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Fig. 114. — Saint Pierre délivré de prison par un Ange. Peinture à fresque de Raphaël, au Vatican, xvre siècle.
nauté, ils avaient institué sept diacres, choisis entre les Disciples et élus par eux. Le premier diacre, nommé Étienne, avait étudié sous Gamaliel. C'était un homme plein de foi, de science et de force, et qui faisait de
grands miracles. Les Juifs grecs, ayant eu avec lui des controverses publiques dont le résultat n'avait pas tourné suivant leur désir, l’accusèrent de blasphème et le traînèrent devant le Conseil, où ils produisirent de faux témoins. Lorsque Étienne fut en présence des juges, ceux-ci virent son visage éclatant comme celui d’un ange. Le Grand-Prêtre l’interrogea, et il se défendit. Son discours était d'un maître. Il montra comment les Juifs avaient toujours persécuté les Prophètes; comment, fidèles au mauvais esprit de leurs pères, ils venaient de mettre à mort Celui que les Prophètes avaient annoncé, le Messie préfiguré par Moïse. Ce discours leur faisait aussi comprendre que l'intelligence des livres saints sortait de leurs écoles et passait aux Disciples de Jésus. Ils devinrent furieux. Mais, tandis qu'ils grinçaient les dents contre Étienne, celui-ci, levant les yeux, s’écria : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'Homme qui est debout à la droite de Dieu. »
Aussitôt les membres du Conseil, poussant de grandes clameurs, le trai- -nèrent hors de la ville pour être lapidé. Suivant la loi, les témoins devaient lui jeter la première pierre. Afin de témoigner qu'ils exécutaient le jugement, ils mirent leurs vêtements aux pieds d’un jeune docteur, élève aussi de Gamaliel, qui était là comme délégué des juges. Étienne, pendant qu’on le lapidait, disait : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit! » Et, s'étant mis à genoux, il dit encore: « Seigneur, ne leur imputez point ce péché! » Ayant prononcé cette parole, il mourut. L'Écriture dit: 17 s'endormit. C’est le premier martyr, le premier qui reçut en ce monde l’accomplissement de la première promesse faite par Jésus à ses premiers Disciples : « Vous verrez le ciel ouvert. »
Les Juifs pouvaient se consoler de leur nouveau crime en se disant qu’au moins « la secte » ne remplacerait pas aisément l’homme plein de science, d’éloquence et d’ardeur qu’ils venaient de lui ôter. Mais ils ne connaissaient pas les desseins et la puissance de Dieu. Le successeur d’Étienne était né, était présent. C'était ce jeune docteur, aux pieds de qui les bourreaux d'Étienne avaient déposé leurs vêtements et qui consentait à sa mort. Alors il se nommait Saul ; un jour il se nommera Pau, et il sera celui que toute langue appellera par excellence l'APÔTRE.
Le martyre de saint Étienne fut le signal d’une grande persécution. Saul
LES APOTRES. — PIERRE. "an
n’y demeura pas inactif. « Il faisait d’étranges ravages dans l'Église, entrant
dans les maisons et traînant par force en prison les hommes et les femmes. »
Fig. 115. — Saint Etienne portant les pierres de sa lapidation. Gravure de Martin Schæœn, xvie siècle. Bibliothèque de M. Ambr. Firmin-Didot.
Tous les Disciples se dispersèrent; les Apôtres, quoique plus menacés, obéissant à l'ordre de Jésus-Christ, ne quittèrent pas Jérusalem. La per-
sécution et la dispersion eurent l'effet que le monde s'est accoutumé à leur voir produire : l'Évangile fut plus promptement répandu. La Samarie en profita la première. Le diacre Philippe, à l'exemple du Maître, franchit la barrière de la nationalité juive et récolta où Jésus avait semé. Saint Pierre et saint Jean, unis par les liens de la charité, vinrent de J érusalem, au nom du collége apostolique, pour administrer la confirmation à ceux que Philippe avait baptisés et leur communiquer les dons du Saint-Esprit.
Là se manifesta le premier hérétique, presque au même instant que venait d’être couronné le premier martyr.
Voyant les miracles de Philippe, un Samaritain nommé Simon, trafiquant de magie, avait demandé et reçu le baptême. Lorsqu'il fut témoin des grâces nouvelles qui suivaient l'imposition des mains, il offrit de l'argent aux Apôtres pour qu'ils lui donnassent aussi le pouvoir de communiquer le Saint-Esprit. Pierre lui dit : « Que ton argent périsse avec toi, qui as cru que le don de Dieu se peut acquérir pour de l'argent. Tu n'as rien à prétendre dans cette œuvre, car tu n’as pas le cœur droit. Fais donc pénitence de ton impiété : peut-être que Dieu te pardonnera. » Le magicien effrayé supplia les Apôtres d’intercéder pour lui; mais il resta engagé dans son crime, cherchant à obtenir le don de Dieu, ou feignant qu’il l'avait obtenu, pour le revendre, principal caractère de l’hérésie.
