‹ Jésus-Christ pendant son ministèreChapitre 33 sur 53 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Pryemiezs Enseignements dé Tésus

Jésus commença son œuvre en Rabbi, en prédicateur itinérant, en médecin de l’âme et du corps, comme l'étaient un certain nombre de ses contemporains. On est tenté de dire au premier abord qu'il n’y a rien d’autre dans la parole de Jésus et dans les actes qu'il accomplit. I] ne semble pas avoir de plan arrêté. Il vit au jour le jour. À chacun d’eux suffit sa peine; il accomplit l’œuvre qui se présente, répondant aux questions qu'on lui pose, et prononçant les

paroles que lui suggèrent les circonstances du moment.

Souvent on vient le consulter comme on consultait un Docteur de la Loi. Il en impose, il a de l'autorité; son avis est bon à connaître et il donne son opinion exactement comme Hillel ou Schammaï auraient pu le faire et l’ont fait.

Il prend son bien où il letrouve. Surledivorce, par exemple, il se range du côté de Schammaï (1). Sur d’autres points plus nombreux, il est plutôt de l'avis d'Hillel ; ainsi, ce qu'il dit de la justice (2), et qui, d’ailleurs, se trouve déjà dans Tobie (3), était une des formules familières d’'Hillel (4), et sa parole sur le jugement : « Ne jugez point afin de n'être point jugés (5), » avait été donnée par Hillel sous cette forme : « Ne juge ton prochain que lorsque tu te trou-

veras dans sa position (6) ».

(Matth. 57.31 32 :Luc 16:18.

(2)-Matth7 42 et duc gt

(3) Tobie 4 : 16,

(4) Talm. Babyl. Schabbath, 31 à.

(5) Matth. 7 : 1.

(6) Voir aussi Babyl. Kethuboth, 105 b.

Tantôt Jésus reproduit ce que dit déjà l’An-

cien Testament, tantôt il donne une opinion

nouvelle; mais ce qui nous paraît nouveau ne

l'était pas toujours, et il lui arrivait sans doute

de répéter des paroles entendues à Ia synagogue. ;

Il blâme le talion, il ne semble pas qu’on l’ait faitavant lui (1). IIcondamne l’usure(2) ; le Deutéronome la condamnait déjà, mais l’usage l’autorisait. Il dit qu'il ne faut pas montrer sa dévotion comme les Pharisiens, que l’on doit faire l’'aumône en secret (3); on l'avait déjà dit (4). La maxime: «Si on te frappe sur une joue, présente aussi l’autre (5), » rappelle une parole semblable de Jérémie (6); mais la recom-

(1) Matth. 5 : 38.

(29 Matth: 5:42.

(3) Matth. 6 : 1 et suiv.

(4) Eccli. 17: 18; 29: 15. Babyl. Chagiga 5 a. Bababathra 9 b.(Cf Esaïe 1 : 11 et suiv. 58 en entier; Osée 6 : 6. Malachie 1 : 10 et suiv. qui avaient préparé de tels préceptes).

(5)2Matth..5": 39 et:Suiv. Luc 6:: 20.

(6) Lamentations 3 : 30.

mandation d’arracher l’œil et de couper la main qui font tomber dans le péché (1) n’a, à notre connaissance, son analogue nullepart. | Le devoir d’aimer ses ennemis (2) rappelle des mots semblables, qui se lisent dans les Talmuds (3); et on ne peut pas dire que les docteurs talmudistes ont emprunté ces passages à l'Evangile, car un mur de séparation s’est élevé jusqu’au xt siècle entre la synagogue et et l'Eglise et elles n’ont exercé, jusqu’à cette époque, aucune influence l’une sur l’autre.

«Pardonnez eton vous pardonnera», est dans J’Ancien Testament (4). « Soyez miséricordieux commevotre Père céleste est miséricordieux, » rappelle aussi une parole rabbinique presque identique (5), et sur l’aumône, la pitié, les bonnes œuvres, la bonté du cœur, le désintéressement, le devoir de répandre la paix,

(1) Matth. 5 : 29-30 et 18 : 9. Marc 9 : 47, 48.

