‹ Jésus-ChristChapitre 8 sur 139 · COOL · texte numérisé non relu

COOL

Fig. 12. — Les Patriarches. Abraham et Isaac, symbole du sacrifice sanglant de la croix. Fresque de H. Flandrin, à Saint-Germain des Prés, à Paris. xixe siècle. D'après la gravure de M. J.-B. Poncet.

Dieu est un.» Et comme cette idée de l’unité de Dieu, toujours subsistante,

demeurait néanmoins étouffée et dépravée par les fables du polythéisme, de

même l'idée du Messie était partout enveloppée d’épaisses erreurs. Il fallait que le Messie vînt et qu’on ne le reconnût pas; il fallait que la Rédemption fût un effort et une conquête ; il fallait que le Christ souffrit, que linnocent portât la peine des coupables. I] le fallait pour que l’homme fût racheté et que toute justice fût accomplie envers le Prince de ce monde à qui la miséricorde divine arrachait sa proie; et tout cela était prédit.

Chez les Juifs, il ne semblait pas que rien de ce qui concernaïit le Messie pût devenir obscur. Dépositaires de Ha promesse, ils ne l’insultaient d'aucun doute ni d’aucun oubli. Ils croyaient leurs pères et Moïse, à qui Dieu avait parlé au milieu des miracles. Depuis Moïse, instruit de toutes choses ,.ni l'esprit de Dieu ni les miracles ne s’étaient tus. La promesse renouvelée, affirmée, développée quasi sans relâche, retentissait dans tous les Prophètes, vivait dans tous les grands hommes. La sainte Écriture est pleine du Messie. Les révélations l’annoncent, les événements et les personnages historiques, prédits eux-mêmes, le figurent ; tous ses traits sont dépeints, le jour de son avénement est donné, les circonstances de‘sa naissance, de sa vie et de sa mort sont marquées en détail. Les J uifs possédaient son signalement, dit un historien de l’Église; Dieu avait employé quatre mille ans à l'écrire. Et enfin, lorsqu'il a paru, les voix du ciel, de la terre et de l’enfer, Jean-Baptiste et Pilate, les Anges et les démons, le tonnerre et les miracles ont dit : Le voilà! Les Juifs, non pas tous pourtant, l'ont méconnu; ils le méconnaissent encore. Mais, en le méconnaissant, ils rendent témoignage qu'ils l’attendaient; et leur ruine étrange, qu’ils ne peuvent réparer et que le monde n’a pu consommer, prédite aussi, atteste que Celui qui est venu est bien Celui qui devait venir. Les incroyants du nouveau peuple, aussi ingrats que les Juifs et moins aveugles, s'efforcent d’écarter cette preuve éclatante de leur commune folie. Embarrassés du témoignage des Prophètes et de l’histoire hébraïque, tantôt ils esquivent ces grands documents, tantôt ils les traitent misérablement de rêveries interprétées par la fraude. Toute l’existence d’un peuple est mise en suspicion au mépris des monuments les plus certains qu’il y ait au monde, et l’on fait cela pour arriver à supprimer la première page de l’histoire que l’on prétend écrire. Quel aveu de cette divinité sur laquelle il faut jeter tant de voiles, et qui les perce toujours!

À bien dire, l’histoire de Jésus ne commence pas et ne finira pas. Au

commencement était le Verbe. — Son règne n'aura point de fin. Mais, même dans l’ordre de sa manifestation temporelle, Jésus ni ne commence à la Crèche ni ne finit à la Croix. Il va de la création de l'homme à la consommation des destinées humaines, au jugement dernier. Le Christ était, il

est, il sera. Lorsque le limon de la terre, faconné des mains de Dieu, recoit

: ne ce

AT

Fig. 13. — Trois anges, figure de la Trinité, visitent Abraham; ils lui annoncent que Sara, sa femme, aura un fils, et que de sa race sortira le Messie. Fresque de Raphaël, aux Loges du Vatican.

le.souffle et devient une chair vivante unie à une âme immortelle, là commence la vie temporelle de Jésus, avec la vie de son Église, suivant cette parole de saint Épiphane : « Le commencement de toutes choses est la sainte Église catholique; » et c’est là que l'historien doit remonter, s’il ne veut pas trahir tout à la fois Dieu, qui est vérité, et les hommes, qui ont besoin de la vérité. Toutes les démonstrations évangéliques renferment avec raison cette histoire du Christianisme avant le Christ. Écoutons-en un court som-

maire.

