint de ce qui était arrivé la veille, et dit à Jésus : — Maïtre, voilà le figuier que vous avez maudit qui est devenu sec.

C'était le matin, avant l'heure du repas; la faim que Jésus voulait éprouver, pour marque de son humanité, n'était donc point naturelle. C'était avant la saison des figues; pourquoi donc cherchait-il des fruits quand il savait qu’il n’en trouverait pas, et quelle raison y a-t-il de maudire un arbre parce qu’il n’a point de fruits dans le temps où il n’en doit point porter ? On s’explique l'étonnement des Disciples. Pierre, à qui il appartient d'observer, de se souvenir et de s’enquérir, fait une remarque qui sollicite des explications. Mais Jésus, sans expliquer le mystère, se contente d’apprendre aux Apôtres qu'il a fait ce miracle pour leur donner la foi. Il

voulait les mettre à l'abri des terreurs que pourraient leur inspirer les

menaces de la Synagogue, dont ce figuier était l'image, et leur faire comprendre par cette nouvelle preuve de sa puissance partout souveraine, que tout ce qui allait arriver n'arriverait que par sa permission.

Il fallait aussi que Jésus fit éclater la puissance redoutable de sa justice, et nous voyons en même temps, dit saint Hilaire, quelle était sa bonté. Jusqu'à présent, ne se montrant Dieu que par ses miséricordes, il en a écrit les preuves sur les corps humains, guérissant les maux de cette vie pour annoncer le salut des âmes; maintenant qu’il doit donner un exemple de sa sévérité envers les rebelles, il ne frappe pas un homme, il dessèche une plante. Il a choisi le figuier pour que le miracle fût plus évident, à cause de la séve très-abondante de cet arbre qu’une seule parole va dessécher aussitôt.

Le même jour, Jésus chassa encore une fois les vendeurs du#l'emple. Les Princes des Prêtres et les Scribes, qui autorisaient le commerce souvent frauduleux de ces trafiquants, et qui en tiraient profit, sentirent croître leur colère ; mais ils n’osèrent rien entreprendre contre Jésus, à cause de l’admiration que le peuple avait pour sa doctrine, et du concours de malades et d'infirmes qui venaient le trouver et qui étaient guéris. Les enfants mêmes, répétant ce qu'ils entendaient partout, criaient dans le Temple : Hosanna au fils de David! Les Pharisiens dirent à Jésus : — Entendez-vous ? — « Oui, répondit-il. Il est écrit : Vous avez tiré des louanges de la bouche

des enfants. »

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