(2) Matth; 5 : 44."Luc 6:27.

(3) Babyl. Schabbath 88 b. Joma 23 à.

(4) Levit: 10 + 18. Provérbes 20%: 22% Fccli287%ret suiv. |

(5) Siphré 51 b.

Jésus ne disait que ce que l’Ancien Testament avait dit (1), et ce que la Synagogue répétait autour de lui, et qu'il y entendait depuis son enfance (2).

Il sanctifie le célibat, comme le faisaient les Esséniens ; comme eux, il blâme le serment, et on ne peut douter que ce ne soit à l’Essenisme qu'il ait emprunté cette interdiction.

Cette question était, d’ailleurs, fort discutée. Ceux même qui admettaient le serment, reconnaissaient des cas où il fallait l’interdire. Ces cas étaient nombreux; mais plus nombreux encore ceux où il était permis. Dans telle circonstance, il y avait serment ; dans telle autre, non, quoiqu’on eût solennellement juré (3).

Jésus a balayé toute cette casuistique, en

(HrDeut:ch;;24; 25 26, etc. Esdie 58: 7: Provy. 19: f7, etc., etc.

(2) Pirke Aboth, 1. Jérus. Péah 1 : 1. Babyl. Schabbath 63 a.

(3) Talmuds, Scheviith, ch. 3,4 et Berakhoth, fol. 55, où tous les serments indiqués par Jésus : le ciel, le temple, Jérusalem sont mentionnés,

disant « Nejurez point (1).» Quant à la Loi elle ne défendait que le parjure (2).

Jésus est donc Rabbi, et Rabbi de son temps.

Beaucoup de ses préceptes s'expliquent. quand on les place dans le milieu où ils ont été prononcés, et qu’on les rapproche des paroles identiques des docteurs de son époque. Les questions qu’on lui posera à Jérusalem , au Temple, dans les tout derniers jours de sa vie, sur l’impôt, sur le mariage dans la vie future, celle qu'il posera lui-même sur la naissance davidique du Messie, sont des échantillons des questions que se posaient entre eux les Pharisiens de diverses nuances.

Mais quand Jésus ne répond plus aux questions qu’on lui pose comme Rabbi, il suit sa méthode habituelle : ne rien abolir, tout accomplir. Il explique lui-même son attitude dans cette maxime célèbre : « Tout scribe instruit sur le royaume des cieux est semblable à un homme,

(1) Matth. 5 : 34.

(2) Lévit, 19-: 12 et suiv.

chefde maison, qui tire de’ son trésor. des choses nouvelles et des choses anciennes (1). »

Cette parole, pour être bien comprise, ne doit pas être séparée de cette autre formule : ne rien abolir, tout accomplir.

En effet, au premier abord, on est tenté de croire que Jésus a prêché deux sortes de vérités, les unes, anciennes, prises dans l'Ancien Testament, qu'ilrépètetelles quelles, sans y rien changer; les autres, nouvelles, trouvées par lui, et plus ou moins révolutionnaires. Sa parole aurait été un mélange dé traditions antiques qu'il aurait cru devoir conserver, et de vérités entièrement inconnues avant lui, et qu'il aurait tirées de son propre fonds; et alors, aujourd’hui, en l'étudiant, nous aurions à faire un travail de séparation, disant de tel précepte : il était nouveau, de tel autre: il était ancien. Jésus a ici des idées originales ; là des idées qui ne le sont pas. Tout à l'heure, nous avons précisément indiqué tel ou tel précepte de l'Evangile qui n’a d'ana- logue nulle part; tel autre qui, au contraire,

(1) Matth. 13 : 52.