Après la chute, au moment d’être chassés de l'Éden, Adam et Eve, punis, non maudits , entendent cette parole de Dieu adressée au serpent, organe de l'Esprit de ténèbres qui a conseillé la désobéissance et qui a triomphé : « Je mettrai une inimitié entre la femme et toi, entre sa race et la tienne, et sa

race t'écrasera la tête. » Ce que les Juifs anciens ont toujours appliqué au

Fig. 14.— Jacob voit en songe l'échelle céleste. Le Seigneur lui dit: « Toutes les nations seront bénies en toi et dans Celui qui sortira de toi.» (Genèse, xxviit, 14.) — Fresque de Raphaël, aux Loges du Vatican.

Messie. « C'était, dit Bossuet, par ce germe divin ou par la femme qui le produirait, que la perte du genre humain devait être réparée et la puissance Ôtée au Prince de ce monde. » |

Abraham obéit humblement et fidèlement à Dieu. Dieu lui dit : « Je ferai sortir de toi un grand peuple, je rendrai ton nom célèbre, et tu seras béni, et tous les peuples seront bénis en toi. » Bientôt, Dieu le met à une autre épreuve. Il lui demande le sacrifice de son fils unique. Abraham obéit

encore. La victime est liée, il va frapper, Dieu l’arrête : « Je jure par moi-

même, dit le Seigneur, parce que tu as fait cette action et que, pour m'obéir, tu étais prêt à sacrifier ton fils, ton fils unique; je te bénirai et je multiplierai ta race .comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le rivage de la mer, et foutes les nations de la terre seront bénies dans Celui qui sortira de toi. »

La promesse est renouvelée dans les mêmes termes à Isaac, fils d'Abraham.

Fig. 15. — Dieu écrit le Décalogue devant Moise; d’après un dessin à la plume, de Prudhon. xixe siècle. Collection de M. Joliet, ancien maire de Dijon.

Jacob, fils d’Isaac, voit en songe l'échelle mystérieuse dont le pied est posé sur la terre et dont le faîte touche le ciel, « et les Anges de Dieu montaient et descendaient, » figure de la réconciliation du ciel avec la terre par l'incarnation du Verbe. Et le Seigneur lui dit : « Je suis le Dieu d'Abraham ton père et le Dieu d’Isaac; je te donnerai à toi et à ta race la terre où tu dors.… Et toutes les nations de la terre seront bénies en toi et dans Celui qui sortira de tot. »

Jacob, près de mourir, prédit les destinées de ses enfants. Au nom de

Juda, il s’écrie : « Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à la venue de Celur qui doit être envoyé; c'est lui qui réunira tous les peuples. »

Ayant rapporté ces promesses, qu’il pouvait également connaître par la tradition, alors peu éloignée, et par révélation divine, Moïse est rempli de l'Esprit saint, et prédit à son tour le Libérateur dont il est lui-même la vraie et imposante figure : — Le Seigneur m'a dit : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un Prophète semblable à toi. Je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. Et si quelqu'un ne veut pas entendre les paroles que ce Prophète prononcera en mon nom, ce sera moi qui en tirerai vengeance. » De tous les Prophètes qui ont paru après Moïse, aucun ne lui a été semblable, si ce n’est Jésus-Christ, qui l’a surpassé en tout.

Les Prophètes se succèdent, et des traits de plus en plus précis signalent « Celui qui doit venir ». Michée salue l'humble Bethléem, où il verra le jour; David, ou lui parle comme s’il était présent, ou parle de lui, et ne cesse de le contempler; Habacuc se réjouit en Jésus, Dieu Sauveur; Isaïe annonce qu'il sera de la race de Jessé (père de David), qu’il naîtra d’une vierge, qu'il sera dit Emmanuel ( Dieu avec nous); il l’appelle Christ, roi d'Israël. Le nom de fils de David lui est donné par Jérémie et par Ézéchiel, Isaïe dit l’objet de sa mission, peint sa douceur et sa bonté, décrit ses miracles, le: voit dans ses humiliations, objet du dédain et du mépris des hommes.