Les baptisés de la Samarie, à demi juive, étaient les prémices d’une conquête bien autrement étendue, que l'Évangile allait entreprendre. Les Prophètes avaient annoncé que le royaume de Dieu serait ouvert même aux Païens ; Jésus avait dit: « Enseignez toutes les nations et baptisez-les. » Humainement, il semblait impossible d'appeler les Païens sans leur imposer en même temps tout le judaïsme, ou sans.exclure du même coup tous les Juifs. Jusqu'ici l'Évangile n’avait été prêché qu'aux enfants d'Abraham, et c’étaient les plus fervents qui l’embrassaient. Ils se dégageaient de certaines observances des Pharisiens, mais ils se tenaient plus près de la Loi. Ils n'avaient pas même l’idée que la circoncision pût être abolie. A leurs yeux, tout incirconcis était impur; on ne devait ni boire, ni manger, ni avoir aucune intimité avec lui. Comment faire tomber cette barrière? Comment imposer aux Gentils la circoncision et la privation des aliments décla-
rés impurs? Comment admettre dans l’Église, uniquement composée de
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Juifs fidèles, des hommes au contact desquels ils se croiraient souillés? Il fallait une révélation divine, Pierre la recut.
I y avait à Césarée un centurion de la cohorte italique nommé Corneille, homme de bien. Incirconcis, il s'était, comme beaucoup d’autres, fait Juif autant qu’il pouvait l'être, parce que le culte d'Israël donnait au moins quelque chose à l'aspiration de son cœur. Il priait, faisait l’'aumône, craignait Dieu, et toute sa famille était comme lui. Un Ange lui apparut et lui dit: — « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu. Envoie maintenant en la ville de Joppé, et fais venir un certain Simon, surnommé Pierre. Il loge chez le corroyeur Simon. Ce que tu as à faire, c’est lui qui te le dira. » Aussitôt Corneille envoya à Joppé.
Le lendemain, lorsque les envoyés de Corneille approchaient déjà, Pierre monta sur la terrasse de la maison pour prier. Ensuite il demanda à manger. Continuant de prier tandis qu’on lui apprêtait son repas, il fut ravi en extase. Le ciel s’ouvrait; une grande nappe, liée par les quatre coins en forme de vase, s’abaissait vers la terre, et cette nappe renfermait toutes sortes de bêtes, parmi lesquelles il y en avait d’impures et défendues par la loi. En même temps, l'Apôtre entendit une voix qui lui disait: « Pierre, lève-toi, tue et mange. » Il répondit : « Seigneur, je n’ai garde! Jamais je n’ai rien mangé d’impur. » La voix reprit: « N’appelle pas impur ce que Dieu a purifié. » La vision se renouvela trois fois, puis la nappe fut retirée dans le Ciel.
Ces bêtes impures et sauvages figuraient les Païens, souillés d’impuretés et soumis à toutes les passions brutales. Elles paraissaient descendre du Ciel, parce que l'élection divine les donnait à Pierre pour les recevoir dans l'Église. Tue et mange: Fais-les mourir au vieil homme et incorpore-les en ton unité.
Pierre ne comprit pas immédiatement. Pendant qu'il réfléchissait au sens de sa vision, les envoyés de Corneille le demandaient à la porte, et dans le même moment l'Esprit lui disait: « Va sans crainte avec ces hommes, c'est moi qui les ai envoyés. » Ayant donc recu les messagers, Pierre les suivit, serviteur des serviteurs de Dieu. Quelques-uns des frères l’'accompagnaient. Pierre ne va pas seul et n’agit point sans témoins; ce qu'il dit et ce qu’il fait en sa qualité de chef de l'Église est la lecon et l’exemple du monde,
Corneille l’attendait. Dès qu’il le vit, il se jeta à ses pieds. Pierre le fit relever et entra. — Vous savez, dit-il à Corneille, combien les Juifs ont en abomination la fréquentation d’un étranger; mais Dieu m’a montré que je ne devais regarder aucun homme comme impur. Faites-moi savoir ce que vous voulez de moi.
Corneille, entouré de ses parents et de ses meilleurs amis, raconta ce que lui avait dit Ange. Il ajouta : — Nous sommes devant vous pour entendre ce que le Seigneur vous a commandé de nous dire.
Pierre, admirant la grâce que Dieu avait faite aux hommes en leur annonçant la paix par Jésus-Christ, Seigneur et Sauveur de tous, commença aussitôt d’instruire ces Gentils si miraculeusement appelés. Pendant son discours, le Saint-Esprit descendit visiblement sur tous ceux qui l’écoutaient. À la grande surprise des fidèles circoncis, ils se mirent à parler les langues et à glorifier Dieu. Alors Pierre dit à ses compagnons : « Qui pourrait refuser le baptême à ceux qui ont recu le Saint-Esprit ? » Et il commanda qu'ils fussent baptisés au nom du Seigneur Jésus.
De retour à Jérusalem, l’Apôtre eut néanmoins à subir quelques contestations pour être entré chez des incirconcis et avoir mangé avec eux. Il rapporta tout ce qui était arrivé. « Lorsque je vis, ajouta-t-il, que le Saint- Esprit descendait sur ces Gentils, comme il était descendu au commencement sur nous, je me suis souvenu de cette parole du Seigneur : Jean a baptisé dans l'eau, mais vous serez baptisé dans le Saint-Esprit. Puis donc que Dieu leur a donné la même grâce qu’à nous, qui étais-je, moi, pour m’opposer à Dieu? » Ces paroles et l’autorité si reconnue de Pierre, qui avait reçu les clefs pour fermer et pour ouvrir, apaisèrent les scrupules judaïques. Ceux qui avaient murmuré conçurent une sainte joie. Ils dirent : Que Dieu soit glorifié ; il a aussi donné la grâce de la pénitence aux étrangers, afin qu'ils aient la vie !