‹ Jésus-ChristChapitre 62 sur 139 · LE SIGNE DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LE SIGNE DE LA CROIX

Dans l'antiquité, la croix est une chose sinistre et hideuse où se trouvait comme concentrée toute l’infamie des supplices. Elle a ce caractère dans les livres saints : « Le cadavre du pendu ne demeurera point la nuit à la potence, mais il sera enseveli le même jour, parce que celui qui est attaché au bois est maudit de Dieu. » C’est à cause de cette loi qu'Isaïe, parlant prophétiquement du Christ, dit : « Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes », et plus loin il l'appelle « l’humilié ». La croix n’était pas seulement un supplice, mais une malédiction. « Maudit celui qui pend au bois. » De là le cri prophétique du Livre de la sagesse : « Condamnons-le à la mort la plus honteuse ! » répété avec tant d’acharnement par les Juifs

dans ce seul mot : « Crucifiez-le ! » C'est-à-dire qu’il meure et qu’il soit

maudit ! Ils veulent que l’opprobre du supplice rompe enfin ce que peut-être la mort toute seule ne saurait briser. Il n’entre pas dans leur esprit qu’on puisse voir sur la terre des hommes qui s’avouent disciples d’un pendu.

Pour les Romains, la croix est le « bois infortuné », « l'arbre fatal », « l’arbre d’ignominie », en un mot, le supplice des esclaves. Tarquin fit mettre en croix les corps des citoyens qui s'étaient donné la mort pour ne point travailler à ses égouts; Gracchus dévoue à l’infâme croix son adversaire Publius Popilius ; Sénèque dit que pareille honte est du nombre des maux qu'il faut prévenir par une mort volontaire. Cicéron contre Verrès, à propos de la croix de Gavianus, exprime toute cette horreur de la croix : « Affreuse est l’ignominie d’une condamnation publique, affreuse la confiscation, affreux le bannissement. Cependant, au milieu de ces calamités, quelque vestige encore de liberté nous demeure; et la mort même, si elle nous est infligée, nous la subissons dégagés de toute entrave. Mais que le bourreau, que le voile sur la tête, que le nom de croix, que tout cela n’approche pas d’un citoyen romain, non-sculement de son corps, mais de sa pensée. » Plutarque raconte que de son temps encore on promenait en grande pompe un chien attaché à une croix, en mémoire de la surprise du Capitole, où les chiens avaient dormi.

Ces détails font comprendre ce que saint Paul appellera le scandale et la folie de la croix. Minutius Félix parle aux idolâtres de la stupidité de leurs dieux, taillés peut-être de quelques débris d’un bûcher ou d’un arbre d’ignominie. A leur tour, les idolâtres reprochent aux chrétiens l'insigne folie d’adorer un dieu mort sur le gibet; et les Juifs, toujours attachés à la stérilité de la lettre, prétendent que celui-là n’a pu être le Fils de Dieu, qui a souffert un supplice que Dieu avait maudit.

Et cependant, en même temps, le mystère de la croix était pressenti des Juifs et des païens eux-mêmes. Les uns et les autres, longtemps avant le Christ, priaient par le signe de la croix. De manière ou d’autre, ce signe est partout l'attitude même de la prière. Jacob, figure du Messie, croise les bras lorsqu'il appelle les bénédictions du Ciel sur les deux fils de Joseph, plaçant la main droite sur la tête de celui qui est à sa gauche et la main gauche sur la tête de celui qui est à sa droite : ainsi posées, dit Tertullien,

les mains du patriarche formaient la croix et annoncaient les bénédictions

qui descendraient du Crucifié. Moïse, quand la bataille est engagée contre les Amalécites, monte en silence sur la montagne; et là, debout, les mains ouvertes et les bras étendus, vivant signe de croix, il prie, et les Hébreux sont vainqueurs. Car le combat du Seigneur qui se livrait contre Amalech préfigurait les batailles du Verbe incarné contre Satan, ennemi de la croix par laquelle il devait être vaincu.

: : > TR ANE TS NE ae L'on sait par Jésus-Christ lui-même la signification du serpent d’airain

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