Plusieurs décrivent sa Passion telle qu’elle a été racontée par les Évangélistes. On y trouve le conseil des Juifs, la trahison de Judas , l’agonie au Jardin des Oliviers, la fuite des Disciples, les outrages chez le Grand-Prêtre : les trente pièces d'argent données à l'Iscariote, la voie du Calvaire, le crucifiement, la robe jetée au sort, le fiel et le vinaigre, les injures endurées jusque sur la croix, la prière pour les bourreaux, le cri suprême.

[ls annoncent aussi la réprobation des Juifs, la résurrection, le triomphe. Daniel : « Le Christ sera mis à mort, et le peuple qui laura renoncé ne sera plus son peuple. » David : « J'ai sommeillé et je me suis levé. » Isaïe : « En ce temps-là, le rejeton de Jessé, élevé en signe de salut devant tous les peuples, sera adoré des nations et son sépulcre sera glorieux. » David : « La

terre dans toute son étendue se souviendra de ces miracles et elle se conver-

tira au Seigneur, et l'immense famille des nations sera en adoration devant

lui. » Malachie : « Depuis le lever du soleil jusqu’au couchant, mon nom

Fig. 16. — Le prophète Isaïe tenant à la main l'instrument de son supplice. Il prédit la naissance du Messie « Voici qu'une vierge concevra et qu'elle enfantera un fils, qui aura nom Emmanuel. » (Jsaïe, VII, 14.) — Gravure sur cuivre d’un maître italien anonyme du xve siècle.

2 : 4 ; est grand parmi les nations; et l’on me sacrifie en tous lieux, et l’on offre à

mon nom une oblation toute pure, parce que mon nom est grand parmi les

nations. » Là, les Prophètes se taisent jusqu’à l’'avénement de Jean- Baptiste, le Précurseur, qui montre vivant l’objet d’une si longue attente : « Voici l’Agneau de Dieu! »

C'est encore une prophétie générale, et non pas la moins frappante, que l’ardeur avec laquelle les Prophètes demandent le Messie. L’amour n'eut jamais d’accents plus pénétrants : — « Seigneur, dit Jacob, je vivrai dans l’attente de votre salut. » — « Seigneur, dit Moïse, je vous supplie, envoyez celui que vous devez envoyer. » — « Réveillez votre puissance, dit David, venez et sauvez-nous. Inclinez vos cieux, descendez. » — « Hâtez le temps, hâtez la fin, dit l’Ecclésiastique, et que les hommes racontent vos merveilles. » Les noms qu'ils lui donnent, les images sous lesquelles ils le présentent, expriment cet amour et prophétisent encore. Le patriarche Jacob l'appelle le Désir des collines éternelles; le prophète Aggée : le Désiré de toutes les nations; le prophète Isaïe : Dieu avec nous, le Père du siècle futur, le Prince de la paix; il le compare à la rosée, qui est douce, fécondante, qui tient de la terre et qui remonte au ciel. Osée dit que son lever se prépare comme celui de l'aurore.

Voilà, entre beaucoup d’autres, quelques traits de ce vaste signalement du Messie, dicté de Dieu aux Prophètes pour qu'il fût connu d'Israël et du monde. Sans doute, tout ce qui le regarde n'était pas également clair, et ne pouvait recevoir que de lui sa pleine et parfaite lumière ; et sans doute encore tous les Juifs, répandus en grand nombre à Rome et dans l'Empire, n’entendaient pas au même degré ce que l’on pouvait dès lors comprendre. Il y en avait assez, néanmoins, pour réveiller les traditions qui dormaient au fond le plus lointain de l’histoire, et pour faire pénétrer dans la Gentilité plus de rayons de la vérité que ses sages n’en ont voulu recevoir. L'on sait maintenant d'où put venir à Socrate l’idée si étrange du juste haï et mis en croix, à Platon et à Cicéron ce qu'ils ont eu de vues saines touchant la divinité et touchant l’immortalité de l’âme; et de quelles voix étaient l'écho ces pressentiments des peuples, ces surprenantes prédictions des poëtes annonçant le roi qui s’élèverait de Judée, l'Enfant merveilleux qui changerait le cours des choses et fonderait un ordre nouveau.

