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excepter lui-même, ne prévoyait sa vocation spéciale pour la conversion des Païens. Il commença de se révéler à Antioche, où saint Barnabé, comme lui ancien disciple de Gamaliel, gouvernait une église presque toute formée de Païens convertis. Bientôt cette église devint aussi florissante que celle de Jérusalem. Ce fut à Antioche que les fidèles, acceptant une moquerie populaire, prirent le nom de CHRÉTIENS.
La conversion et l'instruction de saint Paul, dues à l'intervention visible de Jésus-Christ, sont la dernière œuvre que le Seigneur ait faite, pour ainsi parler, de sa personne. Par ce miracle plus étonnant qu’une résurrection, le Fils de Dieu donna du même coup à son Église non-seulement le plus grand de ses docteurs, mais le plus irrécusable de ses témoins. L'intelligence ne peut rien opposer au témoignage de saint Paul touchant la pleine vérité de l’histoire évangélique. Celui-ci n’est pas un simple et un ignorant qui ait pu être trompé par des semblants de prodiges ou subjugué par le charme et l’ascendant d’une nature supérieure, ni un homme qui ait cru de loin sur ce qu’il entendait raconter, ni un philosophe que la séduction de la pensée ait conduit à composer un mythe pour faire accepter du monde les idées qu'il avait conçues. C’est un contemporain, un savant, un docteur de la loi, un pharisien, un ennemi. Il a résisté aux miracles et à la parole candide et cordiale de Pierre, à la science et à l’éloquence d’Étienne, aux troubles de son propre cœur, si grand et si généreux. Ni le sang des martyrs ne l’a converti, ni les larmes et les vertus des fidèles ne l'ont touché. Humainement, il n'avait rien à gagner, il avait tout à perdre en devenant chrétien. Il est renversé, la beauté glorifiée de Jésus passe devant ses yeux comme un éclair, il sait ce qu’il voulait ignorer, il se relève le contraire de ce qu’il était, il s'engage parmi ceux qu’il venait proscrire.
On a inventé des mots qui rendent compte de ces révolutions intérieures dont Paul a été le premier exemple, et que tous les siècles et que tous les peuples ont vues depuis lui. C’est un coup de délire, une fièvre, une « hallucination ». — Paul a vu passer un éclair, il a cru qu’il voyait la face de Jésus; un coup de tonnerre lui a fait croire qu’il entendait sa voix ; il a cru apprendre soudainement ce qu'il savait déjà. — Ainsi lon explique la conversion de l’Apôtre, sa vie, ses travaux, sa doctrine, son martyr, Sans s€
donner l’ennui d’inculper sa sincérité.
Mais la figure de saint Paul nous est parfaitement connue. Devant cette figure, la raison ne peut se prostituer à des abaissements qui l’aveuglent tout à fait. Si Jésus-Christ n'avait pas vécu, n'était pas mort, n'était pas ressuscité; s’il n'avait pas été le Fils de Marie, le Fils de David, le Fils de Dieu ; si les doctes d'Israël n’eussent pu reconnaître en lui tous les traits du Messie annoncé dans les Écritures, s’il n'avait pas été l’homme et le Dieu que nous présente l'Évangile, assurément c’eût été peu de chose pour l'esprit de saint Paul que le coup de foudre ou le coup de folie du chemin de Damas. Trois ans de quasi-solitude, sous la double pression de la haine furieuse des Juifs et de la longue défiance des chrétiens, lui ont donné tout le temps de se reconnaître ; le premier essai de la vie apostolique eût suffi pour lui rendre le bon sens. La vie apostolique n’a jamais été douce suivant la nature, elle ne fut jamais plus rude qu’en ces premiers temps ; personne jamais n’en a porté le poids plus plein et plus rigoureux que saint Paul.
Le Seigneur avait dit à Ananie, en l’envoyant à Saul : Je Jui montrerat combien 1l doit souffrir pour mon nom. |
Lorsque saint Paul écrivait sa seconde épître aux Corinthiens, vers l'an 57, une dizaine d'années avant sa mort, il avait déjà été flagellé cinq fois par les Juifs et trois fois battu de verges par les Romains, supplices souvent mortels. A Lystre, les Juifs l'avaient lapidé et laissé pour mort. Il avait fait naufrage trois fois. Avant d’avoir la tête tranchée, il fut enchaîné et mis en prison sept fois. « J'ai fait beaucoup de voyages, j'ai été en péril sur les « rivières, en péril de tomber entre les mains des voleurs, en péril de la « part de ceux de ma nation, en péril de la part des Gentils, en péril dans « la ville, en péril dans le désert, en péril sur mer, en péril du côté des faux « frères. J'ai été dans l’affliction et dans la douleur, dans les longues veilles, « dans la faim, dans la soif, dans beaucoup de jeûnes, dans le froid et dans « la nudité. Outre les afflictions extérieures, j'ai celles de l'esprit. » C’est cette vie qu'avait embrassée l'homme désigné pour devenir le chef du puissant parti des Pharisiens. Il la commenca tout de suite après que Jésus- Christ lui eut fait dire par Ananie qu’il lui montrerait combien il devait souffrir pour son nom.