était fort connu avant Jésus. Mais Jésus luimême n’a nullement agi ainsi; et voici comment il faut interpréter sa parole sur l’homme qui tire de son trésor des choses anciennes et des choses nouvelles : Il a étudié la religion de son peuple, ses livres sacrés, et, dans cet Ancien Testament qu'il a vu, il ne faut pas l'oublier, à travers la théologie de son temps, il a fait un trésor. Ce trésor est donc composé de choses du passé ; mais c’est lui, Jésus, qui l’a fait, et c'est lui qui y puise, et alors ces vérités antiques, qui sont toutes anciennes, deviennent nouvelles quand elles sont passées au creusetde son expérience personnelle, et qu'elles sont dites par lui. Elles sont à la fois anciennes et nouvelles. L’héritage antique est donné par lui à ses disciples, après qu'il l’a transformé ; le vieux et le neuf sont fondus dans une unité supérieure; rien n’est aboli, tout est accompli.

Or, cette méthode de Jésus est éternellement vraie. Aujourd’hui, par exemple, la dogmatique chrétienne doit être transformée et tout entière rajeunie. Elle ne le sera d’une manière féconde que si les chrétiens conservent tout le passé,

n'effacent aucun des vieux dogmes, de ces dogmes qui ont été, avant eux, la force spirituelle et morale de tant de générations, maisen introduisant dans chacun d'eux une vie nouvelle, “une sève qui le rajeunisse et le transforme.

Il est donc faux de classer méthodiquement les divers points de l’enseignement de Jésus, et de trouver un système de doctrines dans ses paroles ; dedire, par exemple, sur Dieu il enseignait ceci, sur l’homme cela ; c’est entièrement méconnaître le caractère unique et essentiel de l’enseignement de Jésus, qui est de prêcher sa propre personne(1). Il nous dit ce qu'il est, et il se donne tel qu’il est. Ce don, ille fait au jour le jour. Il révèle son âme. Il dit ce qu'il sent, ce qu'il pense, ce qu’il éprouve, avec une sincérité et une spontanéité entières, absolues.

Il est donc impossible de mettre cet enseignement en formules, et il faut se défaire de cette idée qu'il y a une doctrine de Jésus indépendante

(1) Nous reprendrons et développerons cette pensée dans notre dernier chapitre : Les exigences de Jésus.

de sa personne. Ce que Jésus a enseigné, c’estluimême. Îls’est prêché lui-même, ce que ne voulait pas faire saint Paul. Par exemple, lorsque Jésus enseigne que Dieu est le Père Céleste, ce n’est pas : une doctrine sur Dieu qu'il cherche à inculquer. IT n’expose pas des opinions sur Dieu, mais il dit ce qu'est Dieu pour lui, et, par conséquent, ce qu'il est absolument. Il est possédé d’une idée qui est, pour lui, une certitude, c’est que Dieu est en lui, vit en lui; il l’entend, il lui parle, et sa parole retentit.dans son âme, et voilà pourquoi il se prêchera lui-même et demandera qu'on se donne à lui (1). Dès l’origine, et certainement longtemps avant sa vie publique, il se sentait en relation étroite avec Dieu.

Jésus conserve donc tout le passé; sur Dieu, sur le péché, sur l’homme, sur le règne de Dieu, il reproduit ce que disent ses contemporains. Il puise tout dans l'Ancien Testament, et il répète purement et simplement les doctrines juives ; mais il les répète autrement qu'on ne l'avait fait avant lui, parce qu'il les a renouvelées dans sa conscience.

(1) Matth. 9 : 0.

I ya plus encore : ces préceptes, non seulement il les transforme, non seulement il leur donne une valeur qui les fait trouver nouveaux, mais encore et surtout il les met en pratique. Pourquoi, en effet, ces maximes qui étaient déjà dans la Loi etdans la bouche des Pharisiens pieux et sincères n’avaient-elles pas changé le monde, et pourquoi est-ce Jésus-Christ qui l’a changé ? C’est que Jésus-Christ est le premier à les avoir pratiquées et vécues. On peut prouver que la morale évangélique n’est pas très originale en elle-même. On peut la recomposer tout entière avec des maximes anciennes, et cependant ce n’est qu’au premier siècle qu'elle a tranformé le monde, parce que Jésus, en la pratiquant dans sa vie, l’a faite nouvelle et véritablement créée. Il n’a pas seulement donné le code parfait de la vie parfaite, il l’a vécu. Aussi ce qui frappait, ce qui lui attirait les cœurs, ce n'était pas son charme, comme on l’a dit, c'était la perfection de sa vie, c'était ce fait que lui, le premier, était parfait comme le Père est

parfait.

