‹ Jésus-ChristChapitre 98 sur 139 · SAINT MARTIN ET LA FRANCE. — LES ÉCOLES · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN ET LA FRANCE. — LES ÉCOLES

Au temps de saint Grégoire I” une autre nation était déjà née et virile. Elle avait des évêques, des moines, des saints, des rois; elle portait un nom dans le monde chrétien, et un grand nom. Elle s’appelait la Fille aînée de l'Église ! Encore à présent, malgré d'étranges et terribles vicissitudes, elle n’a pas renié ce nom de gloire. Fille aînée de l'Église et soldat de l'Église, le plus énergique et le moins inconstant. C’est la France. Elle a eu saint Martin, elle a eu Clovis, elle aura Charlemagne et saint Louis, elle aura d’autres hommes encore, hommes de guerre, hommes d’État, hommes d'église, hommes de lettres, qui, sans combattre pour l'Église autant qu'ils auraient dû, voudront pourtant son triomphe et sa gloire et, même en combattant contre elle, seront cependant heureusement condamnés à la voir tirer quelque profit de leurs travaux et de leurs conceptions. Il est remarquable qu'aucune grande hérésie n’est de France, n'y put prendre racine, n’y offrit un triomphe complet et de longue durée, et que toute hérésie est combattue en France avec plus de suite et de retentissement qu'ailleurs.

Saint Martin, Pannonien, disciple de saint Hilaire, d’abord soldat, puis

moine, enfin évêque de Tours, fut le grand conquérant religieux des Gaules. Il les prit de sa main que la pratique héroïque de toutes les vertus avait armée de miracles, il les donna au Christ, et son tombeau devint une forteresse d’où il garda sa conquête contre toutes les invasions et les assauts des barbaries postérieures. Il est le véritable ancêtre de la nationalité, le père et le puissant défenseur de la civilisation chrétienne. La France se souvient de lui et il se souvient de la France; quinze siècles de tombeau n’ont pas éteint sa mémoire parmi nous, ni sa tendresse pour nous. Les catholiques de France ne sont pas de cette barbarie qui nous enveloppe après toutes celles dont il nous a préservés. Elle nous enveloppe en ce moment, elle semble nous avoir vaincus; mais elle ne nous a pas imposé ses reniements, ses ingratitudes, ni l'infection païenne desses mœurs. Saint Martin des Francs, saint Martin de la guerre, comme disait son peuple, ne nous abandonnera pas.

Lorsque l'élection du peuple chrétien le plaça de force sur le siége de Tours, en 372, les villes de la Gaule seulement étaient chrétiennes ; presque tout le reste appartenait encore à l’idolâtrie. Il en triompha par vingt-trois ans de miracles dont nous avons le témoignage contemporain, écrit et même publié de son vivant. Le souffle de sa prière renversa les temples et les idoles, déracina les bois sacrés ; la renommée de ses œuvres le rendit présent et agissant bien au-delà des limites de son diocèse et de ses courses apostoliques. Lorsqu'il mourut, à quatre-vingt-un ans (8 novembre 397), la Gaule était convertie et la France chrétienne allait naître. On peut contester les récits de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours. C’est difficile, mais on le peut. Un homme peut toujours nier que la simple parole et le simple geste d’un homme aient suffi pour guérir les malades et ressusciter les morts. Mais la conversion entière de la Gaule en vingt-trois ans, il faut bien admettre ce miracle, ou expliquer comment il eut lieu sans miracles et sans armée.

Par cette conversion se prépara et s’accomplit avec une étonnante rapidité la fusion des Gaulois et des Francs. Moins de quatre-vingts ans après la mort de saint Martin, Clovis, encore païen, laissait baptiser ses enfants, et, lorsqu'il demanda lui-même le baptème, il voulut le recevoir non dans

la cathédrale de Reims, mais dans une humble église de faubourg, dédiée

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à saint Martin, déclarant par là que l’apôtre des Gaulois était aussi le véritable apôtre des Francs.

Cinq barbaries ont attaqué la foi dans les Gaules converties avant qu’elle

y eût atteint son admirable virilité : la barbarie païenne, la barbarie

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Fig. 130. — Jésus sur son trône couronne saint Martin, l'un des plus illustres apôtres de la Gaule, qui se dépouilla d'une moitié de son manteau pour couvrir un pauvre. « Ainsi en sera-t-il pour ceux qui servent le Seigneur. » Fresque d’Orsel , à l'église d'Oullins, près de Lyon. xixe siècle.

arienne, la barbarie musulmane, la barbarie normande, la barbarie intellectuelle. Martin, de sa personne, défit et désempara la barbarie païenne. Mort, il présida au combat contre les autres et fut victorieux. Clovis, après le baptême, disait : « Je ne puis souffrir que ces ariens possèdent une partie

des Gaüles. » Il ne voulut pas engager la guerre contre les Visigoths sans

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avoir obtenu la protection de saint Martin. Lorsque ses envoyés entrèrent dans la basilique de Tours, portant ses présents, ils entendirent le psaume : « Seigneur, vous m'avez revêtu de force pour la guerre, vous avez mis mes ennemis en fuite. » Quelques jours après, Clovis était à Vouillé, écrasait les Visigoths et les chassait de presque toute la Gaule. Clovis vainqueur rentra dans Tours, offrit au tombeau de saint Martin des présents plus magnifiques et proclama qu'il lui devait la victoire. Ce fut là qu’il voulut être proclamé Consul et Auguste et qu'il prit le diadème, ajoutant la légitimité politique au sacre religieux qu'il avait reçu avec le baptême dans une autre église de Saint-Martin; et là fut fondée l'unité politique du territoire français. La barbarie arienne était vaincue, la France commençait. Cet astre hardi s’élancait dans sa carrière pour réjouir l'Église et pour commander le respect et l'admiration du monde.

Puis vint le redoutable assaut de la barbarie musulmane, les Pyrénées franchies, notre Midi soumis et pillé. Charles-Martel prend la bannière de saint Martin, rencontre l'ennemi dans les landes de Miré, d’où l’on voit Tours et la basilique. Il commence une bataille de huit jours qui le mène à Poitiers ou il écrase trois cent mille musulmans. Cette victoire sauve l'Europe et prépare Charlemagne.

Au siècle suivant, les Normands apparaissent, triomphent, et, victorieux, sont eux-mêmes promptement conquis par cette foi de Martin qu’on ne peut plus ravir à la France. Les Normands prirent pour patron saint Martin, dont les reliques les avaient vaincus à Tours. Sur le champ de bataille d'Hastings, Guillaume le Conquérant éleva le monastère de Saint- Martin de la Guerre et le peupla de moines appelés de Marmoutiers, le couvent de Martin.

Marmoutiers, c'était la source profonde de la vie intellectuelle. Elle se répandait sur toute la France et sur une vaste partie de l'Europe. Martin, de son vivant, avait fondé des monastères, élevé des phares et des forteresses contre la barbarie à Milan, à Ligugé, à Trèves, à Tulle, à Autun. Marmoutiers, où il résidait, devint le plus grand, le plus célèbre, une pépinière de saints, de savants, d'évêques, de fondateurs de peuples. De Marmoutiers sortit la première école publique de France. Elle fut instituée

à Tours, au huitième siècle, dans la collégiale de Saint-Martin, et fut la

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