Mais, au milieu de cette vie, dans cette chaîne de fatigues, d’angoisses, de
séparations et de tortures, ayant sous les yeux le spectacle et le fardeau de
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Fig. 117. — Saint Paul, préchant à Athènes. Du haut d'une estrade, l’apôtre parle au peuple assemblé autour de lui. La statue de Mars s'élève
à droite devant la porte d'un temple. — Gravure de Marc-Antoine, d'après un carton de Raphaël, xvie siècle.
356 JÉSUS-CHRIST CONTINUEÉ.
ce monde de Satan où il vit dominer tour à tour Caligula, Claude et Néron, il surabondait de paix, d'espérance et de joie. C’est lui qui le dit, en paroles toutes resplendissantes de l’allégresse de son cœur. Quatre fois au moins depuis l'apparition de Damas, la présence visible de Jésus-Christ lui apporta ces baumes de la croix, la paix des persécutés, l'espérance des condamnés, la joie des abandonnés. Une fois l’extase l’emporta en présence du Fils de l'Homme régnant au Ciel, dans le voisinage immédiat de Dieu, et il entendit des choses que les langues terrestres.ne sauraient exprimer. Il était tellement plein de son Dieu et de son amour qu’il a pu dire : « Je ne vis plus, c’est Jésus-Christ qui vit en moi.»
La vie de Jésus-Christ en lui se manifestait par une sagesse de conduite, une douceur et une charité qui surpassaient encore la grandeur de ses révélations et de son génie. Il a éclairé les secrets de la Grâce, de la Prédestination, du Verbe incarné, de la vocation des Gentils, des sources et des effets des principaux sacrements, de la nouvelle alliance et du nouveau sacerdoce, de l’abrogation de la Loi et de notre liberté en Jésus-Christ ; il a répandu ses lumières d’une main aussi prudente que vigilante, d’un cœur toujours humble et doux. Toutes les grandes voix qui ont enseigné dans l'Église l'ont célébré; Dieu l’a loué davantage. Il a voulu que ce modèle du nouveau prêtre ét du nouvel homme fût particulièrement et pour ainsi parler personnellement connu du genre humain. Le livre des Actes des Apôtres, qu'on a appelé un cinquième Évangile, fut inspiré pour affermir les droits de l’apostolat, constater la primauté de Pierre et nous laisser l’histoire et le portrait éternel de Paul, apôtre des nations, élu, conquis et formé par le Seigneur Jésus.
Saint Paul mourut à Rome, par le glaive, l'an 67 de Jésus-Christ, et c'était environ son âge. Il fut décapité sur le chemin d’'Ostie; c'était la grande voie par où le monde entrait dans Rome, dont le séjour de Pierre avait fait déjà la capitale de l’Église catholique.
La même année, probablement le même jour, Pierre, lié par les mêmes bourreaux, fut attaché à la croix. Dieu l'avait tiré de la main des Juifs afin qu'il vint à Rome et que l'arbre de la croix y prit racine.
Rome donc eut le second Calvaire et la seconde croix. Ils la plantèrent
sur le Vatican, où s’étendait un jardin de Néron, sol déjà profondément
LESVAPOTRES:—=JEAN. 257
arrosé de sang chrétien. C’est là que des fidèles du Christ, couverts de peaux de bêtes, avaient été livrés à la dent des chiens, tandis que d’autres, enduits de résine, brülaient enchaînés, comme des torches, pour éclairer ces jeux de l’empereur. Néron était alors entouré de devins et de magiciens juifs qui rattachaient à lui leur espérance du Messie ; l’impératrice Poppée était prosélyte. Ces influences ne restaient pas étrangères à la persécution. Pierre fut crucifié d’une facon particulière, ses pieds, que Jésus avait lavés, tournés vers le ciel, sa tête en bas, comme pour en faire tomber la couronne. Sur le Vatican s'élève aujourd’hui la basilique dédiée au Prince des Apôtres ; là réside, après dix-huit siècles révolus, son deux cent cinquantequatrième successeur. — Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon
Église ; et les portes de l'enfer ne prévaudront pas !