Précisons davantage, et étudions de plus près encore l'esprit de son enseignement, en le comparant avec celui des hommes de son temps.

Les Scribes et les Pharisiens disaient que la loi était l’autorité absolue. C’est Dieu qui parle par elle. Nous avons dans la Thorah lecommandement extérieur devant la lettre duquel il faut s’incliner. Elle est la Parole de Dieu, au sens le plus étroit, le plus strict de ce mot. Jésus n’aurait certainement pas répudié ce langage. Mais qu'en tiraient les Scribes? la crainte servile de violer un seul de ces commandements ; l’interprétation subtile des textes les plus simples : une foule de préceptes devant lesquels ils tremblaient sans cesse dans la crainte de les violer. Ici Jésus n’est plus avec eux. Il croit à l’autorité extérieure de la Loi, mais il la change en autorité intérieure. Il a commencé, lui, pendant ses longues années de retraite silencieuse, par faire des expériences sacrées, et l’une d'elles, qui est le fondement de sa certitude religieuse, c’est sa communion avec Dieu.

Il a, au fond de l’âme, une conviction intime qui doit se confondre, qui ne peut pas ne pas se

confondre avec les commandements de la Loi,

puisque celle-ci comme celle-là ne lui disentque

la vérité. Il est assuré de l’approbation de son Père; et alors, quand il est en face de la Loiqui, elle aussi, vient du Père, il ne s’agit plus de se courber sous des préceptes qui menacent, ordonnent, interdisent, condamnent, comme l’esclave qui ne sait pas ce que son maître fait, etqui obéit parce que son maître est le plus fort, mais d'accomplir la Loi en la confondant avec la loi intérieure, la loi de la conscience, la volonté du Père. Ce n’est donc pas à la Loi extérieure qu’il faut se soumettre, mais à la conscience morale, quand elle est régénérée et affranchie par le Père qui fait grâce et pardonne.

Ce qui, dans la Loi, est application littérale et casuistique minutieuse, Jésus le laisse de côté; il l'ignore ; cela ne lui dit rien, parce que cela reste en dehors de lui, et ces choses qui ne sont ni senties ni expérimentées sont comme non avenues. Mais ce qui est volonté de Dieu et que son âme lui révèle, il le déclare éternel. Or, ila trouvé en luila loi de perfection. Elle est déjà dans l’Ancien Testament: «Soyezsaints», mais

lui, il déclare qu’elle ne sera pas seulement accomplie quand les actes mosaïques seront accomplis, mais quand les sentiments des cœurs seront changés. Il remonte de l'acte au sentiment qui l’a dicté. C’est ce sentiment qui doit être parfait. La pensée du mal est aussi coupable que le mal {lui-mème, et il en arrive ainsi à une loi autrement rigoureuse et impossible à accomplir que celle de l'Ancien Testament. « Si votre justice, dit-il à ses audi- « teurs, n’est pas supérieure à celle des Scribes et « des Pharisiens, vous n’entrerez point dance le « Royaume des cieux (1).» Lecommandement, en devenantintérieur, n’a plus de limites. Etre parfait comme le Père, voilà ce que demande la conscience. Elle ne peut exiger moins.

Cette transformation de la lettre en esprit, de la loi extérieure en loi intérieure, de la soumission tremblante et aveugle en foi libre et joyeuse, mène Jésus très simplement et logiquement à une conséquence inévitable et qu'il

(ay Matth. 5: 20:

4 SNA RS, PUR

prêche de bonne heure, c’est que les rites n’ont pas d'importance. Le Temple passera, les formes, inévitables d’ailleurs, ne sont rien. Il. ne les supprime pas, sans doute, 1l n’abolit rien. Après lui, toute une partie de son Eglise continuera à professer le judaïsme; ceux qu’on appel-

era les Judæo-chrétiens iront à la Synagogue

état PFemple ,récitéront lé ‘Schema, et: ils diront, quand on s’en étonnera : Jésus l’a fait, ét Cela Sera vrai. Jésus’ a été, ‘jusqu'à la fin, à la Synagozgue. Il a encore célébré la Pâque juive, la veille de sa mort; il instituera un jour le baptême et la Cène ; mais, dans les premiers temps, il n’en parle point. Pour lui, l'indépendance de la conscience doit rester entière. Chaque homme ne relève que de son for intérieur. La vie religieuse et la vie morale doivent se pénétrer.