Pour nous, venus dans la suite des temps, Dieu nous a donné la pléni-

tude de ces merveilles nous pouvons comparer l'original au portrait exécuté

d'avance, et le portrait nous paraït d'autant plus achevé. On a vu cette concordance, et, afin d'y échapper, quelques « savants » se sont jetés résolûment dans l'absurde. Ils ont dit que plusieurs prophéties avaient été supposées, ou interpolées; et comme cette invention ne permettait pas de fuir bien loin, puisque, ne fût-ce que par la traduction, l’Ancien Testament a toujours une date certaine antérieure de plusieurs siècles au Christ, d’autres ont expliqué le mystère en avançant que l'Évangile avait été fabriqué d’après les prophéties. Les derniers kisfortens tournent, autant qu’ils l’osent, autour de ce système; la science qui veut nier en est là. Mais ce système non plus ne procure pas de grands avantages. Beaucoup de prophéties de l’Ancien Testament et du Nouveau, n'ayant recu leur accomplissement que longtemps après l’époque la plus rapprochée où il soit possible de placer la rédac- tion des évangiles, il faut avouer que ces faussaires, assez savants pour avoir composé leur Christ d’après les prophéties, ont de plus été eux-mêmes prophètes.

Ces contestations font honte, laissons-les , et rappelons une dernière prophétie donnée de Dieu pour obliger l'incrédulité à se réfugier dans la négation brutale.

« Quand viendra ce Christ tant désiré, et comment il accomplira l’ouvrage qui lui est commis, c'est-à-dire la rédemption du genre humain, Dieu le découvre manifestement à Daniel. Pendant qu’il est occupé de la captivité de son peuple dans Babylone, et des soixante et dix ans dans lesquels Dieu avait voulu la renfermer, au milieu des vœux qu’il fait pour la délivrance de ses frères, il est tout à coup élevé à des mystères plus hauts. Il voit un autre nombre d'années et une autre délivrance bien plus importante. Au lieu des septante années prédites par Jérémie, il voit septante semaines, à comméricer depuis l'ordonnance d’Artaxerce à la longue main, la vingtième année de son règne, pour rebâtir la ville de Jérusalem. Là est marquée en termes précis, sur la fin de ces semaines, la rémission des péchés, le règne éternel de la justice, l’entier accomplissement des prophéties et l’onction du Saint des saints. Le Christ doit faire sa charge, et paraître comme conducteur du peuple après soixante-neuf semaines. Après soixante-neuf semaines (car le prophète le répète encore) Je Christ doit être mis à mort : il doit mourir de mort violente; il faut qu’il soit immolé pour accom-

plir les mystères. Une semaine est marquée entre les autres, et c’est la dernière et la soixante-dixième : c’est celle où le Christ sera immolé, où l’a/liance sera confirmée et au milieu de laquelle l’hostie et les sacrifices seront abolis, sans doute, par la mort du Christ , car c’est en suite de la mort du Christ que ce changement est marqué. Après cette mort du Christ et l'abolition des sacrifices, on ne voit plus qu’horreur et confusion : on voit a ruine de la cité sainte et du sanctuaire; un peuple ef un capitaine qui vient pour out perdre; l'abomination dans le temple, la dernière et irrémédiable désolation d'un peuple ingrat envers son Sauveur.

« Ces semaines, réduites en semaines d’années, selon l’usage de l'Écriture, font quatre cent quatre-vingt-dix ans, et nous mènent précisément depuis la vingtième année d'Artaxerce, à la dernière semaine, semaine pleine de mystères, où Jésus-Christ immolé met fin par sa mort aux sacrifices de la Loi et en accomplit les figures.

« Les doctes font de différentes supputations pour faire cadrer ce temps au juste. Il n’y aurait rien de surprenant quand il se trouverait quelque incertitude dans les dates, et le peu d'années dont on pourrait disputer sur un compte de quatre cent quatre-vingt-dix ans, ne feront jamais une importante question. Dieu a tranché la difficulté, s’il y en avait, par une décision qui ne souffre aucune réplique. Un événement manifeste nous met au-dessus de tous les raffinements des chronologistes ; et la ruine totale des Juifs, qui a suivi de si près la mort de Notre-Seigneur, fait entendre aux moins clairvoyants l’accomplissement de la prophétie ?. »

