‹ Jésus-ChristChapitre 93 sur 139 · ROME CHRÉTIENNE. — BYZANCE · texte numérisé non relu

ROME CHRÉTIENNE. — BYZANCE

Comme si la Rome païenne, cette ville qui doit répondre de fout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, ne tombait pas assez vite, voici que Dieu remue les peuples et pousse leurs foules inépuisables sur l’empire. Elles le ravagent, l'ensanglantent et le bouleversent de fond en comble.

Quand on demandait aux chefs de ces hordes terribles la cause de leur acharnement, ils répondaient qu’ils étaient les exécuteurs des ordres de Dieu et les instruments des vengeances célestes! C’est en effet par leurs bras que la souveraine justice faisait expier aux Romains les crimes infinis qu’ils avaient commis contre l'humanité et contre les Saints. Le cirque s'était agrandi de toute l'étendue de l’empire, et sur tous les points de ce cirque immense coulait à flots le sang de ceux qui criaient avec fureur : « Les chrétiens aux bêtes ! »

Sous l'effort sans cesse renouvelé de cette trombe sanglante qui emportait le vieux monde, l’Église seule restait debout, remplissant ce chaos des germes de la société future. Elle va au-devant des barbares, la Croix à la main, et commence leur conversion avec un courage qui fait et fera jusqu’à la fin l'admiration de l’histoire.

Aucun secours ne venait de Byzance où Constantin avait transporté l'empire. Il en venait au contraire des périls. Byzance s'appelait la seconde Rome, mais elle voulait être la première, et, sous le nom chrétien, l’idolâtrie impériale y faisait renaître le paganisme. Constantin s'était trompé en retenant le souverain pontificat des dieux. Cette précaution de la politique humaine devint promptement funeste à la dynastie du grand homme et au nouvel édifice impérial dans les fondements duquel il avait jeté ce bloc ruineux. Il ne fallait ni emporter ni laisser le pontificat des idoles, il fallait l'abolir. C'était trop qu'il en restât le nom. Parce qu'ils étaient pontifes des dieux, les successeurs de Constantin se crurent pontifes de Jésus-Christ. Ils tentèrent continuellement de régir l’Église, de changer la doctrine, d’accomplir par l’art des prêtres de cour et des eunuques ce que n'avaient pu faire les bourreaux. L'empire d'Orient y a succombé, l'Église de Dieu en a tiré sa gloire. Rome avait fait les martyrs, Rome fait les docteurs; et comme le corps du Christ s'était agrandi dans les tortures, la doctrine du

Christ se développe et grandit dans les contestations.

SAINT GRÉGOIRE Ier.

L'Eglise, qui sait qu'aucune persécution ne la pourra détruire , sait aussi que la persécution ne lui manquera jamais. La férocité de Rome est vaincue; voici les félonies de Byzance, les coups traîtres, les mains parricides soudoyées par la lâcheté. Depuis Constance jusqu’à Léon l’Iconoclaste, près de quatre siècles d’avanies, d'insultes, de fourberies infâmes; et les Vandales, les Huns, les Goths, les Lombards! Quand Byzance a des Saints, ils sont martyrs de la foi romaine. Mais, dans l'intervalle, saint Grégoire le Grand a paru. Grégoire est patricien de Rome : par son intrépidité, le dernier de l’ancienne Rome qui ramassait en lui toute sa vertu pour mourir; par sa douceur magnanime, le premier des nouveaux rois de la maîtresse du monde.

La suprématie politique de Byzance avait dépeuplé l'Italie, livrée aux invasions. Du haut des quelques forteresses qui leur restaient encore, ce qu’on appelait dérisoirement les garnisons romaines regardaient brûler le pays. Les malheureux habitants, À travers ces solitudes ravagées, étaient traînés en esclavage, liés comme des animaux. Le grand courage de saint Grégoire n’en pouvait plus. Il voyait le monde crouler. Néanmoins il ne refusait pas le labeur. Il empêchait Rome de disparaître et jetait au loin, chez les Barbares, les semences de nouveaux peuples catholiques. Il luttait contre la peste, contre les tremblements de terre, contre les barbares hérétiques et les barbares idolâtres, contre le paganisme mort et infect, mais qui restait à ensevelir ; il luttait contre son propre corps accablé de maladies, tellement que l’on put dire que l’âme seule de Grégoire était la seule chose entièrement saine qui fût dans tout le genre humains Saint Grégoire I°‘" est l’un des modèles parfaits du prince chrétien. Au milieu de l’universel écroulement de l'autorité régulière, il apparaît comme roi. Il exerce avec plénitude le pouvoir royal qui existait en germe dans les mains de saint Pierre et qui était revenu à Sylvestre I, S'il refusait cette charge, tout périrait. Il n’y a plus de chef, ni de père, ni de droit; toute puissance est tombée aux mains des eunuques et des brigands. Personne ne

commande plus par voie légitime; la force est maîtresse de tout, maîtresse

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