Jésus n’enseigne donc aucune pratique, dans cette première partie de son ministère. Sa religion est toute dans la relation intime et immédiate de l’âme avec le Père céleste. Il n'institue pas de clergé intermédiaire entre Dieu et

les fidèles. Il répudie les formes qui n’atteignent que le corps (1). Il rejette la tradition.

Cela n'était pas absolument nouveau. Déjà, Siméon le Juste, Jésus-ben-Sirach et Hillel avaient résumé la Loi dans le précepte de la justice. Philon prèchait une haute sainteté morale, et se souciait peu des pratiques. Rabbi Johannan mettait les œuvres de miséricorde au-dessus même de l'étude dela Loi(2).Jésus lescontinue, les complète et les dépasse. Pour lui, le vrai culte consiste à avoir le cœur pur, et à pratiquer la fraternité humaine (3).

L'acte importe peu; ce qui importe, c’est le sentiment intérieur qui l'inspire. En cela, il n'était plus juif, car, pour le vrai juif, le rite était tout. Il fallait uniquement se mettre en règle avec Dieu, par l’accomplissement du rite, quelles que fussent les dispositions intérieures. Jésus dit, sans doute, qu'il faut payer la dime, « même celle de la menthe, de l’aneth et du

(1) Matth. 15: 11 et suiv.; Marc 7: 6 et suiv. (2) Jérusal. .Peah."1::1, (LC Jacques F:)27.

cumin» (1); car la Loi l’ordonne, et jamaisil n'a aboli un trait de lettre de la Loi ; mais il rejette la casuistique pharisienne sur l’observation du sabbat; il ne s’abstient pas de certains aliments, et nes’astreint pas au jeûne. Qu'on accomplisse ou non ces, actes extérieurs, c’est égal. Il ne veut rien changer d’abord aux usages reçus ; il veut seulement changer les cœurs, certain d’avance que lorsque les cœurs seront changés, le changement extérieur se fera tout seul. Il ne rend pas de décret abolissant ceci, conservant cela ; mais il apporte le levain intérieur qui, peu à peu, pénétrera la pâte, la transformera, en fera une pâte nouvelle.

Nous avons peine à comprendre l'esprit d’une telle œuvre, parce qu'avec nos idées philosophi-: ques modernes, nous ne pouvons nous représenter qu’une pure réforme d'idées et de doctrines,

une réformation directe : «Ceci est vrai, faites-le. Cela est faux, ne le croyez plus. Remplacez-le par ceci ou cela qui est nouveau.» Mais Jésus

(1) Matth. 23:23:

est de son temps, et il ignore le nôtre. Ilest né Juif ; il est purement religieux, et il est imbu de notions théocratiques. Dieu est le maître; lui, il est le Messie, et il veut préparer la venue du Royaume messianique. Or, son peuple, avec sa Loi et ses prophètes, tend à ce Roygume. La théocratie d'Israël sera accomplie, quand le Royaume sera venu. Sa venue. c’est le but à atteindre. R |

Comment l'atteindre? En faisant un progrès sur le passé; un pas en avant; mais sans rupture, et en continuant ce passé. Jésus est certain que la Loi antique préparait ce qu'il venait faire. Le peuple préparait aussi la venue du Royaume, en pratiquant la Loi. Maintenant il doit achever sa préparation, en continuant à la pratiquer; mais pour achever, pour accomplir, il faut dépasser la lettre. Les membres du Royaume à venir sont appelés à être, dès à présent, fils de Dieu, enfants du Père ; et, entrant avec lui dans les rapports d'enfants avec leur père, 1ls seront en relations nouvelles et supérieures avec Dieu. Autrefois esclaves, accomplissant les commandements à la lettre, et de force, aujourd’hui, fai-

sant la volonté de Dieu, et pleins de son Esprit, parce qu'ils sont en communion intime avec lui (1). |