Les semaines de Daniel approchaient de leur terme, et déjà le signe indiqué par Jacob frappait tous les yeux. Le sceptre était sorti de Juda. Sur le trône de David, Hérode, étranger au sang royal, et même au sang d'Israël, régnait en tyran par la grâce des Romains. La politique d'Hérode embellissait le temple et déshonorait le sacerdoce. Il avait mis à l’encan le souverain pontificat. Tour à tour changé, institué, destitué par le Prince ou par le Gouverneur romain, le Grand-Prêtre n’était plus que la créature éphémère et le jouet de ces pouvoirs intrus. La religion déclinait au milieu de la pompe des cérémonies. Les sectes se multipliaient, remplissant d’aigres

1 Bossuet, Discours sur l'Histoire universelle,

, Fig. 17.— Vision d'Ézéchiel. Le Verbe porté au monde par les quatre évangélistes représentés dans leurs symboles.

(Ézéchiel, ch. 1.) Tableau de Raphaël, à la Galerie de Florence. -

contestations la ville, les écoles et jusqu'à l'intérieur du Temple. Les Sad-

ducéens, riches, incrédules et'moqueurs, propageaient le dédain de la Loi;

les Pharisiens, pleins d’orgueil et de dureté, l’outrageaient d’une autre manière en la surchargeant de pratiques insupportables, décourageantes pour la faiblesse, odieuses à la raison; les Esséniens s’imposaient des règles de vie austère, enchaïnaient la liberté légitime, mais, par compensation, ils s'affranchissaient des préceptes, rejetaient les traditions et prétendaient honorer Dieu sans offrir de sacrifices. De grands désordres suivaient ce déré-. glement des esprits; nouveau signe que les doctes n’ignoraient pas. Dans le cœur des justes et des sages, le pressentiment d’une catastrophe se mêlait à l'attente.

Tous attendaient. A l'égard du Messie, il n’y avait point d’incrédules ; mais, en même temps, presque tous perdaient de plus en plus la vraie notion de l’'Envoyé divin. L’orgueil national n’y contribuait pas moins que l'esprit de secte. La domination des Romains, quoique relativement modérée, indignait un peuple qui ne manquait pas de raisons pour s’estimer au-dessus de ces maîtres arrogants. Outre la rapacité et la cruauté, il leur reprochait le sacrilége. Leur insolence avait violé maintes fois les usages religieux. Le Messie était donc surtout attendu comme vengeut. Les Juifs s'habituaient à croire que le Désiré des Nations viendrait en armes, terrible et triomphant, pour assouvir leur cupidité et les substituer aux maîtres du monde. Ainsi, dans ces cœurs tournés vers la terre, quand le jour allait naître, se formaient des ténèbres plus épaisses que n'avait été la nuit. Le Messie dira : Bienheureux les cœurs purs! Et ceux-là seulement le verront qui ne lui demanderont pas leur règne, mais le sien.

Néanmoins la paix régnait en Judée comme partout. Auguste avait dompté dans Rome toutes les séditions, dans le monde toutes les révoltes. Les turbulences doctrinales de Jérusalem , dominées par l'attente, ne troublaient en rien cet état général de tranquillité. Là non plus, aucun parti n’était politiquement redoutable. C’est un moment rare dans l’histoire. Rome possédait un temple hypocrite entre tous ceux qu’elle avait élevés, le temple de la Paix. Elle en laissait les portes ouvertes durant la guerre, et c'était une forme de prière permanente pour rappeler la paix exilée. Mais, depuis Numa jusqu’à Auguste, en sept siècles, le temple de la paix n’avait été fermé que deux fois : la première, dit-on, pour quelques années; la seconde, pour quelques

mois. Cependant, comme pour montrer à quel prix la force seule peut

pacifier, deux autres fois déjà la main homicide d'Auguste s'était plu à fermer les portes redoutables; ou plutôt, Auguste les avait bouchées avec les cadavres des citoyens. Elles s'étaient rouvertes, il venait de les refermer

encore, et il y avait employé l'épée de Tibère. Par ses victoires en Germanie,

Run ay & AN Evans nd O0 VID uv CU). KG VUITA à

IBAT AB! BES MAX 2 seit 6 QE ASNNEÉP Ex

GNA C'INGNIS INVOLVENS CVQNE X er ASPICIRENT ANIMALJA APAR7 RÉ ZA FRS : °

OT ROTA VMA SYPER TERRA

IESTA ANIMALIA MABERS Q

VATVOR FACIES ASPECT,

Page 1