LES APOTRES. — JEAN
Déjà plusieurs des Apôtres avaient subi le martyre. Jacques, fils de Zébédée, et Jacques, fils d’Alphée, étaient morts à Jérusalem : le premier, par l’ordre du pouvoir politique; le second à l’instigation du Prince des Prêtres. André, frère de Pierre, ayant évangélisé les Scythes, devait trouver la croix en Achaïe. D’autres attendaient la même récompense dans les lointaines missions où leur zèle les avait dispersés. Quoique la fin de tous ne soit pas positivement connue, il y a lieu de croire qu’à l'exception de Jean, qui mourut de mort naturelle après avoir vaincu le martyre, tous ont donné à Jésus-Christ le témoignage de leur sang!
En comptant Matthias, désigné par le sort, Barnabé, élu par les Apôtres, et Paul, choisi par une vocation directe et particulière, il y avait eu quatorze Apôtres. De ces quatorze, spécialement appelés et spécialement envoyés par Jésus-Christ, Jean, moins de quarante ans après la mort du Sauveur, restait, sinon seul vivant, du moins seul en évidence dans le cercle de la civilisation romaine.
Il s'était établi à Éphèse, centre d’une grande activité intellectuelle. La mobilité de l’esprit grec semblait n’être touchée du Christianisme que
comme d’un aïguillon qui la poussait dans la subtilité et dans les chimères;
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elle ourdissait des systèmes où le paganisme et le judaïsme, couverts d’un masque chrétien, s'accordaient pour nier la réalité divine et humaine de Jésus-Christ, et pour détruire complétement sa morale et sa révélation. La surveillance d'un Apôtre y était nécessaire. Nul ne pouvait mieux pourvoir à cette nécessité que celui dont la tête avait reposé sur la poitrine du Seigneur, et qui avait ensuite été le compagnon et l'ami le plus intime de saint Pierre. Quelques traits de la vie de saint Jean nous peignent sa charité et sa fermeté. Épuisé par l’âge, devenu incapable de prêcher, il se faisait porter dans les assemblées des fidèles, et il ne cessait de répéter : «à Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. Car, ajoutait-il, tout est dit quand cela est fait.» Sa vigueur apostolique est attestée par la persécution
que les païens lui firent subir. Amené à Rome sous Domitien , il fut plongé
Fig. 118. — Représentation de l'idole Diane d'Éphèse. Sur la face, les têtes de l'empereur Claude et d’Agrippine. Médaille publiée par Ackerman.
dans l'huile bouillante; sorti sain et sauf de ce supplice, il fut relégué dans l'île de Patmos jusqu'à la mort du persécuteur. Durant sa captivité ou immédiatement après, il écrivit l’Apocalypse, livre plein de mystère et de beauté, toujours lumineux et toujours obscur, d’où la doctrine et la prophétie s’épanchent comme d’une source intarissable, et qui, interrogé sans relâche, garde son mystère et ne donne que sa vérité.
Prophétie perpétuelle des destinées de l'Église, tableau divin du gouvernement ct de la puissance de Jésus-Christ, l'Apocalypse est aussi un chant de triomphe. C’est le cri des martyrs qui conquièrent le monde au Fils de Dieu. L’Apôtre Prophète raconte les combats que livrera Satan ; il célèbre la chute de son empire, lorsqu'il se croira maître à jamais : «Et moi, Jean, « je vis la sainte cité, la nouvelle Jérusalem qui venait de Dieu et descen- « dait du Ciel comme une épouse qui s’est parée pour son époux. Il n'y «aura plus là aucune malédiction, mais le Trône de Dieu et de Agneau y