Il en résulte, pour tout disciple de Jésus, une obligation morale nouvelle. Fils du Père, il doit le servir, lui obéir, faire sa volonté, mais ce service, il le fait par amour. Il obéit parce qu'ila confiance ; il a foi en son Père. La volonté de Dieu à son égard est une grâce. Dans son âme naissent des mobiles nouveaux, inconnus jusque-là : l'amour, la confiance, l’abandon à la volonté du Père.

Jésus a créé là une religion vraiment nouvelle, et son but suprême, en la créant, était de sauver son peuple, c'est-à-dire de le préparer à la venue du Royaume de Dieu. Il n'est jamais question, dans ces premiers enseignements, d'une mort violente possible dans l'avenir, et par laquelle Jésus se proposerait d'accomplir le salut. Il prêche seulement une nouvelle relation entre Dieu et les hommes, une nouvelle

@) Matth. 5: 0. 45-48 ; 6: 6, 8, 9, 14, 20, 32, 7: 11.

alliance, et c’est en réalité une nouvelle religion.

. La voie de salut qu’il ouvre et propose, c’est le pardon du Père. Quand le Père aura pardonné, Je siècle à venir commencera. Or, le Père pardonne à qui pardonne (1). Il reçoit l'enfant -prodigue repentant.

Les conditions à remplir pour entrer dans le Royaume, sont donc la repentance, la confiance, le changement du cœur. Celui qui les remplit recevra une grande récompense dans le Royaume des cieux, pourvu qu'il ait fait la volonté de Dieu, et mis en pratique les enseignements de Jésus. L’arbre se reconnaît à son fruit. Ceux qui auront aimé, pardonné, fait du bien aux pauvres et aux souffrants, entreront dans le Royaume. Sur ce point, son enseignement ne variera pas. Dans une parabole des dérniers jours, il déclarera que ceux qui seront placés à sa droite et iront à la vie éter- “nelle, seront ceux qui auront donné à manger .

(1) Matths 6145" Marc 11:5:257 Matth.1r8% 895 ;4bue 6 : 37, etc., etc. Jésus n’a jamais mis d’autre condition au pardon de Dieu que le pardon accordé à nos frères.

à qui avait faim, à boire à qui avait soif, auront visité les prisonniers et les malades. Les Juifs | disaient : Pratiquez la Loi, et vous serez dignes du Royaume. Jésus dit : Faites la volonté de Dieu, et vous serez fils de Dieu. L’oraison dominicale reste l'expression la plus élevée de cette haute notion des rapports de l’homme avec Dieu, qui est toute la première religion enseignée par Jésus. Il faut se rappeler, quand on étudie cette prière, que Jésus disait, en même temps, que le Père sait ce dont nous avons besoin avant que nous le lui demandions (1).

L'enseignement de Jésus ne se distingue donc pas, dans cette première période, d’un Pharisaïsme large, tolérant, et faisant un grand pas en avant. La plupart de ses aphorismes sont empruntés à l’Ancien Testament et aux Rabbis qui l’ont précédé. Il est persuadé que les bons Pharisiens approuvent ses idées de réforme, comme Luther était persuadé d’abord qu'il faisait œuvre de bon catholique, et serait approuvé

(1) Matth. 6 : 8.

par l'Eglise et ses chefs. De même, Jésus pensait être approuvé par tous, accueilli par tous, et ne faire que ce que pouvait et devait faire un vrai zélateur de la Loi. Plein de confiance, il inspirait la confiance. Il n’avait encore que bien peu de disciples proprement dits, mais il atteignait les consciences; il touchait les cœurs ; sa parole pénétrait profondément dans les âmes.

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